L’État, une organisation criminelle qui prétend nous protéger

L’Etat pourrait-il devenir démocratique, ou être contrôlé démocratiquement ?

jeudi 9 septembre 2021, par Les Indiens du Futur.

Un exemple parmi d’autres de la nocivité de l’Etat, puis quelques réflexions sur l’idée qu’il serait possible de contrôler démocratiquement un Etat ou de le rendre démocratique :

« CRS SS » ou L’État, une organisation criminelle

La perversité abjecte de l’État, de tous les États, est stupéfiante.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la production de charbon, en France, est relativement basse, tandis que les besoins, pour la reconstruction, sont importants. L’État décide alors de mettre la pression sur les mineurs. S’amorce la fameuse « Bataille du charbon ». Seulement, en 1948, l’État entreprend de rogner la condition des mineurs ; il décide, entre autres choses, de diminuer leurs salaires de misère en période d’inflation galopante. Pour cette raison, et d’autres encore (comme le non-licenciement des ingénieurs des mines ayant collaboré avec les nazis), les mineurs se mettent en grève.

Le 4 octobre 1948, premier jour de la grève, 340 000 mineurs sont en grève et le travail est complètement arrêté. Le ministre de l’Intérieur (socialiste !) Jules Moch leur envoie les Compagnies républicaines de sécurité (CRS) — dont il a au préalable fait licencier tous les éléments « issus de la Résistance ou à sensibilité de gauche », tous les communistes — et 60 000 hommes des troupes d’occupation rappelés d’Allemagne, avec des blindés. En Lorraine, des automitrailleuses sont déployées. Dès le 8 octobre, « on compte un premier mort, à Merlebach, où un mineur est tué à coups de crosse par les CRS ».

En fin de compte, il y aura 6 morts du côté des mineurs, des milliers de blessés, des milliers d’arrestations, de condamnations et de licenciements. (Tout ça est expliqué dans la vidéo plus bas).

L’État commence par inculquer à tout un chacun, au travers de « l’éducation nationale », de l’éducation d’État, l’importance de le respecter lui, nous enseigne qu’il est une bonne chose, nécessaire, une chose dont on a tous besoin et que l’on souhaite même tous, nous apprend l’importance capitale du respect de ses lois, de ses hiérarchies, de son administration, l’idolâtrie de la « patrie », etc. De la sorte, au travers de ce « moyen de diriger les opinions politiques et morales » (Napoléon) qu’est l’école, il fabrique une main d’œuvre docile et assure sa propre perpétuation. Ces mineurs avaient sans doute intégré la plupart de ces choses, y croyaient plus ou moins. Ils s’étaient battus pour « la patrie » — mais étaient morts « pour les industriels », parce que « la patrie », c’est ça, des intérêts économiques, qui ne sont jamais ceux des populations, des jeux de pouvoir, qui ne sont jamais au bénéfice des populations. Ils avaient fourni des efforts massifs durant la « bataille du charbon ». Malgré tout, l’ignominie de leur situation les a tout de même poussé à se révolter, à faire grève. Et là l’État leur envoie des blindés et des soldats, leur tire dessus. C’est de cette époque que date le slogan « CRS SS », qui figurait sur des murs lors des grèves des mineurs de 1948.

Quelques éclats de violence suffisent pour mater une insurrection, une population, les États en sont conscients. Et la domestication a ça de pratique que « les traits choisis sont transmis à la descendance ». L’État est une machine à domestiquer les êtres humains. Un système de domination impitoyable. C’est-à-dire que le slogan « CRS SS », au-delà de son aspect excessif (les CRS ne sont pas littéralement des SS, l’État français n’est pas littéralement nazi), recèle une vérité, une réalité indéniable. L’État, tout État, est une force d’occupation d’un territoire, une organisation de colonisation d’un territoire. Cette organisation dispose certes d’un bras ostensiblement armé (forces de l’ordre, de police, armée), mais son principal soutien, elle le trouve dans l’esprit de ses « citoyens » (êtres humains fructueusement domestiqués, conditionnés, éduqués au culte de l’État).
On ne règlera pas grand-chose sur le plan de l’écologie sans affronter ce problème fondamental.

Post de Nicolas Casaux

https://www.youtube.com/watch?v=Oxzyz6QkCT4

′′ Les tentatives de revenir au ′′ capitalisme social ′′ ou à l’« État d’assistance », de poser un ′′ capitalisme à visage humain ′′ ou ′′ s’adapter au changement climatique ′′ ne mèneront nulle part, parce qu’elles n’apportent aucune réponse au problème de la limite intérieure : elles sont Slogans vides. Les instances d’intervention politique à travers l’État ne sont pas suffisantes parce que leur capacité d’agence limitée ne permet pas de limiter les exigences systémiques du capital. Le modèle keynésien de croissance capitaliste, de bien-être et de paix sociale - qui a à peine réussi à s’ancrer dans une petite région de la planète - révèle un simple interlude dans l’histoire brutale du capitalisme, et n’a jamais été cette Arcadia idéale qui est aujourd’hui idéalisée avec nostalgie rétrospective ′′

(cité par Palim Psao)

L’État, une organisation criminelle qui prétend nous protéger
Force armée et éducation se conjugue pour fabriquer des citoyers soumis et obéissants

NOTES, sur la possibilité d’un Etat démocratique, ou contrôlé démocratiquement :

Certaines personnes disent sur le forum d’un article précédent ou ailleurs : « L’Etat en soi n’est pas le problème. Seul est problématique l’absence de contrôle démocratique de l’Etat ».
C’est une pensée très commune, partagée à droite comme à gauche.

Nous pensons plutôt qu’il est très difficile, voire impossible, d’exercer un réel contrôle démocratique et populaire sur l’Etat.
Ce pour plusieurs raisons, il y en a sans doute d’autres :

  • L’Etat est constitué par nature d’une bureaucratie et technocratie non-élue exerçant de grandes prérogatives, ayant tendance à se centraliser et à cultiver le secret
  • L’Etat doit être puissant, très organisé, pour résister aux poussées des autres Etats
  • L’organisation d’une puissance de taille appelle automatiquement des modes de politique autoritaires, donc contraires aux principes démocratiques
  • L’Etat, comme toute institution bien installée, veut d’abord se perpétuer, il est rétif aux changements, aux inévitables fluctuations de la politique démocratique
  • La démocratie réelle ne peut exister qu’à petite échelle (pour que les habitants se connaissent, exercent la politique en démocratie directe, et puissent éviter ou limiter des formes de mandats ou représentations), tandis que l’Etat tend à être grand et à incorporer un maximum de territoires, et à les uniformiser de manière autoritaire pour pouvoir les contrôler
  • L’Etat doit se doter d’une police forte pour maintenir le contrôle interne des territoires, et toute police étatique dérive en système policier plus ou moins autonome, voué au maintien de l’Ordre existant, et donc tendant à s’opposer aux fortes turbulences, fluctuations et transformations de la vie politique démocratique
L’État, une organisation criminelle qui prétend nous protéger
L’Etat, en guerre contre les populations qu’il administre

- A propos de l’idée que seul l’Etat permettrait de limiter fortement les brutalités inter-individuelles ou collectives.
Avec l’Etat, la violence s’exerce via un contrôle plus ou moins autoritaire et policier, et certains problèmes permettant une forme de stabilité sont déplacés ailleurs (colonies, délocalisations, pillages de matières premières, guerre du pétrole...).
On a eu quand même deux guerres mondiales particulièrement dévastatrices au 20e siècle..., sans parler de toutes les autres.
Donc il semble bien que la limitation supposée de certaines brutalités inter-population locales sont remplacées par des brutalités pires si on regarde sur une période longue et au niveau planétaire.
L’Etat protège ses intérêts et ceux du capitalisme en vue du statu quo bien plus qu’il ne protège les populations en vue de leur émancipation sociale et de leur autonomie politique.

Le problème n’est pas de choisir entre deux maux, entre l’Etat et son autoritarisme violent, sa bureaucratie centralisée OU des guerres de clans perpétuelles, des violences débridées où les plus forts s’imposent, mais de construire des sociétés aux modes de fonctionnement « pacifiés », qui, structurellement, aide à limiter fortement les brutalités internes aux peuples ainsi que les brutalités internes, externes ou décalés dans le temps et dans l’espace inhérentes aux Etats (et au capitalisme).
D’autres voies peuvent être possible que le retour impossible à des sociétés de chasseurs-cueilleurs. Les sociétés en élaboration au Chiapas zapatiste et au Kurdistan démocratique montrent des pistes intéressantes. Si on ausculte en détail ces sociétés, on trouvera sans doute plein de défauts, mais elles ont le mérite d’exister et de montrer que d’autres voies sont possibles.
Bien sûr, il paraît très difficile que de telles sociétés perdurent tant qu’il existe alentour de puissants Etats et un système techno-capitaliste (les kurdes autonomes sont par exemple constamment attaqués par l’Etat turc).

La question de l’Etat renvoie à la question plus large des institutions.
Beaucoup d’auteurs d’inspiration anarchistes nous disent que la seule démocratie réelle possible est celle qui remet en cause, transforme, démolit et bouscule sans arrêts les institutions qui constamment se forment, avec une tension permanente entre institution et destitution, ce qui paraît difficilement compatible avec le concept d’Etat, fondé lui sur la stabilité et la perpétuation de multiples institutions.

Peut-être que des micro-Etats seraient moins néfastes et pourraient être plus ou mois contrôlés démocratiquement ?
Par exemple remplacer la France par une multitude de micro-Etats autonomes plus ou moins fédérés, où les fonctions étatiques seraient diminuées au maximum au profit de diverses instances au fonctionnement démocratique (où les éventuels permanents n’ont pas de pouvoir réel) ?
Autre question, un Etat contrôlé démocratiquement peut-il encore être un Etat ?
Soit l’Etat résiste et il n’y a pas de démocratie, soit l’Etat se dissout et la démocratie s’épanouit.

Autre problème de taille à considérer : une démocratie ne peut pas exister tant que subsiste le capitalisme et son funèbre cortège techno-industriel. (le capitalisme exacerbant la domination et la valorisation des intérêts privés ainsi que la guerre de tous contre tous)
A supposer qu’il soit théoriquement possible de démocratiser l’Etat, cette tâche sera rendue impossible, immédiatement ou après coup, par les impératifs structurels du capitalisme et par les puissances capitalistes existantes.
Et donc c’est une des raisons pour laquelle l’Etat ne peut pas devenir une entité capable de démolir le capitalisme (une autre raison est que l’Etat participe au capitalisme dans le cadre de la civilisation industrielle et en a besoin).

L’État, une organisation criminelle qui prétend nous protéger
1948, des soldats et des CRS pour mater dans le sang des mineurs qui avaient oser réclamer quelques droits - Les intérêts de l’Etat et de l’industrie avant les peuples

P.-S.

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Perspectives et pistes de résistance active

La situation écologique, climatique, sociale est terrible.
Mais tant qu’il y a des résistances, rien n’est complètement perdu.
Et puis la civilisation industrielle, ce système techno-capitaliste et étatique, n’est peut-être pas si solide que ça, elle sans doute plus attaquable qu’on ne pense.

Il existe quantité de moyens de se battre, de lutter pour abattre/détruire/démolir/désarmer/stopper/effondrer les structures matérielles et idéologiques de la civilisation industrielle. Et quantité de moyens pour construire à la place des mondes vivables et soutenables.
Soutien financier, action directe, information, soutien aux personnes engagées, actions publiques ou clandestines, communication, refuges...
Il y en a pour tous les goûts, toutes les disponibilités et « niveaux » d’engagement.

Il y a des places pour chacun.e dans cette vaste culture de résistance à construire.

- Liens utiles pour aller plus loin :


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