Climat : ce n’est pas l’appât égoïste du profit qui détruit les mondes vivants, mais un système délétère et mécanique du fait de ses lois internes

La mégamachine se fout de nos degrés de vertues morales

mercredi 18 août 2021, par Les Indiens du Futur.

Sur des médias ou dans la rue, on entend souvent que ce qui causerait les problèmes et catastrophes climatiques, écologiques et sociales, ce serait l’égoïsme avide et la quête sans limite de profits par certains.
Ces affirmations tendent à laisser croire que ce serait certains individus particulièrement « immoraux » qui seraient les coupables principaux, ce qui dédouanne au passage les structures des systèmes politico-économiques en place.

Pire encore, parfois on entend que ce serait les pauvres les coupables, parce qu’ils jetteraient des déchets par terre, rouleraient au diesel et achèteraient de la nourriture industrielle au lieu du bio-éthique-durable.

Analysons un peu ces raccourcis simplistes.

Climat : ce n’est pas l’appât du profit qui détruit les mondes vivants, mais un système délétère qui mécaniquement dévore tout
La destruction du vivant est fatalement le moteur de la croissance et du productivisme, du monde toxique que riches, Etats et capitalistes ne veulent surtout pas abandonner

Le problème ce n’est pas l’égoïsme avide et consommateurs des plus riches, ni le mode de consommation des plus pauvres

On l’a vu dans nombre de nos articles : les sources des désastres en cours sont dans les rouages de base du système, dans la nécessité d’augmenter la Valeur, de croître, dans le productivisme, le problème c’est le totalitarisme du monde de l’économie, lequel est intrinséquement lié à l’existence d’Etats.
- Voir notamment :

Au delà des bonnes ou mauvaises volontés des individus, c’est le système qui s’est imposé partout qui cause les désastres : la civilisation industrielle (Etats, capitalisme, productivisme, hyper-technologie, patriarcat, totalitarisme, centralisation anti-démocratique...).

Si des sociopathes extrémistes type Macron, Musk, Bezos, Arnault, Gates... aggravent la situation par leur influence néfaste, c’est bien le système en place qui permet, encourage et récompense les pires comportements égoïstes et d’ultra-consommation matérielle.
Et, même en l’abscence de riches « drogués » aux profits sans scrupules, même si les dirigeants étaient tous des ascètes vegan à la consommation bio-éthique, les mécanismes fondamentaux de la civilisation industrielle suffiraient à propager les déréglements climatiques et les désastres. D’autant que les ressources qui seraient non-consommées par les plus riches pourraient bien l’être par les classes moyennes de tous les pays...
On avait lu quelque part que le simple maintien en fonctionnement de toutes les infrastructures existantes suffisait à dépasser les limites terrestres (émissions de gaz à effet de serre, consommation de matières premières...).

Les personnes, riches ou pauvres sont prises dans ce système, il n’y en a pas d’autres, on se voit plus ou moins obligé de faire avec sur le moment.
Et si on regarde le côté « responsabilité » individuelle, les plus riches sont bien davantage responsables, pour plusieurs raisons :

Les écarts de consommation et de responsabilité entre les plus riches et les pauvres sont abyssaux.

Climat : ce n’est pas l’appât du profit qui détruit les mondes vivants, mais un système délétère qui mécaniquement dévore tout
Vu leur domination et leur influence, la responsabilité coupable des riches et puissants capitalistes est écrasante

Il y a des exceptions de partout bien sûr, des riches « trahissent » leur classe et peuvent parfois rejoindre les préoccupations et luttes des opprimés.

La seule « responsabilité » des pauvres seraient de ne pas se révolter assez et donc de trop « supporter » ce système, de « courber l’échine », mais cette remarque vaut pour toutes les classes sociales, et à ce jeu là les plus pauvres ont davantage « d’excuses » étant donné les difficultés plus importantes dans la vie quotidienne qu’ils subissent et leur abscence de pouvoir institué sur la marche du monde (leur impuissance est organisée aux niveaux politique, économique et médiatique).
Le « libre » Marché fonctionne pour que la valorisation du Capital continue, il est totalement aveugle aux problèmes écologiques, aux besoins réels des gens, aux inégalités sociales.

Et puis les pauvres n’ont pas les moyens d’acheter des bagnoles électriques high tech, des maisons bioclimatiques en matériaux naturels à la campagne, des jeans bio-éthiques, de la nourriture intégralement bio-écolo, sans parler des habitudes culturelles et éducationnelles, des disparités suivant les quartiers concernant les aménagements urbains, les possibilités de déplacement, les ressources disponibles et les magasins présents.

Les pauvres travailleurs si utiles et si profitables au capitalisme ne peuvent pas loger là où ils travaillent et doivent parcourir de longs trajets en voiture ou en transports en commun qui consomment énergies et matières premières et « volent » leurs vies. C’est bien la planification politique (et son zonage des activités : travail, loisirs, logement, zones commerciales) et les lois implacables du Marché qui ont créé cette situation « urbanistique » inextricable, antiécologique et antisociale, pas les pauvres.

De plus, il ne faudrait pas oublier la mondialisation capitaliste, qui domine des peuples d’ailleurs et détruit « leurs » écosystèmes" pour croître ici. Les éventuels « Green New Deal » dans certaines zones de l’occident pourraient ainsi masquer la continuation et l’aggravation des désastres au niveau mondial.

Climat : ce n’est pas l’appât du profit qui détruit les mondes vivants, mais un système délétère qui mécaniquement dévore tout
Le capitalisme ne connaît que l’accumulation du capital, la multiplication de richesses abstraites, peu importe d’où elles viennent

Les limites des éco-gestes individuels

Des études nous disent aussi queles « éco-gestes » individuels, même si leur rôle est non négligeable, ne peuvent pas suffire à sauver la mise (voir aussi le rapport de carbone 4), extraits :
« L’impact probable des changements de comportement individuel pourrait stagner autour de 5 à 10 % de baisse de l’empreinte carbone ».
Si un Français actionne l’ensemble des leviers à l’échelle individuelle en adoptant un « comportement héroïque », il réduirait son empreinte carbone de 25 %.
« Une part non négligeable », qui ne permettrait cependant pas de respecter l’objectif de la COP 21. L’accord de Paris affirme que pour rester en dessous de la hausse de la température de deux degrés, il faudrait réduire de 80 % les émissions actuelles.
(...)
L’empreinte carbone moyenne d’un Français s’élève à 10,8 tonnes de CO2 par an. Or, par ses gestes individuels, un Français réduirait son empreinte uniquement de 2,8 tonnes chaque année. L’ascèse généralisée et volontaire ne peut pas être l’unique solution. D’autant plus qu’il faut, comme le note l’étude, prendre en compte la mauvaise volonté de certains récalcitrants.
« En France, on peut considérer que seuls 20 % des individus sont "moteurs" sur les sujets climat, 60 % plutôt "variables" sur la question et 20 % carrément réfractaires à toute injonction au changement sur les questions environnementales, écrivent les auteurs. Pour gagner la bataille, il faut transcender le seul maillon individuel et accéder à un niveau collectif d’actions »
(...)
« Chaque individu est limité par l’environnement social et technologique dont il dépend » : « Utiliser davantage les transports en commun et avoir systématiquement recours au covoiturage sont des pratiques qui ont un impact indiscutable sur le total des émissions liées à nos déplacements (environ un tiers de moins sur le poste mobilité), notent les auteurs. Mais ces gestes ne supprimeront pas notre dépendance à un système de transports fonctionnant, que nous le voulions ou non, sur la base d’énergies toujours carbonées comme le diesel, l’essence, le kérosène ou le gaz naturel pour véhicule (GNV). » Pareil pour les entreprises, l’individu n’a pas d’impact sur leurs processus industriels, logistiques et techniques.

Climat : ce n’est pas l’appât du profit qui détruit les mondes vivants, mais un système délétère qui mécaniquement dévore tout
Des milliards dans les poches de quelques sociopathes irrécupérables, pourtant l’argent ne se mange toujours pas

Et puis, pour que les gestes individuels aient un impact conséquent, il faudrait que ce soit surtout les plus riches qui diminuent leur empreinte. Ils n’en prennent pas le chemin, et on voit mal les gouvernements s’en prendre aux « créateurs de richesse » et autres « moteurs de la croissance » qui sont leurs amis, alliés, soutiens, ou mentors.

Les dirigeants politico-économiques préfèrent parler de manière générale d’efforts individuels, et exorter les individus en mettant riches et pauvres dans le même panier plutôt que pousser à saborder la civilisation industrielle, ce qui est à côté de la plaque et suicidaire.
Ils préfèrent dire que « tout le monde » doit faire des efforts (Etats, entreprises, individus) dans le cadre existant et sans parler de la responsabilités écrasante des classes bourgeoises et des plus riches. Jamais ils ne voudront exploser ce cadre.

Les gouvernements et leurs flics n’hésitent jamais à contraindre par la force et la loi les populations les moins nantis pour le bien général de la lutte contre la pandémie.
En revanche, rien pour contraindre les riches et les capitalistes à abandonner leurs possessions et pouvoirs alors que pourtant leur responsabilité est flagrante dans les carnage, et donc dans l’insécurité, la perte d’autonomie et de liberté, la misère, les pollutions, les désastres...
Avez-vous vu un gouvernement interdire les yachts des riches, les stations de ski de luxe, les grandes villas secondaires avec piscine, les rallyes de voitures, les jets privés, les SUV, les voyages shopping en avion... ?
La contrainte pour le bien collectif et la santé générale des peuples et des écosystèmes épargne toujours les riches. Serait-ce que les gouvernements et technocrates sont du même bord, ou que les Etats ont à peu près les mêmes intérêts que les riches et capitalistes à maintenir la folie de la civilisation industrielle quoi qu’il en coûte aux peuples et aux mondes vivants ?!
On sait bien que le régime macroniste a même renforcé encore plus les gains et le pouvoir des plus riches par la loi, les aides financières et la propagande.
On sait bien qu’au lieu de contraindre le capitalisme et les riches, les Etats veulent même les aider à renforcer encore plus la civilisation industrielle en finançant et soutenant massivement une énième révolution industrielle délétère et criminelle (green new deal, 4e révolution industrielle), à base de numérique, d’IA, d’énergies dites « vertes » industrielles, de marchés carbone, de cybernétique, de financiarisation des restes de nature, qui s’appuiera sur l’extractivisme outrancier, la technopolice et la répression/surveillance accrue des peuples.

Mettons un terme à ce qui cause les désastres au lieu de laisser ce système les administrer autoritairement et tout faire pour que la civilisation industrielle qui les produit continue.

Climat : ce n’est pas l’appât du profit qui détruit les mondes vivants, mais un système délétère qui mécaniquement dévore tout
La quantité globale d’énergies utilisées augmente, tandis que les fossiles ne diminuent pas

Seuls des changements collectifs radicaux, obtenus par des luttes collectives acharnées, seraient à même de démolir la civilisation industrielle et de virer ses puissants dirigeants et soutiens, d’exproprier (geste barrière pour notre sécurité) les riches afin qu’ils arrêtent de dominer et de piller le monde, ce qui permettrait d’induire des cercles vertueux tant collectivement qu’individuellement, dans un tout autre cadre, celui de sociétés soutenables, solidaires, soucieuses de mesure et de sobriété, vouées au bien vivre de toustes, avec des formes de démocraties directes à taille humaine et d’autonomies locales ouvertes, qui pacifieraient donc les rapports sociaux et en finirait avec la destruction dantesque et suicidaire des mondes naturels.

P.-S.

Perspectives et pistes de résistance active

La situation écologique, climatique, sociale est terrible.
Mais tant qu’il y a des résistances, rien n’est complètement perdu.
Et puis la civilisation industrielle, ce système techno-capitaliste et étatique, n’est peut-être pas si solide que ça, elle sans doute plus attaquable qu’on ne pense.

Il existe quantité de moyens de se battre, de lutter pour abattre/détruire/démolir/désarmer/stopper/effondrer les structures matérielles et idéologiques de la civilisation industrielle. Et quantité de moyens pour construire à la place des mondes vivables et soutenables.
Soutien financier, action directe, information, soutien aux personnes engagées, actions publiques ou clandestines, communication, refuges...
Il y en a pour tous les goûts, toutes les disponibilités et « niveaux » d’engagement.

Il y a des places pour chacun.e dans cette vaste culture de résistance à construire.

- Liens utiles pour aller plus loin :


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