Tous les signaux montrent un passage accéléré vers le néo-fascisme

Résister avant son installation complète, avant qu’on se le prenne en pleine poire ?

mercredi 11 novembre 2020, par Camille Pierrette.

Des réflexions et alertes sur l’ambiance fascisante en cours, pour ne pas fermer les yeux, et agir en conséquence.

- Cap au pire, par Frédéric Lordon, 10 novembre 2020

Il y a deux manières de tenter, littéralement, de reprendre ses esprits, c’est-à-dire de se remettre à penser, après des atrocités comme le meurtre de Samuel Paty ou l’attentat de Nice. La première interroge le faisceau des causes. En veillant d’abord à ne pas oublier la cause de premier rang : une force théologico-politique violente, stratégique, déterminée à poursuivre un agenda conquérant (peut-être même pourrait-on dire impérialiste) imbibe des désaxés de rencontre, ou arme des fanatiques prêts à tout. Mais en prenant tout autant garde de ne pas nous en tenir à ça, et de nous demander également quelle part nous avons, ou plutôt nos gouvernants ont, de longue date, prise à la fabrication de notre malheur. La seconde reprise d’esprit tâche de réfléchir ce que nous sommes en train de faire sous le coup de ces abominations. Et dans quoi, croyant y répondre, nous sommes en train de nous jeter.
Nous étions déjà bien engagés dans le sas, mais le choc terroriste semble nous y précipiter irrésistiblement. Le sas vers quoi ? Le sas vers le fascisme. Nous n’y sommes pas encore, mais tout nous y pousse, à commencer par ceux qui ont été mis là supposément pour nous en prémunir — c’était l’époque du barrage. L’ennui cependant, avec « fascisme », c’est d’abord que, comme par une sorte de loi de Gresham, les mauvais usages ont chassé les bons. Ensuite qu’on n’en a que des concepts incertains, semble-t-il mal taillés pour l’époque.

Quoi qu’on pense de Lordon et de ce texte, il a le mérite de nous alerter sur la situation.

Tous les signaux montrent un passage accéléré vers le néo-fascisme
L’Hydre de la civilisation industrielle fait pousser de nouvelles têtes, encore plus hideuses

- Voici une sélection d’articles sur Ricochets qui tournent autour de ces sujets :

Quelques remarques complémentaires

Les régressions sociales et politiques en cours obligent à se battre sur des choses qui semblaient auparavant « acquises », comme le droit de manifester ou de filmer la police.

Les menées autoritaires renforcées permettent d’une part au régime en place de se maintenir par la force policière, et d’autre part il peut ainsi détourner les forces de la lutte plus générale contre le capitalisme et la civilisation industrielle.

L’arrière fond raciste du système ressort davantage, et permet au régime de fournir des boucs émissaires (ici, les musulmans), tandis que les luttes vont devoir passer de l’énergie pour essayer d’éviter une dégradation de la situation ?

Les propriétaires milliardaires des grands médias ne cherchent pas seulement à faire du buzz et du fric en surenchérissant sur des questions sociétales. En déroulant le tapis rouge aux idées et pratiques d’extrême droite, ils n’expriment pas seulement leurs convictions, ou plutôt leurs intérêts, ils savent que le recours au néo-facisme leur permettra de conserver le pouvoir et de détourner l’attention.

On se retrouve à se battre contre le néo-fascisme au lieu de se concentrer sur des maux plus globaux et plus « ordinaires » comme l’exploitation capitaliste, la domination étatiste, la destruction du vivant et d’un climat vivable.
Il est vrai que c’est bien, entre autre, parce que à défaut d’avoir su/pu lutter contre ces maux « ordinaires » que le fascisme « extraordinaire » pointe son nez.
Ou, plus exactement, le néo-fascisme tend à apparaître en cas de crise quelconque parce que le système « ordinaire » en place le porte déjà en son sein.
Le néo-fascisme n’est pas une apparition ex-nihilo, un monstre parachuté du vide par malchance, mais plutôt une extension de la civilisation industrielle, un des outils classique de sa panoplie de la tyrannie et de l’exploitation.
Le néo-fascisme n’est pas une création extraordinaire, c’est plutôt une simple mutation de l’ordinaire, une adaptation automatique de survie du système en place.
Par nécessité adaptative, le système mute pour pouvoir continuer à exister, à piller, détruire et asservir.
Un peu comme un virus dangereux déjà bien présent muterait face à un nouvel environnement en devenant nettement plus hostile.
Ce virus est à la fois interne et externe, il est dans tous les corps où il s’exprime ou pas, il est dans les institutions antidémocratiques et autoritaires existantes, toujours prêtes à muter dans des formes plus graves, plus brutales, si le contexte le demande.

L’antifascisme et les résistances à la civilisation industrielle vont-ils eux aussi muter ?

Vu comment les forces contestataires ont été laminées et réprimée depuis 2016, vu la passivité, l’acquiescement et la soumission d’une très grande part des gens acquises depuis longtemps, vu le renvoi à l’individu isolé en concurrence avec toustes et l’inexistence de communautés de vie/lutte conséquentes, vu l’état d’urgence permanent, il semble que pour l’instant il va être un peu difficile de lutter contre ce néo-fascisme en marche.
Peut-être que la jeunesse se lèvera malgré tout ?
Peut-être que, face à l’adversité matérielle, des communautés de vie/lutte solides et durables vont se constituer ? (tâche très entravée en période d’assignation à résidence contrôlée)
Peut-être qu’une multiplication de soulèvements plus ou moins éphémères permettraient aux gens de trouver la fraternité et la solidarité nécessaire ?
Peut-être que les maux de la civilisation industrielle vont être tels que davantage de personnes vont vouloir la stopper et construire autre chose ?


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