Quelques demandes amicales et raisonnables aux pacifistes, aux gauches institutionnelles et réformistes

Et quelques réflexions sur réformisme vs radicalité et libéral vs radical

jeudi 3 décembre 2020, par Camille Pierrette.

Rassurez-vous, mes demandes sont modestes même si elles ont quelque importance dans une stratégie de lutte contre les menées fascisantes et ultra-libérales en pleine croissance en France.

Je ne demanderai pas aux réformistes de gauche, aux pacifistes intégraux, aux citoyennistes convaincus, ou à celleux qui croient avant tout aux processus politiques institutionnels de rejoindre les idées, modes d’action et perspectives de la gauche radicale, de l’écologie radicale ou des anarchistes.
Je ne vous demanderai pas non plus de vômir l’Etat ni même d’être farouchement anticapitalistes.

Il ne s’agit pas non plus de relancer une guéguerre ou de délivrer des brevets de radicalité. D’ailleurs chacun sait qu’on trouve toujours plus radical ou plus réformiste que soi ou que son mouvement.

Quelques demandes amicales et raisonnables aux pacifistes, aux gauches institutionnelles et réformistes
Un peu de tactique pour ne plus faire le jeu de l’adversaire

Mes demandes

Pour, espérons-le, améliorer globalement les capacités de contestation et d’éventuelles perspectives positives, voici donc 3 demandes adressées aux réformistes de gauche, aux pacifistes intégraux, aux citoyennistes convaincus, aux personnes qui mettent les processus politiques institutionnels en toute priorité et autres cas similaires :

  1. Acceptez svp le fait avéré qu’il n’y a pas de démocratie en France aujourd’hui (et même qu’il n’y en a jamais eu), et dites-le haut et fort. Dire qu’il n’y a pas de démocratie en expliquant pourquoi ne veut pas dire qu’on subit forcément une dictature, plein de formes hybrides sont possibles entre les deux. (voir autres référénces en PS sur ce point crucial)
    Continuer à propager le mensonge qu’on serait en démocratie donne de la légitimité au régime et à sa répression, et appuie les réflexions aberrantes du type : « puisque la démocratie on le voit ça ne marche pas, essayons la dictature ».
  2. Merci svp d’être solidaires des actions illégales, mêmes celles décriées généralement telles que la casse en manifestation, des incendies de poubelles ou de bâtiments, des émeutes, des pillages de grandes chaînes commerciales, des sabotages (on ne parle pas ici d’être solidaire d’assassinats bien sûr). Et donc svp arrêtez de faire le jeu des puissants en reprenant leurs phrases répressives du type : « nous condamnons toutes les violences, nous dénonçons fermement les casseurs et celleux qui jettent des canettes sur des policiers ». Je ne vous demande pas d’approuver ces actions, de vous interdire de penser ou de dire que c’est inefficace, juste d’être solidaires, de ne pas condamner ces actions et leurs auteurs, d’éviter de faire comme l’Etat, les merdias des milliardaires et les flics.
    Si vous n’arrivez pas à dire « je comprends ces actions illégales même si ce n’est pas mon mode d’action, nous sommes solidaires des personnes qui les commettent », au moins ne dites rien, refusez de répondre aux injonctions des journaflics. Je ne vous demande même pas de soutenir les caisses antirépression liées à ce type d’actions, même si ça aussi ce serait bien utile.
  3. Dans un conflit social, svp ne menez pas des discussions et ne signez pas tout seul des accords avec l’Etat et/ou des patrons dans le dos des mouvements radicaux et autres luttes de terrain

Si vous faites déjà tout ça, tant mieux, bravo.
Pour les autres, si je vous adresse solennellement ces 3 demandes ce n’est pas pour vous embêter ni me moquer, mais tout simplement parce que je considère que ce sont des points cruciaux (entre autre) qui freinent de possibles avancées positives (qu’on va dire de gauche) depuis des années.
Ne pas répondre favorablement à ces trois demandes, c’est faire le jeu des puissants, c’est accroître et valider leur propagande et leur domination, c’est favoriser la division et compliquer la tâche des plus radicaux dont pourtant vous avez pourtant ardemment besoin, et encore plus dans la période actuelle et ce qui va suivre, où les conflits sociaux/écologiques, et donc la répression, vont encore augmenter.

Réfléchissez bien, considérez les années passées et les années à venir.
Est-ce que vous avez plus à gagner en adoptant ces demandes, et donc en étant davantage critiqués par les merdias, les flics et le gouvernement (qui de toute façon ne vous aiment guère) mais avec l’effet positif de réduire les fossés entre courants de gauche, ou en les refusant et donc en continuant à faire le jeu des puissants et à accentuer une coupure entre vous et les divers courants qui pratiquent ou soutiennent déjà ces actions illégales ?

- J’ajouterai bien un autre point, concernant la reconnaissance explicite que le système en place se fout de tout ce qui est expression et symbolique (manifestations, pétitions, tribunes, marches, vols de portraits du Macron, happenings, articles, grèves épisodiques secteurs par secteurs, débats...), il s’assoit dessus, et donc que d’autres moyens bien plus offensifs et conséquents sont indispensables, mais c’est moins utile car les faits parlent d’eux-mêmes et tout le monde peut s’en rendre compte.

- Les militants antiracistes des quartiers populaires ajouteraient sans doute autre chose, du type :
Dénoncez svp clairement et fortement les arrières fond racistes de la France et de sa police, dénoncez fermement l’islamophobie qui monte et qui se cache derrière la laïcité et les « valeurs de la république » (en ce moment avec la scélérate loi « séparatismes » dont l’examen démarre le 9 décembre). Les macronistes, l’extrême droite et leurs merdias vous traiteront d’islamo-gauchistes, de traîtres à la république et de suppôts des terroristes, pas grave.
Là aussi, qu’est-ce qui est le plus important, quel est votre camp ? Soutenir les opprimés et accepter de subir la vindicte puante des puissants en dérive vers le néo-fascisme, ou aboyer avec eux et ainsi faire le jeu de la division, de l’exclusion, de l’invisibilisation, de l’empêchement à être une voix politique des victimes du racisme et des menées anti-musulmans, ce en vous imaginant obtenir quelques strapontins dans le train de la mort du Pouvoir ?

- voir :

Remarques complémentaires sur comment concilier sans trop de conflits réformisme/radicalité

C’est une tâche un peu impossible, et floue, car les frontières réformisme/radicalité fluctuent tout le temps suivant les périodes, les gens, les contextes, les sujets.

Néamoins on peut tenter de clarifier le sujet en distinguant les objectifs et idées générales des modes d’action.
On peut avoir des objectifs radicaux, profonds, et néanmoins discuter/négocier des réformes en guise d’amélioration partielle et temporaire, en attendant mieux, et en continuant à lutter pour des changements radicaux.
En revanche, porter des idées et objectifs très réformistes est nettement plus problématique, et peut signifier une forme de résignation et d’acceptation complète du système inégalitaire et violent en place (voir ce qu’est devenu par exemple le PS).

On peut avoir des idées radicales et utiliser des méthodes d’actions très pacifistes.
Plus rare, possible d’avoir des objectifs réformistes en utilisant des modes d’actions très virulents et illégaux.

Dans une configuration idéale, les idées radicales et les actions virulentes contribuent (pas seules bien sûr) grandement à faire bouger les lignes tandis que les courants réformistes aident à inscrire dans la durée et la culture les transformations obtenues. Il peut ainsi exister une forme de complémentarité malgré l’inévitable conflictualité.
Les radicaux empêchent que ça stagne, que ça s’enkyste ou qu’il y ait un retour en arrière vers le centralisme bureaucratisé ou le libéralisme, tandis que les réformistes peuvent parfois servir à tempérer des actions trop virulentes de type « terre brûlée » alors qu’il y a rien derrière pour reconstruire autrement.

- Voir aussi cet extrait de https://floraisons.blog/full-spectrum-resistance-2-4/ :

Voilà pourquoi les grands groupes modérés ont du mal à recruter, parce que beaucoup de personnes (comme les radicaux) comprennent que leurs tactiques sont souvent vouées à l’échec. Et voilà aussi pourquoi les groupes plus militants peinent à recruter quand ils n’adoptent pas une véritable culture de résistance, quand ils se focalisent à outrance sur la pureté idéologique, quand ils dénigrent systématiquement les petites victoires réformistes, ou quand ils sont arrogants avec les nouveaux venus… et ça c’est triste. Et nous avons vu comment surmonter ces défauts. Mais recruter des personnes n’est que la première étape pour un groupe, nous allons maintenant voir comment organiser ces personnes.

Espérons que tout ça aidera à faire avancer le Shmilblick.

P.-S.

- En complément, une réflexion éclairante sur un sujet proche : LIBÉRAL VS RADICAL

Un changement social requiert de la force. Un rapport de force. Certaines actions politiques comme les manifestations, les pétitions, les sit-in, les collages… sont impressionnantes, rassemblent du monde, font la une des journaux, sont discutées par les expert·e·s, elles informent, mais ne pèsent que très peu dans le rapport de force. Elles n’obligent pas le changement mais au mieux le notifient, le montrent, le mettent en spectacle. Si elles ne sont pas exercées de façon massive et si elles ne sont pas associées à des tactiques plus militantes, ces tactiques modérées déploient une force politique très faible. Et rien n’oblige les causes du problème à agir, à opérer un changement.

Aujourd’hui le désastre écologique et social est évident. La civilisation industrielle détruit le vivant chaque jour encore plus, le capitalisme tue. Si nous voulons peser dans le rapport de force contre cette destruction, nous chercherons à agir sur les structures et les valeurs du système qui permet et perpétue la guerre contre le vivant. Agir sur ces appareils de domination (les structures et les valeurs du système), c’est exercer une force politique, seule capable d’opérer des changements sociaux majeurs dont nous avons besoin.

Chez les écologistes notamment, le sujet est principalement abordé de deux manières, via deux grilles de lecture de notre société, une que l’on peut appeler libérale et l’autre radicale.

La France n’a jamais été une démocratie

Nous ne vivons pas en démocratie. Cela doit apparaître de plus en plus clairement à de plus en plus de gens. Les manifestations actuelles des gilets jaunes semblent le suggérer. Le mot démocratie n’aurait jamais dû désigner autre chose que la démocratie directe. Le fameux pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Le régime politique dans lequel nous vivons, le régime électoral républicain et libéral, que les institutions culturelles dominantes, les gouvernants et les médias qualifient de démocratie représentative (un oxymore), est « une aristocratie élective dans les faits », ainsi que l’écrit Francis Dupuis-Déri dans son livre La peur du peuple – Agoraphobie et agoraphilie politiques. Il ajoute d’ailleurs qu’il « est aussi possible d’y voir une monarchie, puisque l’aristocratie élue est dirigée par un monarque élu, le président — ou un premier ministre tout puissant face à une reine impuissante, comme au Canada ou en Grande-Bretagne. D’un point de vue étymologique, le mot monarchie désigne bien le pouvoir ou le commandement (arkhè) d’un seul individu (mono). Mais pourquoi donc faut-il qu’il y ait un chef dans un régime libéral ou républicain, en plus du corps de l’aristocratie élue  ? Mystère. Avoir un chef d’État semble pourtant normal et naturel, et personne ne s’étonne que le roi ait simplement été remplacé par un président ou un premier ministre.

- Articles qui montrent l’absence de démocratie réelle, la démocratie fantoche :


2 Messages

  • Quelques demandes amicales et raisonnables aux pacifistes, aux gauches institutionnelles et réformistes Le 13 janvier à 20:53, par Amanda

    🔥BRUXELLES EXPLOSE🔥
    Situation très tendue ce soir à Bruxelles suite a la mort d’Ibrahima, 23 ans, décédé après avoir été interpellé pour avoir filmé un contrôle de police sur le respect du couvre feu. Un commissariat a été incendié et de nombreux affrontements avec la police sont signalés.
    (posté avec Vidéo sur CND)

    Un bon test en lien avec cet article : que pense les gauches de ces émeutes ? Solidarité ou « condamnation des violences » dans la lignée de la doxa du pouvoir ?

    Répondre à ce message

  • Quelques demandes amicales et raisonnables aux pacifistes, aux gauches institutionnelles et réformistes Le 9 décembre 2020 à 23:20, par Camille Pierrette

    Contre exemple appliqué à Nantes :

    PIÈGEDIATIQUE : OPÉRATION DIVISION

    Mercredi 9 décembre, le quotidien le plus lu du pays, Ouest-France, consacrait une page entière à la manifestation de samedi dernier à Nantes. Pour parler de son incontestable succès numérique ? Non. Pour dénoncer la nasse et les gaz lacrymogènes tirés sans raison en bord de Loire ? Non plus. Pour s’interroger sur ce qui pousse une partie de plus en plus grande de la population à se révolter ? Encore raté. Tout l’article, rédigé par un journaliste dont la spécialité est de salir les luttes locales, du mouvement anti-aéroports aux défilés nantais, est destiné à créer une division artificielle pour anéantir le mouvement en cours pour la défense des libertés. Et finalement, légitimer une répression encore plus forte.

    Partant des déclarations du préfet selon lequel il « se passe des choses pas banales sur ce territoire », le quotidien prend à témoin les syndicats pour qu’ils dénoncent les « violences ». Et plutôt que de remettre au centre le véritable sujet : l’accélération autoritaire du Régime politique, le piège fonctionne. Pour faire bonne figure, deux responsables syndicaux se présentent comme « coincés entre deux feux » : celui de la police et celui du cortège de tête. Comme si les tirs de grenades, les blessures et les charges contre les manifestants pouvaient être mis à égalité avec quelques tags, des fumigènes et une ou deux vitrines de banques. Ces dirigeants répètent aussi qu’il s’agirait de débordements « en marge », de « casseurs » infiltrés qu’il faudrait « chasser ». Alors même que des centaines de personnes remplissent les cortèges de tête depuis des années à Nantes, et animent les mobilisations au même titre que les autres composantes des luttes. Plus grave, ils déclarent : « nous n’avons plus les moyens d’installer un cordon sur plusieurs kilomètres de cortège » et « on aimerait discuter de stratégie avec les autorités ». Comme pour réclamer une répression plus efficace contre une partie des manifestants. Pourquoi ne discutent-ils pas plutôt de « stratégie » avec les autres sensibilités engagées dans la lutte ? Bref, cet article atteint son but : diviser, séparer les « méchants » des « bons manifestants », et alimenter les fantasmes. C’est dommage, car il est possible de déjouer ce genre d’opération.

    Par exemple, ces représentants syndicaux auraient pu rappeler le climat extrêmement lourd qui règne à Nantes, avec pas moins de trois jeunes tués par la police depuis 2017, Abdou, Aboubacar et Steve, plusieurs mutilés, et des centaines de blessés.

    Ils auraient pu expliquer que dans ce contexte, et étant donné l’impunité qui entoure ces violences, il n’était pas surprenant qu’au bout d’un moment, la colère finisse par s’exprimer.
    Ils auraient pu se féliciter qu’à Nantes, par 3 fois, des milliers de personnes se soient mobilisées pour les libertés fondamentales, ce qui est historique.

    Ils auraient pu aussi détailler quelles sont les armes utilisées contre la population, les dommages qu’elles causent, afin de rappeler d’où vient la violence.

    Ils auraient pu, surtout, dire qu’il y a toujours eu des modes d’actions différents dans les luttes, et que, même s’ils ne les partagent pas toutes, la pluralité des actions ne doit pas diviser une mobilisation. Et qu’ils n’ont pas de compte à rendre au Préfet.

    Ils auraient pu, enfin, expliquer que dans un contexte pré-fasciste, où les journalistes sont arrêtés, les opposants mutilés, les minorités opprimées et les libertés détruites les unes après les autres, il y a largement de quoi être dans une colère noire, et que c’est le pouvoir qui devait retrouver la raison.

    Mais non, rien de tout cela. C’est pourtant en refusant la désolidarisation, en évitant de donner raison à la propagande de l’ennemi, qu’on remporte une lutte. Les mobilisations victorieuses, du Chili à Notre-Dame-des-Landes, sont là pour nous le rappeler.

    (post de Nantes Révoltée)

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