Congrès mondial de la nature UICN - Il ne s’agit pas de l’extinction de la biodiversité, mais de sa destruction systématique par le techno-capitalisme

Pyromanes écocidaires et pompiers protecteurs main dans la main ? Pour protéger en priorité la nature ou le business ?

dimanche 5 septembre 2021, par Les Indiens du Futur.

Dans les médias on lit souvent que le vivant subit une extinction, qu’on assiste à une extinction de la biodiversité, un déclin du nombre d’espèces.
Cette expression inadaptée masque la réalité et détourne l’attention. Elle fait croire que ce serait une calamité naturelle, inévitable, abstraite, neutre, une extinction malencontreuse venue de nulle part, pas de chance.
A l’heure du congrès mondial de la nature UICN à Marseille début septembre 2021, où la biodiversité est auscultée sous toutes les coutures, il serait temps de prendre la mesure de ce qui se passe, et surtout de faire cesser le système irréformable qui produit toutes ces nuisances dramatiques et autodestructrices.

Congrès mondial de la nature UICN - Il ne s’agit pas de l’extinction de la biodiversité, mais de sa destruction systématique par le techno-capitalisme
Pollutions plastiques ou chimiques, pesticides ou déforestations, les animaux sont tués par le techno-monde et ses effets

- Même Reporterre reprend le terme d’extinction : Entretien — Nature : Tout comprendre à l’effondrement de la biodiversité
Tout comprendre à l’effondrement de la biodiversité
- Alors que s’ouvre, vendredi 3 septembre, le Congrès mondial de la nature à Marseille, Reporterre révise les fondamentaux avec Hélène Soubelet, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. Qu’est-ce que ce mot recouvre ? Assiste-t-on à une extinction de masse ? Que faire pour la contrer ?
(...) Selon l’IPBES, nous ne sommes pas encore dans une extinction de masse. Lors des extinctions précédentes, de l’ordre de 80 % des espèces ont disparu... ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. En revanche, on en prend la direction. Le taux d’extinction est actuellement 100 à 1 000 fois supérieur à celui calculé au cours des temps géologiques. [2] C’est un processus, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Mais le déclin se fait à un rythme très rapide. Les écosystèmes se dégradent trop vite pour que les espèces s’adaptent, beaucoup risquent donc de disparaître.
(...)

Pourtant on sait bien que ces disparitions dramatiques en série des espèces et individus (animaux ou végétaux) ne sont pas dues au hasard, mais bien à la civilisation industrielle, à son idéologie et à ses structures (Etat, capitalisme, technologie, progrès, croissance, productivisme...).
Il faudrait donc plutôt parler de destruction programmée, de massacre accéléré volontaire, de mise à mort cynique du vivant au profit du Capital des riches actionnaires et de la mégamachine dans son ensemble, de remplacement des mondes vivants libres par un monde techno-machinique sous cloche et sous surveillance, d’écocide administré...

Congrès mondial de la nature UICN - Il ne s’agit pas de l’extinction de la biodiversité, mais de sa destruction systématique par le techno-capitalisme
La biodiversité est volontairement sacrifiée par l’expansion techno-industrielle

UICN : un système écocidaire et des écologistes main dans la main ?!

- Sur la page d’accueil du congrès ça commence mal, la vidéo « la résilience c’est dans notre nature » semble faire l’apologie de l’adaptation aux désastres du techno-capitalisme plutôt que de faire cesser ce qui les causes.

- Quand on voit la liste des partenaires et sponsors (Nutella et Veolia) ça fait peur, exemples : SNCF, Pernod Ricard, Caisse d’épargne, Bouygues immobilier, BNP Paribas, L’Oréal, USA, JCDeacaux, BFM Business, Yves Rocher, Onet...

- Dans le programme, on retrouve des saloperies techno-libérales de type :

Congrès mondial de la nature UICN - Il ne s’agit pas de l’extinction de la biodiversité, mais de sa destruction systématique par le techno-capitalisme
Une vie riche entourée de mondes vivants complexes, ou une sous-vie de termite dépendante de la cybernétique ?

Bref, un grand show médiatique chapeauté par les Etats et les grosses entreprises, pour promouvoir leurs actions « vertueuses », tourner en rond, faire de l’enfumage écoeurant, se rassurer via des exemples de protection de la biodiversité, et soigneusement éviter de parler des vraies options (voir en PS) qui fâchent pour préserver le vivant, pour créer des sociétés vivables et garder une planète habitable.

Multinationales, banques, Etats, population, tous main dans la main pour que le business continue tout en épargnant (un peu) le vivant et en en tirant des profits.
Qui aurait l’idée saugrenue d’associer bourreaux et condamnés pour militer pour l’abolition de la peine de mort ?
C’est pourtant ce qui se passe : les entreprises et les idéologies responsables structurellement du carnage veulent faire croire qu’elles peuvent fonctionner autrement et sauver la mise.
Mais non désolé, les pyromanes acharnés ne font pas de bons pompiers, et les mécanismes du Marché sont le problème, les faire jouer légèrement différemment ne réglera rien, bien au contraire.

Ok c’est chouette de défendre des espèces animales ou végétales menacées ou des peuples autochtones, mais pas n’importe comment.
Et le faire en associant leurs bourreaux est délirant, schizophrène, mensonger, criminel.
Surtout on sait bien que rien ne pourra être préservé au final tant que la civilisation industrielle et son techno-capitalisme (plus ou moins régulé/protégé par les Etats) continueront.

Congrès mondial de la nature UICN - Il ne s’agit pas de l’extinction de la biodiversité, mais de sa destruction systématique par le techno-capitalisme
Le système industriel détruit les mondes vivants, quelles que soient les énergies qu’il consomme

- Voir : Congrès de la nature - Les aires protégées sous le feu des critiques (...)
Estienne Rodary, chercheur à l’IRD, spécialiste du sujet : « La conservation s’est historiquement faite au détriment des populations locales, me dit-il. Dans l’esprit des promoteurs des aires protégées, notamment les grosses ONG comme le WWF, protéger efficacement une zone signifie nécessairement l’exclusion des populations locales ou la restriction drastique de leurs activités. »
Sauf que... ça ne marche pas. « La multiplication des aires protégées n’a pas fondamentalement changé la manière dont on détruit la nature à l’échelle globale, par nos modes de vie », dit-t-il. Autrement dit : tant que l’on continuera de produire intensivement, de consommer massivement et de polluer, on ne résoudra pas la crise écologique, quand bien même on crée à tour de bras des espaces préservés.
(...)

« Au XIXe siècle, à l’époque coloniale et industrielle, certains Occidentaux se sont rendu compte qu’on détruisait peu à peu la nature, me répond-il. Mais plutôt que de remettre en cause le modèle économique à l’origine du désastre, ils ont préféré limiter les dégâts en plaçant certaines zones de nature dans des enclos. » En Afrique ou en Asie, c’était aussi une manière pour les colons d’imposer concrètement, matériellement, leur domination sur les terres conquises. « C’est horrible à dire, mais on a créé des réserves — et on continue de le faire — pour s’exonérer des destructions que l’on cause ailleurs. Ça permet de se dire “On fait quelque chose pour la planète”. » Et donc dénoncer les aires protégées, c’est remettre en cause tout le système qu’on a bâti « pour sauver la planète ». « Il est plus facile de créer ou de financer une aire protégée en Afrique que de transformer radicalement notre système économique », conclut, amer, le chercheur.
(...)
« 56 % des études sur la conservation sous contrôle “local” — par les communautés — montrent des résultats positifs, tant pour le bien-être humain que pour la conservation. Pour la conservation sous contrôle “extérieur” — par les États ou les ONG — , seul 16 % des études rapportent des résultats positifs et plus d’un tiers ont abouti à une conservation inefficace et des résultats sociaux négatifs. »
(...)

Congrès mondial de la nature UICN - Il ne s’agit pas de l’extinction de la biodiversité, mais de sa destruction systématique par le techno-capitalisme
Par nature, le capitalisme ne peut pas être écologique, tout comme il ne peut pas favoriser un réel épanouissement social pour toustes

Ce que veulent en priorité technocrates et capitalistes, c’est la résilience, la survie et l’adaptation du techno-monde industriel, de leurs profits, de leur puissance, de la mégamachine, pas la prise en compte réelle des mondes vivants.
Tout simplement parce que cette prise en compte implique la démolition radicale de la civilisation industrielle.

Congrès mondial de la nature UICN - Il ne s’agit pas de l’extinction de la biodiversité, mais de sa destruction systématique par le techno-capitalisme
Le Capital détruit le vivant pour croître, et aussi : la destruction du vivant libre et gratuit permet de développer de nouveaux marchés pour des marchandises mortes et payantes de remplacement

Les seuls capitalistes responsables sont ceux prêts à arrêter leur activité et à léguer leur argent à des mouvements écologistes radicaux.

Congrès mondial de la nature UICN - Il ne s’agit pas de l’extinction de la biodiversité, mais de sa destruction systématique par le techno-capitalisme
Remplacer le pétrole par des énergies « vertes », comme l’industrie a remplacé la combustion du bois par le charbon ?

P.-S.

Perspectives et pistes de résistance active

La situation écologique, climatique, sociale est terrible.
Mais tant qu’il y a des résistances, rien n’est complètement perdu.
Et puis la civilisation industrielle, ce système techno-capitaliste et étatique, n’est peut-être pas si solide que ça, elle sans doute plus attaquable qu’on ne pense.

Il existe quantité de moyens de se battre, de lutter pour abattre/détruire/démolir/désarmer/stopper/effondrer les structures matérielles et idéologiques de la civilisation industrielle. Et quantité de moyens pour construire à la place des mondes vivables et soutenables.
Soutien financier, action directe, information, soutien aux personnes engagées, actions publiques ou clandestines, communication, refuges...
Il y en a pour tous les goûts, toutes les disponibilités et « niveaux » d’engagement.

Il y a des places pour chacun.e dans cette vaste culture de résistance à construire.

- Liens utiles pour aller plus loin :


1 Message

  • Congrès mondial de la nature UICN - Il ne s’agit pas de l’extinction de la biodiversité, mais de sa destruction systématique par le techno-capitalisme Le 6 septembre à 16:25, par Les Indiens du Futur

    ET TOUJOURS ILS CHÉRISSENT LES CAUSES

    Certes, on pourrait dénoncer, comme le font certains altermondialistes, ce congrès grotesque lors duquel les pires destructeurs de la nature vont faire mine de s’inquiéter de son sort, et surtout deviser de nouvelles manières de s’assurer de continuer d’en tirer profit. (On pourrait aussi faire valoir que de toute façon ce congrès n’a aucun sens vu que la nature n’existe pas, comme nous l’apprennent d’éminents penseurs médiatiques très appréciés de l’éco-bourgeoisie comme Descola, Latour & al.).

    Mais si c’est pour quémander une autre mondialisation, que l’État ou les organisations supra-étatiques (ONU, etc.) fassent le bien, que les multinationales et les riches soient davantage taxés, que le développement des industries des énergies dites vertes, propres ou renouvelables soit lourdement subventionné, etc., bref, des injustices un peu moins injustes et une destruction de la Terre un peu moins rapide, ou d’autres naïvetés ou impossibilités de ce genre (que les causes du problèmes daignent un peu l’atténuer), mieux vaut se taire.

    Le désastre social et écologique en cours tire son origine de la dépossession générale, qui se manifeste par exemple dans le fait que nous sommes tous plus ou moins réduits à l’état de spectateur de son déroulement, de spectateur du développement des choses, de spectateur de ce genre de congrès infâme — le pouvoir étant accaparé par un petit nombre de personnes et d’entités (États, organisations supra- ou para-étatiques, multinationales), et la quasi-totalité des êtres humains contrainte de subir les règles d’un jeu qu’elle n’a en rien conçu et sur lesquelles elle n’a quasiment aucune influence.

    Cela étant, quel sens cela a-t-il de compter sur ce petit nombre de personnes et d’entités, d’en appeler, autrement dit, au système social qui organise la dépossession et provoque le désastre en cours, pour pallier certains de ses effets ?
    Par exemple, les régimes alimentaires modernes, et notamment le régime « carné » typique (viande d’origine industrielle, etc.), constituent de terribles fléaux écologiques. Mais ces régimes carnés n’existent pas dans rien. Ils sont des produits de la civilisation industrielle, des produits de la dépossession, conçus pour et par une minorité, par les entités dirigeantes, par les dispositions sociales et économiques qu’imposent les États.

    Comme le rappelle Yvan Lepage, professeur de littérature à l’université d’Ottawa, dans un texte sur l’évolution de la consommation d’aliments carnés aux XIXe et XXe siècles en Europe occidentale : « Le XIXe siècle se caractérise par la mise en place de nouvelles hiérarchies sociales fondées cette fois non plus sur la naissance, mais sur le capital. La mise en place de ces classes sociales modèle l’ensemble du quotidien de la forme des villes à la répartition des logements, jusqu’au contenu des assiettes et la façon de le manger. » Il conclut : « L’accroissement de la consommation de viande au cours de ces deux siècles est spectaculaire parmi les populations européennes. Les informations, même partielles, dont on dispose, permettent de dessiner les grandes étapes de la consommation de viande. L’engouement pour la consommation de viande semble lié à la révolution industrielle, au machinisme. Avec cette dernière est né le mythe de la puissance dont la nourriture carnée permettra aux hommes de maîtriser cette évolution. »

    C’est-à-dire que les régimes alimentaires nuisibles des êtres humains qui vivent dans la civilisation industrielle sont des produits de la civilisation industrielle. Incroyable nouvelle. Ils sont rendus possibles (et ont été imposés) par les structures sociales de la civilisation industrielle et ses infrastructures matérielles. Structures sociales et infrastructures qui posent problème d’innombrables manières sur les plans sociaux et écologiques. Autrement dit le problème des régimes alimentaires nuisibles va de pair avec d’innombrables autres problèmes sociaux et écologiques.
    Dès lors, se contenter d’en appeler aux organisations dominantes pour qu’elles modifient les régimes alimentaires des dépossédés, c’est assez pathétique (mais bon, ça peut s’avérer agréable d’aller manger des petits fours lors de prestigieux congrès ou de fréquenter le gratin ici et là, d’avoir accès à des positions de pouvoir, etc.). En outre, selon toute probabilité, même si un régime alimentaire végétarien était imposé à tous les civilisés, la planète et ses espèces continueraient d’être anéanties.

    Pour le dire encore autrement, notre objectif ne devrait pas être de demander aux organisations étatiques et supra ou para-étatiques, au capitalisme de bien vouloir favoriser un régime végétarien s’il vous plait, ou de nous faire des inégalités moins inégales ou des injustices moins injustes, mais de démanteler ces organisations et les activités et infrastructures techno-industrielles qu’elles imposent.

    post de Nicolas Casaux

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