Centre Drôme : alerte séchesse renforcée : les interdictions d’usages ne résoudront jamais les problèmes chroniques

Aucune commune n’a organisé de discussion d’urgence sur la question du cycle de l’eau

mercredi 1er juin 2022, par Les Indiens du Futur.

Vue la situation de sécheresse qui s’installe, les restrictions des usages ordonnées par la préfecture de la Drôme se durcissent :
En conséquence de la réunion du comité « Ressource en Eau » le 24 mai 2022, et compte tenu de l’aggravation de la situation liée à l’absence durable de pluie, la Préfète de la Drôme a décidé de placer les secteurs Galaure, Drôme des collines, Plaine de Valence, Drôme, Roubion et Jabron en alerte renforcée sécheresse, tant en ce qui concerne les eaux superficielles que les eaux souterraines. Cette mesure ne concerne pas les secteurs du Royan Vercors et du Rhône, qui demeurent en vigilance. Le Lez, l’Eygue et l’Ouvèze restent en alerte, ainsi que les affluents de la Valloire

- Voir aussi le résumé des mesures, restrictions et interdictions, pour cette "Drôme centre" : Mesures de restriction à respecter en période de sécheresse, usages dits d’agrément (gestes dits éco-citoyens)

- Remarque au passage : les jardins potagers sont classés en "agrément" (avec interdiction d’arroser entre 9h et 20h), alors que pour un nombre croissant de personnes c’est un apport vital dans l’économie du foyer (sans parler des bienfaits psychologiques), ça n’est pas un loisir. (Le Monde : "Depuis deux ans, avec la crise sanitaire due au Covid-19, un quart des pratiquants disent avoir intensifié leur activité. L’apiculture, l’élevage de poules et la conserverie ont le plus profité de ce regain d’intérêt")

Centre Drôme : alerte séchesse renforcée : les interdictions d’usages ne résoudront jamais les problèmes chroniques
Sans eau, le désert, avec éventuellement des cactus

L’eau est indispensable à la vie, mais la plupart des gens s’en foutent (comme du reste d’ailleurs), ou plus exactement, laisse perdurer un système social qui détruit méthodiquement le cycle de l’eau par divers atteintes qui se cumulent, et qui à présent se renforcent dans des boucles de rétroaction catastrophiques.
Ils se déchargent, comme on leur a appris, comme les structures sociales les y incitent fortement, sur les élus, les technocrates et les capitalistes pour qu’ils sauvent la mise par miracle, pour trouver des options technologiques in extremis un jour, ce qui équivaut à se tirer une balle dans la tête.
Et pour l’instant les militants/activistes sont trop peu nombreux, et souvent pas assez radicaux, pour pouvoir changer la donne.

Ca fait des dizaines d’années que les élus au pouvoir, les technocrates et les capitalistes sont parfaitement au courant des problèmes et de leurs causes. Résultat ? Les choses ne font que s’aggraver, sur le fond rien n’a changé, ni au local, ni au national, et encore moins au global. Ils continuent à imposer et justifier leurs politiques criminelles, sous couvert à présent de « transition », de développement durable ou d’économie circulaire. A part quelques exceptions, on ne voit que le business as usual ou du saupoudrage de mesures superficielles, du greenwashing et du blabla.
A part quelques communes qui essaient de faire des choses utiles, ce sont juste des ajustements, des aménagements et des réformes qui ne changent rien au fond mais permettent d’enfumer, de faire croire à l’action, de reporter à plus tard, et surtout de permettre au modèle techno-capitaliste, à la civilisation industrielle, de continuer encore et encore à exister, et donc à tout ravager.
Les mécontents sont renvoyés aux élections ou au petits égo-gestes, autant dire aux callendes grecques et aux tonneaux percés.

Pour la civilisation industrielle, l’eau est à traiter comme les autres ressources (pétrole, bois, sable, graviers, phosphore...) : à pomper et utiliser à mort pour les besoins de la croissance, à économiser et protéger un peu quand la poursuite de l’économie de marché est menacée.

Les problèmes d’eau sont connus en Drôme depuis longtemps, depuis plusieurs années les menaces de sécheresses plus fréquentes et plus longues se précisent, dues aux catastrophes climatiques globales provoquées par la civilisation industrielle, agravées par l’agriculture conventionelle qui détruit les sols et pollue, alimentées par toutes les « petites » actions néfastes et destructives portées par la plupart des élus et par les activités de l’économie de marché.

Pourtant, cette année encore, alors que l’alarme « sonne » depuis cet hiver et ce début de printemps, visiblement, aucune commune n’a lancé un cycle d’assemblées ouvertes pour poser les problèmes présents et pour réfléchir/décider collectivement des modifications radicales à mener au plus vite. RIEN, juste la répercution des arrêtés préfectoraux d’alerte sécheresse. Les autorités se contentent éventuellement de faire des réunions entre elles, sans jamais remettre en cause la culture de la civilisation industrielle.
Comme si des interdictions et restrictions allaient résoudre le problème de fond !
Comme si de simples adaptations d’une partie des pratiques agricoles allaient suffire, comme si des adaptations et des réformes superficielles pouvaient mettre fin au dérèglement climatique et aux désastres écologiques provoqués par les structures en place !

Centre Drôme : alerte séchesse renforcée : les interdictions d’usages ne résoudront jamais les problèmes chroniques
L’eau, on s’en soucie vraiment quand il n’y en a plus

- En Drôme comme ailleurs, la préfecture veut multiplier la construction d’énormes retenues d’eau (des méga-bassines) en guise de « solutions » aux sécheresses pour l’agriculture !
Des écologistes, des paysans et des spécialistes nous expliquent pourtant depuis longtemps que c’est une action absurde, contre-productive, qui aggrave à terme les problèmes.

Mais l’Etat et ses préfets s’assoient lourdement dessus, avec toute leur morgue et leur autoritarisme ancestraux et légaux, avec le soutien de leur armée de flics s’il le faut, le modèle productiviste et industriel doit continuer quoi qu’il en coûte à l’habitabilité de la planète, dans l’agriculture comme partout ailleurs, c’est vital pour la survie du capitalisme. Il est bien plus important , pour les dirigeants et pour les tous les adeptes de la civilisation industrielle, de continuer à augmenter le volume d’argent, à rêver de se délivrer des réalités terrestres, que d’inventer une société vivable qui ne détruit pas la biosphère.

En Drôme, toujours rien pour interdire la multiplication des piscines individuelles ou les SUV, le département continue à multiplier les aménagements routiers, et veut même imposer une croissance du tourisme motorisé dans le Vercors.
Et vas-y que l’étalement urbain continue, avec ses zones industrielles, ses entrepôts logistiques gigantesques avec camions incessants, ses lotissements hors sol, ses parkings, ses zonages qui éloignent les diverses activités et multiplient les bétonnages, et la valorisation de la compétition, des rallyes automobiles, de la 5G, des aéroports, du numérique virtuel pour les jeunes, etc...

Et après, après avoir accepté, réclamé, laissé faire tout ça, on s’inquiète un jour du manque d’eau, de la sécheresse qui dure, des records de température battus chaque année, des risques de nouvelles pandémies ou de pénuries alimentaires.
Et non, c’est pas la faute à pas de chance ou aux illuminatis
, c’est du à une certaine culture, un certain type de société, à un système que peu de monde conteste vraiment.

Centre Drôme : alerte séchesse renforcée : les interdictions d’usages ne résoudront jamais les problèmes chroniques
Le cycle de l’eau est gravement démolit par la destruction des sols et le réchauffement climatique global

Quand les rivières seront toutes à sec

- Quand les rivières seront toutes à sec, les forêts en feu, les températures insupportables, alors, peut-être, davantage de gens s’inquiéteront et agiront, trop tard, ...pour préserver le business touristique, l’activité économique du libre marché et la nourriture humaine (pas pour préserver les animaux et les plantes ravagées), pour tenter de sauver la civilisation industrielle et ses conforts matériels (pas pour préserver les écosystèmes, mais pour préserver les « écosystèmes » industriels).

L’ennui, c’est que les personnes (les exclus et les plus pauvres) qui subiront le plus ces désastres sont celles qui en sont le moins responsables. Et ne parlons pas des animaux, des plantes, des truites, des mésanges, des martinets, des grenouilles, des couleuvres...

Record battu du manque de pluie en mai !

- Manque de pluie : un record vieux de 100 ans vient de tomber dans la Drôme - La France vient de vivre le mois de mai le plus sec jamais enregistré depuis 1959. La Drôme et l’Ardèche connaissent un déficit de pluviométrie d’environ 80% et les stations battent des records de faibles précipitations. (...) Montélimar vient de battre un record de manque de pluie qui datait... de 1922 ! (...)

P.-S.

« Je me demande pourquoi le progrès ressemble tant à la destruction. »
John Steinbeck, Voyage avec Charley (Viking, 1962).

Qu’est-ce qui est plus dur à affronter ?

Une construction sociale contingente et non indispensable ?
Ou des catastrophes certaines, de plus en plus destructrices, incontrôlables et gigantesques rendant la planète inhabitable ?

La civilisation industrielle paraît indestructible, elle est certes bien installée dans la réalité matérielle et dans les têtes, défendue par des armées de bonimenteurs et de flics, mais elle est aussi un colosse aux pieds d’argile, fort de notre consentement. Si davantage de personnes luttaient pour le détruire au lieu de tout faire pour le rafistoler, le relooker en vert et le faire durer, il s’écroulerait.

La biosphère paraît indestructible, forte de millions d’années d’évolution et de capacités d’adaptation, mais hélas la puissance destructive de la civilisation industrielle est capable de la détruire, ou en tout cas d’éradiquer une bonne partie des espèces en détruisant les conditions écologiques de leur subsistance et en dérèglant gravement et rapidement le climat.

Que préférez-vous ? La biosphère et des sociétés vivables, ou l’enfer de la civilisation industrielle ?
Le risque d’un changement radical, ou la certitude d’une continuité de désastres croissants ?
Essayer en vain de vous adapter à des conditions devenant de plus en plus invivables ou faire l’effort collectif de lutte pour démanteler la civilisation industrielle ?

La biosphère nous est indispensable, la civilisation industrielle non.

Perspectives et pistes de résistance active

La situation écologique, climatique, sociale est terrible.
Mais tant qu’il y a des résistances, rien n’est complètement perdu.
Et puis la civilisation industrielle, ce système techno-capitaliste et étatique, n’est peut-être pas si solide que ça, elle sans doute plus attaquable qu’on ne pense.

Il existe quantité de moyens de se battre, de lutter pour abattre/détruire/démolir/désarmer/stopper/effondrer les structures matérielles et idéologiques de la civilisation industrielle. Et quantité de moyens pour construire à la place des mondes vivables et soutenables.
Soutien financier, action directe, information, soutien aux personnes engagées, logistique, actions publiques ou clandestines, communication, refuges...
Il y en a pour tous les goûts, toutes les disponibilités et « niveaux » d’engagement.

Il y a des places pour chacun.e dans cette vaste culture de résistance à construire.

- Liens utiles pour aller plus loin :


1 Message

  • Centre Drôme : alerte séchesse renforcée : les interdictions d’usages ne résoudront jamais les problèmes chroniques Le 2 juin à 13:13, par Cendrillon

    Bonjour,
    J’habite en Drôme provençale. Ma Commune est en alerte sécheresse « non renforcée ». Je l’ai su parce que j’ai cherché. Le site de la mairie ne mentionne même plus l’arrêté...et non seulement des tas de gens s’en foutent (détournement de ruisseaux pour faire une mare dans un jardin d’agrément, pompage 24/24 pour des chênes truffiers...) mais des touristes étrangers non informés (ou qui passent outre) arrivent dans leurs maison secondaire... Aucune affiche, aucun panneau...Pendant ce temps, des maraîchers de la vallée se rationnent... A la mairie, on me répond : on compte sur le bouche à oreille... Alors organiser des discussions d’urgence sur la question du cycle de l’eau, c’est pas vraiment au programme.
    Par ici, ils mettent le paquet sur la protection des biens des personnes (riches) et luttent activement contre les cambriolages.
    L’eau est pourtant un bien commun. Plus pour longtemps.

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