Quelques leçons de Plogoff, une lutte antinuclaire défensive victorieuse, en Bretagne 1980

L’Etat, la technocratie et le Capital, déjà anti-écologiques à l’époque

mardi 7 septembre 2021, par Les Indiens du Futur.

APPRENDRE DE PLOGOFF

C’était il y a plus de 40 ans, et je n’étais pas né. Mais, bien entendu, entre temps rien n’a changé, ou si peu. Les mêmes dynamiques, les mêmes forces en présence — l’État, le capitalisme, la technologie. L’histoire de la bataille de Plogoff, comme celle des si rares victoires — défensives — obtenues par des écologistes — ou des gens l’étant en quelque sorte devenus par la force des choses — devrait être connue et étudiée par les écologistes contemporains. Cet excellent documentaire fournit un bon point de départ.

Les habitants de Plogoff, en Bretagne, qui ne se connaissaient pas plus que ça avant la bataille qu’ils menèrent contre l’installation d’une centrale nucléaire sur leur territoire, ont tous fait connaissance durant la lutte ! (Autre effet positif du combat.) On sait que les femmes de Plogoff jouèrent un rôle majeur dans cette lutte (voir le livre de Renée Conan et Annie Laurent intitulé "Femmes de Plogoff"). Tandis que nombre des hommes du village, ex-militaires ayant eux-mêmes participé à accomplir les sales besognes de l’État ailleurs, à l’étranger (Algérie, etc.), se sont retrouvés à affronter leur ancien employeur chez eux, à découvrir ses exactions, sa violence, de première main (ont découvert une réalité manifeste mais dissimulée aux yeux de la plupart des gens à grand renfort de propagandes culturelles, d’éducation nationale et autres formes de « relations publiques », à savoir que l’État constitue une puissance colonisatrice à l’intérieur de ses frontières comme à l’extérieur). Parce que, contre les habitants de Plogoff, unanimement opposés à la centrale nucléaire, l’État, qui avait pourtant promis, comme à son habitude, de respecter l’avis de la population locale, a envoyé des bataillons de CRS, de policiers, des commandos de parachutistes, qui n’hésitèrent pas à faire pleuvoir coups de matraques, grenades lacrymogènes et offensives sur les protestataires (Bretons réfractaires).

Cependant, les habitants de Plogoff, déterminés, finirent par l’emporter. Les raisons précises sont à approfondir. Mais pour une victoire comme celle-ci, défensive, contre l’expansion de la mégamachine, combien de défaites ? Combien de non-luttes, de développements industriels servilement et docilement acceptés par des populations ?
Plogoff devrait servir de rappel, parmi tant d’autres éléments, de cette évidence que l’État est le problème, l’ennemi, et qu’il n’hésite jamais à employer la violence, la force, contre ceux qui gênent ses plans.

Tout mouvement écologiste conséquent se doit d’être anarchiste.

Une version restaurée du film est proposée par Les Mutins de Pangée :
https://www.lesmutins.org/plogoff-des-pierres-contre-des-2090

(P.S. : bien sûr, entre temps, certaines choses ont changé. Désormais, il existe des gens qui se présentent comme écologistes et aussi pour le nucléaire. Et entre temps, il y a eu l’internet, les smartphones, tout un déferlement technologique qui, dans le même mouvement, ravage la terre et en déracine les êtres humains, les déporte dans un univers purement artificiel, hors-sol, extraterrestre, virtuel, numérique, etc.)

Post de Nicolas Casaux

https://vimeo.com/476052704
Quelques leçons de Plogoff, une lutte antinuclaire défensive victorieuse, en Bretagne 1980
Un excellent film documentaire sur une lutte défensive victorieuse contre l’implantation d’une centrale nucléaire

Re-PLOGOFF, L’ÉTAT EN GUERRE CONTRE LA POPULATION

De l’aveu du commandant de gendarmerie (organisme militaire) en charge de la situation à Plogoff en 1980, l’État y menait une « guerre » contre la population — population qui constituait donc « l’adversaire ». Rien d’étonnant. L’État, c’est ça. Un organisme en guerre permanente (plus ou moins manifeste, plus ou moins ouvertement violente, mais incessante) contre la population du territoire qu’il accapare, qu’il cherche à contrôler.

Aussi, dans cet extrait du très bon documentaire intitulé « Plogoff, les révoltés du nucléaire », Nicole Le Garrec (réalisatrice du documentaire « Plogoff. Des pierres contre des fusils ») rappelle que si Plogoff a été choisie pour l’installation d’une centrale nucléaire, c’est entre autres choses parce que l’État s’attendait à y trouver une population soumise, docile. Ce qui nous rappelle ce truisme selon lequel le problème d’aujourd’hui n’est pas un problème de désobéissance mais d’obéissance. Tant qu’il y en aura suffisamment pour se soumettre docilement à la domination de l’État et du capitalisme, pour la cautionner ou la soutenir (s’enrôler dans les diverses milices étatiques, etc.), et pas assez pour s’y opposer (et/ou de manière trop peu efficace, organisée), le désastre continuera.

Avant même de l’être pour des raisons écologiques, la domination étatique, la dépossession politique et l’aliénation qu’elle implique, devraient être combattues pour ce qu’elles sont. On en est loin. Une large partie de la population, fructueusement conditionnée par la propagande étatique, atteinte du syndrome de Stockholm, s’imagine que « l’État c’est nous », confond « écologie » et « production industrielle d’énergie prétendument décarbonée », est satisfaite du régime politique actuel, du fonctionnement des choses (mais régulièrement mécontente de ce gouvernement en particulier, de ces dirigeants-là, compte en élire d’autres aux prochaines élections, sans que cela ne l’amène jamais à remettre en question l’ensemble du système lui-même), etc. Tandis que l’essentiel du mouvement écologiste (« mouvement climat »), qui lui aussi confond « écologie » et « production industrielle d’énergie prétendument décarbonée », ou « écologie » et « décarbonation », se contente d’espérer que l’État impulse une impossible transition vers une illusoire civilisation techno-industrielle carboneutre qui, même si elle était chose possible, serait toujours un enfer social de dépossession et d’aliénation, d’injustices et d’inégalités, et une machine à ravager le monde (mais de manière neutre en carbone, c’est-à-dire de manière un peu plus « durable », ce qui, pour toutes les espèces vivantes, la vie sur Terre en général, serait une assez mauvaise nouvelle).

L’État, c’est pas nous, ça n’a jamais été nous, ça ne sera jamais nous, mais toujours notre « adversaire ». Ceux qui se soucient de la liberté et de la vie sur Terre ne devraient jamais se faire d’illusion à ce sujet, et tâcher de l’expliquer à ceux qui se sont fait embobinés par l’éducation et l’endoctrinement d’État.

Aussi : https://linactuelle.fr/2020/05/02/ecologisme-etat-frederic-dufoing/

Quelques leçons de Plogoff, une lutte antinuclaire défensive victorieuse, en Bretagne 1980
1975 : une conscience forte de l’autonomie politique populaire

- A relier à cet article récent : Pour l’écologie et les transformations sociales, croire encore en l’Etat ?

Quelques leçons de Plogoff, une lutte antinuclaire défensive victorieuse, en Bretagne 1980
Livre « les femmes de Plogoff »
Quelques leçons de Plogoff, une lutte antinuclaire défensive victorieuse, en Bretagne 1980

P.-S.

Perspectives et pistes de résistance active

La situation écologique, climatique, sociale est terrible.
Mais tant qu’il y a des résistances, rien n’est complètement perdu.
Et puis la civilisation industrielle, ce système techno-capitaliste et étatique, n’est peut-être pas si solide que ça, elle sans doute plus attaquable qu’on ne pense.

Il existe quantité de moyens de se battre, de lutter pour abattre/détruire/démolir/stopper/effondrer les structures matérielles et idéologiques de la civilisation industrielle. Et quantité de moyens pour construire à la place des mondes vivables et soutenables.
Soutien financier, action directe, information, soutien aux personnes engagées, actions publiques ou clandestines, communication, refuges...
Il y en a pour tous les goûts, toutes les disponibilités et « niveaux » d’engagement.

Il y a des places pour chacun.e dans cette vaste culture de résistance à construire.

- Liens utiles pour aller plus loin :


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