Le capitalisme a séparé les humains en deux catégories indissociables qui s’ignorent complètement, le travailleur et le consommateur.
Le travailleur produit des objets ou services quelconques qui permettent de produire de l’argent pour la valorisation du Capital et donc la poursuite de l’économie de marché. Le consommateur fait le travail d’acheter ces produits, soigneusement stimulé et orienté par la publicité et toute la propagande pour le monde dit "moderne" présente partout.
LE « CONSOMMATEUR » EST UN PRODUIT COMME LES AUTRES,
fabriqué afin de consommer, du berceau à la tombe, d’autres produits, d’augmenter le PIB, de favoriser la croissance, l’expansion de la technosphère, de faire tourner la machine du capitalisme mondialisé. Ses goûts, ses croyances, ses idées, ses rêves, ses aspirations, sont également des produits. Revendiquer fièrement le statut de « consommateur », c’est revendiquer fièrement le statut de produit.
Livre en lecture libre ici : https://www.editions-zones.fr/lyber?la-fabrique-du-consommateur
- Le consommateur est une marchandise comme les autres
- Consommer du luxe, du bio ou du hard-discount, c’est participer au monde capitaliste marchand et à son abstraction néfaste
"Le consommateur est devenu un travailleur comme les autres, sa seule rémunération est l’éphémère satisfaction dans l’usage des marchandises." Ivan Illich
voir aussi, le livre de J Baudrillard : La société de consommation (1970), disponible ici en PDF
Dans nos sociétés où la consommation prend la place de la morale, le corps devient un objet, un capital soumis à un impératif de faire-valoir. Et même si la publicité a recours à des représentations érotiques, il s’agit en fait d’une censure du sens profond des fantasmes. Ces derniers sont étouffés par un jeu de signes sexuels codifié.
Le pouvoir de la société de consommation est énorme. Il est à la fois destructeur et créateur : ce qui est matériellement détruit est ainsi souvent recréé de façon factice sous forme de messages, symboles ou signes : la relation humaine est remplacée par des hôtesses d’accueil souriantes chargées de « fluidifier » les rapports sociaux, dans les zones urbanisées la nature est recréée sous forme d’espaces verts...
La société de consommation repose sur son propre mythe : « Si la société de consommation ne produit plus de mythe, c’est qu’elle est elle-même son propre mythe. À un Diable qui apportait l’Or et la Richesse (au prix de l’âme) s’est substituée l’Abondance pure et simple. Et au pacte avec le Diable le contrat d’Abondance. »
Le problème n’est pas seulement ce que l’on consomme, mais le fait même de consommer, d’être réduit à une machine à acheter qui n’a aucun pouvoir de décision sur le système de production, de participer à l’extension du modèle de la marchandise, fut-elle bio ou éthique.
La "consomm’action" ne peut juste que éventuellement réorienter un peu le Marché et créer des niches profitables, mais en même temps elle renforce l’économie de marché et ses principes/objectifs délétères.
"Consommer" éthique signifierait alors s’associer étroitement avec des producteurs pour produire et distribuer ensemble hors du Marché, selon d’autres principes, basés sur la solidarité et la redéfinition collective des besoins. L’idéal étant d’en finir avec le monde de l’Economie, avec le marché du travail, avec la centralité donnée aux échanges de biens et services.
Dans le capitalisme, la production est détachée des besoins réels et des limites terrestres, seule compte l’abstraction de la production d’argent pur, qui est très bien signifiée par la spéculation boursière.
Comme pour les drogues dures, le capitalisme a besoin de toujours plus pour tenir : production, croissance, extractivisme, argent, puissance... Peu importe ce qui est produit et ce qu’il en coûte au climat, aux humains, aux animaux, aux plantes, le capitalisme avance mécaniquement son abstraction totalitaire et meurtrière.
Plutôt que consommer autrement, on doit se sevrer le capitalisme, s’en débarrasser, avant qu’il ne puisse tout sucer jusqu’à l’os et régner sur des champs de ruines.
A.