Critiquer tous les aspects de la civilisation industrielle car tout est lié

On ne peut pas réformer un aspect et laisser inchangé le reste

dimanche 11 juillet 2021, par Les Indiens du Futur.

- Pourquoi il faut tout critiquer

Nous sommes en l’an 10 000, à peu près, après l’avènement de la civilisation, il fait 50°C au Canada, bientôt 20°C au pôle sud, lacs, mers et océans sont inexorablement remplis de plastiques, de métaux lourds et de substances chimiques toxiques en tous genres, tout comme les sols de la planète et les corps des êtres vivants (humains y compris), les dernières forêts continuent d’être abattues, l’atmosphère d’être enrichi de gaz à effet de serre et de polluants en tous genres, les espèces vivantes d’être exterminées, des animaux non-humains d’être reproduits et massacrés en masse, les inégalités sociales de croître furieusement, le patriarcat d’opprimer femmes, enfants et – dans une moindre mesure – hommes, la bétonisation de s’étendre en étouffant la planète, les derniers peuples autochtones d’être détruits, l’agriculture industrielle de ravager les terres, et les imbéciles de croire qu’une autre civilisation techno-industrielle, bio, durable et équitable (démocratique) pourrait exister, que par le vote (seul et dernier ersatz d’influence, de possibilité de participer à (un peu) orienter le fonctionnement de la société à la disposition des citoyens) un monde meilleur pourrait advenir.

Les causes de ce désastre total, ubiquitaire (bien trop partiellement décrit ci-dessus), sont évidemment multiples et intriquées. L’impuissance de l’individu fasse à l’État explique son impuissance à freiner le désastre écologique. Mais impossible de critiquer l’État sans critiquer la volonté de puissance et le capitalisme, qui lui sont liés. Et impossible de critiquer le capitalisme et l’État sans critiquer la technologie, qu’ils produisent conjointement. Inversement, donc, impossible de critiquer la technologie sans critiquer l’État et le capitalisme. Et impossible de critiquer l’État et ses hiérarchies sociales sans critiquer la taille des regroupements humains qui constituent les sociétés modernes, largement excessive pour — donc incompatible avec — la démocratie réelle, c’est-à-dire directe. Aussi, impossible de déplorer toutes ces calamités sans rien dire du patriarcat sur lequel elles reposent toutes.

(...)

Critiquer tous les aspects de la civilisation industrielle car tout est lié

IMPÉRATIFS DE LA VALEUR ET EFFONDREMENT ÉCOLOGIQUE

Moishe Postone
Il se crée une tension sous-jacente entre les considérations écologiques et les impératifs de la valeur en tant que forme de richesse et de médiation sociale. Il implique aussi que toute tentative de répondre vraiment, dans le cadre de la société capitaliste, à la destruction environnementale croissante en recourant à la modération du mode d’expansion de cette même société se révélerait probablement inefficace à long terme – non seulement à cause des intérêts des capitalistes ou des chefs d’État, mais aussi parce que l’incapacité à augmenter la survaleur entraînerait de graves difficultés économiques et de gigantesques coûts sociaux. Chez Marx, la nécessaire accumulation du capital et la création de richesse dans la société capitaliste sont intrinsèquement liées. De plus […] étant donné que, sous le capitalisme, le travail est déterminé en tant que moyen nécessaire à la reproduction individuelle, les travailleurs salariés restent dépendants de la “croissance” du capital, même quand les conséquences de leur travail, écologiques ou autres, sont nuisibles pour eux-mêmes ou pour les autres. La tension entre les exigences de la forme-marchandise et les nécessités écologiques s’aggrave à mesure que la productivité augmente et pose un grave dilemme, notamment pendant les périodes de crise économique et de chômage massif. Ce dilemme et la tension dans laquelle il s’enracine sont immanents au capitalisme ; leur résolution définitive restera impossible aussi longtemps que la valeur sera la forme déterminante de la richesse sociale

Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx, Paris, Mille et une nuits, 2009 (1993), p. 459-460

(post de Palim Psao)

Le débat ne porte plus sur la réalité des désastres

Elus, lobbyistes et industriels veulent nous faire croire que décarboner l’économie serait possible et souhaitable. Selon eux il suffirait de mieux recycler, de réduire certains secteurs, de déployer partout des soi-disant énergies renouvelables pour qu’on sauve un climat vivable et la biodiversité.
Rien n’est plus faux.
A présent que les catastrophes climatiques et écologiques (et donc sociales) produites par la civilisation ne peuvent plus être contestées sérieusement, le débat porte sur les causes profondes de ses désastres et sur quoi faire pour les stopper.

Les énergies dites renouvelables posent des tas de problèmes, elles ne pourront pas remplacer à temps les énergies fossiles, l’effet rebond annule globalement les gains locaux, et de toute façon toutes ces énergies servent à alimenter un système lui-même destructeurs, voir sur Ricochets :

A Crest, des élèves du collège, bien intentionné.e.s, ont écrit des lettres (reproduites dans le journal Le Crestois) pour s’inquiéter des problèmes climatiques et écologiques, ils ont bien raison de s’inquiéter. Seulement, ni eux (logique, ils-elles sont jeunes et sont dans le moule réducteur de l’éducation nationale), ni les dits « responsables » (eux n’ont pas d’excuses) ne font les bonnes analyses, et de ce fait s’embourbent dans de fausses « solutions ».
Le débat publique et la réflexion sont (quasi) inexistants sur ces sujets dans la Vallée (moins pire dans le Diois ?), la 3CPS propose un questionnaire sur internet en ce moment, une démarche indigente et indigne.
Les élus et autres dirigeants ne font que répéter (souvent avec beaucoup de retard et en freinant à mort, comme à Crest) les actions et formules qui refusent de s’attaquer au coeur du problème, à savoir l’Etat, la centralisation, la non-démocratie, le capitalisme, le productivisme, les inégalités et classes sociales, la civilisation techno-industrielle, le dogme de la valorisation du Capital.
Ce faisant, ils se condamnent d’avance à l’échec (mais veulent-ils vraiment tenter de « réussir » ?), et si on en reste là les générations actuelles, et surtout futures, paieront la note, très très salée.

Pendant ce temps, quelques petites minorités essaient de faire bouger les choses comme elles peuvent, pendant que la majorité désespère dans son coin, se rassure avec des mini-gestes éco-citoyens, ou s’enivre de fêtes, de terrasses retrouvées et de la chaleur de l’entre soi qui se rétrécie parfois à la lucarne virtuelle d’un écran.


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