Choisir collectivement ce qui doit disparaître (les nuissances) et ce qui doit grandir (démocratie, convivialité, autonomie...)

Dépasser les limites de la collapsologie - S’appuyer sur les grèves générales et les soulèvements populaires

vendredi 27 décembre 2019, par Les Indiens du Futur.

Une très bonne lecture pour démarrer l’année du bon pied : Dépasser les limites de la collapsologie
Au lieu d’attendre que le capitalisme et la civilisation industrielle détruise le vivant, le climat et nos moyens de subsistance en croyant pouvoir être résilients sur les ruines et survivre sur une planète rendue inhabitable, luttons collectivement de manière acharnée pour détruire le capitalisme et son monde afin de limiter la casse et préserver un avenir vivable.

- Quelques extraits :
Ne plus voir la grève générale ou les nombreux soulèvements populaires en cours comme un symptôme de « l’effondrement » catastrophique, indépendamment de leurs contenus, causes et effets, mais comme un moyen-clé à notre disposition pour arrêter la machine, décider de ce que l’on relance ou non, et comment. Ne plus mobiliser des imaginaires et des scénarios focalisés sur une partie minoritaire de la population mondiale (avions, voitures individuelles, supermarchés…), inquiète de la fin de l’extractivisme, mais se demander comment y mettre un terme et le remplacer par de la réciprocité. Ne plus présenter la prochaine crise financière comme l’étincelle de « l’effondrement généralisé » mais comme un enjeu réel, à l’heure où les plus grands actionnaires sont en train de protéger leurs actifs des faillites à venir. Décortiquer sérieusement nos dépendances actuelles, les liens soi-disant « inextricables » qui nous piègent, nos autonomies brisées, et en tirer les conséquences. Continuer d’identifier ce à quoi nous tenons, ce que nous voudrions sauver et ce que nous lâchons. Ce que cela signifie comme luttes à mener.

Un tiers des terres est dégra­dé. 40 % des océans sont alté­rés. L’extinction mas­sive en cours est beau­coup plus rapide que les pré­cé­dentes. Au regard de l’ère pré­in­dus­trielle, le réchauf­fe­ment cli­ma­tique moyen a déjà dépas­sé + 1 °C : cela signi­fie qu’il va bien­tôt entrer dans sa phase d’emballement. La moi­tié des hydro­car­bures (char­bon, pétrole et gaz natu­rel, pour l’es­sen­tiel) ont été extraits et brû­lés en l’es­pace de deux siècles. De nom­breux mine­rais et métaux se raré­fient. L’air que nous res­pi­rons atteint régu­liè­re­ment des pics de pol­lu­tion aux effets meur­triers. L’eau potable s’amenuise par régions entières1. La plu­part de ces phé­no­mènes s’alimentent entre eux. Un bas­cu­le­ment éco­lo­gique est bel et bien en cours, et celui-ci s’a­vère irré­ver­sible à plus d’un titre. Seule son inten­si­té peut — et doit — être limi­tée. « Les collapsologues2 » ont contri­bué à faire connaître cette situa­tion auprès d’un public élar­gi : ceci consti­tue un apport pré­cieux. Malheureusement, ils ont ajou­té à ces constats essen­tiels une couche de confu­sion dont nous nous serions bien pas­sés. Leur ana­lyse, en par­tie erro­née, porte en elle une dépo­li­ti­sa­tion qui, à son tour, pro­duit des réponses insuf­fi­santes, voire contre-pro­duc­tives.

Dans son der­nier livre, Yves Cochet7, membre de l’Institut Momentum, assi­mile le pas­sage d’un gla­çon de l’état solide à liquide au déclen­che­ment d’une « panique » bour­sière. Il ne fait aucune réfé­rence à ce qui rend pos­sible la for­ma­tion et l’éclatement de bulles spé­cu­la­tives : déré­gu­la­tions ban­caires, exi­gences de ren­ta­bi­li­té du capi­tal, poli­tiques désas­treuses des banques cen­trales… Tout cela est neu­tra­li­sé — c’est-à-dire pré­sen­té comme neutre, secon­daire — car conçu comme le simple fruit d’un pro­ces­sus de com­plexi­fi­ca­tion déter­mi­niste, méca­nique, presque phy­sique (à l’image d’un gla­çon qui fond). Ainsi que le fait remar­quer Elisabeth Lagasse, doc­to­rante en socio­lo­gie, on assiste à une natu­ra­li­sa­tion de phé­no­mènes sociaux hété­ro­gènes et, par défi­ni­tion, modi­fiables. Il n’y a pas besoin de pro­duire une science pour four­nir des ana­lyses et pers­pec­tives inté­res­santes ; il est à déplo­rer que de nom­breux col­lap­sos aient vou­lu légi­ti­mer leur démarche par ce moyen.

Cette rup­ture fantasmée9 détourne de l’essentiel : les condi­tions maté­rielles exis­tantes, qui défi­nissent la suite et qui sont ce sur quoi nous avons prise. La capa­ci­té à faire face aux catas­trophes dépend en grande par­tie des choix de socié­té, eux-mêmes tra­ver­sés de conflits. Ces choix sont en mou­ve­ment (des prio­ri­tés faites et défaites) ; c’est cela que le dis­cours fourre-tout de l’effondrement tend à invisibiliser10. C’est un « récit sans peuple ».

Si le coli­brisme nous convie à faire indi­vi­duel­le­ment notre part plu­tôt que col­lec­ti­ve­ment le néces­saire, l’ef­fon­drisme nous enjoint (indi­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment) à accep­ter l’incendie et à pré­pa­rer la renais­sance qui s’en­sui­vrait. Ce qui brûle dans cet incen­die — et, sur­tout, dans quel ordre — n’est appa­rem­ment pas le plus impor­tant. Pour toutes ces rai­sons, les dis­cours col­lap­sos ont en par­tie pro­vo­qué une dépo­li­ti­sa­tion des enjeux actuels.

C’est notam­ment pour cette rai­son que, dans sa ver­sion actuelle, l’effondrisme peut être consi­dé­ré comme un nou­veau mil­lé­na­risme (Yves Cochet reven­dique d’ailleurs un « mil­lé­na­risme laïc18 »). En véri­té, aucun renou­veau sal­va­teur n’ad­vien­dra et tout ne fera qu’empirer si le néces­saire n’est pas fait pour sor­tir du pro­duc­ti­visme et de sa socié­té de classes, les­quels détruisent toute condi­tion de vie sur Terre.

Les récits éla­bo­rés par la majo­ri­té des col­lap­sos réduisent volon­tiers la notion d’entraide aux rap­ports inter­in­di­vi­duels, voire au « clan » ou à la « famille ». Cela n’a rien à voir avec le poten­tiel de la soli­da­ri­té d’un corps social.
(...)
Son but est de répondre à l’angoisse de mou­rir ou de souf­frir à cause des autres. Il n’est pas d’affronter les pro­blèmes col­lec­ti­ve­ment mais de les fuir dans l’illusion de pou­voir deve­nir un « sur­homme » face à la fin du monde. Il ne s’agit pas de déci­der dans quelle socié­té on veut vivre ou mou­rir avec dignité20, mais de cher­cher à sur­vivre à tout prix.

Le cli­vage ne serait plus entre cou­rants éman­ci­pa­teurs et réac­tion­naires, mais entre per­sonnes conscientes et incons­cientes (sic) (d’au­cuns pré­fèrent dire entre « ter­restres » et « modernes » hors-sol)21. Sauf que l’on ne se ras­semble pas uni­que­ment sur une base de constats que l’on pense par­ta­ger, mais aus­si sur des valeurs et des pro­jets de socié­té. Séparer arti­fi­ciel­le­ment « la ques­tion éco­lo­gique » des autres et déci­der qu’elle serait « prio­ri­taire », c’est nier le fait que nos rela­tions au reste du vivant dépendent de nos rap­ports entre êtres humain·e·s (dont les oppres­sions et exploi­ta­tions patriar­cales et colo­niales)

Choisir collectivement ce qui doit disparaître (les nuissances) et ce qui doit grandir (démocratie, convivialité, autonomie...)

- Quelques ouvrages cités dans l’article, pour continuer cette réflexion et agir collectivement :

  • Joan Martinez Alier, L’Écologisme des pauvres
  • Les Petits Matins, 2014
  • Jérôme Baschet, Une juste colère — Interrompre la destruction du monde, Divergences, 2019
  • Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale, Seuil, 2019
  • Jean-Baptiste Fressoz, L’Apocalypse joyeuse, Seuil, 2012
  • Emilie Hache, Ce à quoi nous tenons, La Découverte, 2019
  • Donna Jeanne Haraway, Habiter le trouble, Dehors, 2019
  • Naomi Klein, Tout peut changer, Actes Sud, 2015
  • Juliette Rousseau, Lutter ensemble, Cambourakis, 2018…

- Voir aussi : Détruire le capitalisme avant qu’il ne nous détruise ! - Quand plusieurs auteurs se rejoignent pour asséner cette évidence que beaucoup refusent encore, préférant le déni et l’autruche
et notamment : Pierre Madelin : « Nous ne pouvons pas attendre que la société industrielle s’effondre en préparant l’après »


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