Yamakasis : autonomie culturelle et matérielle, organisation de quartier débarrassée des poisons du système

Cinéma : quand la culture éclaire le présent

mardi 12 janvier 2021, par Auteurs divers.

https://www.youtube.com/watch?v=Z1CmM26Oza0

Nos ancêtres les yamakasis - Lire le monde avec le cinéma - Les guerriers antiques consultaient des oracles, les peuples avaient leurs sorciers. Certains observent le marc de café ou interrogent des charognes, d’autres tirent les cartes ou demandent à faire parler les astres. Nous lisons le monde dans les images spectaculaires, nous pratiquons la divination dans les entrailles du cinéma industriel. Nous avons revu à la lumière de l’actualité le film culte Yamakasi et nous avons trouvé qu’il éclairait une partie de notre présent.

Yamakasis : autonomie culturelle et matérielle, organisation de quartier débarrassée des poisons du système
https://youtu.be/jvWM1NSlmRQ

extrait :

La force véritable des yamakasis réside dans leur capacité à éviter l’affrontement direct dans lequel ils seraient perdants. Dans la bataille, ils sont agiles, dans leur pratique de déplacement comme dans leurs buts. Face au capitalisme leur empêchant, en tant que prolétaires, de payer l’opération nécessaire pour sauver le petit Jamel, ils volent la bourgeoisie et cambriolent des médecins à leurs domiciles. Cagoulés, ultra-discrets, les yamakasis en binôme pénètrent les maisons bourgeoises pour y dérober tous les objets précieux. Lorsque les propriétaires sont là, le but des yamakasis est de ne pas se faire surprendre. Ils inventent milles stratagèmes pour que l’homme qui se lève et va prendre une douche ne les découvre pas sur son chemin. Ils lui glissent ses pantoufles sous le lit, se cachent dans des coins etc. C’est avec ce jeu amusant et chargé de suspense que le spectateur devient complice des yamakasis au dépens des personnes cambriolés.

Face à la police ou aux chiens d’un propriétaire (ce qui est quasiment pareil), les yamakasis adoptent une même stratégie : ils frappent et fuient. Les flics ne les voient pas agir. S’ils sont découvert, ils s’échappent grâce à la rapidité, la justesse et l’agilité de leurs gestes. Quand ils sont pris au piège dans la maison du ministre et assiégés par toute la police française, ils gardent leur calme. Ils remontent, étage par étage en construisant des barricades, retardant et gênant l’avancée des forces de l’ordre. Alors que le ministre voulait les sacrifier, que la policer faillit les tuer, ils sauvent dans l’urgence les enfants de la bonne, c’est-à-dire les enfants du prolétariat. Lorsque un garde du corps est neutralisé, une arme est récupérée. Elle n’est employée qu’une fois pour briser un lustre qui, en s’effondrant sur un policier et le blessant, immobilise les assaillants. L’arme est utilisée comme moyen, pour gagner du temps et de l’espace, elle n’est pas fétichisée. Plus tard, avant la capture, elle est abandonnée.

Les yamakasis s’organisent, préparent, courent, sautent, se séparent, évitent les balles, escaladent, se regroupent, cambriolent, disparaissent et en garde à vue ils racontent une même fausse version des faits. Ils sont insaisissables, furtifs. Mais lorsqu’il s’agit de menacer le directeur d’hôpital, les corps se font plus menaçants, plus présents, plus lourds. Jamais les yamakasis ne sont lâches, ils trouvent simplement la bonne mesure à la situation qui leur est faite, ils trouvent la position la plus avantageuse dans l’affrontement inégal dans lequel ils sont engagés. Les yamakasis sont des combattants de guérilla et des stratèges.

Grâce à leur pratique collective de l’espace urbain les yamakasis parviennent à nuire à la classe dominante elle-même en tenant à bonne distance ses chiens de garde ; ils sont devenus maîtres de l’effraction et entrent littéralement par la fenêtre de la propriété privée. Les yamakasis jouissent d’une extranéité culturelle dont ils sont les créateurs et les défenseurs. Pour la bande, cette extériorité à la société bourgeoise – à moitié consciente et à moitié construite – cette contre-culture des banlieues – repose sur l’art du déplacement mais s’exprime aussi par la musique. Les yamakasis entretiennent un rapport particulier à la musique, avant l’ascension d’une tour, ils remettent en place les écouteurs dans leurs oreilles et partagent avec le spectateur un son de Joey star écrit pour l’occasion. Lors d’un cambriolage particulièrement réussit, alors que le bourgeois est dans sa douche et écoute la radio, ils mettent une cassette de rap avant de partir et laissent un mot dans le coffre fort vide : « écoute ça bouffon ». Ils construisent leur appartenance culturelle comme une offensive. Par ailleurs, la précision des mouvements et le rythme des yamakasis s’écrit comme de la musique, on pourrait même dire que le mode d’organisation des yamakasis, comme le montage qui les accompagne est musical.

Les yamakasis revendiquent une autonomie culturelle et matérielle, c’est par leurs actions qu’ils vont sauver le petit Jamel, un enfant du quartier. Cette partie du scénario pourrait aboutir à une vrai proposition politique – mais n’oublions pas que le film est produit par l’industrie du cinéma. Il manque aux yamakasis une véritable autonomie morale leur permettant de s’affranchir de « la responsabilité » et de « l’honnêteté », ce qui leur aurait permis de sauver le petit Jamel par une solidarité confortante. Les biens volés à la bourgeoisie, dont le butin dépasse largement le coût de l’opération, au lieu d’être échangé dans un désintérêt stupide et idéaliste aurait pu être investi dans plus d’autonomie matérielle du quartier, dans une coopérative locale, dans un journal, dans des armes, dans des moyens de subsistances remplaçant le travail salarié et aliéné, dans un album de rap.

Dans les entrailles du film éventré d’où sortent les poisons de la société bourgeoise nous voyons ces éléments qui nous concerne : Soyons des yamakasis autonomes, organisés dans nos quartiers, débarrassons nous des bons flics infiltrés, des rêves réformistes, de la morale bourgeoise, de leur responsabilité frauduleuse et de leur honnêteté trafiquée.

https://www.youtube.com/watch?v=mu4mm63EcFs

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