Une ardeur de vivre

Tribune des organisateurs de la Rave Party de Lieuron

mardi 5 janvier 2021, par Auteurs divers.

Les médias dominants les ont vilipendés, les politiques ont réagis avec force et les ont condamnés sans ménagement, la police les traque, les organisateur.trice.s de la rave party de Lieuron s’expriment et revendiquent leur geste comme un acte politique.
Il nous paraissait important de poser ici leur tribune pour sortir de la pensée unique dominante et mieux appréhender les faits.

"NOTRE GESTE EST POLITIQUE" 💥
👉 Rave-party de Lieuron

A toutes celles et ceux qui se demandent pourquoi une telle volonté de faire la fête pour ce nouvel an, la réponse tient en quelques mots : une année de tristesse, d’anxiété et de privations.

La détermination dont a fait preuve le public pour accéder à la fête n’est que la manifestation d’un désir profond de lâcher-prise. Ces espaces de liberté sont inhérents à nos sociétés depuis la nuit des temps. C’est un besoin inaliénable pour nombre d’entre nous.

Pourtant, la jeunesse, la fête et la culture sont montrées du doigt tous les jours. Nous serions les bourreaux irresponsables de nos ainé·e·s et des plus fragiles, grands vecteurs de la propagation du virus. Face à cette culpabilisation incessante, la jeunesse se retrouve réduite à ne voir qu’un obscur brouillard comme seule perspective. Et après le Covid, le climat !

Nous n’acceptons donc pas que seuls les intérêts économiques puissent passer outre les précautions sanitaires, encore davantage lorsque le malaise créé par l’absence d’espaces de culture et de sociabilisation engendre de graves conséquences sur la population. Nous comprenons que cela puisse être choquant. Nous avons tous et toutes dans nos proches une personne à risque et nous tenons aussi à les protéger. Mais il faut entendre qu’il existe aussi des vies déséquilibrées par cet état de morosité ambiante et d’isolement constant. La consommation d’antidépresseurs a considérablement augmenté. Les instituts psychiatriques sont saturés. Nombre de gens ont perdu leur emploi. Beaucoup ne supportent pas ce climat anxiogène et des alternatives socioculturelles sont nécessaires. Pourtant quasiment rien n’est fait de ce côté-là. Ni pour soigner ni pour prévenir.

Nous avons donc répondu à l’appel de celles et ceux qui ne se satisfont pas d’une existence rythmée uniquement par le travail, la consommation et les écrans, seul·e·s chez eux le soir. Notre geste est politique, nous avons offert gratuitement une soupape de décompression. Se retrouver un instant, ensemble, en vie.

Il aura suffi qu’une bande de ravers enthousiastes osent dire non à un ordre de dispersion pour que fusent les balles de défense et que les gaz lacrymogènes envahissent Lieuron, en Ille-et-Vilaine. Quelques heurts ont éclaté en réponse aux pressions policières, le temps d’ouvrir un passage dérobé par-derrière pour les piétons. Une immense joie retrouvée et un sentiment partagé de soulagement se sont fait sentir dès que le reste du public a pu accéder à la fête. S’ensuivirent diverses scènes de liesse où l’on put même apercevoir des riverain·e·s, des pompiers et des fêtard·e·s célébrer ensemble la fin de cette terrible année !

Nos services d’Etat étant plus prompts à réprimer qu’à secourir, il est logique qu’ils aient dépêché près de 200 gendarmes armés pour empêcher la tenue de cet événement. Mais, si le danger était si grand, pourquoi n’avoir envoyé sur place un dispositif sanitaire qu’après la fin ?

Dès les premières communications, nous avons donné une place primordiale à la prévention sur le Covid. Des consignes strictes de dépistage et d’isolement ont été données en amont, à l’entrée, pendant et après. Quelques milliers de masques et des dizaines de litres de gel étaient distribués à l’entrée et disponibles en libre-service. Avec l’aide précieuse de l’association Technoplus, les adresses de centres de dépistage ainsi que de nombreuses autres informations liées aux pratiques festives en temps de pandémie ont été communiquées aux participant·e·s. Le choix du site s’est fait en calculant les volumes d’air et l’aération, conditions principales pour réduire au maximum les risques de contamination.

Quant à la fête en elle-même, que dire si ce n’est que ce fut une belle bringue. Des couleurs, des sourires, de l’amour, du partage, de la musique, des lumières. Une ardeur commune de vivre. Un instant recouvré de liberté. Suite aux menaces d’évacuation par la force, nous avons fait le choix de partir dans la nuit, afin d’éviter que la violence d’Etat ne vienne ternir ce souvenir désormais indéfectible.

1 650 amendes. La seule réponse qu’a apportée l’Etat à cette lueur d’espoir a été de frapper au portefeuille une jeunesse pourtant déjà durement touchée par la crise économique. De les catégoriser publiquement comme « 2 500 délinquants ». Pire, pour ne pas perdre la face, deux participants lambda furent immédiatement arrêtés. Tout simplement parce qu’ils étaient en possession, pour l’un d’un instrument de musique électronique et pour l’autre d’une petite sono avec platines ainsi que d’un groupe électrogène de faible puissance. Eléments forts sympathiques pour une soirée chez soi mais inutiles pour une telle fête. Ces personnes furent donc humiliées et terrorisées pour une simple opération de communication.

Dans sa triste obsession de vouloir à tout prix envoyer un message d’autorité, l’Etat n’a pas hésité à engager de lourdes poursuites. Un maximum de chefs d’accusation furent alignés les uns à la suite des autres pour bien montrer la gravité de la réponse donnée. Nous, organisateurs et organisatrices, sommes dès lors « activement recherché·e·s », des termes habituellement réservés aux pires criminels. On voudrait donc nous voir incarcéré·e·s et décourager toute velléité de dissidence culturelle collective, quelles que soient les dispositions prises. Pourtant nous offrons ces fêtes par passion, à prix libre pour tenter de couvrir une petite partie des frais engendrés. Bien souvent, la seule chose que nous récoltons en retour, ce sont des emmerdes.

Mais ces fêtes sont un vecteur d’espoir et de cohésion sociale pour des centaines de milliers de jeunes, de toutes classes et de toutes origines. Elles sont ce qu’elles sont, mais elles sont surtout le reflet de toute une partie de notre société que nos gouvernant·e·s ne pourront éternellement continuer d’ignorer. Ainsi, en ces temps si troubles, nous sommes fièr·e·s d’avoir pu redonner le sourire à quelques milliers de personnes, ne serait-ce que l’instant d’un « raveillon » de nouvel an !
— - les organisateurs et organisatrices de la rave party du nouvel an à Lieuron.


6 Messages

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  • Une ardeur de vivre Le 20 janvier à 09:28, par Acablant

    🔴RÉGIME DE L’INVERSION

    ➡️ Il y a quatre jours, nous apprenions que les policiers poursuivis pour avoir violé Théo L. à coups de matraque métallique, à Aulnay-sous-Bois en février 2017, ont été « entendus en conseil de discipline ». En janvier 2021 donc. Pour ce viol barbare en réunion, qui a causé à un jeune homme noir une mutilation gravissime à tout jamais, et qui aurait pu le tuer, les agents risquent « un blâme » de la part de l’administration policière. La sanction la plus faible de la fonction publique, précise-t-on. Sur le plan judiciaire, l’affaire n’a pas avancé en 4 années malgré une vidéo et des éléments accablants.

    ➡️ Ce mardi, nous apprenons qu’un « juge des libertés et de la détention » a décidé de maintenir en détention un jeune chauffeur routier de 21 ans au casier judiciaire vierge parce qu’il aurait « participé à l’organisation » d’une fête pour le Réveillon dans la campagne bretonne. En cellule, sans procès, en attendant que l’enquête avance, pour avoir peut-être contribué à une soirée festive qui n’a, de l’aveu même des autorités sanitaires, pas provoqué de contaminations supplémentaires. Pour justifier sa décision, le juge a retenu le « risque de concertation frauduleuse », comme s’il s’agissait de grand banditisme. Le procureur a ajouté : « l’intérêt du mis en examen est donc que l’enquête puisse avancer rapidement. » C’est le même procureur qui est chargé de l’affaire de la noyade de Steve à Nantes lors d’une charge policière. Affaire qui n’avance pas depuis plus d’un an et demi.
    La justice, la police, la classe politique, toutes les autorités du Régime incarnent chaque jour l’inversion des valeurs. Un Régime où il est plus grave de passer de la musique que de violer. Un Régime pareil court à sa perte.

    via nantes révoltée

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  • Une ardeur de vivre Le 18 janvier à 16:55, par Manu bye bye

    🔈LA FREE PARTY DE LIEURON N’A PAS PROVOQUÉ DE « CLUSTER » SELON L’ARS

    L’année 2021 a commencé par une surenchère délirante contre la jeunesse et les fêtes. Le gouvernement a pris le prétexte d’une grande fête autogérée dans un hangar de la campagne bretonne pour multiplier les discours ultra-répressifs et attaquer les organisateurs réels ou supposés de ce Réveillon. Derrière cette répression, l’argument d’une « mise en danger de la vie d’autrui ». La fête aurait été, plus que toute autre activité sociale, responsable de la propagation du Covid.

    Deux semaines ont passé. Il est désormais possible de mesurer les conséquences sanitaires de ce Réveillon. L’Agence Régionale de Santé bretonne, qui dépend de l’Etat, vient de déclarer qu’il n’y a « aucun cluster lié à cet événement », dans le journal Le Parisien. L’ARS en profite pour s’auto-féliciter : « l’Agence Régionale de Santé de Bretagne a communiqué des prescriptions sanitaires à titre indicatif pour tous les participants. Les principales recommandations étaient notamment de suivre une isolation stricte d’une semaine ainsi qu’un test-Covid après ces 7 jours. » Mais ne dit rien sur les stands de prévention qui avaient été mis en place à la free party.

    En attendant, une enquête d’une ampleur incroyable a été mise en branle. Un jeune de 22 ans, inconnu de la justice, a été jeté en prison sans procès, en préventive, avec des chefs d’inculpations digne du grand banditisme. Il est simplement soupçonné d’avoir « participé à l’organisation » de la free party. Quatre autres personnes ont été arrêtées avec les grands moyens peu après, et mises en examen pour une multitude de délits, dont « mise en danger de la vie d’autrui ». Et le gouvernement envisage une nouvelle loi pour réprimer encore plus les fêtes. Maintenant que même les autorités sanitaires démentent l’existence d’un « cluster », il serait plus que temps que cette répression cesse et que la justice laisse tranquille les personnes arrêtées.

    message de Nantes Révoltée

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  • Une ardeur de vivre Le 13 janvier à 10:33, par Bernard FOUCHER

    Délation, empêchement de vivre en dehors du consumérisme et du virtuel notamment comme les zadistes, attaques contre nos libertés individuelles et destruction du code du travail, paupérisation des travailleurs et des petites entreprises et profits exponentiels des milliardaires, extinction des lieux de vie (bar, restaurants, concerts, spectacles, réunions, colloques, universités,...,), nombreux morts liés à cette gestion scandaleuse de cette pandémie et l’insuffisance de moyens humains, matériels et financiers dans les hôpitaux publics, et on veut criminaliser ceux qui enfreignent ces règles absurdes ? qui d’ailleurs ne les a pas un petit peu enfreint ou contourné y compris parmi ceux qui sont censés les faire appliquer. Les dirigeants nous diront ils demain responsables mais pas coupables, pas coupables de tout privatiser pour laisser le profit prendre place au dépens de l’intérêt général, pas coupable d’abreuver de subventions comme le CICE, Sanofi qui les utilise pour augmenter les dividendes et licencie des chercheurs pour éviter les principes de précaution, Carrefour pour financer des caisses automatiques,... Alors oui même si je n’aime pas la musique électronique, même si je ne me suis pas mis encore à la permaculture je soutiens tous ceux qui veulent vivre autrement, sont ils révolutionnaires, je n’en connais pas le mesuromètre mais résistant oui, résistant à ceux qui fort de nous entrainer vers un monde invivable veulent contrôler nos vies, veulent abêtir et asservir le peuple, veulent tuer les pauvres en les remplaçant par des machines et des algorithmes, alors oui je soutiens toute forme de résistance, il n’est plus temps de se diviser sur les manières de résister mais de les considérer comme complémentaires pour enfin se débarrasser des profiteurs et reconstruire un monde de partage, de coopération et de paix.

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  • Une ardeur de vivre Le 6 janvier à 10:00, par Bourgade

    Tout à fait d’accord avec cette plaidoirie. Ne pas vivre c’est déjà accepter la mort, de l’esprit, du désir, de tout ce qui fait que la vie est unique. Nous sommes tous mortels, c’est en prendre conscience qui est important. On ne meurt pas plus, sinon moins par rapport à d’autres maladies, du covid. C’est un fait avéré. On nous ment depuis des mois. Dans quel but ????

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  • Une ardeur de vivre Le 6 janvier à 07:19, par psylvia

    Courage ! et bravo...
    Signé une soignante de 46 ans qui n’écoute pas de musique électronique mais qui pense que les effets dévastateurs du covid viendront davantage d’une gestion désastreuse et liberticide et qui engendre déjà de trop nombreux suicides et dépressions.

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