Un écologisme qui se réjouit de perpétuer le monde-machine

Un techno-capitalisme « carboneutre », pour détruire le monde vivant en toute quiétude, parfait !

samedi 29 mai 2021, par Auteurs divers.

Tant que la techno-industrie capitaliste prétend être neutre en émissions de carbone, tout va bien, elle peut continuer tranquille à piller les sols, détruire les forêts, polluer les rivières et les océans, expulser les autochtones, flinguer les animaux, aliéner les humains, tuer à la tâche des semi-esclaves, ruiner la santé, multiplier les objets futiles et/ou jetables, exploiter les femmes, accaparer notre temps et notre énergie pour la marchandise, truster les médias et le pouvoir politique...

Tant que le techno-monde est neutre en carbone et peut un temps continuer ses désastres, allons-y !
D’ailleurs qui se soucie des autres humains et des bestioles inconnues d’ici ou d’ailleurs ? Tant qu’on a des smartphones, des terrasses ouvertes, des applis communicationnelles, des jeux vidéos et des réalités virtuelles c’est good !

Pourtant, ni le monde de l’Economie ni le capitalisme sont naturels et inévitables, ce sont juste des systèmes sociaux fabriqués parmi des tas d’autres possibles.

VICTOIRE COSMIQUE, MÊME !

Mais surtout comique. La bêtise du mouvement écologiste ou « pour le climat » dans toute sa splendeur. Shell serait condamnée « à réduire ses émissions nettes de CO2 de 45 % d’ici 2030 ». Nettes. Le calcul des émissions de CO2 est un sac de nœuds terrible, pouvant faire l’objet d’un grand nombre de magouilles comptables. Peut-être qu’en recouvrant les océans de gigantesques machines éolovoltaïques ou les déserts de machines photovoltaïques, Shell parviendra à cette réduction nette d’émissions de CO2. Qui sait quelle tournure l’arnaque va prendre. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a ici aucune victoire significative pour ceux qui souhaitent la fin du désastre socio-écologique en cours. Plutôt une défaite de plus de l’esprit critique.

Un écologisme qui se réjouit de perpétuer le monde-machine
Des pseudo-victoires dérisoires qui masquent la défaite de l’écologie et la victoire du techno-capitalisme

Mais, bien entendu, ce qui passe aujourd’hui pour un mouvement écologiste, réduit à quelque « mouvement pour le climat », qui se fait parfois passer pour un mouvement d’opposition au désastre en cours, en réalité, ne s’y oppose en rien. Il ne cherche pas à défaire le monde-machine, seulement à le perfectionner, le sophistiquer davantage en vue d’assurer sa perpétuation. Leurs inquiétudes sont techniques : un taux de CO2 à réguler, afin d’assurer la prospérité de la civilisation techno-industrielle. Une mégamachine carboneutre, voilà le 𝑀𝑒𝑖𝑙𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑒𝑠 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒𝑠 auxquels ils aspirent. Aucune opposition fondamentale au règne du capitalisme, de l’État, de la machine. On ne s’étonnera donc pas du fait que les « Amis de la terre » des Pays-Bas soient majoritairement financés (plusieurs millions d’euros chaque année) par le gouvernement des Pays-Bas et la European Climate Foundation (ECF, fondation liée à l’Union Européenne, comme son nom l’indique, elle-même financée par les États, d’innombrables fondations privées liées à de richissimes capitalistes et/ou à diverses multinationales, comme la Bloomberg Family Foundation, la ClimateWorks Foundation, le Rockefeller Brothers Fund, le Growald Family Fund, ou encore la William and Flora Hewlett Foundation). Rien d’étonnant non plus à ce que l’actuel directeur des Amis de la terre des Pays-Bas, Donald Pols, « expert dans le financement de la transition vers les énergies renouvelables », soit l’ancien directeur du programme climat et énergie de la branche chinoise du WWF. Ce milieu d’affaires « vertes », de gros sous « verts », c’est un petit monde. De Greenpeace on passe au WWF puis aux Amis de la terre ou inversement, et parfois d’une de ces ONG à un poste de direction secteur « développement durable » au sein d’une grosse multinationale, ou vice-versa.

Dans quelques années, cette « VICTOIRE HISTORIQUE » des « écologistes » sera oubliée, comme toutes les autres, et l’état de la biosphère aura largement empiré. Cependant, selon toute probabilité, les « écologistes », au lieu de réaliser l’absurdité de leurs croyances, l’étendue du détournement de la raison d’être historique du mouvement écologiste, trouveront de nouvelles « victoires historiques » à célébrer.

Post de Nicolas Casaux

Un écologisme qui se réjouit de perpétuer le monde-machine
Super, des voitures et des usines avec plastiques, métaux, sur des routes en goudron, alimentées par de l’électricité nécessitant énergies et matières premières...

★ Extrait de "Le fétichisme et la valeur chez Lukács et Adorno"

par Anselm Jappe
"Les écrits d’Adorno et l’œuvre tardive de Lukács ont une chose en commun : il y manque une analyse des traits spécifiques du capitalisme qui le distinguent d’autres formes de société. Tous les deux glissent, sans le vouloir, vers une métaphysique de l’Histoire, parce que leurs catégories du travail (chez Lukács) et de l’échange (chez Adorno) deviennent des catégories supra-historiques qui se réfèrent à la socialisation humaine en tant que telle et qui remontent jusqu’à une préhistoire lointaine. Au fond, tous les deux ne déduisent pas leur analyse de la société moderne de la forme déterminée que prend la production sociale dans le capitalisme, mais ils la déduisent du rapport entre l’homme et la nature. Pour eux, le germe de l’histoire de la société moderne ne se trouve pas dans le « concept » du capitalisme, c’est-à-dire dans la structure de la marchandise, mais est déjà contenu dans les débuts de l’appropriation de la nature par les hommes. La « naturalisation » des conditions de la production que Marx a toujours combattue revient donc ici sous une forme modifiée. Chez Lukács c’est la « position téléologique » et chez Adorno c’est l’échange avec la nature dont dérive avec nécessité tout le développement ultérieur. De cette manière, la société capitaliste apparaît comme inévitable ; elle semble la conséquence de principes structuraux qui régissent toute l’histoire humaine . Chez Lukács, le caractère double du travail dans le capitalisme semble être seulement une forme particulière et une continuation logique de la structure de l’activité humaine - du « travail » - en tant que telle. Chez Adorno, l’échange de marchandises n’est qu’une forme particulière et une continuation logique des précédents rapports d’échange, à partir du sacrifice religieux et de l’échange archaïque de dons. À Lukács aussi bien qu’à Adorno échappe le fait que le travail abstrait est une pure forme de médiation, donc quelque chose d’intégralement social, qui n’a pas de rapport avec la nature et la matière. Dans le travail abstrait il n’y a pas de relation entre sujet et objet et pas de métabolisme avec la nature .

Cette négligence est d’autant plus étonnante si l’on considère que l’un et l’autre ont fourni des contributions très importantes à l’analyse du fétichisme. Adorno est assurément l’un des « pères » de la « critique de la valeur » que nous avons résumée dans les chapitres précédents. Nous avons aussi souligné que des auteurs comme Backhaus, Reichelt, Postone et Kurz ont leur point de départ, au moins en partie, dans les théories d’Adorno. Adorno a reconnu dans l’abstraction le noyau du capitalisme, et précisément dans sa forme d’abstraction réelle"

Dans Anselm Jappe, Le fétichisme et la valeur chez Lukács et Adorno, à paraître dans "Sous le soleil noir du capital", Editions Crise & Critique, parution novembre 2021.

post de Palim Psao

Un écologisme qui se réjouit de perpétuer le monde-machine
Livre « sous le soleil noir du capital »

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