Pour le féminisme partout et des sociétés matriarcales partenariales et égalitaires

Pour en finir avec le cancer incurable du patriarcapitaliste et de la domination androcratique

mardi 14 décembre 2021, par Auteurs divers.

Deux articles intéressants à mettre en résonnance : l’un sur le féminisme en milieu anarchiste, l’autre sur les sociétés matriarcales partenariales et égalitaires décrites par une féministe radicale.

1. Hommes anarchistes face au féminisme

- Hommes anarchistes face au féminisme (par Francis Dupuis-Déri), un texte de 2009 à lire sur Le Partage ou bien sur Réfractions (en PDF).

Extraits :

En principe, l’anarchisme valorise la liberté, l’égalité, la solidarité, ainsi que le bonheur et le plaisir. L’anarchisme favorise l’association libre, donc la diversité et le pluralisme, ainsi que les relations consensuelles. L’anarchisme lutte contre les injustices, la domination, la coercition et l’exploitation. N’y a‑t-il pas là les principes pour fonder des relations amoureuses et sexuelles épanouies, émancipées, égalitaires et consensuelles ? D’ailleurs, les anarchistes ont critiqué le patriarcat dès les débuts de leur mouvement organisé, au XIXe siècle, dénonçant « l’esclavage sexuel » et en appelant à « l’égalité politique des femmes ». Des anarchistes ont été parmi les premiers en Occident moderne à prôner « l’amour libre », soit la liberté de choix amoureux et sexuel pour les hommes comme pour les femmes, et le droit pour celles-ci à contrôler leur reproduction. Des anarchistes ont aussi été parmi les premiers à dénoncer l’absurde criminalisation de l’homosexualité. Ces préoccupations se retrouvent surtout chez les femmes anarchistes comme Emma Goldman et Voltairine de Cleyre, mais aussi chez quelques-uns de leurs camarades masculins. Des hommes anarchistes ont même été réprimés pour leur position en faveur des femmes. Voltairine de Cleyre consacre ainsi un texte à célébrer le camarade Moses Harman, emprisonné et condamné aux travaux forcés pour avoir identifié comme un « viol » la relation sexuelle imposée par un homme à une femme dans le cadre du mariage.

Il serait possible, en s’inspirant des définitions de l’État et du capitalisme que donnent Emma Goldman et Charlotte Wilson, de définir le patriarcat d’un point de vue anarchiste comme la domination par les hommes des conduites, des besoins et des consciences des femmes, considérées par ces hommes comme des choses à exploiter. Cela dit, les hommes anarchistes en Occident ne sont pas toujours aussi empressés de se mobiliser contre le patriarcat, préférant le plus souvent lutter contre l’État, le capitalisme, la religion, le racisme, la guerre, la répression policière, le nucléaire et la pollution. Plusieurs hommes anarchistes sont même explicitement ou implicitement misogynes et antiféministes. Pierre-Joseph Proudhon a exprimé sans gêne aucune une violente misogynie qui n’est que peu ou pas du tout discutée dans la plupart des études à son sujet. Dans son œuvre majeure, De la justice dans la révolution et dans l’Église, Proudhon consacre pourtant près de 500 pages à développer sa théorie sexiste, sans compter De la pornocratie ou Les femmes dans les temps modernes, un livre publié à titre posthume, qui constitue une attaque directe contre les féministes. Proudhon veut contredire « l’utopie de l’égalité des sexes » et démontrer « L’INFÉRIORITÉ PHYSIQUE, INTELLECTUELLE ET MORALE de la femme ». Contre l’émancipation des femmes, Proudhon encourage la violence : « Mieux vaut une femme estropiée à la maison qu’une coquette ingambe à la promenade. » Il est donc possible d’être un anarchiste déclaré et adulé comme tel, et néanmoins un misogyne partisan d’un patriarcat brutal.

En termes de rapports sociaux de sexe, les hommes même anarchistes restent le plus souvent privilégiés et dominants face aux femmes, dans la société et dans le milieu militant. Ils sont de plus en général majoritaires dans le mouvement et ses organisations, et ils ont même des comportements misogynes dans le milieu militant ou dans leurs relations intimes. La suprématie masculine dans les réseaux anarchistes et l’expression d’attitudes et de comportements misogynes et antiféministes, voire des agressions verbales et physiques, sont des phénomènes récurrents, comme l’indiquent les textes de militantes qui dénoncent — génération après génération — les abus de leurs mâles camarades.

Ces enjeux ne peuvent pas être évacués ou excusés en blâmant « la socialisation » ou le « système patriarcal » ni en rappelant que « c’était pareil dans les années 1960 », que « c’est la même chose chez les maoïstes » ou que « c’est pire chez les néo-nazis ». On ne peut non plus refuser d’y réfléchir en laissant entendre qu’il ne faut pas se critiquer entre anars parce que cela affaiblit notre mouvement qui a déjà tant d’ennemis, et parce que cela ferait le jeu de nos adversaires.

La discussion proposée ici, qui s’inspire d’un atelier présenté par Les Sorcières au Salon du livre anarchiste de Montréal en 2006, d’entrevues avec des anarchistes en France et au Québec, et de plusieurs ouvrages et fanzines féministes, cherche à rappeler que l’anarchisme peut être porteur de misogynie plus ou moins brutale, à la fois parce qu’il est traversé par les forces qui constituent la société contre laquelle il lutte, mais dont il ne sait se prémunir, mais aussi parce qu’en son sein des éléments militent en faveur de la suprématie masculine et contre le féminisme.

En conclusion, il sera avancé que la théorie anarchiste d’une Charlotte Wilson et d’un Pierre Kropotkine permet d’expliquer (non de justifier) que des hommes anarchistes exercent un pouvoir patriarcal sur les femmes, et devrait nous laisser comprendre que la solution passe par le renforcement d’un mouvement féministe combatif dans la société en général, et dans le milieu anarchiste en particulier.
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Pour le féminisme partout et des sociétés matriarcales partenariales et égalitaires
Pour en finir avec le cancer incurable du patriarcapitaliste et la domination androcratique, et toutes leurs déclinaisons

2. Audrey A. : « Les sociétés véritablement matriarcales sont des sociétés partenariales et égalitaires. »

- Audrey A. : « Les sociétés véritablement matriarcales sont des sociétés partenariales et égalitaires. » - Nous nous sommes entretenus avec Audrey A., une féministe que l’on dirait appartenir au courant du féminisme radical comme nous à celui de l’écologisme radical, à cause de ces autres courants avalisant la perpétuation du désastre techno-capitaliste en cours, trahissant leur raison d’être.

Extraits :

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Je reviens sur la dissonance cognitive d’ordre civilisationnel que je ressentais. Je suis née dans un corps sexué, le corps d’une femelle humaine, dans un environnement pauvre et inculte qui a dès ma naissance, déterminé la manière dont j’évoluerais dans la société, la manière dont j’allais être traitée : les violences dans l’enfance (et les traumatismes qui en résultent) opérées sur des garçons, en feront dans la grande majorité des cas, en société patriarcale et sexiste, soit de futurs agresseurs soit des hommes plus sensibles et des chercheurs ; opérées sur des petites filles, cela en fera, dans la grande majorité des cas, de futures victimes de relations abusives, des victimes de l’exploitation sexuelle, des victimes de surdiagnostics de maladies mentales… Et des militantes chercheuses, aucune de ces conditions n’étant exclusive de l’autre cette fois. Aussi, je ne suis pas devenue féministe par la connaissance seule. C’est l’expérience sociale d’être depuis toujours un corps sexué de femme qui m’a poussée vers la recherche et vers la connaissance. La souffrance vous pousse à comprendre, et la connaissance vous pousse ensuite au partage et donc, à militer.
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Pour répondre à ta question, nous ne sommes pas en patriarchie : je vais même aller plus loin, le patriarcat, la patriarchie, c’est un non-sens. C’est une énième maladaptation. Nous avons vécu, depuis l’âge de bronze, en patricratie. Sous la loi et le pouvoir des pères : pater et kratos. Arkhos signifie « le commencement ». Au commencement de la vie n’est pas le père. Au commencement de la vie, c’est votre mère. Votre portail d’entrée dans le monde sont les lèvres génitales de votre mère, si tout se passe bien. C’est cela que veut dire « arkhos ». Les matriarchies sont effectivement des sociétés où le commencement d’un clan et d’une communauté est par les mères. Mais cela n’a jamais signifié « la domination de », ni « la loi de ». Le pouvoir, la domination, c’est vraiment le Kratos, le suffixe ‑cratie. Les sociétés véritablement matriarcales, selon la définition issue des recensements et études de Heide Goettner-Abendroth sont des sociétés partenariales et égalitaires : l’autorité y est celle des anciennes ; ce sont les femmes qui détiennent les terres et effectuent le partage des ressources de manière égalitaire. Il n’y a pas d’accumulation primitive, soit, pas de capitalisme. Il n’y a pas non plus de raréfaction des ressources artificielles ou par surpopulation, car les femmes régulent les naissances. Elles décident d’avoir un enfant et les hommes n’ont pas prétention à en réclamer, car ce n’est pas dans leurs prérogatives, ce n’est pas leur corps qui, pendant 9 mois et bien au-delà avec l’allaitement, créera l’enfant et le maintiendra en vie. Les hommes ont un pouvoir représentatif, ce sont les diplomates envers les autres clans et les autres sociétés. Ils représentent les cheffes claniques. La filiation est matrilinéaire, les époux — il peut y en avoir plusieurs dans certaines sociétés matriarcales (du Tibet contemporain par exemple), viennent vivre ou seulement rendre visite aux femmes dans la maison clanique. Les filles ne quittent pas la maison clanique, et les enfants y grandissent. Les oncles, les frères sont les pères sociaux. Ils élèvent les enfants de leurs sœurs, et non pas les leurs propres. Toutes les matriarchies sont matricentrées, mais toutes les sociétés matricentrées ne sont pas des matriarchies. La nuance est de taille.

Or, nous, nous vivons en patricratie, en « patricratie androcratique » précisément !
Les vieux hommes (pères) concentrent tous les pouvoirs et l’argent, et les mâles dominent l’espace public, par leurs comportements virils d’agression et par la mainmise sur les affaires du monde. Nombreuses sont les sociétés secrètes puissantes qui excluent les femmes des postes puissants et qui sont donc entièrement des « boy’s club » (comme les institutions religieuses ou les grandes entreprises), l’inverse n’existant pas. Au contraire, lorsque les femmes revendiquent des espaces non mixtes, un retour de bâton se fait aussitôt sentir
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Les mouvements qui militent en faveur de l’exploitation sexuelle des femmes sont portés par des hommes proxénètes, qui capitalisent sur l’exploitation des femmes. Ils défendent les droits des hommes à vendre et à acheter les corps des femmes. Ce sont donc des masculinismes. Les mouvements qui militent pour l’exploitation du ventre des femmes (la GPA) sont l’autre face d’une même pièce : acheter et vendre les putains / acheter et vendre les mères gestantes, acheter et vendre les enfants. Rien de ceci n’est progressiste, il s’agit au contraire d’un conservatisme barbare qui nous ramène à l’âge du bronze et à la domestication coercée des femmes par les seigneurs de guerre. De la même manière, les mouvements identitaires religieux, fondamentalement misogynes, ne peuvent être féministes. Religion patriarcale et féminisme sont foncièrement antinomiques. Ces mouvements masculinistes ont énormément d’influence politique parce qu’ils ont l’argent et les réseaux d’influence (les médias, la culture) des hommes, mais aussi parce qu’ils ont le soutien « domestique » (le secrétariat, l’intendance, l’investissement émotionnel) de femmes qui cherchent à « customiser » leur oppression. Se couler dans les plis du colonisateur de manière à aménager les conditions de sa survie, c’est la réponse immédiate devant l’oppresseur
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Est appelé « féminisme libéral » le féminisme promouvant l’auto-objectification et l’auto-exploitation, soit l’autopornification des femmes par elles-mêmes, au travers de l’oppression qu’elles subissent et refusent de reconnaître. Il y a aussi une question de fierté à ne pas vouloir reconnaître les déterminismes patriarcaux qui les ont poussées à intérioriser cette oppression et d’en revendiquer les conséquences comme un choix. Le préfixe porn- vient du grec ancien et signifie « bon marché », quelque chose de « cheap ». Les pornoi étaient les esclaves sexuelles, des captives — butin de guerre, que les marins trouvaient à peu de frais dans les bordels près des ports. Le « féminisme libéral » milite pour un aménagement de l’exploitation personnelle et non pour abolir l’exploitation des femmes par les hommes. C’est un peu comme si les esclaves noirs, au lieu de se battre pour leur liberté, s’étaient battus pour payer des impôts. Féminisme libéral est un oxymore.
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Tant que des petites filles subissent des mutilations génitales et des mariages forcés en Afrique, toutes les petites filles sont en danger. Tant que les religions patriarcales tiennent les femmes en domesticité, nous ne sommes pas à l’abri, dans notre laïcité menacée. Tant que les fœtus femelles sont avortés ou tués à la naissance en Inde et à certains endroits de Chine, ayant entrainé aujourd’hui un différentiel de population de plus de 23 millions de filles manquantes, la misogynie des patriarcats et la violence des hommes sur les filles et les femmes régneront. Tant qu’il y avait des noirs en situation d’esclavage, aucun noir ne pouvait être réellement libre : cette comparaison parle aux hommes qui montrent généralement beaucoup de difficultés à se mettre à la place des femmes, sauf lorsqu’il s’agit de saboter leur sécurité et leurs libertés fondamentales.

D’ailleurs, c’est aussi pourquoi vous verrez aujourd’hui dans le « féminisme », en plus de la défense des intérêts des hommes qui les exploitent, qu’une place centrale et physique a été accordée aux hommes. Les hommes qui ont très rapidement adopté et diffusé le mythe du sentiment d’être une femme dans un corps d’homme, parachevant la destruction de la cohésion du féminisme. Le féminisme médiatisé a été réduit à une grotesque farce, et les femmes conscientes de ce rapt éclair (en l’affaire de 2 décennies) sont obligées de se battre pour des limites que les hommes ne cessent de repousser, au point qu’elles doivent d’abord se définir par l’exclusion des hommes et de leurs intérêts, au lieu de continuer de se battre pour la libération des femmes. Les femmes qui ont en commun d’être opprimées par les hommes sur la quasi-totalité de la planète, parce qu’elles sont les femelles de l’espèce humaine. L’endroit « sûr » à partir duquel pensaient opérer les féministes occidentales subit actuellement un revirement d’ampleur, qui est allé jusqu’à faire régresser les conquis sociaux des féministes de la deuxième vague, notamment sur le droit au sport et l’équité dans le sport.
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L’antédiluvienne déshumanisation (démonisation) des femmes est reproduite, dans le cyberespace, dans l’espace public et dans le droit : les législateurs (au masculin, je souligne) des pays occidentaux remplacent actuellement, et sans se questionner, la caractéristique matérielle immuable qui détermine la classe des femmes dans la loi, enregistrée sous la catégorie du « sexe », en tant que fondement de leur protection et raison matérielle pour laquelle elles sont opprimées, par la notion du stéréotype sociosexuel, « le genre féminin. » Or le genre est une construction sociale, une essence platonicienne détachée du monde sensible et de la réalité matérielle. Le stéréotype sexiste ou « le genre » est un concept dans la tête des hommes et dont l’ontologie est celle de la croyance. Le stéréotype sexiste est la manière dont les femmes sont opprimées et qui se traduit par un ensemble de discriminations et de violences exercées à l’encontre des femmes. Le stéréotype est un spectre qui va de la maman des hommes à la putain des hommes : tout ce que l’on trouvera entre les deux restera un archétype féminin défini en fonction de son rapport aux hommes et donc, centré sur les hommes.

Les femmes, aujourd’hui, sont redevenues une idée dans la tête d’un homme (le syndrome de Pygmalion), une idée que l’homme cherche à fabriquer, voire en cherchant même à se fabriquer lui-même pour y correspondre, et c’est cette idée d’homme, « la féminité », qui vient remplacer notre sexe dans la lettre de la loi. Les femmes féministes, témoins de cette opération de conscience patriarcale, ont l’équipement analytique et herstorique qui leur permet de remonter à la racine de cette supercherie. Parce qu’elles savent comment opère le patriarcat, par maladaptation. C’est ce que les féministes appellent « féminisme radical », avec radical comme « à la racine » du mal, à la racine du mâle. Mais pour moi, féminisme radical à autant de sens que « cis-femme ». Parce que le sens des mots par lesquels nous étions enfin parvenues à nous désigner, sortant de cet oubli que nous avions de nous-mêmes, a été renversé et réinvesti par le patriarcat, nous serions obligées de nous déplacer dans le langage pour pouvoir nous distinguer à nouveau.

Les femmes échappaient aux hommes. Dans cette intentionnalité collective qu’est l’androcratie, ils ont trouvé le moyen de renverser jusqu’au sens du mot « femme » et d’institutionnaliser ce renversement. Certaines femmes, dont la pensée et les actions se qualifient comme du féminisme radical, ne se disent pourtant pas féministes, car « le féminisme ne veut plus rien dire ». Je les comprends, mais je ne suis pas d’accord. Ces femmes et moi-même sommes féministes. Le reste ne sont qu’idéologues et imposteurs — au masculin.
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L’histoire des religions patriarcales même relate le renversement institutionnel opéré par le patriarcat. Les mythes patriarcaux sont des performances du réel. Et dès le départ, les mythes de création patriarcaux se sont appropriés la seule prérogative qui leur échappe encore à ce jour : la procréation. La conscience patriarcale veut créer la vie, mais a dû jusqu’ici se contenter de manipuler et réécrire la symbolique humaine, de manipuler la gestalt humaine : l’âme, la vie de l’esprit créée par le dieu patriarcal, et qui ne se transmet que d’homme en homme, par la chaîne épiscopale. Le mythe des religions patriarcales est à la fois le plagiat le plus grossier et le plus ridicule de la régénération (le propre des femelles) et dont les conséquences ont été les plus désastreuses de toute notre herstoire. La pensée du dualisme métaphysique et de la séparation corps et esprit, nature et culture, femme et homme est le mythe de justification de l’exploitation de la nature et des femmes par l’homme. L’idéologie du genre actuellement en vogue n’est que le dernier relent de ce dualisme métaphysique dont le but est l’appropriation de ce qui appartient aux femmes, du moins, de ce qui leur reste : leur biologie.

Les grandes déesses de la création, de la mort et de la régénération ont été effacées. Les hautes fonctions spirituelles, politiques et professionnelles des femmes ont été supprimées et accaparées par les hommes qui occupent aujourd’hui tous les postes de pouvoir. Les « femmes de pouvoir » sont les servantes de ces hommes, celles qui jouent le jeu du patriarcat par automisogynie, celles qui veulent être l’oppresseur et non la victime, mais qui ce faisant souscrivent pleinement à cet état de fait et contribuent à sa maintenance et sa reproduction. L’idéologie du genre, en tant que sous-produit de la conscience patriarcale, vise à l’effacement des femmes et à l’appropriation de tout ce qui a trait à leur existence par les hommes, les privant ainsi de moyens d’exprimer et donc de combattre l’oppression patriarcale multimillénaire.
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L’idéologie du genre, en tant que mythe, est une performance de la réalité patriarcale : les hommes veulent toujours contrôler le ventre des femmes, envieux de leur pouvoir de procréation. Au travers du « transsexualisme » les autogynéphiles et les hommes misogynes ont construit avec l’arme législative de la fiction juridique (la loi et le droit étant à l’origine les lois de contrôles de la sexualité des femmes et le droit des hommes), un moyen de tenir les femmes dans les rangs et de les coercer (rentrer dans leur espace, leur interdire de parler de leurs expériences de femelles humaines) sans qu’elles ne puissent se défendre. C’est la fiction juridique du « genre » qui vient remplacer la réalité du « sexe » dans la loi.

Aussi, de très jeunes filles, ignorantes de « l’histoire », ignorantes de ce qu’est réellement le patriarcat, mais qui en ressentent néanmoins tout le poids au travers du mal-être, de la haine de soi, de la crainte, de la culpabilité face à ces hommes plus vieux qui leur disent ce que sont les femmes, qui leur disent être eux-mêmes des femmes, tandis qu’elles ne seraient qu’une sous-catégorie de femmes, se retrouvent endoctrinées par une culture prosélyte ânonnée sur les réseaux sociaux par les prêtres en contrôle de la novlangue religieuse. Elles tentent alors de quitter leur condition par l’automutilation extrême et d’hystérectomie. Les jeunes filles essaient inconsciemment aujourd’hui d’arracher et de couper les organes qui concentrent l’envie et la concupiscence des nouveaux prêtres patriarcaux.

Au-delà d’un simple renforcement patriarcal des stéréotypes sociosexuels ancestraux, ce phénomène est plus fondamentalement une traduction institutionnelle de l’envie d’utérus (womb envy), noyau de la conscience patriarcale. Les hommes poussent le syndrome de Pygmalion très loin : ils veulent d’une part fabriquer la femme gynoïde (femmes-robots, utérus artificiels, exomatrices) afin de pouvoir fabriquer au travers de celle-ci une descendance sous leur contrôle, et d’autre part, ils veulent devenir eux-mêmes cette femme fabriquée au travers d’un Frankensteinisme grossier : leurs projets de transplantations d’organes femelles dans des corps d’hommes. Les hommes essaient de se fabriquer une condition féminée, après avoir revêtu les habits de fonction des femmes, leurs fonctions, leurs pouvoirs, ils veulent maintenant en revêtir la peau. C’est ce qui se cache derrière la notion de transgenrisme.
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La logique patriarcapitaliste est la monétarisation de tous les aspects de la vie et de l’environnement, y compris le volume d’air pur que vous allez respirer, et votre subjectivité. La subjectivité est donc remplacée (colonisée) par le consumérisme individuel. Votre identité, c’est ce que vous possédez, les marques que vous portez, la musique que vous écoutez, les niches éphémères de sous-consommation auxquelles vous vous identifiez. L’idéologie de l’identité de genre est en parfait alignement avec cet objectif. La série Black Mirror, via un épisode mettant en scène en occident le système de crédit social expérimenté en Chine, était déjà en retard sur son temps puisque la monétisation de l’attention et de l’intention faisait déjà l’objet de blue prints et de nombreuses discussions dans des groupes de réflexions technoprogressistes principalement anglo-saxons et américains, dédiés aux sociétés automatisées et décentralisées, il y a bien plus d’une décennie déjà.

Le mythe marxiste poussé au bout de sa logique fait dès lors un tour complet d’eirôneía et rejoint le rêve ultralibéraliste colonialiste d’une accumulation infinie. Ultralibéralisme, colonialisme, capitalisme, autant de nuances justifiées par la pensée patriarcale. L’accumulation infinie va de pair avec la quête de l’immortalité, le premier mouvement de l’ego androcratique dans ses grandes épopées de l’âge du bronze. Le marxisme n’est autre qu’un produit de la conscience patriarcale et ne pouvait qu’être défectueux par design. Le marxisme est un patriarcapitalisme.

L’économie de l’attention et l’intention, c’était hier. Aujourd’hui, les technopatriarches, à l’image d’un Elon Musk ou d’un Martine Rottblatt sont beaucoup plus avancés et toujours plus dissociés de ce qui nous ancre dans notre corps et dans la communauté : l’émotion et les liens d’émotion, l’empathie, et les liens d’empathie, l’affection, et les liens d’affection que les membres des sociétés de subsistance, des sociétés matriarcales ont entre eux et pour la terre, cette spiritualité dite primitive qui fait le lien (reli-gere, ce qui nous relie) entre l’humanité et la biosphère. Tout comme le platonisme, le néoplatonisme, christianisme, le post-modernisme et tous les courants de pensée issus du dualisme métaphysique (la formulation n’est pas anodine, il s’agit de courant de pensée, sans corps et sans ancrage), les technopatriarches du transhumanisme manifestent une haine farouche ou une ignorance sédentaire du corps et de la chair, ainsi que des femmes. Cette dernière se traduit en un syndrome de Pygmalion très fortement illustré chez le magna autogynéphile de l’industrie pharmaceutique et de la tech : Martine Rothblatt, homme qui se présente comme une femme, fervent transactiviste et consacrant de mirobolantes sommes au financement d’organisations transactivistes, de chaires et de programmes de recherches sur le transgenrisme dans les universités et des lobbys. Il a construit un gynoïde, une femme robotisée, à la ressemblance de son épouse.
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revenons aux sociétés égalitaires qui aujourd’hui encore, luttent contre leur patriarcapitalisation. Quelques sociétés matriarcales se sont prémunies de telles menaces grâce à leur insularité ou en s’étant à chaque fois retirées un peu plus loin dans les hautes-montages pour fuir la patriarcalisation et le néocolonialisme des marchés mondiaux. Parmi celles-ci, une partie des Mosuo (Sud-Ouest de la Chine) et une partie des Khasi de l’Assam (Est de l’Inde) : une partie seulement ont pu préserver leur mode de vie et sont à ce jour menacées par les « projets de développement » du capitalisme agressif, entendre le néocolonialisme, ainsi que par les immigrants patriarcaux, paupérisés et déplacés par ce même néocolonialisme. Capitalisme et agressif sont des termes pléonastiques, mais ce que désigne « capitalisme » nous est trop familier, il s’agit d’un mal radical banalisé, de même que l’État-nation. Arendt n’est pas remontée aux racines du totalitarisme. Elle n’a fait qu’en effleurer la surface. Le capitalisme (toujours patriarcal) est le mal radical dans lequel nous vivons au quotidien et nous y sommes insensibilisés, nos sens ont été abrasés depuis bien trop longtemps pour réaliser ce que nous avons perdu. Le capitalisme est le facteur qui pousse ces sociétés au patriarcat et à la guerre : la colonisation, la domination pour l’accumulation que mènent les possédants sans frontières et qui pour d’aucuns sont déracinés de la terre mère depuis des millénaires et pour d’autres depuis quelques siècles seulement.

Le capitalisme et les hommes positionnés sans sa hiérarchie pyramidale ont besoin d’une accumulation constante et exponentielle de richesse, et ne reculent devant aucune exploitation, qu’il s’agisse d’extraction de ressources naturelles, dont l’utérus fait maintenant partie en pièce détachée, ou d’exploitation psychique des femmes, par exemple, via la prostitution virtuelle et réelle de la « girlfriend experience », au travers de laquelle les hommes achètent l’attention et l’empathie des femmes (souvent avant d’acheter leur corps). Tous les recoins de la planète et du psychisme sont matière à extraction. Ces recoins sont habités, et les populations qui y vivent en endosymbiose avec leur environnement doivent être assimilées au projet de développement, et donc, « déplacées ». Le psychisme des jeunes femmes sur Onlyfans n’a pas eu à être déterritorialisé, la culture patriarcale les a dressées à la féminité et à mesurer leur existence et la valeur de celle-ci à l’aune du regard des hommes. Les populations déplacées par le projet de développement (d’accumulation) capitaliste vivaient jusqu’alors sur les lieux prospectés pour l’extraction des ressources en masse et l’installation des usines et des champs. Déplacer des populations, cela signifie les déraciner et les arracher à leur culture et aux coutumes holistiques dans lesquelles spiritualité et protection de la biosphère ne font qu’un, ces peuples ne faisant qu’un avec la nature. Ces déplacements détruisent ensuite leur système de coopération sociale et les réseaux d’entraide interclaniques qui y sont attachés, ainsi que le consensus démocratique : en effet, ces peuples sont déterritorialisés par des institutions étatiques et supranationales (les États patriarcaux et les conseils d’administration des consortiums de grandes entreprises, au travers d’accords de marchés transnationaux) et sont ensuite relocalisés de manière patrilocale puisque ces institutions sont les institutions du patriarcapitalisme : les hommes qui les représentent, sur le terrain et à toutes les strates de la pyramide de domination, sont des hommes qui ne traitent qu’avec des homologues, autrement dit des hommes. Ces institutions patriarcapitalistes forcent l’installation du patriarcat en donnant les terres aux hommes et en ne traitant qu’avec eux ; en refusant les droits aux terres dont jouissaient les femmes dans le système économique et social de subsistance endosymbiotique à l’environnement. Les femmes seront ensuite triplement exploitées : elles représentaient, par exemple en Asie, 80% de la main‑d’œuvre bon marché (esclavagisée) dans l’industrie de l’électronique. Les hommes asiatiques les vendaient en promouvant leur dextérité leur absence de rébellion et leur compliance à travailler pour trois fois rien. Elles étaient ensuite exploitées au foyer, où elles se chargeaient des tâches domestiques, et à nouveau par le capitalisme, en reproduisant la main‑d’œuvre. Les systèmes économiques de ces peuples ont été entièrement détruits ; des conflits se sont formés à l’intérieur (pour l’accumulation et la possession) et à l’extérieur, avec d’autres peuples victimes du même sort (l’origine de tous les conflits ethniques). Le chaos règne, requérant l’intervention des organes militaires du grand capital, c’est-à-dire, des contingents de guerriers des États membres des consortiums d’intérêts capitalistes, et la boucle est bouclée.

Le patriarcat est un processus itératif sans fin, en ce qu’il est un système de domination androcratique qui se renforce et se reproduit par l’accumulation des richesses, par la guerre et par le contrôle de la propriété et des femmes. Le patriarcat est capitaliste et androcratique. Il s’agit encore une fois d’une juxtaposition pléonastique. Comme nous l’avons vu un peu plus haut, il n’y a pas de patriarcat égalitaire. Aussi, tout ce qui relève de l’accumulation capitaliste et qui en est à la fois le produit et le moteur, telles que le sont la société de consommation et l’industrialisation, est fondamentalement incompatible avec l’existence d’une société partenariale égalitaire. Réinventer un mode de vie respectueux de la biosphère, et donc, de notre humanité, qui serait fondamentalement égalitaire entre les sexes, et en tenant compte de notre différence sexuée (les femmes sont les procréatrices) ne nécessite pas une seule critique de l’accumulation primitive, des États-nations, et du patriarcapitalisme. Cela nécessite leur disparition.
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Une société matriarcale est donc non hiérarchique, mais cela ne signifie pas qu’elle est « anarchique ». Ce qu’elle est en revanche, c’est acratique, sans « kratos », sans pouvoir de domination. Revenons sur le « non hiérarchique » qui n’est pas anarchique : il y a bien un commencement (arkhos), et le commencement, c’est la mère, la femme. La société est égalitaire et partenariale : il n’existe pas de sociétés matriarcales ou les femmes exerceraient un contrôle coercitif sur les hommes de leur communauté. Je donne cette précision, car sous la pression des invasions et des conflits extérieurs, avec une perte de ressources naturelles (volée par les invasions colonialistes) et donc, la contamination des pressions du patriarcapitalisme sur les communautés restantes, en Afrique par exemple, a poussé les sociétés matriarcales à fabriquer des castes avec une noblesse et des inférieurs. Cela se produit lorsque les clans d’une même ethnie et d’une même culture sont forcés à se battre pour les territoires rescapés et capturent les perdants. Se met alors en place une double caste : d’un côté la noblesse ancestrale et traditionnelle des femmes, au sein du clan sédentaire, et de l’autre une noblesse guerrière des hommes (nomades intermittents) qui sont maintenant non seulement les représentants claniques, les marchands, mais en même temps des guerriers. Ces sociétés ne sont plus matriarcales, mais prépatriarcales et évolueront immanquablement, avec l’accumulation des richesses et la fixation des classes hiérarchiques, vers un patriarcat : elles exploitent déjà les classes qu’elles ont infériorisées et subordonnées. Ces femmes ne conserveront pas longtemps leurs rôles traditionnels à moins que le néocolonialisme du grand capital ne cesse de faire tourner le monde d’un soudain. Et encore, de profonds et irrémédiables dégâts ont été causés à ces sociétés ; les réparations prendraient du temps. Or, le patriarcapitalisme est à ce jour un système indélogeable.
(...)

Au niveau économique, nous serions dans l’économie de subsistance, comme c’est le cas dans les sociétés de subsistances existantes, aujourd’hui portées à bout de bras au milieu des pressions par les femmes de ces sociétés : une économie locale et régionale. Les communautés seraient autosuffisantes et pratiqueraient le don. Le don ne s’apparente pas au troc marchand, car il s’agit d’une économie circulaire non pas au sens où nos théoriciens occidentaux l’entendent, mais au sens où les productions ne sont pas destinées à l’accumulation, mais au partage. Nous avons dans notre économie des formes bâtardes de type SCOP, qui réalisent ce système en leur sein tout en s’inscrivant dans l’économie patriarcapitaliste et donc en étant soumises à ses pressions. En société matriarcale, la qualité de vie sur tous les plans, de matériel à psychique, est bien plus importante que l’accumulation des biens et les distractions — qui servent à distraire les producteurs/exploités/consommateurs.

La société de consommation et de spectacle est faite pour atomiser les humains de manière à pouvoir les exploiter et les pousser à toujours plus de consommation. Au niveau social, il est donc important de renverser l’atomisation de la société, qui les prive des besoins humains fondamentaux de connexion et de sens, cultivant un terrain propice à l’autodestruction, à la destruction, à la violence et à la guerre. Il est dès lors nécessaire de créer des groupes d’affinités et de parentés par choix, différents des groupes d’intérêts, trop facilement dissolubles. Ces groupes sont donc basés sur les affinités affectives et philosophiques de ses membres de manière à créer des clans symboliques dans lesquels l’engagement sera bien plus profond que dans les groupes d’intérêts.

Ces nouvelles communautés doivent être initiées et menées par des femmes et des mères avec leurs enfants, liées par affinités. Ces affinités sont ensuite élargies aux hommes dans un second temps : le clan est centré sur les besoins des femmes et des enfants (futur de l’humanité) et non pas sur les désirs de pouvoir et de domination des hommes qui ont mené aux familles patriarcales étendues et aux boy’s clubs politiques et associatifs.
(...)
Au passage, les hommes ont une vie bien meilleure dans les sociétés matriarcales que dans nos patriarchies !

Politiquement, le consensus matriarcal d’égalité est mis en pratique : il s’agit de démocraties racinaires (grass-roots), non pas d’institutions provenant d’un État-patrie centralisé tout puissant. Dans une démocratie racinaire, chaque personne a voix au chapitre de manière à empêcher la formation de factions et la domination d’un individu sur le reste du groupe. Cela permet aussi d’équilibrer les rapports entre les générations et les sexes : les adolescentes et les personnes âgées y ont la même place que les autres. Or, dans cette démocratie racinaire, le consensus est réellement mis en pratique, contrairement à nos démocraties. Les décisions sont donc prises par tout le monde au niveau local et régional, et la cellule de base en est le matriclan. L’échelle locale est importante : l’État fut le premier instrument de « pacification » pour et par les seigneurs de guerre. Par pacification, il faut entendre colonisation et institutionnalisation de la domination sur les peuples conquis. L’État est, si je puis dire, par nature, colonialiste, comme les premières cités-États l’ont été. Les super-alliances ont toujours été mises au service du pouvoir des puissants en réduisant les individu·es à des « ressources humaines. »
(...)

L’écologie n’est ni une option ni un aspect compartimentalisable du féminisme, elle est au contraire inhérente au féminisme et exclusive du patriarcapitalisme. Il n’y a pas de féminisme sans écologie, et il n’y a pas d’écologie sans féminisme, n’en déplaise aux Verts très souvent associés à la décriminalisation des exploiteurs et à la légalisation de l’exploitation sexuelle, y compris en France.

Une écologie en patriarcapitalisme, c’est un oxymore, tout comme la notion de développement durable. Le développement n’est pas « durable » puisqu’il implique l’accumulation de biens et l’exploitation d’une partie de la population, des néo-colonies et des femmes. Dans notre société occidentale, il ne peut y avoir de développement sans exploitation, que cette exploitation soit délocalisée (Asie, Europe de l’Est) ou interne : les femmes, les précaires que fabrique sciemment la politique macroniste dans la continuité du travail de casse des conquis sociaux éphémères pour le capital des patrons. La notion même de développement que l’on nous sert pour formater notre vision des colonies dites « pays en développement » est un leurre. L’on retrouvera le même type de discours chez les acteurs de l’époque colonialiste officielle au sujet des populations indigènes. Ces discours justifiaient ainsi l’exploitation comme un moyen de développer les forces de travail des natifs considérés comme « féminisés et englués dans la fainéantise. » C’est-à-dire des peuples dont l’humanité s’accomplissait dans une économie de subsistance respectueuse de la nature et des femmes. Pour les colonialistes, les exploiter s’apparentait à leur rendre service, parce qu’ils n’avaient pas su s’élever à l’économie productive de la race maîtresse des blancs.
(...)

Il n’y aura jamais de libération à l’intérieur d’une société patriarcale-capitaliste. Nulle n’est réellement libre, pas même celles qui s’imaginent avoir fait un choix. Les choix leurs ont été laissés entre des possibilités limitées et biaisées. Les seuls choix possibles concernent la manière d’aménager sa propre exploitation à l’échelle individuelle. Il y a un mot anglo-saxon que nous n’avons pas, pour décrire cet état de coercition constant qui passe pour le summum de la liberté : unfreedom. Autrement dit, la vie (in)humaine que nous menons en patriarcapitalisme. Tu peux mettre à la place « libéralisme », « protectionnisme »… car tous les régimes économiques patriarcaux mènent à l’exploitation.
(...)


5 Messages

  • Pour le féminisme partout et des sociétés matriarcales partenariales et égalitaires Le 17 décembre 2021 à 11:10, par Heska

    Puisque Sandrine parle de Goettner-Abendroth, voici une article de la revue de l’association Française des Anthropologues. Suite à la parution du livre de Goettner-Abendroth qui remet les pendules à l’heure sur les prétentions scientifiques et anthopologiques de cette philosophe :

    Heide Goettner-Abendroth, Les sociétés matriarcales. Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde, éd. des femmes, 2019. (1re édition 2012)

    Ce gros livre de plus de 500 pages qui a fait l’objet d’un compte rendu extrêmement élogieux dans Le Monde des livres, entend fonder, selon son auteure, « une autre science socio-culturelle… un champ nouveau, spécifique, qui transcende les frontières des disciplines existantes » (P11). Il s’agit des Recherches matriarcales modernes auxquelles se voue Heide Goettner-Abendroth depuis plusieurs décennies. Heide Goettner-Abendroth a créé en effet en 1986 l’Académie internationale pour les recherches matriarcales modernes (HAIDA) et organisé deux colloques sur cette thématique. Disons-le, immédiatement, l’approche de l’auteure qui se veut scientifique et a l’ambition d’inaugurer une philosophie et une méthodologie spécifiques n’a aucune rigueur intellectuelle. Il s’agit moins d’une connaissance scientifique que d’une entreprise de réfutation de l’universalité du patriarcat menée à partir d’une opposition aux actions de patriarcalisation.

    Le premier chapitre, censé être une lecture critique de l’histoire de la notion de matriarcat, revient sur les auteurs connus – Bachofen, Bebel, Morgan, Marx et Engels – de façon à la fois si superficielle et dogmatique que le lecteur cultivé pourrait se décourager d’aller plus loin et abandonner à ce stade l’ouvrage. Suit une série de chapitres décrivant l’existence des matriarcats autochtones de par le monde en Asie, Amérique du sud et Afrique, le matriarcat étant construit à partir de sa dissolution par l’idéologie patriarcale, ce qui enferme le projet lui-même dans une perspective purement idéologique. En effet, l’auteure précise qu’elle a commencé par étudier le contexte culturel des manifestations du matriarcat. Puis dépassant l’analyse de la mythologie, elle s’est tournée vers l’anthropologie, tout en récusant les recherches faites par des non autochtones, accusées d’universalisme et en proposant un changement de perspective qui consiste à connaître par le bas : recueillir l’histoire des femmes, des classes inférieures, des peuples autochtones, des subcultures.

    Il en résulte un recueil de matériaux, basé sur des sources secondes, des références sollicitées très anciennes, montrant l’extériorité de Heide Goettner-Abendroth aux recherches académiques et son ignorance des débats et des perspectives d’analyse sur les rapports sociaux de sexe dans les sociétés étudiées par les anthropologues. Le chapitre sur les Mosuo, par exemple, que nous avons fait lire à Béatrice David, sinologue, est une synthèse de travaux datés et pleine d’erreurs. Sur le chapitre suivant concernant les anciennes populations Yue qui est son domaine de spécialité, B. David dit que l’auteure puise ses généralisations dans des travaux historiques également périmés, n’ayant aucune connaissance des travaux plus récents, et des avancées majeures. Heide Goettner-Abendroth répète à l’envi que les chercheurs occidentaux ont tort, mais pas elle qui se fie, sans vérification, aux sources autochtones aux visées plus politiques que scientifiques.

    L’auteure développe ainsi une série d’affirmations mystificatrices sur les femmes et les sociétés qu’elles régiraient. Ce livre constitue un cadeau empoisonné pour les femmes dont il se réclame avec tant de force, pour les féministes qui se battent pour les droits des femmes et pour les chercheures qui ont pour objectif d’appréhender la diversité infinie des modèles hiérarchiques et des inégalités. Le lecteur se retrouve face à un discours qui encense les femmes comme premières créatrices de la culture, au commencement de tout, sans hiérarchie et dans une égalité absolue. Très loin des études dites de genre, cet ouvrage ne manque pas de relents mystiques, derrière le spiritualisme qu’invoque l’auteure. Le ton est délibérément moral ; les femmes sauraient en elles-mêmes, de par leur nature féconde, organiser des sociétés équilibrées, horizontales, axées sur le don, le partage et honorant la divinité féminine.

    Annie Benveniste et Monique Selim

    (lien : http://www.afa.msh-paris.fr/?page_id=1661#3223 )

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  • Pour le féminisme partout et des sociétés matriarcales partenariales et égalitaires Le 16 décembre 2021 à 11:46, par Heska

    Depuis quelques jours je me demandais si cela valait le coup d’intervenir sur ce sujet. L’interpellation de Simon (en majuscules ! pourquoi ?) m’en donne l’occasion. Il faudrait quand même tordre le coup à ce canard des sociétés matriarcales : il n’y en a jamais eu. Gimbustas est bien seule dans la communauté scientifique (et les femmes sont aujourd’hui nombreuses en anthropologie) pour encore soutenir cette vieille lune de Bachofen ou Morgan. Cette idée que le matriarcat prend fin à l’Age du Bronze est absolument infondée. D’abord l’Age du Bronze où ça ? En Egypte, au Soudan, en Chine, au Moyen-Orient, en Grèce ? Toutes les dates sont différentes et la fin de l’Age du Bronze s’étend suivant les régions sur plus d’un millier d’années. Ensuite les sociétés du chalcolithique (Age du Cuivre) auraient donc été matriarcales ? Mais il suffit de lire les textes de Sumer pour comprendre que c’étaient des sociétés aussi patriarcales que celles du Bronze. Les chasseurs-cueilleurs qui n’ont jamais connu l’Age du Bronze auraient été matriarcaux ? 7000 ans de patriarcat aborigène parfaitement documenté montre le contraire. Bref si vous voulez aborder sérieusement ce sujet voici un pdf d’une brochure écrite par Darmangeat (du site La Hutte des Classes) :

    http://cdarmangeat.free.fr/brochure.pdf

    Il y a (eu) des sociétés matrilocales et/ou matrilinéaires mais il n’y a jamais eu à la connaissance de l’anthropologie de société matriarcale. C’est-à-dire une société ou l’homme (le mâle) est un objet d’échange aux mains des femmes, où la polyandrie est généralisée, où les mâles n’ont pas accès aux armes à forte létalité (lance, arc...) ni aux objets sacrés, où l’homme est un mineur permanent. Tous ces traits caractérisent à l’inverse, pleinement quand ils sont tous présents ou partiellement quand on en observe que quelques uns, une société patriarcale. Et c’est bien le cas de l’immense majorité des groupes humains connus par l’observation depuis des siècles ou de sociétés disparues dont les traces archéologiques sont suffisamment importantes pour en tirer des conclusions probables sur leur organisation.

    Les exceptions au patriarcat « dur » sont tellement rares que ce sont toujours les mêmes qui sont citées : les San d’Afrique australe, les Musuo (ou Na) de Chine et les Iroquois d’Amérique du Nord. Parmi ces trois, seuls les San constituent ce qui se rapproche le plus d’une société égalitaire, c’est-à-dire en premier lieu un groupe humain où la division sexuelle du travail est faible. Pas inexistante, non, juste faible ! Chez les Musuo, si le mariage n’existe pas et que les femmes sont propriétaires des champs, des outils et des maisons, l’éducation des enfants reposent tout de même sur leurs oncles maternels. Les hommes n’y branlent rien d’autre, sauf les réparations des maisons et leur construction. C’est donc pas tous les jours qu’ils quittent l’ombre de l’arbre pour s’activer. Les femmes font tout le reste : culture, repas, nettoyage... Mais je comprends bien que cette situation est bien plus enviable que celle des femmes chez les Aborigènes ou les Papous où la femme est violentée, battue, vendue, prêtée, reléguée aux tâches subalternes, mise à mort pour avoir touché un objet du culte ou mis la main sur une lance, et partage la couche de son mari avec d’autres épouses.

    Une société matrilinéaire (les enfants portent un nom du clan de la mère) comme celle des Iroquois, où les femmes étaient en outre propriétaires des greniers, n’est en aucun cas une garantie d’une société égalitaire et pacifique. Les Iroquois étaient des sociétés guerrières expansionnistes redoutables qui pratiquaient la torture systématique des prisonniers et des esclaves.

    Aujourd’hui on ne peut pas formellement qualifier l’Occident moderne de société patriarcale car de nos jours la loi ne fait pas de différence entre les sexes masculin et féminin. Cependant il est tout aussi faux de dire que notre société est égalitaire ou « non-patriarcale ». Il y a trop peu de temps encore que la femme était la mineure de son mari, qu’elle ne disposait en propre au mieux que de sa dot, ne pouvait pas ouvrir de compte en banque, ne pouvait pas divorcer de sa propre initiative, ne pouvait pas signer de document sans l’approbation du mâle, ne pouvait pas voter. Depuis 1948 l’égalité formelle est de mise en France mais on n’efface pas aussi vite des millénaires de pratiques inégalitaires et violentes, et nos sociétés demeurent dans la pratique patriarcales. Elles le sont culturellement, traditionnellement : les premières victimes de violences sont les femmes, les hommes tuent 50 fois plus leur compagne qu’une femme ne tue son compagnon, leurs salaires sont moins élevés, les temps-partiels sont leur lot, les tâches ménagères sont majoritairement effectuées par les femmes etc etc

    Donc Simon, pour répondre à votre intervention, il ne faut pas chercher trop : l’immense majorité des dizaines de milliers de sociétés (groupes et culture) passées et présentes sont patriarcales en droit (ou coutume) ou en actes.

    Par ailleurs, je n’ai jamais compris en quoi croire et raconter que le matriarcat avait existé donnait des arguments à certains courants féministes actuels ; nul besoin d’une supposée autorité du passé pour se battre aujourd’hui contre la domination masculine.

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  • Pour le féminisme partout et des sociétés matriarcales partenariales et égalitaires Le 16 décembre 2021 à 09:51, par sandrine

    « Le camarade Moses Harman, emprisonné et condamné aux travaux forcés pour avoir identifié comme un « viol » la relation sexuelle imposée par un homme à une femme dans le cadre du mariage. » Quelle généralisation caricaturale, qui dit que tous les rapports sexuels au sein du mariage seraient des viols. Et les rapports dans le cadre du mariage homosiexuel ?

    Pour Proudhon, pourquoi pas, mais on aurait aimé avoir une référence, car le texte est si bourré d’a priori tendancieux qu’on ne peut accepter ceci sans référence. Pourquoi pas Brigitte Macron transexuelle ? Ok pour le machisme des anarchistes, souvent doubléd’un conservatisme. Par ailleurs les dissonnances entre les discours et les actes se rencontrent à tous les niveaux et tous les genres et j’en ai quelques exemples personnels parmi les féministes, surtout, autoritaires même si « c’est la même chose chez les maoïstes » ou que « c’est pire chez les néo-nazis ».

    « Je suis née dans un corps sexué, le corps d’une femelle humaine, dans un environnement pauvre et inculte qui a dès ma naissance, déterminé la manière dont j’évoluerais dans la société, la manière dont j’allais être traitée ». C’est un point qui revient constamment dans le discours des ultra-féministe : le déterminisme. Pas de liberté donc, pas d’évolution, pas de résilience à la Cyrulnik. Le déterminisme est le fondement de tous les conservatismes : telle est ta place, n’en change pas !

    « Les matriarchies sont effectivement des sociétés où le commencement d’un clan et d’une communauté est par les mères. Mais cela n’a jamais signifié « la domination de », ni « la loi de ». Le pouvoir, la domination, c’est vraiment le Kratos, le suffixe ﷓cratie. Les sociétés véritablement matriarcales, selon la définition issue des recensements et études de Heide Goettner-Abendroth sont des sociétés partenariales et égalitaires : l’autorité y est celle des anciennes ; ce sont les femmes qui détiennent les terres et effectuent le partage des ressources de manière égalitaire. Il n’y a pas d’accumulation primitive, soit, pas de capitalisme. Il n’y a pas non plus de raréfaction des ressources artificielles ou par surpopulation, car les femmes régulent les naissances. »

    Voilà des mots qu’il suffit d’écrire pour les faire apparaître vraie. Mais en dehors des réseaux sociaux où la terre peut-être plate, je ne vous pas sur quelles données ethnographques ou archéologiques ont peut fonder de tels jugements. Comment par exemple déterminer la propriété des terres, les règles d’héritage dans des populations disparues ? On ne nous parle pas de réalité mais d’iédéologie : pour Rousseau, la société démarre quand les bêtes humaines parcourant solitairement les bois s’assemblent. C’est une évidente fiction et c’est ce que nous avons là.

    « Elles décident d’avoir un enfant ». Là pour le coup, on a des données, issues de population qui ne font pas la relation entre le rapport sexuel et l’enfantement. Du coup pas de père (biologique), le frère ainé de la mère en tenant lieu. Ce qui remet pas mal de choses en question dans le développement théorique de ce texte, qui par ailleurs simplifie outrageusement les structures de parenté qui sont extrêment complexes et diverses (on mélange allégrement matrilinéarité, matrilocatlité, matriarcat : les réductionnismes sont toujours proches cousins des absolutismes).

    « Les sociétés véritablement matriarcales, selon la définition issue des recensements et études de Heide Goettner-Abendroth sont des sociétés partenariales et égalitaires » « Les idées de Göttner-Abendroth seraient basées sur des vues sur l’histoire ancienne qui sont depuis longtemps dépassées en science. Les déclarations qu’elle a faites sur le matriarcat ne sont pas vérifiables scientifiquement. Selon Christoph Uehlinger, Professeur d’histoire générale de la religion et des études religieuses à l’université de Zurich, elles sont « d’une certaine manière comparables aux positions de l’anthroposophie de la théosophie et d’autres mouvements neuro-religieux qui combinent la néo-mythologie avec des prétentions scientifiques »(Wikipedia)

    Mme Goettner-Abendroth renvoie également à une spiritualité matriarchiste. Là on dérape carrément : les femmes sont des louves, des sorcières, pas vraiment des êtres rationnels, plutôt du côté de l’obscur, de l’instinct. Ça fait penser à certains délires nazis (terre creuse, aryanisme, etc). Mme Goettner-Abendroth est allemande. Cela a-t-il un rapport ? On voit ce genre de néo-obscurantismes féministes se développer ici aussi.

    Je m’arrête ici car je n’ai pas le temps de débusquer (debunk) toutes les contre-vérités de ce texte qui entretient des rapports étroits avec le complotisme, le néo-obscurantisme, la démographie des mouvements se recoupant. Ce qu’il est important de voir est que cette idéologie est au féminisme ce qu’est le national-socialisme au socialisme. J’ai même lu un anathème sur les « véritables sociétés matriarches » : on voit où cela peut mener. Ces divagations à base pseudo-scientifiques sont un danger pour le féminisme et plus généralement l’émancipation humaine.

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  • Pour le féminisme partout et des sociétés matriarcales partenariales et égalitaires Le 15 décembre 2021 à 16:43, par simon

    CE SERAIT BIEN SI TU NOMMAIS ETNOMBRAIS LES SOCIÉTÉS PATRIARCALES AUXQUELLES TU FAIS REFERENCE. A MA CONNAISSANCE, ELLE SONT BEAUCOUP TROP PEU NOMBREUSES POUR ÊTRE SIGNIFICATIVES ETME LE SYSTÈME AVUNCULAIRE EST REMIS EN QUESTION EN AFRIQUE. MERCI DE M ÉCLAIRER ;

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