On ne peut pas lutter contre les dérèglements climatiques et leurs conséquences, mais contre les structures sociales qui les causent si

Stopper un ouragan, une innondation, une canicule, un mégafeux, la fonte du pôle nord... ? S’y adapter ??!

mardi 3 août 2021, par Camille Pierrette.

Le fait que les puissants et la plupart des médias parlent de « lutter contre les déréglements (ou »changements« ) climatiques » est un choix idéologique volontaire.
Bien plus qu’un raccourci pratique de vocabulaire, ça signe leur choix suicidaire de (vaguement) s’attaquer aux conséquences mais pas aux causes.

Il est stupide et vain de vouloir lutter contre un ouragan, une innondation, une canicule, un mégafeux, la fonte d’un glacier, une explosion nucléaire de centrale en perdition... On peut juste tenter de fuir, de limiter la casse, de reconstruire tant que c’est possible, on ne peut pas s’y adapter de même qu’on ne peut pas s’adapter ni survivre dans le vide de l’espace si on y est projeté.
Il faudrait donc logiquement s’attaquer aux causes, et donc « lutter contre les structures matérielles et idéologiques du capitalisme et de la civilisation industrielle ».

Les puissants et les technocrates veulent « croire » à une possible adaptation aux désastres que la « méga-machine » crée en permanence, ils veulent administrer autoritairement ces désastres (exactement comme il le faut pour le covid-19) et ainsi accroître leur pouvoir et notre dépendance, ils veulent développer de nouveaux marchés rentables sur les ruines du vivant et/ou sous prétexte de prétendu « verdissement » (par exemple : voitures électriques, énergie hydrogène, numérique gestionnaire et IA partout...), ils transforment les carnages en spectacles parmi d’autres et en moyens d’asseoir le système libéral de la compétition et de la lutte à mort (contre tous, contre les éléments, contre les catastrophes...).
C’est donc, poussé à l’extrême, la continuation de la guerre, du pillage, de la violence structurelle, des dominations et de l’exploitation. Où nous seront réduits à des vies de plus en plus amputées, contrôlées et dépendantes des machines, des vies sous catastrophes permanentes, une survie dans des ruines où l’Etat et les polices distribueront les maigres vivres et les consignes autoritaires pour ne pas mourir trop vite.
Un cercle vicieux suicidaire qui s’autoalimente, où les derniers refuges seront détruits aussi vite que les espèces.

De même que ce système nous rend tributaires de vaccins technologiques pointus élaborés par des multinationales, nous sommes/serons en permanence dépendants de machines et technologies complexes pour survivre (mal) dans des mondes de plus en plus ruinés, irrespirables et invivables.

La méga-machine (voir en PS), après avoir tout détruit, fournit des ersatz de vie, elle remplace la vie gratuite et l’autonomie par des dispositifs payants et technologiques qui accentuent la dépendance.
Ce qui était gratuit et à profusion : l’air, l’eau, les sols, les aliments, les relations, et même la vie libre de l’esprit, sont remplacés par des machins technologiques, des prothèses, des produits d’usine rentables et en séries limitées, où les meilleurs séries sont réservées aux plus riches, les autres étant condamnés à crever ou à périr à petit feu biberonnés par des sous-dispositifs de piètre qualité.

Finirons-nous comme dans les films Matrix, Soleil Vert ou Terminator ?
Allons-nous vraiment agir vigoureusement contre les causes ou allons-nous continuez à nous plaindre de certaines conséquences, tout en croyant illusoirement qu’on pourra s’y adapter ?

- Quelques articles en complément :

Les tenants du système en place concèdent à présent de lutter contre « les émissions de CO2 » et la "surexploitation de la planète".
Mais pourquoi la planète est surexploitée ?, pourquoi y a t-il autant de CO2 émis, tant de déforestation et de pillages ?! Silence radio.

Ainsi, les puissants, les riches et les technocrates ne parlent que du risque d’éffondrement de la civilisation, c’est ça qui les inquiète, alors que c’est en fait une partie de la solution.
Ainsi, ils ne pensent qu’à tenter de sauver "la-civilisation", qui est pourtant la cause de tous ces désastres et qu’il conviendrait donc de détruire au plus vite pour limiter ses dégâts mortels, en poussant tout un tas de discours creux et de dispositifs techno-industriels (voitures électriques, énergies dites renouvelables industrielles, gestion numérique totale et "intelligences artificielles") ruineux.
Ces discours sont à présent répétés sans cesse dans les médias et les discours politiciens (et même dans de trop nombreux cercles d’écologie inconséquente et médiatique), de manière à étouffer toute voix dissidente et à rassurer les foules par des "solutions" qui en réalité ne font que précipiter les désastres par une fuite en avant dans les mêmes dispositifs socio-techniques anti-écologiques.

Exemples en cours de catastrophes incontrôlables et des boucles de rétroaction positive qui solidifient et accélèrent les phénomènes provoqués par la civilisation industrielle :

Et la Une du journal le Monde qui reste souvent calée sur le covid-19 ou les JO...
Le simple fait que les JO continuent d’exister montre à quel point le système en place est irréformable.

Et il ne faudrait pas considérer seulement les dérèglements climatiques, mais toutes les destructions et perturbations produites par les pollutions, les pesticides, la destruction des sols par l’agriculture industrielle, l’urbanisation, la destruction de zones humides, les routes, le bruit, etc.

🇨🇳 UN MONDE ENSEVELI 🌍

Après les inondations, les canicules, les typhons ou les incendies, c’est au tour de la tempête de sable !
La ville chinoise de Dunhuang a été complètement recouverte après le passage d’une tempête de sable d’une centaine de mètres de hauteur.

post de Cerveaux non disponibles

On ne peut pas lutter contre les dérèglements climatiques, mais contre les structures sociales qui les causent si
Le désastre est déjà là, et tant que la civilisation industrielle perdure il continuera

La fuite en avant

- Quelques exemples supplémentaires : https://www.facebook.com/nicolas.casaux/posts/10158517422862523

Fort heureusement, face à tout cela, il y a Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin ou Marine Le Pen, ou la primaire populaire, Cyril Dion, Gaël Giraud, Yannick Jadot, Delphine Batho, Éric Piolle, Le Vent Se Lève, Blast, Bernard Friot, Frédéric Lordon, la gauche radicale qui milite en faveur d’un autre usage des technologies numériques (qui dénonce « l’usage capitaliste de la technologie numérique », sans doute en faveur de son usage « néo-léniniste », qui serait à n’en pas douter bien meilleur), Greenpeace et Greta Thunberg qui dénoncent les « fausses renouvelables » (qui dénoncent à juste titre le fait d’incinérer de la biomasse en vue de produire de l’énergie prétendument verte ou propre ou renouvelable, sous l’égide du slogan #StopFakeRenewables, soit « arrêter les fausses énergies renouvelables », mais qui oublient étonnamment que produire en masse, industriellement, des panneaux solaires ou des éoliennes n’a rien non plus de vraiment vert/propre/renouvelable, que les barrages sont des désastres environnementaux, qu’aucune production industrielle d’énergie et aucune production d’électricité ne sauraient êtres vertes/propres/renouvelables, dans un beau mensonge par omission), etc., chacun sa version du salut, chacun sa version de la croyance en une autre société techno-industrielle, meilleure et durable, soutenable, low-tech, verte, bio, équitable, de gauche, de droite, démocratique, socialiste, communiste, anarchiste, « néo-léniniste », végan, smart, décarbonée, j’en passe et des meilleurs.

🔥LESASTRE EST DÉJÀ LÀ

➡️Il y aura des incendies géants et des inondations, la montée des eaux et de émeutes de la faim, des déplacements de population et de cyclones. Tout cela est écrit, annoncé, prédit depuis plusieurs décennies. Qu’ont fait les gouvernants ? Ils ont accéléré le désastre, continué à soutenir les plus grands pollueurs, appuyé la consommation à marche forcée. (NOTE : et ils ne veulent ni ne peuvent pas faire autre chose, étant prisonniers de la méga-machine - voir en PS - et drogués à leur pouvoir et à leur puissance)

➡️ À présent, le désastre est là. Madagascar subit une famine à cause du réchauffement climatique qui préfigure le sort de centaines de millions de personnes à court terme. Des catastrophes industrielles et écologiques sont annoncées quasiment tous les jours dans une affolante banalité. La glace du Groenland fond à une vitesse jamais vue, pendant que les forêts sibériennes brûlent. Pendant ce temps, dans un pays comme la France, le débat public est focalisé sur « l’insécurité », « l’islam » ou « l’écriture inclusive ».

➡️Nos gouvernants n’ont aucune intention de ralentir le désastre : ils nous y précipitent. Pour eux, la solution n’est pas de régler les causes de problèmes sociaux ou environnementaux, mais d’en traiter les éventuelles conséquences pour eux même. Ils ont intégré que la catastrophe allait s’approfondir rapidement, c’est pour cela que partout, les polices se militarisent, les moyens de contrôles deviennent de plus en plus puissants, que les Etats se transforment en Régimes autoritaires. Ils feront tenir les sociétés par la force.

➡️Il n’y aura pas de sauveur ni de miracle. L’équation de la période est simple : révolution ou barbarie, soulèvement généralisé ou suicide collectif.

🔥CARNAGE EN TROMPE L’ŒIL 🔥
Si en France, nous avons l’impression que l’été 2021 est particulièrement doux, voir même froid, le reste de L’Europe brûle et crame littéralement. Juillet 2021 est ainsi le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré au niveau européen.

Posts de Nantes Révoltée

On ne peut pas lutter contre les dérèglements climatiques, mais contre les structures sociales qui les causent si
Les carnages s’accumulent, se multiplient, confirmant les prévisions, mais la civilisation industrielle et ses adeptes préfère tout brûler que laisser la place

P.-S.

« Nous pouvons sortir de notre système-monde capitaliste »

Avec la pandémie du Covid, la pensée linéaire est omniprésente. Notre réaction a été très linéaire : on a mis une partie de la société à l’arrêt en attendant les vaccins, sans aborder les facteurs à l’origine de ce type de pandémies, en l’occurrence, l’expansion perpétuelle de l’économie capitaliste.
On sait que la majorité des pandémies et des épidémies actuelles, qu’il s’agisse du Covid, d’Ebola ou du VIH, se développent à partir d’animaux sauvages dont les habitats ont été détruits. Faute de barrières suffisantes, leurs excréments se retrouvent dans la nourriture humaine et c’est ainsi que les virus se transmettent aux êtres humains. Au lieu de prendre en compte cette dimension circulaire, nous réagissons de manière linéaire en restant dans un système économique dont la seule finalité est de croître et d’accumuler sans fin.
A l’heure où le dérèglement climatique est l’une des plus grandes menaces que nous ayons à affronter – beaucoup plus grande que la pandémie actuelle –, nous disposons de très peu de propositions pour changer en profondeur notre système économique. On se réfugie dans la géo-ingénierie et dans l’idée qu’il suffit de remplacer la technologie fossile par des énergies renouvelables. C’est, certes, nécessaire, mais tout à fait insuffisant.
[...]
Le principe fondamental de la mégamachine est l’accumulation sans fin de capital. Autrement dit, il s’agit de faire fructifier l’argent dans un cycle éternel de profit et de réinvestissement. Ce principe s’inscrit, entre autres, au cœur des institutions économiques les plus puissantes du monde : les grandes sociétés par action. Cependant, la machine économique ne peut exister sans un deuxième pilier qui l’appuie : l’Etat moderne, fortement militarisé, qui s’est développé de manière co-évolutive avec le capital et qui soutient les grands groupes d’une façon extraordinaire. Ces deux piliers ont formé un système à la fois extrêmement productif et agressif, qui ne peut exister sans expansion et croissance perpétuelle.
L’essor violent de ce système a été légitimé dès le début par une mythologie qui présente cette expansion comme une mission salutaire. Ce « mythe de l’Occident » constitue le troisième pilier de la mégamachine. C’est d’abord le christianisme qui a été utilisé pour justifier les conquêtes coloniales ; puis les notions de « civilisation » (par opposition aux peuples dits « sauvages »), de « progrès », de « développement » (par opposition aux peuples dits « sous-développés ») et de « valeurs occidentales » (par opposition au reste du monde qui est, dans ce récit, plus ou moins barbare) lui ont succédé pour justifier cette domination.

La deuxième tyrannie est la violence structurelle. Il s’agit de rapports qui ne sont pas physiques à première vue, comme les rapports de propriété. Il y a pourtant de la violence physique derrière la violence structurelle. Si je suis endetté auprès d’un grand propriétaire au point de perdre la terre que je possède, je suis forcé de travailler pour lui. Aujourd’hui, 42 personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la planète. C’est une forme de violence structurelle extrême.

La troisième tyrannie est le pouvoir idéologique. Il y a 5 000 ans, ce pouvoir s’est exercé par l’écriture, apparue en Mésopotamie et utilisée pour la coordination de la production et de l’esclavage, et plus tard pour rendre pérenne la cosmologie des classes supérieures de la société, par exemple grâce à un livre sacré.
Aujourd’hui, les systèmes scolaire et universitaire sont un vecteur de pouvoir idéologique. Et, bien sûr, les médias. En Allemagne, dix milliardaires détiennent 70 % de la presse écrite, et c’est pareil en France.
Dans Manufacturing Consent (1988), Edward Herman et Noam Chomsky ont montré comment la détention du capital mais aussi d’autres facteurs comme l’autocensure ou certains biais cognitifs conduisent à filtrer les informations d’une certaine manière sans qu’il y ait besoin de recourir ouvertement à des formes de coercition.
[...]
Si on veut faire advenir une économie sans croissance qui permette de vivre en équilibre avec la Terre, il faut se débarrasser des sociétés par actions et des formes juridiques similaires, et inventer d’autres organisations économiques orientées par le bien commun. Les coopératives et les entreprises communales en sont de bons exemples, mais elles restent aujourd’hui marginales car le système de subvention des grands groupes et l’idéologie néolibérale ne leur permettent d’exister qu’à la marge.
[...]
Concrètement, il faut réduire et terminer l’exploitation et l’usage des énergies fossiles le plus vite possible et résister aux forces autoritaires des Etats. En même temps, nous devons dès aujourd’hui créer des espaces où se déploie une autre logique dont témoignent les initiatives mises en œuvre à de multiples niveaux, qu’il s’agisse d’entreprises alternatives ou des villes en transition, etc. qui restent aujourd’hui, du fait de la législation, cantonnées à petite échelle.
[...]
Pour nous guider, nous devons regarder la nature autrement et trouver des manières de coopérer avec les systèmes vivants complexes au lieu d’essayer de les dominer.
[...]
Nous pouvons changer l’organisation sociale et mettre en place un autre système qui ne soit pas destructeur pour notre environnement. Pour cela, il faut comprendre comment nous en sommes arrivés là et à quel moment nous nous situons.
Si nous restons avec un récit trompeur, la conclusion sera « il faut avancer vers plus de digitalisation, vers la croissance verte ». Or, cela nous conduit droit à la catastrophe. Au contraire, nous devons refaire la carte nécessaire pour nous orienter, et c’est l’objet de ce contre-récit.

- Source : Entretien : Fabian Scheidler : « Nous pouvons sortir de notre système-monde capitaliste » - Comment la civilisation occidentale, qui se prétend animée par la raison, peut-elle être aussi destructrice ? Accumulation sans fin du capital, Etat fortement militarisé et mythe de ­l’Occident ont conduit à la catastrophe écologique, détaille le philosophe Fabian Scheidler, auteur de La Fin de la mégamachine. Sur les traces d’une civilisation en voie d’effondrement, (éd. Le Seuil, 2020 [2015]).

(NOTE : plutôt qu’une "économie sans croissance", je penche plutôt pour la fin u monde de l’économie et de sa centralité sociale, voir dernier livre de Jérôme Baschet)

La civilisation moderne n’est plus qu’un véhicule gigantesque, lancé sur une voie à sens unique, à une vitesse sans cesse accélérée. Ce véhicule ne possède malheureusement ni volant, ni frein, et le conducteur n’a d’autres ressources que d’appuyer sans cesse sur la pédale d’accélération, tandis que, grisé par la vitesse et fasciné par la machine, il a totalement oublié quel peut être le but du voyage. Assez curieusement on appelle progrès, liberté, victoire de l’homme sur la nature, cette soumission totale et sans espoir de l’humanité aux rouages économiques et techniques dont elle s’est dotée. L’homme, qui s’est assuré une domination incontestable sur toutes les espèces animales d’une taille supérieure à celle des virus et des bactéries, s’est avéré incapable de se dominer lui-même.

Ne nous mentons pas plus longtemps. Au moment même où les nations Occidentales renversaient l’ancien régime de gouvernement absolu, opérant sous l’égide d’un roi jadis divin, elles restauraient ce même système sous une forme bien plus efficiente à travers leur technologie, réintroduisant les coercitions à caractère militaire, non moins strictes dans l’organisation d’une usine que dans la nouvelle armée formée, uniformisée et règlementée. Durant les phases de transition de ces deux derniers siècles, un doute pourrait subsister quant à la tendance ultime de ce système, parce qu’en plusieurs endroits il y aurait des réactions démocratiques ; mais avec le maillage de l’idéologie scientifique, elle-même libérée des restrictions théologiques ou des objectifs humanistes, la technique autoritaire a trouvé un instrument lui offrant le commandement absolu des énergies physiques aux dimensions cosmiques. Les inventeurs des bombes nucléaires, des missiles spatiaux, et des ordinateurs sont les bâtisseurs de pyramides de notre temps : psychologiquement galvanisés par le mythe d’un pouvoir illimité, vantant leur omnipotence, sinon leur omniscience croissante à travers leur science, motivés par des obsessions et des compulsions pas moins irrationnelles que celles des systèmes absolutistes d’autrefois : en particulier la notion selon laquelle le système lui-même doit s’étendre, peu importe les éventuels coûts pour la vie.

A travers la mécanisation, l’automatisation, la direction cybernétique, cette technique autoritaire a au moins réussi à dépasser sa plus sérieuse faiblesse : sa dépendance originelle envers des servomécanismes résistants, parfois activement désobéissants, encore assez humains pour accueillir des fins ne coïncidant pas toujours avec celles du système.

A l’instar des premières formes de technique autoritaire, cette nouvelle technologie est merveilleusement dynamique et productive : son pouvoir tend à s’accroitre sans limites, en quantité dépassant la possibilité d’assimilation et défiant toute tentative de contrôle, que l’on parle du rendement de la connaissance scientifique ou des chaines de production industrielles. Afin de maximiser l’énergie, la vitesse, ou l’automatisation, sans considération aucune pour les conditions complexes qui permettent le maintien de la vie organique, sont elles-mêmes devenues des fins. A l’instar des premières formes de technique autoritaire, le poids de l’effort, si l’on juge en fonction des budgets nationaux, favorise les instruments absolus de destruction, conçus pour servir des fins absolument irrationnelles dont le principal sous-produit serait la mutilation ou l’extermination de l’espèce humaine. Assurbanipal et Gengis Khan accomplirent, eux, leurs horreurs dans le cadre de limites humaines normales.

Le centre de l’autorité de ce nouveau système n’est plus une personnalité visible, un roi tout-puissant : même dans les dictatures totalitaires, le centre repose maintenant dans le système lui-même, invisible mais omniprésent : tous ses composants humains, même l’élite technique et gestionnaire, même le prêtre sacré de la science, qui seul a accès au savoir secret à l’aide duquel le contrôle total est promptement établi, sont eux-mêmes pris au piège par la perfection de l’organisation qu’ils ont inventé. Comme les Pharaons de l’époque des pyramides, ces servants du système identifient ses biens avec leur propre bien-être : à l’instar du roi divin, leur louange du système est un acte d’auto-adulation ; et à l’instar, à nouveau, du roi, ils sont sous l’emprise d’une pulsion irrationnelle d’extension des moyens de contrôle et de la portée de leur autorité. Dans ce nouveau collectif centré sur le système, ce pentagone du pouvoir, aucune présence visible ne dirige : à la différence du Dieu de Job, les nouvelles déités ne peuvent être confrontées, encore moins défiées. Sous le prétexte d’économie de travail, le but ultime de cette technique est de déplacer la vie, ou plutôt, de transférer les attributs de la vie à la machine et au collectif mécanique, n’autorisant le maintien d’une partie de l’organisme que si contrôlée et manipulée.

- Source : Le mythe de la machine : la pensée de Lewis Mumford : Lewis Mumford demeure mal connu en France alors même qu’il incarne un aspect essentiel de la tradition radicale états-unienne et qu’il fut l’un des critiques les plus pénétrants du déferlement technologique contemporain.


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