Mouvement climat : s’adapter à ce technomonde machinique pour qu’il dure ou le démolir pour choisir comment vivre ?

Contre le technomonde végan et décarboné - Libérer la terre ou optimiser sa destruction ? - Neutralité carbone ou comment achever la biosphère - Consommer ou combattre

lundi 21 juin 2021, par Les Indiens du Futur.

𝗟𝗘 𝗠𝗢𝗨𝗩𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧 𝗖𝗟𝗜𝗠𝗔𝗧 𝗢𝗨 𝗟’𝗘𝗖𝗢𝗟𝗢𝗚𝗜𝗦𝗠𝗘 𝗗𝗨 𝗠𝗢𝗡𝗗𝗘-𝗠𝗔𝗖𝗛𝗜𝗡𝗘

À l’instar des politiciens, des chefs d’État, des scientifiques, des ingénieurs et techniciens en tous genres ou encore des magnats capitalistes à la Bill Gates, les figures de l’écologisme impliquées dans ce qu’on appelle désormais le « mouvement climat » ne jurent que par des chiffres, des statistiques, des courbes, des graphiques. Sur Twitter, la courte note biographique de Greta Thunberg indique qu’elle serait « née à 375 ppm ».

Mouvement climat : s’adapter au technomonde machinique pour qu’il dure ou le démolir pour choisir comment vivre ?
Contre le technomonde végan et décarboné - Libérer la terre ou optimiser sa destruction ? - Neutralité carbone ou comment achever la biosphère - Consommer ou combattre

Le drame ? Que nous ayons dépassé les 280 ppm de CO2 dans l’atmosphère. Que cela induise un réchauffement climatique estimé à plusieurs degrés Celsius, lequel menace la continuation de la civilisation industrielle, du monde des machines (des machines qui s’expriment de plus en plus à la manière de ces humains qui s’expriment de plus en plus comme des machines). La solution ? Faire en sorte que les dirigeants étatiques et les pontes du capitalisme prennent les mesures nécessaires afin de réduire les émissions de CO2 de 63% entre 2017 et 2030 (d’après les estimations du cabinet B&L evolution). Notamment en construisant des centrales éoliennes et solaires, et toutes sortes de centrales de production d’énergie dite renouvelable ou « bas-carbone ». Pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, il « faudra probablement retirer de l’atmosphère quelque 1 000 milliards de tonnes de dioxyde de carbone ». Ce qui implique par ailleurs, toujours d’après le cabinet B&L Evolution, de réduire la mobilité de 76%, de réduire de 5% par an les « kilomètres parcourus par des particuliers », de généraliser le télétravail « 2 jours par semaines à partir de 2025 pour tout salarié habitant à plus de 10 km de son travail », de multiplier les trajets en transports en commun par 2, les trajets en vélo par 6, de faire en sorte que la consommation de viande passe « de 90 kg à 25 kg par personne et par an », etc.

Parce qu’en effet, courbes, graphiques et statistiques nous apprennent que, consommant et épuisant excessivement les terres, l’élevage industriel n’est pas durable. Solution ? Faire en sorte que l’on devienne tous végéta*iens (ou que l’on consomme seulement 25 kg de viande par personne et par an comme le suggère le cabinet B&L).

De part en part, l’existence doit être organisée en fonction de critères techniques d’efficacité, dans l’optique que la grande machine générale que constitue la civilisation industrielle puisse continuer à fonctionner sans heurts.

À la fin de son livre 𝑄𝑢𝑎𝑛𝑑 𝑙𝑒 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒 𝑠’𝑒𝑠𝑡 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑛𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒, Olivier Rey note :
« Lorsque la démesure et la disproportion s’installent partout, de la taille des villes, des entités politiques, aux quantités d’énergie en circulation, au maillage technique, à l’intensité des échanges et de la consommation, lorsque la norme devient l’énorme, lorsque nos capacités d’émotion, d’évaluation et de représentation, prises de court par le gigantesque, ne sont plus à même de nous orienter dans la vie et dans la pensée, la seule ressource pour conserver un semblant de maîtrise est de nous en remettre aux nombres, de calculer, de tracer des courbes, de dresser des tableaux.  »

De bien des manières, et depuis longtemps déjà, nous ne vivons plus dans des sociétés édifiées par et pour leurs membres, conçues par leurs aspirations, leurs rêves, leurs peurs, leurs penchants esthétiques, leurs soucis éthiques. Nous vivons dans une machine qui, pour continuer de fonctionner, même quelque peu au ralenti, possède ses exigences propres et nous les imposent. Ces exigences, les écologistes du « mouvement climat » nous en font part lorsqu’ils nous enjoignent à choisir, pour prendre un exemple, notre régime alimentaire en fonction de son « impact carbone ». La manière dont une société conçoit l’alimentation est au cœur de son identité, en lien avec de nombreux autres aspects culturels, avec ses croyances concernant le monde, ses pratiques, ses sensibilités, etc. Que les membres de la société techno-industrielle en soient réduits à choisir leur « régime alimentaire » en fonction de son « empreinte carbone » n’est pas étonnant.

Plutôt que de s’en prendre à la démesure, à l’absurdité du système technologique, de la société industrielle, d’encourager son démantèlement au profit de la formation de multiples sociétés à taille humaine dans lesquelles les êtres humains pourraient déterminer eux-mêmes, sur la base de nombreux critères, de préférences, de goûts, d’éthiques, de sensibilités, aussi bien leur alimentation que leurs manières d’interagir avec la nature, ou les uns avec les autres, les « écologistes » du mouvement climat encouragent une adaptation de nos comportements, de nos existences, aux exigences de fonctionnement dudit système — qui, sur le plan écologique, n’est pas soutenable et ne le sera sans doute jamais, et qui constitue un terrible désastre social (inégalités, injustices, aliénation, dépossession, etc.).

Il y a quelque chose de terriblement 𝑖𝑛ℎ𝑢𝑚𝑎𝑖𝑛 dans les récriminations des apôtres du mouvement climat (de tout aussi inhumain que la civilisation industrielle dont il souhaite garantir la continuation).

- voir https://www.partage-le.com/2021/06/13/contre-technomonde-vegan-decarbone-par-philippe-oberle/

- L’intro de l’article + extraits :

Avant toute chose, pour éviter de contrarier la gestapo verte intolérante à toute critique de Sainte Greta et de sa parole divine « neutre en carbone », j’insiste sur le fait que je ne rsuis nullement climatosceptique et que cet article n’a absolument pas l’objectif de nier l’existence du changement climatique, qui d’ailleurs n’est pas d’origine « anthropique », ni « humaine »ré, encore moins causé par les « activités humaines » en général. Il a pour origine la première révolution industrielle qui s’est révélée être une catastrophe pour les terriens humains et non-humains. Le discours englobant et culpabilisant, qui fait porter le fardeau à « l’humanité » tout entière, est une insulte à l’intelligence humaine. Il affiche également un violent mépris pour les peuples autochtones protégeant 80 % de la biodiversité restante[1] ainsi que pour l’ensemble des communautés rurales des pays du Sud qui n’y sont pour rien dans l’hécatombe écologique mondiale.

Ce n’est pas « l’humanité » qui est responsable, comme on peut le lire un peu partout, mais une seule et unique forme d’organisation sociale, une seule et unique culture humaine, un seul et unique mode de vie parmi les milliers d’autres qui ont existé – et existent encore – en ce monde. Cette culture méprisant la vie, qui octroie plus de valeur au téléphone ou à l’ordinateur qu’à la vie d’un enfant congolais ou ghanéen ; cette culture dont l’éthique place la bagnole et l’autoroute avant le cerf élaphe et sa forêt, c’est la civilisation industrielle née en Europe, produit du bien mal nommé siècle des Lumières. Cette civilisation européenne s’est répandue comme une lèpre à l’ensemble du globe, colonisant des paysages vivants – prairies, forêts, marécages, mangroves, montagnes, plaines alluviales, rivières – d’une beauté qui dépassait autrefois l’entendement, y exterminant par la même occasion leurs habitants humains et non-humains. Pour enlaidir et asservir le monde libre, la civilisation dissémine partout les verrues de son progrès – mines d’extraction, puits de pétrole et de gaz, oléoducs et gazoducs, mégalopoles et centres commerciaux, zones urbaines et périurbaines, écrans et panneaux publicitaires, zones industrielles et entrepôts, monocultures et élevages industriels, automobiles et autoroutes, routes et parkings, barrages et canaux, viaducs et tunnels, remontées mécaniques et téléphériques, centrales énergétiques et lignes à haute tension, transformateurs et câbles sous-marins, décharges à ciel ouvert et sites d’enfouissement de déchets toxiques/nucléaires, usines d’incinération et décharges sauvages, plantations industrielles et scieries, stations d’épuration et centres de stockage, etc.

Cette folie doit cesser.

Quelques-uns des thèmes abordés dans ce long texte :

  • Décryptage du discours de Greta Thunberg et de la mise en scène dans la vidéo partagée sur son compte Twitter le 22 mai 2021, une vidéo sponsorisée par l’ONG Mercy For Animal ;
  • Pourquoi végétarisme et/ou végétalisme ne changeront rien à la dévastation des forêts ;
  • L’uniformisation des pratiques alimentaires à l’échelle globale est une aubaine pour l’industrie agroalimentaire ;
  • Derrière la campagne pour la nature se cache un mouvement d’accaparement des terres gigantesque, principalement dans les pays du Sud ;
  • Stopper l’élevage ne va pas automatiquement « libérer » de l’espace pour la vie sauvage, cette interprétation provient d’une méconnaissance de la mécanique capitaliste ;
  • Domestiquer la nature sauvage au nom du bien-être animal ;
  • Le pastoralisme est essentiel à la biodiversité et à la survie de centaines de millions de personnes sur Terre, principalement en Afrique ;
  • Les petits producteurs nourrissent le monde avec moins d’un quart de l’ensemble des terres agricoles.

(...)

« “Votez avec votre argent” est devenu le slogan de l’environnementalisme dominant. À partir des années 1950, les êtres humains furent davantage qualifiés de consommateurs que de citoyens. En persuadant les gens que leur principal moyen d’action sociale et politique se fait à travers la consommation, alors leurs choix de résistance se réduisent à acheter ou ne pas acheter. En réalité, les humains disposent d’un éventail bien plus vaste de tactiques. »

Julia Barnes, réalisatrice du documentaire Bright Green Lies, 2021.

(...)

« Il n’y a pas une seule espèce dont la disparition ait causé beaucoup de désagréments à la civilisation, pas une seule espèce sauvage qui soit indispensable, moins encore dont l’éradication serait remarquée, sauf par une poignée de conservationnistes ou de scientifiques irréductibles. L’inutilité de la vie sauvage pour la société civile est la raison pour laquelle les espèces menacées n’apparaissent jamais dans les sondages parmi les grandes priorités du public. Je ne peux pas nommer une seule espèce sauvage dont la disparition totale serait matériellement ressentie par qui que ce soit (vous pouvez facilement fonctionner sans avoir accès aux éléphants, mais si vous perdez votre téléphone pendant une journée entière, c’est le chaos). Mais je peux sans effort énumérer diverses espèces, des tigres aux moustiques, dont l’anéantissement a été assidûment poursuivi. L’annihilation est facile pour Homo sapiens. Ce qui nous intéresse peu, c’est la coexistence.

[…]

Les services naturels dont les humains ont réellement besoin pour conserver la vie moderne proviennent des micro-organismes décomposeurs, de quelques insectes pollinisateurs, du plancton réalisant la photosynthèse dans les océans et de choses non vivantes comme l’eau et l’atmosphère. À terme, nous pourrions bien simplifier le monde pour le limiter à l’essentiel, et il pourra supporter des milliards de personnes supplémentaires. En effet, c’est la seule manière d’y parvenir[54]. »

D’autres scientifiques abondent en ce sens[55]. L’idée selon laquelle la civilisation industrielle reposerait sur des « services écosystémiques » est une fable, comme l’explique longuement le scientifique R. David Simpson qui a étudié les liens entre économie et écosystèmes durant plus de 25 ans[56]. Selon lui, cette fièvre soudaine pour les « services » de la nature pourrait au contraire accélérer la colonisation de la terre nourricière par le béton, le métal et le bitume. Et à la limite, qui a réellement besoin d’un doctorat en biologie pour réaliser qu’une ville, dépendante d’un approvisionnement en eau et en nourriture totalement artificialisé reposant sur de gigantesques infrastructures et des machines (traitement, pompage, transport, routes, etc.), ne repose en rien sur la bonne santé des écosystèmes alentours ? Ajoutons qu’en Europe, probablement l’une des régions les plus urbanisées et fragmentées par les infrastructures de transport dans le monde[57], les écosystèmes sont dans un état calamiteux. La civilisation, de son côté, se porte à merveille.

Si l’industrialisation de la vie sur Terre a causé tant de dégâts, la logique voudrait qu’on démantèle le système industriel. Pas seulement pour la production de nourriture, mais pour tout le reste, l’écrasante majorité des produits et objets disponibles sur les marchés n’étant aucunement indispensable pour mener une vie digne de ce nom. Mais, chose étonnante, la solution avancée est tout autre. Les puissants capitalisent sur les crises sanitaire, climatique et écologique pour uniformiser le régime alimentaire de leur cheptel humain

(...)

En vérité, il n’y aucun changement de système en vue. Il n’est ni question d’un démantèlement des firmes de la pétrochimie, ni de la grande distribution, ni des géants agro-industriels, encore moins de la société techno-industrielle capitaliste prospérant sur un extractivisme et des pollutions démentiels. Les esclaves-salariés-consommateurs sont simplement culpabilisés puis sommés de changer leur régime alimentaire. D’autre part, les slogans du type « On ne se bat pas pour la nature, nous sommes la nature qui se défend » étaient à l’origine utilisés par une frange plutôt antisystème de l’écologisme, notamment par les zadistes de NDDL[58].

(...)

Comme par enchantement, les grands céréaliers multimillionnaires, en Amérique du Nord, en Europe et en Amérique du Sud, abandonneraient leurs terres à la vie sauvage après avoir été ruinés par l’effondrement du marché mondial pour l’alimentation des animaux de ferme. Difficile à croire. En fait, il existe un autre scénario bien plus probable : la conversion d’une grande partie de ces terres en cultures industrielles de biomasse, pour produire électricité et biocarburants dont le système technologique a désespérément besoin pour assurer sa survie.

(...)

« […] l’accès à la terre des populations rurales est attaqué de toutes parts. Du Honduras au Kenya, de la Palestine aux Philippines, les gens sont évincés de leurs fermes et de leurs villages. Ceux qui résistent sont emprisonnés ou tués. Grèves agraires généralisées en Colombie, manifestations des chefs communautaires à Madagascar, marches dans tout le pays par des sans-terres en Inde, occupations en Andalousie, la liste des actions et des luttes est longue. Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est que la possession des terres est de plus en plus concentrée aux mains des riches et des puissants, et non pas que les petits producteurs prospèrent. »

(...)

« La notion de colonialisme interne, au sens large du terme, décrit parfaitement ce processus [d’affaiblissement et de normalisation des communautés relativement autonomes et indépendantes] : elle renvoie à l’absorption, au déplacement et/ou à l’extermination des habitants d’une région donnée. Le colonialisme interne impliqua une « colonisation botanique » qui permit de transformer le paysage – déforestation, drainage, irrigation, construction de digues – afin d’adapter les cultures, les formes d’implantation et les systèmes d’administration à l’État et aux colonisateurs. Une manière d’évaluer l’effet de cette colonisation consiste à l’envisager comme un affaiblissement massif de tous les éléments de type vernaculaire : langues vernaculaires, peuples minoritaires, techniques agricoles vernaculaires, régimes fonciers vernaculaires, techniques de chasse, de récolte et d’exploitation forestière vernaculaires, religion vernaculaire, et ainsi de suite. La tentative pour normaliser la périphérie est considérée par les représentants de l’État « parrain » comme une manière d’apporter civilisation et progrès – le progrès étant par conséquent envisagé comme la diffusion importune des pratiques linguistiques, agricoles et religieuses du groupe ethnique dominant : les Hans, les Kinh, les Birmans ou les Thaïs. »

L’État exècre la diversité humaine, elle constitue une menace pour sa survie et un frein à son développement. Pour monter en puissance, depuis toujours l’État a dû homogénéiser les sujets habitant sa périphérie car celle-ci abritait des « populations fugitives et mobiles dont les modes de subsistance – cueillette, chasse, agriculture itinérante, pêche et pastoralisme – étaient fondamentalement inappropriables par l’État. » Toujours d’après James C. Scott, pour un « État agraire adapté à une agriculture sédentaire, ces régions ingouvernées et leurs populations étaient stériles sur le plan fiscal. » Ce même processus colonial contribue tout autant à l’expansion du marché mondial dans les zones vierge non encore infectée par la pandémie marchande.

(...)

Se dessine alors une synergie potentielle entre l’élite traditionnelle de la conservation et le mouvement animaliste faisant passer le bien-être individuel avant celui de la communauté animale. On reconnaît là les processus à l’œuvre au sein du capitalisme libéral agissant comme une sorte de machine à extraire les individus de leur milieu naturel pour les priver de leur autonomie et les isoler les uns des autres en cloisonnant. Ces cloisons sont à la fois physiques (murs, clôtures) et immatérielles (individualisme, narcissisme). Détruire le tissu social et l’autonomie d’une communauté est une condition nécessaire au maintien de la croissance économique, car l’économie croit en phagocytant de nouvelles ressources vivantes. Elle se comporte tel un parasite, vampirisant la vie de ses hôtes, suçant leur fluide vital jusqu’à la dernière goutte. Vidés de leur essence primordiale, privés de leur animalité, les individus ainsi domestiqués et recrachés à la chaîne par le système marchand sont inaptes à faire société. Le résultat mène irrémédiablement à la destruction de la communauté vivante, qu’elle soit humaine ou non-humaine.

(...)

« Des centaines de milliers de personnes défilent dans les rues de Washington, New York ou Paris. Et si vous leur demandez : pourquoi manifestez-vous ? Elles vous diront : nous voulons sauver la planète. Si vous leur demandez leurs revendications, elles vous diront : nous voulons des subventions pour les industries éolienne et solaire. C’est extraordinaire. Je ne connais aucun autre exemple historique de mouvement de masse aussi intégralement détourné et changé en lobby pro-industrie. »

(...)

En consommant végan ou « neutre en carbone », la seule chose dont vous pouvez être certain, c’est d’engraisser Bill Gates et ses copains ultrariches – Jeff Bezos, Xavier Niel, Richard Branson, Peter Thiel, Elon Musk, Reid Hoffman et bien d’autres – qui ont tous investi dans des startups véganes[133]. Pour ce qui est de sauver la planète, rien n’est moins sûr. Servant admirablement l’accélération du développement technocapitaliste, la neutralité carbone a déclenché une course à l’extraction de métaux sans précédent dans l’histoire. Selon la Banque Mondiale, pour répondre à la demande internationale, il faudra extraire 550 millions de tonnes de cuivre dans les 25 prochaines années, soit une quantité équivalente à la production des 5 000 ans passés[134]. Et il ne s’agit que du cuivre. La production de lithium devra croître de 965 % d’ici 2050 pour satisfaire la demande ; celle de cobalt de 585 % ; celle de graphite de 383 % ; celle d’indium de 241 % ; quant à la production de nickel, cette croissance est estimée à 108 %, principalement en raison du stockage de l’énergie (74 % de la demande en 2050), mais le nickel est aussi indispensable à la production de nombreux alliages, à commencer par certains aciers.

Pour remplir leurs objectifs et sécuriser l’approvisionnement des métaux indispensables à la croissance du système technologique, les fêlés au pouvoir sont déterminés à miner les fonds marins de l’Océan Pacifique (deep-sea mining). Selon l’UICN, ce carnage est justifié, puisqu’il s’agit de développer des technologies dites « vertes » :

« Les gisements minéraux des grands fonds suscitent un intérêt croissant. Cela est dû en grande partie à l’épuisement des gisements terrestres de métaux tels que le cuivre, le nickel, l’aluminium, le manganèse, le zinc, le lithium et le cobalt, ainsi qu’à la demande croissante de ces métaux pour produire des applications de haute technologie telles que les smartphones et les technologies vertes comme les éoliennes, les panneaux solaires et les batteries de stockage électrique. »

(...)

La société industrielle consume littéralement notre planète vivante pour exécrer en fin de chaîne de la matière inerte, morte. D’après une étude publiée le 9 décembre 2020 dans la revue Nature, la masse « anthropogénique », ou plutôt industrielle puisque découlant exclusivement de l’appareil productif industriel – constructions et infrastructures principalement –, est aujourd’hui équivalente à la biomasse terrestre vivante estimée à 1,1 tératonne, soit 1 100 milliards de tonnes. Dans les deux cas, il s’agit de la masse « sèche », c’est-à-dire excluant l’eau. Selon les auteurs, la masse anthropogénique « est définie comme la masse incorporée dans les objets solides inanimés fabriqués par l’homme (qui n’ont pas été démolis ou mis hors service, que nous définissons comme “déchets de masse anthropique”) ». On y trouve l’ensemble des matériaux utilisés par le secteur du BTP et l’industrie : béton, agrégats, briques, métaux, bois utilisé pour l’industrie papetière, ou encore verre et plastique. Les auteurs de l’étude estiment également que la seule masse du plastique sur Terre (déchets compris) excède celle de tous les animaux terrestres et marins.

(...)

« Ils veulent nous faire croire que nos choix de consommation sont le seul moyen que nous avons de changer les choses. Si nous acceptons cela, ils gagnent. Nous voilà réduits au statut de consommateurs. On ne devrait pas se laisser faire. Parce que, oui, on consomme. Dans cette société, dans cette culture, je suis obligé d’acheter des choses pour survivre. Mais cela ne me définit en rien, pas plus que mon pouvoir d’action dans ce monde. Fondamentalement, je suis un animal doté de mains et de pieds. Je peux aller me balader dans des endroits, je peux faire des choses. J’ai une voix, la capacité de parler avec d’autres, de construire une relation avec eux, de m’organiser, et de me battre si nécessaire. Tout cela importe bien plus que ma capacité à acheter ou ne pas acheter quelque chose. »

Max Wilbert, auteur et membre du mouvement Deep Green Resistance, interviewé dans le documentaire Bright Green Lies.

(...)

« Ceux au pouvoir sont insatiables. Ils feront tout — mentir, tricher, voler, tuer — pour accroître leur pouvoir.

Le système récompense cette accumulation de pouvoir. Il la requiert. Le système lui-même est insatiable. Il requiert la croissance. Il requiert l’exploitation sans cesse croissante des ressources, y compris des ressources humaines.

Il ne s’arrêtera pas parce que nous le demandons gentiment ; autrement, il se serait arrêté il y a déjà longtemps, lorsque les Indiens et d’autres peuples autochtones demandèrent gentiment aux membres de cette culture de bien vouloir arrêter de leur voler leurs terres. Il ne s’arrêtera pas parce que c’est la chose juste à faire, sinon il n’aurait jamais commencé.

Il ne s’arrêtera pas tant qu’il restera quelque chose à exploiter. Il ne peut pas[150]. »

(...)

L’ensemble des mesures les plus populaires aujourd’hui pour solutionner la crise écologique et climatique globale – énergie décarbonée, régime végétarien/végétalien, compensation carbone, etc. – le sont parce qu’elles ne remettent aucunement en cause le mode de vie des humains urbano-industriels. Il s’agit tout au plus de quelques ajustements cosmétiques ayant pour principal objectif de relancer le capitalisme en perte de vitesse, d’optimiser la « résilience » de la société industrielle pour réemployer le vocable à la mode. Aucun démantèlement de la société industrielle n’est envisagé, ni même discuté. Les politiciens, les oligarques et les technocrates veulent maintenir le plus longtemps possible la mégamachine en état de marche dans un environnement à l’instabilité croissante – perturbations climatiques, montée des eaux, instabilité géopolitique, effondrements écosystémiques, accélération des flux migratoires, etc.

Plusieurs siècles de recul permettent désormais de juger de la capacité de la civilisation industrielle à cohabiter avec le vivant. Comme toutes les autres qui ont précédé, cette civilisation asservit, manipule, domestique, exploite, détruit et tue. À la différence des civilisations précédentes, la civilisation industrielle, propulsée par les carburants fossiles et l’électricité nucléaire, menace dans un futur proche d’anéantir les conditions propices au maintien sur Terre de formes de vie complexes – mammifères, oiseaux, reptiles, et bien d’autres.

(...)

Il faut stopper la civilisation techno-industrielle et la démanteler par tous les moyens possibles et imaginables – mais surtout efficaces. À ce stade, la question que vous devriez vous poser est la suivante : dans quel camp vous situez-vous ?

Êtes-vous du côté de la civilisation, pour ses prisons urbaines, pour une existence servile calquée sur le rythme infernal des machines et des usines, pour la soumission à la dictature technoscientiste et au despotisme consumériste ? Avez-vous envie de tolérer encore longtemps l’humiliation quotidienne que vous font subir la vermine politicienne et l’aristocratie médiatique, toutes deux aux bottes d’une petite caste d’ultrariches fous à lier ?

Ou êtes-vous pour la vie, c’est-à-dire du côté des milliards d’humains – peuples premiers et communautés rurales du Sud global – déjà en résistance contre cette civilisation depuis plusieurs siècles, pour préserver leurs terres, leur identité, leur culture, leur mode de vie et leur dignité ? Êtes-vous prêt à combattre ? Êtes-vous prêt à sacrifier votre existence pour le cerf élaphe, le loup gris, le renard roux, l’ours brun, la mésange charbonnière, la coronelle lisse, le hamster géant, la bergeronnette des ruisseaux et l’hirondelle ?

(...)

P.-S.

Compléments

- Nature : L’humanité a favorisé la biodiversité pendant des millénaires - Ce que l’on appelle la nature a été modelé par l’activité humaine des douze derniers millénaires, montre une étude. Mais l’usage intensif des terres à cause de la colonisation, de l’industrialisation et la croissance démographique, a entraîné la destruction de la biodiversité, jusqu’alors largement préservée.

- La croissance verte contre la nature - Critique de l’écologie marchande, un livre de Hélène TORDJMAN

Fabriquer de toutes pièces des micro-organismes n’ayant jamais existé pour leur faire produire de l’essence, du plastique, ou absorber des marées noires ; donner un prix à la pollinisation, à la beauté d’un paysage ou à la séquestration du carbone par les forêts en espérant que les mécanismes de marché permettront de les protéger ; transformer l’information génétique de tous les êtres vivants en ressources productives et marchandes… Telles sont quelques-unes des « solutions » envisagées aujourd’hui sous la bannière de la transition écologique, du Pacte vert européen ou du Green New Deal pour répondre tout à la fois à la crise climatique, au déclin de la biodiversité et à la dégradation de la biosphère. Sont-elles vraiment en mesure de préserver la planète ?
En disséquant les ressorts idéologiques, techniques et économiques de ce nouveau régime de « croissance verte », Hélène Tordjman montre que ses promoteurs s’attachent plutôt à sauvegarder le modèle industriel qui est la cause de la catastrophe en cours. Alors que de nouvelles générations de carburants « biosourcés » intensifient une logique extractiviste et contreproductive et que l’élargissement du droit de la propriété intellectuelle à toutes les sphères du vivant permet à quelques firmes de s’approprier l’ensemble de la chaîne alimentaire, l’attribution de prix aux « services écosystémiques », le développement de dispositifs de compensation écologique ou les illusions d’une finance prétendument verte stimulent un processus aveugle de marchandisation de la nature.
Loin d’opérer la rupture nécessaire avec le système économique qui nous conduit à la ruine, ce mouvement témoigne en réalité d’une volonté de maîtrise et d’instrumentalisation de toutes les formes de vie sur Terre et d’une foi inébranlable dans les mécanismes de marché. Refuser cette fuite en avant est le premier pas à engager pour tracer enfin une autre voie.

- et aussi : Croissance verte, un dangereux oxymore - Au prétexte de combattre le réchauffement climatique, le capitalisme financier n’a de cesse de se réinventer en exploitant de manière toujours plus sophistiquée ce qu’il s’obstine à penser comme extérieur à l’espèce humaine : la nature, avec l’économiste Hélène Tordjman et l’écrivaine Lucie Taïeb.


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