Mouvement climat & marches climat : échec total des stratégies de massification, de réformisme et des postures de demandes aux dirigeants

Vers d’autres stratégies et des actions offensives qui ne demandent pas l’« amélioration » et la « durabilité » du système techno-industriel ?

mercredi 10 novembre 2021, par Stratégie & co.

Enfin, des composantes du "mouvement climat" se rendent compte de l’impasse et de l’échec total de leurs tactiques, de leurs stratégies et peut-être même aussi de leurs objectif.
Pourtant, l’histoire des résistances et soulèvements pourrait utilement nous enseigner et nous inspirer des stratégies, tactiques et objectifs adaptés.

Les taux de gaz à effet de serre, les dévastations sociales et écologiques, la destruction des espèces et des animaux/végétaux, les autoritarismes... continuent d’augmenter malgré des milliers de manifs, happenings, procès, banderoles, pétitions, harangues en direction des dirigeants politiques et économiques...
Force est de constater que ces procédés sont très insuffisants.

- Sur Reporterre : Le mouvement climat cherche un second souffle - Le rassemblement parisien pour le climat du 6 novembre n’a pas réuni les foules. Alors que le mouvement associatif français semble désormais en peine de mobiliser sur ce sujet, les militants présents s’interrogent autour des stratégies à adopter. Et s’accordent sur l’idée qu’aucune avancée ne sera obtenue « en demandant gentiment ».
(...)
« Depuis 2016, j’ai dû faire 200 manifestations et des dizaines de marches pour le climat, explique-t-il, j’en ressors avec un vrai sentiment d’impuissance et de fatigue. Les actions des organisations climat se cantonnent trop souvent à de la communication portée par des professionnels. J’ai préféré me lancer dans des occupations plus concrètes, plus vibrantes. Aujourd’hui, il faut arrêter de tergiverser et saboter directement les saboteurs du climat. »
« Je crois que le mouvement climat ne réalise pas bien la mesure de la radicalité de l’époque, ajoute-t-il, avec la montée du fascisme et la violence des dominants. On ne pourra pas continuer pendant des années à faire des petits happenings aussi sympathiques soient-ils. C’est complètement hors sol. »
(...)

Sortir de l’abattement complet, du défaitisme, de l’attentisme, de la résignation et de la soumission : passer à l’offensive

Heureusement, des désillusions et des envies d’autre chose, de "concret", apparaissent enfin.
Mais apparemment ça en reste hélas encore trop souvent aux stratégies de massification forcée, aux demandes adressées aux puissants dirigeants écocidaires définitivement indécrottables, aux rêves cauchemardesques du verdissement de la Mégamachine techno-industrielle capitaliste à l’aide de décarbonation, d’efficacité, de sobriété et d’énergies alternatives aux fossiles...
Gageons que les idées vont continuer à se bonifier et se clarifier sous l’effet des désillusions cuisantes des COP ou des prochaines élections, et des prochaines inéluctables catastrophes. L’instinct de survie pourrait éclairer utilement nos esprits.

Comme indiqué par certains écologistes, il faudrait aussi quitter les grandes ONG qui se bornent à de la com et des petites réformes compatibles avec la continuation de l’écocide planétaire, quitter l’écologisme grand public façonnée sur mesure par les puissants pour servir leurs intérêts (voir aussi plus bas en PS), concevoir d’autres objectifs que la durabilité et le verdissement impossible du techno-capitalisme qui plaît tant aux dominants, d’autres stratégies que la massification et la « pure non-violence », et s’organiser dans une diversité de tactiques soutenues par une forte culture de résistance sur chaque territoire.

  • Du développement au « développement durable » : histoire d’une tromperie (par Fabrice Nicolino)
  • L’ONU, le philanthrocapitalisme et l’écologisme grand public (par Fabrice Nicolino) - Le texte qui suit est tiré du livre crucial écrit par Fabrice Nicolino, Un empoisonnement universel : Comment les produits chimiques ont envahi la planète (Les liens qui libèrent, 2014). Il revient sur la création d’institutions supposément écologistes parmi les plus prestigieuses, et sur les intérêts économiques qui se cachent insidieusement derrière. Il complète bien le précédent article publié sur notre site, une traduction d’un texte du chercheur australien Michael Barker, qui traite à peu près du même sujet. Ils permettent de comprendre pourquoi il est illusoire de compter sur les institutions dominantes pour sauver quoi que ce soit (à l’exception de la civilisation industrielle).

Le texte qui suit est une traduction d’un article d’un chercheur indépendant australien, Michael Barker, initialement publié (en anglais) à cette adresse, le 11 janvier 2010. Il est à la fois long et dense. On y trouve un certain nombre d’acronymes et de noms d’institutions ou d’organisations à rallonge. Cependant, ce qu’il expose est d’une importance capitale pour ceux qui s’intéressent à l’écologie. L’histoire méconnue qu’il met en lumière démontre clairement comment les divers responsables du désastre écologique et social en cours, les principaux intérêts financiers, les individus les plus riches et puissants, sont parvenus à coopter et à organiser eux-mêmes le mouvement environnemental (ou plutôt, un simulacre de mouvement environnemental) censé s’opposer à leurs pratiques destructrices. C’est ainsi qu’ils ont pu désamorcer la préoccupation grandissante des populations à l’égard du sort réservé au monde naturel, et qu’ils ont pu protéger le système mortifère dont ils étaient et sont toujours les principaux bénéficiaires. Ce qu’il faut retenir de cet article, c’est qu’il est absurde et contre-productif de compter sur l’ONU ou sur ces innombrables mouvements soi-disant écologistes qui font la promotion du « développement durable » (ou de n’importe quel autre concept marketing) pour protéger le monde naturel, et s’opposer à la destructivité inhérente à la civilisation industrielle.

Le capital est plus qu’heureux d’intégrer le mouvement [environnemental] grand public en tant que partenaire de sa gestion de la nature. Les grands groupes environnementaux lui offrent un triple service : de légitimation, en rappelant au monde que le système fonctionne ; de contrôle de la désobéissance populaire, en agissant en tant qu’éponge qui aspire et restreint l’anxiété écologique de la population ; et de rationalisation, en tant qu’administrateur utile afin d’introduire un certain degré de contrôle et de protéger le système de ses pires tendances, tout en garantissant la continuation des profits. – Joe Kovel, 2002

Mouvement climat & marches climat : échec total des stratégies de massification, de réformisme et des postures de demandes aux dirigeants
En france, les gilets jaunes avaient tenté des actions déterminées et diverses tactiques. De meilleures stratégies ont manqué ?

Stratégies et tactiques

Les luttes locales, les alliances et de fortes cultures de résistance sont de bonnes pistes pour se sortir de la mélasse défaitiste et attentiste.
- Exemple récent très positif et encourageant :

On observe de nos jours que les « petites » ZAD statiques d’implantation longue sont dégagées et détruites sans pitié et sans difficultés par les bulldozers et les armées policières (voir Zad du Lien ou du Moulin).
L’histoire nous enseigne que les résistants, toujours inférieurs en nombre et en moyens matériels par rapport aux empires, recouraient à diverses formes de guérilla mobile, de furtivité et de harcèlement pour l’emporter.
Quand ils se concentraient dans des lieux fixes derrière des remparts pour tenir des sièges ou essayaient de constituer de grandes armées pour attaquer de front leurs ennemis ils perdaient toujours.

D’autre part, quand les soulèvements s’arrêtaient en chemin, se montraient trop timides, attentistes, statiques ou magnanimes, ils se faisaient détruire au final.
Même si nos contextes et nos façons de faire sont différents, on pourrait sans doute avec profit transposer ça à notre situation et à nos propres modes d’actions car nous subissons une forte asymétrie similaire.
Même sans être dans une dictature, dans nos pseudo-démocraties autoritaires les voix rebelles et écologistes comptent pour du beurre et les faibles moyens ordinaires de contestation sont réduits ou ignorés par les dirigeants.

- Voir par exemples dans certains livres des Editions Libre des réflexions approfondies sur ces questions de stratégies et d’organisation de résistances :

  • Deep Green Resistance Tome 1 & 2
  • Full Spectrum Resistance Tome 1 & 2 (Aric McBay) - un manuel qui s’inspire des mouvements de Résistance les plus efficaces de l’histoire. - Le tome 1 dissèque les moyens nécessaires pour construire des mouvements et se battre dans le but de remporter des victoires, il explore comment les mouvements abordent la lutte politique, comment ils recrutent des membres et se structurent pour atteindre leurs objectifs sans oublier les moyens employés pour mettre en place une sécurité appropriée face à la répression.
    Le tome 2 présente les actions et stratégies nécessaires pour faire advenir le changement, l’auteur nous explique comment les mouvements développent des capacités critiques (du renseignement à la logistique), et comment ils planifient et mènent des actions et des campagnes réussies.
    Des notes des lectures traduites sont en ligne sous forme d’articles et de podcasts sur le blog floraisons.

Il serait donc très utile qu’individus, groupes et organisations fassent une vraie analyse approfondie de leurs objectifs, stratégies et actions, en mélangeant diverses personnes et tendances dans les cercles de réflexion afin de faire émerger des idées « nouvelles » à partir d’une connaissance détaillée des expériences ancestrales. En se libérant de l’histoire officielle, des habitudes et des croyances erronées.
Des objectifs, stratégies et actions plus offensives, évolutives, ayant prise sur le réel et adaptées à chaque situation seraient sans doute plus stimulantes et attractives que la répétition vaine de ce qui n’a pas marché.

P.-S.

INCROYABLEQUI L’EÛT CRU

Certainement pas les zécolos.
Avoir réduit les revendications écologistes à des préoccupations carboniques, quelle imbécilité. Mais c’est sans doute dans l’ordre des choses. Désormais que les gens vivent surtout en ville, coupés de la nature, ils se trouvent moins encouragés à s’inquiéter du sort des arbres et des oiseaux que du leur propre, que de celui de la civilisation industrielle, laquelle se voit menacée par le réchauffement climatique (c’est-à-dire par elle-même). D’où cette angoisse essentiellement carbonique, vaporeuse : les écolos type « mouvement climat », autant préoccupés par l’avenir de la civilisation (sinon davantage) que par celui de la nature (cependant que la première détruit la seconde), se retrouvent à gloser d’étranges abstractions appelées « millions de tonnes équivalent CO2 », que personne n’a jamais vu de ses yeux, ni senti, qui n’évoquent somme toute rien du tout au commun des mortels. Mais on leur dit qu’il s’agit d’un grave danger, d’une menace pour la société industrielle. Alors ils s’alarment.

Comble d’absurdité, les estimations de ces émissions de carbone sont toujours, évidemment, largement erronées (raison majeure, parmi plusieurs autres, pour laquelle les démarches comme « L’affaire du siècle » ne sont que de stupides mascarades). L’écologie n’aurait jamais dû avoir comme principal cheval de bataille la question des émissions de gaz à effet de serre. Les précurseurs du mouvement écologiste fondait leur combat sur deux notions indissociablement liées à leurs yeux : nature et liberté. Dans le monde entier, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, du Mexique à la Russie, des révolutionnaires se sont soulevés, contre l’État et le capitalisme, derrière le mot d’ordre : Terre et liberté.

Terre et liberté ! C’est tout de même autre chose que CO2 et 1,5°C ! (Ou que « Carboneutralité d’ici 2030 », ou que « Climat, emplois et justice », ou que « 100% renouvelables », etc.).

(& sans coïncidence aucune, cette réduction de l’écologie à une obsession climatique, à l’adaptation au réchauffement climatique ou à sa mitigation, à une affaire de taux de CO2 atmosphérique, arrange bien les classes dirigeantes, les riches, les propriétaires, qui financent d’ailleurs les principales organisations écologistes.)

Post de N Casaux

Mouvement climat & marches climat : échec total des stratégies de massification, de réformisme et des postures de demandes aux dirigeants
Les émissions de gaz à effet de serre largement sous-estimées

Portfolio

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