Manifester contre la hausse des prix ? Pour valider et renforcer l’emprise du capitalisme et des Etats ?

Partout, des personnes en galère manifestent contre l’inflation des prix et la « vie chère »

vendredi 5 août 2022, par Camille Pierrette.

S’il est bien compréhensible et légitime, dans le cadre du système en place, que les personnes les plus pauvres se révoltent pour leur survie en exigeant des prix abordables pour les denrées et services indispensables (et/ou des salaires décents), s’indigner des effets sans jamais faire disparaître leurs causes ne change rien aux problèmes structurels.

On veut juste garder plus ou moins la tête hors de l’eau boueuse en réclamant des miettes et mini-bouées à un système néfaste qui est la source de ces sables mouvants boueux où il nous jette ?

Manifester contre la hausse des prix ? Pour valider et renforcer l’emprise du capitalisme et des Etats ?
Le capitalisme se fiche des prix, des besoins et des pauvres, ce qui compte c’est d’augmenter le tas d’argent

Les prix et le libre marché, l’échange de biens et de service sous régime capitaliste (sous le règne de la civilisation industrielle) ne sont pas du tout faits pour servir le bien vivre général et la satisfaction des besoins réels, ils servent juste à ce que les détenteurs de capital puissent augmenter le volume d’argent qu’ils possèdent. L’éventuelle satisfation de certains besoins est accessoire et transitoire, ce qui compte ce ne sont pas les difficultés de vivre des masses, mais en priorité la capacité de ce système à continuer à vivre, à pomper toutes les ressources terrestres (et spatiales) pour faire croître à l’infini le tas d’argent.
Si les problèmes des précarisés mettent trop gravement en péril le fonctionnement du système, alors il s’oblige, en dernier recours, à leur filer quelques miettes dérisoires, c’est le « partage des richesses », lol.

Lutter « contre la hausse des prix » c’est un peu comme l’expression stupide et consensuelle de « lutter contre le réchauffement climatique » que l’on lit partout, c’est s’en prendre à des effets sans jamais nommer ni viser les causes.
« Lutter contre le réchauffement climatique » n’a pas de sens, on lutte plutôt contre les structures sociales qui causent le réchauffement climatique (l’Etat, le système industriel, le capitalisme...). Vous voulez lutter contre un tsunami en cours ? Comment ? en posant des bouées et quelques blocs de béton sur son passage ? Bon courage.

De même, « lutter contre la hausse des prix » ne mène à rien. Dans le système en place, les fluctuations des prix sont dues aux règles de base du libre marché : l’offre et la demande, la rareté, la spéculation. Les fluctuations de prix, crises et inflations sont inhérentes au système et iront en augmentant. Il faudrait ajouter aussi tous les mécanismes d’ajustement, d’ententes, de monopoles, de régulation et de protectionnisme utilisés par les Etats et les entreprises pour tenter de canaliser le « libre » marché en fonction de leurs intérêts.
Pas grand monde ne remet en cause le capitalisme, mais périodiquement, en temps de crise plus grave que la moyenne, on s’émeut de certains effets standards du capitalisme comme la hausse des prix.
Se plaindre de certains effets tout en chérissant les causes ?

En revanche, on entend aucune remise en cause des prix eux-mêmes, de l’échange des biens basé sur la possession ou pas d’argent, sur le concept de « gagner sa vie » via des emplois « fournis » par l’Etat ou des entreprises capitalistes. Rien non plus sur la critique de la concurrence, de la spéculation, de l’objectif du capitalisme d’augmenter le volume d’argent pour les détenteurs de capitaux. Et pas de remise en cause de la société de masse où les individus atomisés n’ont aucun pouvoir et sont dominés par les gouvernements et les classes les plus riches.

Les prix et leurs fluctuations sont comme sacrés, alors on demande aux grands prêtres, l’Etat et les grands capitalistes, les banques et les multinationales, d’intervenir pour nous sur les mystères sacrés des prix pour orienter une conjoncture moins défavorable aux classes sociales « inférieures ».
Les prières en direction de ces grands prêtres prennent la forme de manifs, d’émeutes, de grèves, d’élections, de tribunes, de soulèvement général parfois.
Les grands prêtres sont ainsi confortés dans leur rôle d’intercesseurs privilégiés avec les divinités sacrés et mystérieuses du Marché, leur toute puissance est ainsi (re)validée, ils continuent de trôner souverains au dessus des masses toujours dépossédées de tout.

La hausse des prix touche d’abord les plus pauvres (comme les pollutions et le réchauffement climatique), ce qui est logique, la civilisation industrielle fonctionne comme ça et pas autrement, elle entraîne fatalement ce genre de problème. Vouloir lui demander de fonctionner autrement est insensé. Demande-t-on à un cheval de voler ? Demander à un système social inhumain et destructeur d’être humain et non-destructeur est insensé, c’est voué à l’échec.

La plupart du temps, on ne voit que des critiques de la supposée « incompétence » d’un gouvernement ou d’un ministre, de l’avidité d’une multinationale ou d’un milliardaire, de l’absurdité d’un investissement financier, mais les critiques se gardent bien de remettre en cause l’existence même d’un gouvernement, d’une multinationale, d’un milliardaire, de la finance, de l’économie, du capitalisme, de l’Etat.

En réalité, les grands prêtres du marché, confortés sans cesse dans leur rôle d’intercesseurs par des protestations conformistes, ne font que des ajustements, du bricolage, ils ne maîtrisent rien, ils s’alignent aux fluctuations du Marché, aux besoins de puissance des Etats.
Quand les risques de grippage ou de révolte sont trop forts ils jettent alors à contre coeur quelques os via des « lois sur le pouvoir d’achat », des augmentations de salaire ou de points d’indice, et pratiquement tout le monde s’en contente et s’en réjouit. On va pouvoir bon an mal an continuer à vivre dans le même système, continuer à se décharger de tout et à s’épargner des changements radicaux, des basculements (comme le dit Jérôme Baschet dans son livre « Basculements »).

Au lieu de se préoccuper outre mesure de la hausse des prix, il faudrait agir vigoureusement pour la démolition intégrale du capitalisme (et de la civilisation industrielle, incluant l’Etat), et donc pour la démolition du système des prix, de l’argent, de la marchandisation, du libre marché, du capital, de la concurrence, et donc ainsi se donner une possibilité de mettre fin aux crises structurelles qui détruisent la biosphère et ses habitants par tous les bouts.

En fait, manifester pour la hausse des salaires, la taxation des profits, la baisse des prix... participe au maintien en place du système et à son renforcement. En l’aidant à « s’améliorer », à se réguler malgré lui, on l’aide à continuer de plus belle à nous exploiter et à tout détruire.
« Exploitez-nous mieux ! »

En 2018 et 2019, des gilets jaunes sont assez vite passé d’une lutte contre le prix élevé des carburants à une lutte pour la dignité en générale, pour la démocratie réelle, avec un début de rejet du capitalisme.
A poursuivre...
Si les manifs contre la hausse des prix, contre la précarité, peuvent être un point de départ, en rester là est une impasse.
Au lieu de s’arrêter à une baisse de la hausse des prix, occuper les lieux de production, se partager les fruits du travail hors du marché, exproprier les riches, créer des zones de production et de distribution hors des griffes du Marché et de l’Etat....

On a davantage besoin de hausse de révoltes radicales que de baisse des prix, de davantage de primes, d’aides étatiques, de % de salaires en plus, etc.

P.-S.

Rappel d’un ancien article déjà sur ces sujets :
- Défendre un fragile pouvoir d’achat qui enchaîne à la marchandise et à la destruction du vivant OU conquérir durablement la puissance de l’autonomie et de l’agir ? - Reconquérir les moyens de subsistance et les capacités d’autonomie populaire au lieu d’être soumis à l’Economie

et aussi :
- Inflation, pouvoir d’achat : restrictions et pénuries pour les masses, gloutonnerie pour les riches et l’industrie - La sobriété globale est incompatible avec le techno-capitalisme et l’Etat


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