Manifestation antinucléaire du 31 juillet 1977 à malville : mort d’un manifestant antinucléaire

Article publié dans le numéro papier numéro 19. Fragments de mémoires : Le nucléaire c’est la « raison d’état », intouchable, inattaquable

samedi 29 janvier 2022, par duclary.

La lutte antinucléaire de Malville et ses conséquences sur le mouvement antinucléaire.

En 1974, le premier ministre Pierre Messmer lance l’accélération du programme nucléaire. Un des piliers de ce programme s’appelle Superphénix, un surgénérateur, à Malville, en Isère.
Le nucléaire constitue le coeur des gouvernements Pompidou, puis Giscard : la « raison d’état », intouchable, inattaquable.
Malgré cet enthousiasme pour l’atome, des comités Malville (Grenoble, Lyon, Valence, etc.) se forment un peu partout à partir de 1975 : réunions d’information, recours juridiques, création de médias, rassemblements. Forte de cette mobilisation et de cette dynamique, la coordination des comités Malville organise une grande marche pacifiste le 31 juillet 1977.

Manifestation antinucléaire du 31 juillet 1977 à malville : mort d’un manifestant antinucléaire

Très vite, on réalise que des milliers de gens sont attendus mais aussi que l’Etat se prépare à réprimer : manifestation interdite, circulation interdite dans une zone de 5 kms autour du chantier.

Le préfet de l’Isère, René Janin, déclare : « S’il le faut, je ferai ouvrir le feu sur les contestataires. » 5000 CRS et gardes mobiles, des hélicoptères, des véhicules amphibies et ponts mobiles, des parachutistes et des membres des brigades antiémeutes sont mobilisés.
Des milliers de manifestants arrivent sur le site et se retrouvent pris en entonnoir. Pacifistes, ils n’étaient pas suffisamment préparés à répondre au déferlement de violence de la police. Un premier manifestant a perdu sa main en renvoyant une grenade, un autre a eu une partie de la jambe arrachée. Le tir de grenades s’est intensifié ; tout le monde est parti en débandade, dans la panique.

C’est à ce moment là que Vital Michalon a été touché par le souffle d’une explosion d’une grenade offensive qui a causé des lésions pulmonaires et qu’il en est mort.
Bien sûr, le préfet et les autorités nieront toute responsabilité. A la suite d’une plainte contre X déposée par les parents Michalon, le juge d’instruction rendra une ordonnance de non-lieu le 21 novembre 1980.

Les autorités ont crée un état de guerre, avec la volonté de tuer pour tuer la contestation. Et il est vrai qu’après cette manifestation, le mouvement antinucléaire a été durablement démobilisé jusqu’à la lutte de Plogoff (dont nous parlerons au prochain numéro) qui s’est avérée victorieuse.

Et puis, la mise en service de cette centrale en 1985 a viré à la catastrophe : en 1987, 20 tonnes de sodium liquide se sont échappées ; en 1990, nouvelle fuite de sodium et effondrement d’une partie du toit de la salle des turbines ; en 1994, une fuite d’argon. Chacun de ces « incidents » a nécessité des arrêts provisoires de la centrale. Et en février 1997, alors que le surgénérateur était toujours à l’arrêt, le Conseil d’Etat a annulé le décret d’autorisation de redémarrage de Superphénix pris en 1994. Puis, un arrêté ministériel en 1998 conduit à son arrêt définitif. Depuis, des travaux de déconstruction ont été engagés.

Des gendarmes gardent en permanence le site, interdisant photos et arrêts prolongés devant la centrale.
Une stèle a été plantée à Malville : « En souvenir de Vital Michalon, 31 ans, tué par les forces de l’Etat le 31 juillet 1977 lors de la manifestation contre Superphénix. »


3 Messages

  • Manifestation antinucléaire du 31 juillet 1977 à malville : mort d’un manifestant antinucléaire Le 31 janvier à 19:42, par Heska

    Je ne serais malheureusement pas si optimiste sur l’avenir, ou plutôt le manque d’avenir du nucléaire. Il y a eu incontestablement un « trou » entre 1990 et 2005 par rapport au boom des années 1975-1990 avec presque 4 fois moins de réacteurs construits en 15 ans d’une période à l’autre. Mais depuis 2005 c’est reparti à la hausse en raison notamment des choix chinois et en indien. Si depuis 2007 le nucléaire est passé de 16 à 10% de la production électrique mondiale (67% en France !), c’est parce que de nouvelles sources d’énergie se sont fortement développées (photovoltaïque, éolien...) prouvant ainsi qu’il n’y a pas de « transition énergétique », dans le sens de substitution, mais une accumulation. En passant, il nous faudrait donc en toute logique nous opposer aussi à toute industrie de l’énergie, même si aucune n’est aussi dangereuse que le nucléaire. Mais c’est un autre sujet.

    L’AIEA a deux scénarios d’évolution du nucléaire pour l’horizon 2050 : un scénario « haut » qui verrait la production pratiquement doubler de 393 GW à 792 GW, et un scénario « bas » où la production est stable.

    Il faut en plus tenir compte de la nouvelle lubie des nucléocrates : les mini-réacteurs (de 50 à 300MW). La filière est inexistante et très difficile à structurer en raison de la nécessité d’en produire un grand nombre à la chaîne pour compenser les coûts décroissants associés (en principe, pas pour l’EPR de Flamanville) aux plus puissants réacteurs, les 1300-1650MW. Néanmoins si le proooojet abouti (Macron est bien sûr partant) on pourrait assister dans les 20 prochaines années à un essaimage de centrales nucléaires dans de nombreux pays et une totale perte de contrôle des normes de sécurité qui il faut bien le reconnaître sont supérieures à celles de toute autre industrie.

    Je pense, loin de tout romantisme, que les victoires des opposants aux nucléaire doivent bien plus aux déboires de l’industrie qu’aux mobilisations, à l’exception peut-être de Plogoff. Superphénix le montre pleinement avec ses fuites de sodium et ses plafonds qui s’écroulaient. Et je regrette évidemment que les grandes manifs anti-nuke sont loin derrière nous.

    Enfin, je crains vraiment un nouvel accident nucléaire gravissime au cours des prochaines années. Plusieurs centrales françaises sont incontestablement candidates parmi lesquelles Saint-Laurent, Blayais, Civeaux, Chooz, Penly, Paluel et bien sûr le Tricastin, qui toutes cumulent les incidents.

    Advienne que pourra...

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  • Manifestation antinucléaire du 31 juillet 1977 à malville : mort d’un manifestant antinucléaire Le 30 janvier à 16:51, par michel galy

    Malville, 77 !!!... Nous avons très longuement, internationalement, défilé et marché sous la pluie.
    Nous avion raison sur toute la ligne et super-phénix n’a même jamais démarré.
    Nous avons perdu sur toute la ligne et ça dure.....
    La trame même de nos futures et actuelles défaites venait de s’écrire.

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