Loi Sécurité Globale : Police partout, démocratie nulle part !

Et si on arrêtait pour de bon de s’illusionner sur l’existence de « notre-démocratie » ?

jeudi 12 novembre 2020, par Camille Pierrette.

Cette tribune, à l’initiative de la Société des Réalisateurs de Films (SRF) a été signée par plus de 800 cinéastes et professionnels de l’image et 40 organisations, dont CND.

Police partout, images nulle part

Le 14 septembre, les cinéastes de la Société des réalisateurs de films, à travers un texte intitulé « l’Œil et la main de Darmanin », dénonçaient la volonté du ministre de l’Intérieur d’exiger que les médias et les réseaux sociaux floutent les visages des policiers en opération. Cette volonté s’est transformée en une proposition de loi au titre glaçant : « Sécurité globale. » Passée en commission des lois la semaine dernière, elle sera débattue à l’Assemblée le 17 novembre. En trois articles (21, 22, 24), le gouvernement se propose de déréguler l’utilisation des caméras mobiles portées par les forces de l’ordre, de permettre la reconnaissance faciale en temps réel, d’étendre la surveillance par drone, d’interdire au public de diffuser l’image de policiers. Cette loi, dont le rédacteur principal est l’ancien chef du Raid, préfigure une société gouvernée par la peur où les citoyen·ne·s, privé·e·s du droit de porter un regard sur les agissements de la police, verraient en retour leurs corps exposés sans limite à la surveillance des forces de l’ordre. Elle dessine un paysage asymétrique, sorte de panoptique géant, où nos libertés fondamentales sont gravement menacées, en premier lieu le droit à la vie privée et la liberté d’information.
Après avoir progressivement entravé les manifestations de rue et grièvement blessé ou mutilé des dizaines de personnes, il s’agit désormais de systématiser l’identification, la surveillance, le fichage des individus souhaitant exercer ce droit fondamental. Après avoir nié et invariablement refusé de sanctionner les violences policières, il s’agit d’en effacer toute preuve, dans la mesure où seules les images tournées par des filmeurs anonymes permettent aujourd’hui d’en témoigner. Pour nombre de cinéastes, cette loi constituerait une censure pure et simple. Un film tel que le récent Un pays qui se tient sage de David Dufresne ne pourrait voir le jour, la majorité des sources d’images qu’il utilise tombant sous le coup de la loi. A l’hégémonie grandissante des images du pouvoir, les cinéastes, les photographes, les journalistes, ainsi que tou·te·s les habitant·e·s de ce pays doivent être en mesure d’opposer leurs propres images. Rappelons que l’Etat de droit tire avant tout sa légitimité du droit de porter un regard sur ce que fait l’Etat.

Loi Sécurité Globale : Police partout, démocratie nulle part !
visuel de Cerveaux non Disponibles - Police partout, images nulle part

Mesdames et messieurs les député·e·s, nous ne voulons pas d’un monde de surveillance généralisée, régi par un œil tout puissant sur lequel aucun regard ne pourrait se porter. Ne votez pas pour une loi qui rendrait les contre-pouvoirs aveugles, ils sont les garants de notre démocratie.

#nonalaloisecuriteglobale
#violencespolicères
#libertedinformerendanger
#libertedefilmerendanger
#cineastes

(post et visuel sur Cerveaux non Disponibles)

- Une pétition circule : Refus de la loi visant à empêcher la diffusion des images de violences policières

Remarques persos

Bien cette tribune, mais je constate encore avec tristesse que les signataires se fourrent le doigt dans l’oeil jusqu’au coude en disant « notre-démocratie ».
De démocratie il n’y en a jamais eu qu’un simulacre. Et aussi, par définition, l’Etat, fusse-t-il « de droit », ne permet pas qu’on puisse le contrôler sur les points fondamentaux. Il n’y a pas de prises via le Droit sur les bases de l’Etat, qui trace sa route sans entraves sérieuses via ses bureaucraties et institutions.

Tant que les forces de gauche resteront coincées dans cette illusion tragique de croire qu’on est « en-démocratie », elles se priveront d’un levier de contestation puissant, et laisseront toute latitude aux gouvernements pour réprimer et légiférer autoritairement comme bon leur semble, sous convert de leur prétendue légitimité démocratique prétendument acquise par une élection de représentants.

Police partout, démocratie nulle part !

Tant qu’on restera sous le régime de l’Etat et du capitalisme, de la représentation et de la civilisation industrielle, il ne pourra jamais y avoir ni démocratie ni droits véritables.
On pourra simplement subir diverses formes de démocratures, de dictatures, de régimes autoritaires et policiers, de systèmes totalitaires, de tyrannies et autres républiques démocratiques bananières.

- Compléments :

- Et pour aller plus loin :


2 Messages

  • Loi Sécurité Globale : Police partout, démocratie nulle part ! Le 19 novembre à 20:48, par Camille Pierrette

    Les réactions les plus bruyantes à la « loi sécurité globale » concernent l’art 24 qui attaque frontalement la liberté d’informer et plus largement le droit au contrôle démocratique de l’action de la police. Mais l’ambition de la loi est beaucoup plus large et dangereuse : elle vise à donner un cadre légal à une société de contrôle dont les victimes ne seront pas les seuls journalistes, mais littéralement toute la population, à commencer par les cibles habituelles de la police dont la soumission est nécessaire à la génération de profits pour les actionnaires : pauvres, habitants des quartiers populaires, travailleurs en lutte, militants...
    Les drones et la reconnaissance faciale sont un des poisons insidieux et dangereux de la loi sécurité globale, ne l’oublions pas !
    Pendant le 1er confinement, la police qui expérimentait illégalement la surveillance par drones en avait commandé 651. Aujourd’hui, en plein confinement n°2, l’Etat profite du choc de la 2e vague du covid en votant en ce moment même à l’Assemblée Nationale la loi scélérate dite de « sécurité globale ».
    Le texte entend tout simplement légaliser et répandre la surveillance en plus de porter atteinte à la liberté de la presse (art. 24). Avec en prime la reconnaissance faciale. Dans sa tribune signée avec plus de 100 organisations, la Quadrature du net commençait en indiquant à propos de l’article 21 :
    « S’il est voté, le texte autorisera donc la transmission des flux vidéo au centre de commandement en temps réel. Cela permettra l’analyse automatisée des images, et notamment la reconnaissance faciale des manifestants et des passants, en lien avec les 8 millions de visages déjà enregistrés par la police dans ses divers fichiers. » Il en va de même pour l’article 22, qui concerne spécifiquement les caméras de drones.
    Il ne s’agit pas d’un texte qui ne touche que les journalistes, ou que les manifestants. Cette loi est un basculement dans un nouveau régime. Outre qu’elle ait été écrite par un policier devenu député LREM, elle est l’incarnation d’une société de contrôle, se calquant sur le modèle chinois de la surveillance totale des individus.
    Nous assistons à un basculement de régime. C’est toute cette loi qu’il faut mettre au feu.

    post de Cerveaux non disponibles

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  • Loi Sécurité Globale : Police partout, démocratie nulle part ! Le 19 novembre à 11:50, par Camille Pierrette

    MORT DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

    On atteint des sommets de foutage de gueule : le ministre de l’intérieur annonce que si le journaliste Clément Lanot a eu des menaces de la police hier soir, c’est qu’il ne s’était pas signalé auprès de la préfecture pour être « protégé » ! C’est totalement hallucinant. Et le pire, c’est que cela passe. En gros, désormais en France, un journaliste qui veut couvrir un mouvement social devra avoir l’autorisation préalable du pouvoir ??? Mais où sont les milliers de journalistes français ? Il ne serait pas temps de s’indigner, voir de se révolter face à ce mépris de la liberté de la presse ? Face à ce déni de démocratie ? Certains grands journalistes doivent vraiment se retourner dans leur tombe en constatant le silence assourdissant et complice de temps de journalistes....

    (post de Cerveaux non disponibles)

    Peut-être que la soupe est encore bonne pour nombre de journalistes bien intégrés dans les merdias ? Peut-être qu’ils pensent que « la-démocratie » c’est ça ?
    Peut-être qu’ils aiment les menées fascisantes du régime ?

    et aussi :

    La dérive autoritaire en parole....

    Nous avons donc un ministre de l’intérieur qui annonce tranquillement que désormais en France, un journaliste qui veut couvrir un mouvement social devra avoir l’autorisation préalable du pouvoir ???

    En parallele, avec la nouvelle « loi de programmation » les occupations d’université sont passibles de prison. Faut il rappeller que la plupart des grands mouvements sociaux qui ont amené des avancées ou en tous les cas qui ont permis de préserver des acquis ont été alimenté grandement par ses occupations ?
    Ca se passerait en Chine ou en Iran, ca ferait scandale mais tout va bien, c’est en France...
    Réagissons !

    (post de S Trouille)

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