Les castastrophes climatiques-écologiques-sociales ont des effets bien pires que des guerres militaires

Une guerre est le plus souvent temporaire, et ne concerne pas la totalité du territoire

vendredi 17 juin 2022, par Les Indiens du Futur.

Les guerres sont toujours horribles, dévastatrices et meurtrières, notamment pour les populations dites civiles.
Mais, à part en cas de guerre nucléaire généralisée, elles sont néanmoins moins dévastatrices que les catastrophes climatiques et écologiques à venir, et le cortège de désastres sociaux qui va avec.

Les castastrophes climatiques-écologiques-sociales ont des effets bien pires que des guerres militaires
La guerre nucléaire totale « au ralenti » est une bonne image des désastres en cours

Malgré les horreurs épouvantables qui vont avec la guerre (morts, pollutions, viols, personnes mutilées,exils, habitats détruits, deuils, traumatismes, terrains minés...), les catastrophes climatiques et écologiques fabriquées par la civilisation industrielle (ce techno-monde étatiste, capitaliste, productiviste) arriveront vraissemblablement à faire pire encore à moyen et long terme, si on ne stoppe pas très rapidement tout ce qui les cause (la civilisation industrielle) et qu’on ne fait pas de la « restauration » écologique à grande échelle.
Malheureusement, la plupart des personnes ne s’en rendent pas compte, car les désastres viennent moins rapidement qu’une guerre (un missile c’est instantané, la disparition de barrières de corail ou des insectes non), les problèmes sont d’abord dilués dans le temps et dans l’espace avant d’exploser de manière incontournable et de former des boucles de rétroaction qui se renforcent, avant que les dominos ne s’écroulent les uns après les autres.

Les catastrophes climatiques et écologiques (utilisons le sigle CCE pour ne pas répéter trop souvent l’expression) sont pires pour plusieurs raisons liées :

1. Les guerres sont le plus souvent localisées, les régions relativement épargnées permettent à des activités essentielles telle la production alimentaire de perdurer, alors que les catastrophes climatiques et écologiques sont mondiales, touchent tous les continents et à terme toutes les régions.
Même les précédentes guerres mondiales n’ont pas touché l’ensemble de la planète, de nombreuses zones étaient relativement épargnées. Ca n’est pas le cas avec les CCE. Aucune partie de la Terre n’est à l’abri des dérèglements climatiques des pollutions, et de tout ce qui va avec (manque d’eau, tempêtes, canicules, sols morts...).

2. Les guerres modernes sont le plus souvent de « courte durée », quelques mois, quelques années. Tandis que les effets des CCE dureront des dizaines, des centaines d’années, certains parlent même de millénaires.

3. Les guerres (encore une fois, hors conflit nucléaire mondial) sont très destructrices, mais les CCE entraîneront des destructions encore plus importantes (mégafeux, désert, sols stériles, pandémies, canicules, sécheresses, manque d’eau, tornades, innondations, récoltes perdues, vents violents...), et des destructions récurrentes, devenant irréparables vu que ça va durer des centaines d’années. Un certain nombre d’agriculteurs doivent déjà abandonner leur activité.
Les zones les plus touchées ne pourront plus être reconstruites à force de voir défiler les cataclysmes, et des régions entières deviennent inhabitables, les gens fuieront ailleurs, sauf qu’on n’a pas de planète B et que ce sera le chaos partout.
- Voir projections sur "La niche climatique humaine : A mesure que les conséquences du changement climatique se font sentir, se dessine la figure d’un monde de moins en moins vivable. Si l’on peut ajouter des couches pour se protéger des grands froids, lorsque la chaleur devient insupportable, nous n’avons que notre peau à retirer. Mais jusqu’où et pour qui le climat peut-il devenir impropre à la vie humaine ? Selon une étude, il est possible qu’en ce siècle plus de 3 milliards de personnes soient exposées à un climat inhabitable.

4. Les dégâts faits par les guerres sont moins difficilement réversibles que les bouleversements profonds du aux dérèglements climatiques et à la destruction des écosystèmes. Des champs minés ou des zones polluées par la guerre, ça peut se « réparer » avec le temps, quelques années, quelques dizaines d’années. Un climat qui devient hostile et invivable pendant des centaines d’années c’est tout autre chose. Et puis des espèces disparues ça ne revient pas, une zone désertifiée ça ne redevient pas fertile comme ça. Un sol stérile qui a perdu sa couche d’humus ça ne se restaure pas en claquant des doigts.

Les guerres sont très dévastatrices, mais comme elles ne durent pas trop, on peut encore espérer reconstruire après sur les ruines, une fois la « paix » signée. En revanche les CCE dureront longtemps, et toucheront des surfaces plus importantes, avec tout un tas de systèmes affectés, dans un régime de chaos imprévisible, avec une succession de situtations extrêmes. Il n’y aura pas de pause, de paix, de période d’accalmie permettant de souffler et de reconstruire.
Les désastres s’empileront sur les désastres, les carnages sur les carnages, sans trêves, sans couloirs humanitaires, sans cesser le feu possible.

Les services de secours et d’aide humanitaire seront vite débordés, les urgences s’empileront aux urgences et on ne saura plus quelle urgence traiter en priorité.
Eteindre un incendie ou planter des arbres, semer de la nourriture ou arroser les plants adultes, sauver des malades d’une pandémie ou reconstruire après un ouragan, convoyer de l’eau ou apporter des vivres, évacuer ou faire venir l’armée, etc. ?

Face aux CCE bien établis, les systèmes étatiques et économiques, si des révoltes ne les forces pas à laisser la place à des sociétés vivables et soutenables, se transformeront en néo-fascisme de crise, en des sortes de dictatures de la « survie », en administration ultra-autoritaire des désastres, comme on a pu déjà le constater avec le Covid-19.

Si vous n’arrivez pas à vous représenter l’ampleur des catastrophes climatiques et écologiques (et donc aussi sociales), ce qui est bien compréhensible tellement c’est énorme et parce que ça s’étale dans le temps, imaginez une guerre nucléaire planétaire totale, mais au ralenti.
Avc les CCE, le réchauffement climatique global et la destruction systématique de la biosphère remplacent les explosions nucléaires et l’hiver nucléaire mortel qui s’en suit.
Même si les CCE sont très rapides, à l’échelle géologique terrestre c’est un flash, à l’échelle humaine ça paraît plutôt lent. Mais les choses s’accélèrent à présent, on rentre peut-être déjà dans la phase incontrôlable des effets rétroactifs auto-alimentés ?

Dans tous les cas, l’urgence est plus que jamais à la révolte sur l’essentiel, aux basculements radicaux provoqués par des luttes déterminées inscrites dans des stratégies adaptées aux réalités.
Les oasis petits ou gros ne suffiront pas, à terme ils seront pris dans la tourmente comme tout le monde.
Plus tôt on arrêtera la mégamachine par la résistance et la lutte (les institutions ne sont pas faites pour ça), moins pire seront les dégâts, moins difficiles seront les autonomies locales, moins les boucles de rétroaction auto-alimentées auront le temps de s’installer, moins les risques de guerres et de néo-fascismes seront forts.

Arrêtons à la base la mégamachine au lieu de se focaliser sur certaines de ses causes.
Stoppons le techno-monde au lieu d’espérer résilier de manière « élitiste » dans des oasis disséminés sur une planète devenant inhabitable.
Passons à l’offensive au lieu de reculer sur la défensive.


2 Messages

  • Les castastrophes climatiques-écologiques-sociales ont des effets bien pires que des guerres militaires Le 17 juin à 22:47, par Sandrine

    Si Sparte gagnait - pardon, je voulais dire Poutine - alors ce serait bien pire du point de vue climatique, point de vue totalement absent du paradigme totalitaire. Quant à Ricochets, il n’aurait même plus la possibilité de paraître.

    La guerre du Péloponnèse - dont bien des ressorts sont comparables à la situation présente, à savoir l’affrontement de deux impérialismes (l’un pour lequel la personne est centrale, l’autre pour lequel elle n’existe pas) s’est soldée par la victoire de la forme démocratique, toute imparfaite et à perfectionner : ce combat continue. La guerre est d’ailleurs une partie du dérèglement général : inutile de citer ici la pléiade d’auteur-e-s ayant anticipé que l’une accompagnerait l’autre. Pour quelle raison les fourmis échapperaient-elles au désastre, du simple fait qu’elles ont un gros cerveau ? Toujours cette idée néfaste que nous ne sommes pas du monde, que notre destin serait exceptionnel ?

    Mais Sparte en attaquant Athènes a finalement conforté la démocratie grecque. Or les humains ne réagissent qu’au pied du mur. En nous contraignant à réorienter nos sources de production énergétique, Poutine, bien malgré lui, nous offre la possibilité de la sobriété. D’autant qu’avec la pénurie d’eau qui s’annonce, le nucléaire et les EPR sont cuits. Sûr, dans les deux cas, quel que soit le vainqueur, le changement n’ira pas sans des millions, des dizaines, centaines de millions de morts. Mais ce sera avec la dictature la plus totalitaire, l’esclavage pour des continents entiers. Ou sans. Il semblerait que les options ne soient pas claires dans tous les esprits.

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    • Les castastrophes climatiques-écologiques-sociales ont des effets bien pires que des guerres militaires Le 18 juin à 11:34, par simon

      Sandrine toujours aussi pertinente, à chaque fois une brise salutaire face à des pensées, des discours un peu stagnants.
      Sinon, la notion de personne , est à compléter : si à Athènes ( et ici désormais) la personne est l’individu, à Spartes la personne c’est le groupe. C’est pour ça que lors de la conquête d’une autre cité, les grecs ( comme tant d’autres peuples) ne voyaient aucun hiatus moral à massacrer l’ensemble de la population défaite, car l‘appartenance des individus à leur groupe ayant été dissoute, ceux ci perdaient de facto leur statut d’humain.
      Il existe encore des dizaines, des centaines de peuples, tribus, ethnies, etc... pour lesquelles, encore aujourd’hui, c’est le mode de définition collectif de la personne qui l’emporte ( dont un trait dominant est le culte des ancêtres) ; de ce fait,pour ces communautés, la notion d’origine occidentale des « droits de l’homme » est difficile à intégrer voire incongrue. Cela implique de relativiser une partie de nos jugements sur certaines pratiques , qui pour certaines,peuvent apparaître barbares – et ceci sans renoncer à désapprouver toute forme de cruauté -problème du relativisme culturel qui s’oppose à notre volonté d’universalisme- la voie est ténue et difficile.
      Bon, qui sait si dans le fonctionnement futur de ces petites communautés restreintes, sobres et soutenables dont certains ici appellent l’avènement, on ne reviendrait pas à cette conception « groupie » de la personne.
      Bon je dis ça c’est pas certain que ça fasse avancer le schmilblick ...

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