Le progrès, ce n’est pas aller en avant dans une voie destructrice et sans issue

Sortir des sentiers battus par les fausses évidences

lundi 11 janvier 2021, par Les Indiens du Futur.

L’expression progrès est utilisée à toutes les sauces, souvent contradictoires. « Le progrès » sert aux puissants, macronistes en tête, pour justifier sans débat ni explication le système existant, pour dénigrer toute contestation écologiste ferme ou faire passer toutes les réformes ultra-libérales et/ou technologiques (5G, véhicules autonomes...).
« Le progrès » est un donc un puissant outil de propagande autoritaire pour la civilisation industrielle et ses adeptes, ça vaut donc le coup de s’y intéresser de plus près.

Progrès des ventes et des profits, ou progrès de la sagesse, de la convivialité et l’empathie ?
Il n’y aucun progrès dans une planète dévastée, remplis de cadavres d’animaux exterminés et d’humains épuisés par la Machine

ACTIONNAIRE VS. PROGRESSISTE

Le mot « réactionnaire » serait apparu durant la révolution française comme un antonyme de « révolutionnaire ». Le terme désigne, au début du Directoire, en 1795, « les royalistes qui considèrent les institutions monarchiques supérieures à celles produites par la Révolution et contestent du même coup le régime républicain ».

Aujourd’hui, il est utilisé à tort et à travers par toutes sortes de gens, de gens de gauche, surtout, s’estimant « progressistes », afin de discréditer des individus ou des courants de pensée qui critiquent les temps présents et aspirent à restaurer certaines dispositions sociales ou politiques de quelque époque ou société antérieure. Le site du CNRTL définit le terme comme suit : « Opposé au changement ou qui cherche à restaurer le passé. » Ce qui est encore plus vague. Quoi qu’il en soit, sont désormais rangés en vrac dans la catégorie « réactionnaire » aussi bien Éric Zemmour et Marine Le Pen que des anarchoprimitivistes, des décroissants, des critiques de la technologie, etc.

On s’étonne d’ailleurs que le mouvement climat, cherchant à restaurer le taux de concentration de carbone dans l’atmosphère à son niveau préindustriel, ne soit pas lui aussi qualifié de réactionnaire. Il s’agit après tout d’une volonté de revenir en arrière (qui plus est à l’ère préindustrielle !), quand l’idéologie progressiste nous sommes de toujours aller de l’avant — demain étant nécessairement meilleur qu’aujourd’hui.

C’est-à-dire qu’au point où nous en sommes rendus du développement du désastre appelé « Progrès », il est assez étonnant (mais pas tant que ça en réalité) que les « progressistes » continuent de l’être, le progrès ayant été défini, dans la sphère politique grand public, comme ce projet de développement et d’expansion des « forces productives », de l’industrie, du système marchand, du machinisme, de la technologie, et le tout ayant pour effet — difficile de le nier aujourd’hui — de détruire le monde, d’incarcérer toujours plus intimement l’être humain, rendu toujours plus impuissant, toujours plus dépossédé de tout pouvoir sur la marche de ce fameux progrès qu’on n’arrête pas, dans un monde-machine omnicidaire.

Tous ceux qui, en leur temps, s’opposaient d’une manière ou d’une autre à la progression de ce désastre, étaient qualifiés de « réactionnaires ». Seulement toutes ces manières différentes de s’opposer à l’avancée dudit désastre ne se valaient pas. Ranger les luddites et les anarchistes naturiens dans le même sac, « réactionnaire », que des royalistes ou des féodalistes était absurde. Tout comme il est idiot, aujourd’hui, de dénigrer par principe tous ceux qui critiquent le présent et ne considèrent pas le passé comme un monolithe d’abjections.

Étant donné le merdier dans lequel on se trouve et son empirement constant, la religion du « progrès » devrait être discréditée depuis longtemps.

Gandhi avait bien raison de douter « que l’âge de l’acier soit supérieur à l’âge de pierre ». L’écrivain britannique C. S. Lewis notait que :

« Le progrès désigne le fait de se rapprocher de là où l’on voudrait aller. Ainsi, lorsque vous vous êtes trompé de chemin, continuer à avancer ne constitue pas un progrès. Si vous êtes sur le mauvais chemin, le progrès implique de faire demi-tour afin de retrouver le bon ; dans ce cas, l’homme qui fait volte-face en premier est le plus progressiste. »

Tout ça pour dire que les progressistes ne sont pas toujours ceux qu’on croit, de même que les réactionnaires. Tout dépend de ce qu’on considère comme souhaitable, de notre définition du progrès, tout dépend de nos aspirations sociales, de nos visées, de nos objectifs sociaux et écologiques.

(post de Nicolas Casaux)

Le progrès, ce n’est pas aller en avant dans une voie destructrice et sans issue

- Article en rapport : Le mensonge du progrès (par Nicolas Casaux)

« Sans cesse le progrès, roue au double engrenage, fait marcher quelque chose en écrasant quelqu’un. »
— Victor Hugo

La technologie ne rend pas la vie meilleure, ainsi que le remarquaient Orwell : « La finalité ultime du progrès mécanique est donc d’aboutir à un monde entièrement automatisé — c’est-à-dire, peut-être, un monde peuplé d’automates. […] Mécanisez le monde à outrance, et partout où vous irez vous buterez sur une machine qui vous barrera toute possibilité de travail — c’est-à-dire de vie. […] Le progrès mécanique tend ainsi à laisser insatisfait le besoin d’effort et de création présent en l’homme. Il rend inutile, voire impossible, l’activité de l’œil et de la main. […] l’aboutissement logique du progrès mécanique est de réduire l’être humain à quelque chose qui tiendrait du cerveau enfermé dans un bocal » ; et Jaime Semprun (qui était d’ailleurs un des traducteurs d’Orwell) dans son excellent livre L’Abîme se repeuple : « Parmi les choses que les gens n’ont pas envie d’entendre, qu’ils ne veulent pas voir alors même qu’elles s’étalent sous leurs yeux, il y a celles-ci : que tous ces perfectionnements techniques, qui leur ont si bien simplifié la vie qu’il n’y reste presque plus rien de vivant, agencent quelque chose qui n’est déjà plus une civilisation ; que la barbarie jaillit comme de source de cette vie simplifiée, mécanisée, sans esprit […]. »

Le progrès, ce n’est pas aller en avant dans une voie destructrice et sans issue

Mais le fait est que les choses ne vont pas de mieux en mieux, que la civilisation industrielle ne rend pas l’humain plus libre, ni plus heureux. Sauf à recourir à une définition absurde de la liberté et à confondre le bonheur avec cet indicateur de l’aliénation et de l’industrialisation de la vie qu’est l’IDH. Le fait est qu’il a existé des sociétés humaines heureuses et véritablement soutenables, et qu’il n’en reste presque plus. Le fait est que la dépression, et l’éventail toujours plus vaste de troubles psychologiques dont elle fait partie, et toutes les maladies dites « de civilisation », désormais épidémiques, et toutes sortes de violences et d’injustices à l’égard des femmes, des non-Blancs, de nombreuses minorités, et des humains et des non-humains en général, et l’aliénation qui découle d’une absence de démocratie, d’une organisation sociale autoritaire, sont autant de caractéristiques de la civilisation industrielle.

La prétention du Progrès est un mensonge qui devient plus grotesque et plus abject chaque seconde, à mesure que les problèmes sociaux et écologiques empirent et que cette monoculture, qui n’a jamais eu d’avenir, s’en rapproche inexorablement.

Le progrès, ce n’est pas aller en avant dans une voie destructrice et sans issue

3 Messages

  • Le progrès, ce n’est pas aller en avant dans une voie destructrice et sans issue Le 12 janvier à 20:00, par Indiens du Futur

    PENDANT QUE TOUT EMPIRE PARCE QUE LE PROGRÈS PROGRESSE, LES GRANDES QUESTIONS DE L’ÉCOLOGISME MODERNE (ETDIATIQUE)

    ➡ Le complexe urbain et industrielle de la civilisation, le complexe militaro-industriel, la dévastation du monde, l’entr’exploitation généralisée des humains par les humains, et notamment des humains par un petit groupe d’humains, l’aliénation salariée, la machine à produire des injustices et des inégalités sociales, vaut-il mieux que tout cela soit rendu « neutre en carbone » (durable) au moyen du solaire photovoltaïque, de l’éolien, de la biomasse et de l’hydroélectrique (Cyril Dion) ou du nucléaire (Jancovici) ?
    Le débat faire rage. Le suspense est intenable.

    (Le nombre de gens de gauche qui, en gens de gauche, sont habituellement contre l’exploitation de leur prochain en usine ou dans des exploitations minières, etc., mais qui, lorsqu’il s’agit de construire des panneaux solaires photovoltaïques ou des technologies vertes ou « bas-carbone » en général, applaudissent des deux mains, est stupéfiant.)

    (post de Nicolas Casaux)

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  • Le progrès, ce n’est pas aller en avant dans une voie destructrice et sans issue Le 11 janvier à 18:34, par manuel van thienen

    le dormeur doit se réveiller : un autre monde est possible, non, nécessaire !

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    • Le progrès, ce n’est pas aller en avant dans une voie destructrice et sans issue Le 12 janvier à 17:37, par Catherine GRENIER

      Au mot progrès, je substitue le mot : évolution. Elle, est inéluctable et ne contient aucun élément de jugement à priori. Ni bonne ni mauvaise en soi.
      Le progrès implique une croyance.
      Le pire est le mot progressisme qui, comme tous les "ismes" est une caricature du mot premier, en exagération, en pensée dogmatique et clivée.
      Il nous faut, imperturbablement « errer sur les chemins de la Connaissance". Oui retours en arrière, et chemins de traverses à privilégier en toutes circonstances. Libre-Penser toujours.

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