Le pouvoir d’achat et les fins de mois difficiles ne peuvent pas s’arranger avec le macronisme et les autres droites

Au delà des propositions de la gauche, sortir du productivisme et du capitalisme - On ne risque rien à aller voter

mercredi 6 avril 2022, par Camille Pierrette.

Les droites extrêmes (Pécresse, Macron, Le Pen, Zemmour) tentent de donner une apparence plus sociale à leur discours à l’approche des élections pour coller à l’inflation qui plombe les fins de mois.
Cet opportunisme électoral ne masque pas que leur projet s’inscrit toujours dans l’idéologie néo-libérale, et donc dans le capitalisme, un système social qui crée et aggrave les inégalités, la précarité, la misère, le chaos et l’insécurité sociale (et aussi climatique, écologique), qui aussi perpétue/accentue la guerre économique et donc également les risques de guerre militaire.

Vous avez peur de l’avenir, de la guerre, de la précarité, des pandémies, du chômage, des déréglements climatiques et des destructions écologiques ? Vous avez bien raison car il y a de quoi avoir peur et plus encore, mais ce ne sont pas les droites viscéralement attachées à l’économie de marché et au pouvoir des plus riches qui peuvent arranger ça, bien au contraire.

Le pouvoir d’achat et les fins de mois difficiles ne peuvent pas s’arranger avec le macronisme et les autres droites
Sortir du capitalisme pour sortir de la précarité, du chaos et de l’inflation

Les droites ne jurent que par les pseudo solutions du libre marché : baisser les taxes des entreprises, faciliter le capitalisme et les privatisations, développer l’industrie et le productivisme, ou encore taper sur des bouc émissaires (les plus pauvres, les exilé.e.s, les chômeurs, les descendants d’immigrés...). Fondamentalement, elles sont pour continuer à fond le même système qui crée les problèmes, en lâchant parfois quelques miettes, une prime ou deux, 100 balles et un mars, pour que les exploités et les exclus ferment leur gueule.
En même temps qu’elles créent de l’insécurité sociale et écologique massive partout, elles ne pensent qu’à renforcer le système policier pour soi-disant créer de la sécurité ! Comme si plus de policiers et de lois sécuritaires pouvait compenser la misère et l’impuissance entretenues par leurs choix politiques désastreux.

Le capitalisme et le néo-libéralisme sont inévitablement liés à la croissance continue de la production, de l’extraction de matières premières, de la dépense d’énergies, du consumérisme, ce qui génère d’une part les catastrophes climatiques/écologiques et entraînent l’explosion des prix de l’énergie et des matières premières, le tout sur fond des inégalités sociales croissantes fabriquées inévitablement par l’économie de marché.

Si on reste dans ce système, si on reste sous la coupe des droites pro-capitalistes « soeurs » qui se disputent le pouvoir politique (Macron-Pécresse-Zemmour-Le Pen), l’inflation des prix de l’essence et des produits de première nécessité sont donc voués à continuer. On sera toujours prisonniers du marché de l’immobilier, de sa spéculation, des distances à parcourir en bagnole pour aller gagner de quoi croûter. Et la précarité continuera d’augmenter même s’ils multiplient les distributions de 100 balles et de mars.

Si on veut vraiment s’extraire de ces cercles vicieux désastreux sur tous les plans, on doit donc sortir du capitalisme, du productivisme, de l’extractivisme, du consumérisme qui en bout de chaîne alimente la machine à cash.
Ca veut dire de remplacer la course aux possessions matérielles (surtout portée par les riches) par le partage, l’équité, la justice sociale, l’entraide, la qualité de vie, la convivialité, le bien-vivre simple et populaire.
Ca veut dire de remplacer la déléguation des choix de vie aux experts, économistes, capitalites, politiciens par une prise en charge directe par chacun.e des choix politiques, d’abord locaux, mais aussi à plus large échelle.
Somme-nous prêts à ça, le voulons-nous ?

Du côté des gauches, c’est pas la « révolution », ça parle aussi de réindustrialisation, et pas tellement de sortie du capitalisme. L’anticapitalisme est le plus souvent tronqué car limité à la critique de certaines des brutalités les plus flagrantes de l’économie de marché (profits gigantesques, délocalisation honteuse, licenciements sur fond de profits, pollutions scandaleuses...), sans s’attaquer au coeur du capitalisme (propriété, fantasme de la délivrance, monnaie, marchandise, Valeur, accumulation du capital, croissance...).
Néanmoins, c’est quand même mieux que les droites dans certains domaines (favoriser la paysannerie agroécologique plutôt que l’agri-tech et l’agro-industrie, moins de nucléaire, taxer davantage les riches et les multinationales...), notamment pour limiter (un peu) l’extension capitaliste et mieux aider les plus précaires (contrôle des prix, hausse du SMIC et des minimas sociaux...).

C’est pourquoi je conseille de voter quand même pour la gauche aux présidentielles (ici il s’agit de la France Insoumise, seul parti pouvant éventuellement passer au 2e tour des présidentielles). Ok on n’est pas en démocratie, le principe de l’élection et de la représentation ça craint à mort, la personnalité de Mélenchon et certaines de ces déclarations posent parfois question et on peut ne pas être d’accord avec plein d’aspects du programme France Insoumise (industrialisme, anthropocentrisme, technologies, sacralisation de l’Etat et de l’éducation nationale, non remise en question de la police et de la prison, sacralisation de l’emploi et du marché du travail, adhésion au dogme des énergies alternatives dites renouvelables et à la pseudo « révolution numérique »...), mais il y a aussi pas mal de points intéressants, ...surtout si on compare avec les droites.
- Exemples :

On peut remarquer que la plupart du temps les points pourris du programme FI sont de toute façon portés également par les droites, tandis que les droites ne portent pas les points intéressants de FI.

De toute façon, ce régime antidémocratique, le capitalisme, l’Etat et ses sbires, se moquent bien du niveau d’abstention et de vote blanc.

Ils continueront à nous entuber même si on s’abstient massivement, les précédentes élections l’ont montré amplement.

De plus, on risque quoi en allant voter ? Un bref moment de dégoût, une entorse à notre morale de « non participation aux institutions autoritaires d’un système tyrannique et oligarchique » ?
Le dégoût naturel et l’atteinte à nos principes moraux peuvent être surmontés sans trop de difficultés au regard des enjeux.

Ok, bien sûr, si la FI est élue elle risque fort de ne pas vouloir/pouvoir appliquer les points les plus intéressants de son programme. Les lobbies (police, FNSEA, grande distribution...), les patrons, les technocrates, les banques et tous les ressorts du capitalisme seront là pour faire pression par divers moyens (voir la débandade du parti d’Alexis Tsipras en Grèce).
Mais de toute façon, la lutte ne s’arrête pas aux élections, quel que soit le parti provisoirement au pouvoir il faudra bien sûr impérativement continuer à se battre sans concession, et même il faudra lutter collectivement de plus en plus fortement et massivement, y compris contre les éventuelles élu.e.s de la France Insoumise et certaines de leurs idées/projets craignos..

Bref, on n’a rien à perdre en allant voter pour une gauche telle que FI, et, peut-être, quelques trucs pas inintéressants à gagner.

P.-S.

VOIR AUSSI :

- Défendre un fragile pouvoir d’achat qui enchaîne à la marchandise et à la destruction du vivant OU conquérir durablement la puissance de l’autonomie et de l’agir ?
Reconquérir les moyens de subsistance et les capacités d’autonomie populaire au lieu d’être soumis à l’Economie

...et les réflexions pertinentes de Nantes Révoltée :

🗳️QUE FAIRE LE 10 AVRIL ?

Nous recevons de nombreuses questions et commentaires sur l’actualité électorale, nous demandant de prendre parti dans la campagne. Alors que faire ? Précisons d’abord que nous sommes un média, pas un parti politique. Nous ne donnerons pas de consignes de vote : chacun est assez intelligent pour construire ses choix. Ensuite, nous ne chercherons pas à culpabiliser qui que ce soit : nous refusons l’injonction insupportable au « devoir électoral » une fois tous les 5 ans, mais aussi le discours classique « anti-vote » stérile s’il ne s’accompagne pas d’actes. Ceci étant posé, quelques réflexions avant le Premier Tour :

- Nous sommes dans une configuration inédite. Les grands partis qui structuraient la vie politique française, le PS et Les Républicains/UMP, sont morts pour de bon, et personne ne les regrettera. Et avec eux, l’équilibre gauche droite telle qu’on le connaissait depuis des décennies, réparti autour de 50% de chaque côté. A présent, le rapport de force est un tiers/un tiers /un tiers. Le bloc fasciste culmine à plus de 30%, toujours plus violent, toujours plus étendu, toujours plus banalisé par les médias. Le bloc bourgeois, autour d’un président autocrate qui veut être réélu sans le moindre débat ni la moindre confrontation, et qui n’a organisé qu’un show de télévangéliste, est en dessous des 30%. Un niveau ahurissant, étant donné son programme de guerre totale. Ce qui restait du Parti Socialiste a été absorbé par le Macronisme, et compose ses forces vives, alors même que le Président a gouverné sur une ligne d’extrême droite. Enfin, la « gauche » au sens large est un peu sous les 30% des intentions de vote, en ordre dispersé. Tout cela sur fond d’abstention de masse de la jeunesse et des plus précaires. Pour la première fois depuis l’Occupation, l’extrême droite est aux portes du pouvoir : en cas de second tour face à Macron, elle peut réellement l’emporter étant donné la détestation légitime du président par une grande majorité de la population. Les alarmes que nous tirons sans relâche depuis 10 ans sont désormais des hypothèses crédibles.

- « Ni Dieu ni César ni tribun ». Comment réagir dans ce cauchemar électoral ? Notre média est au service des luttes, et nous n’avons jamais cru qu’une élection pouvait transformer réellement la société et l’ordre des choses. L’histoire nous montre que les avancées sont toujours arrachées par la mobilisation, la révolte, la grève, le blocage. D’ailleurs, le seul moment qui a vraiment fait vaciller le gouvernement Macron a été le soulèvement fabuleux des Gilets Jaunes début décembre 2018. A cet instant décisif, il s’en est fallu de très peu – un appel à la grève par exemple, refusé par les syndicats à l’époque – pour obtenir de larges concessions du pouvoir. De même, seules les ZAD et autres luttes de territoire auront arraché des victoires écologiques ces 10 dernières années, alors que l’urgence est là.

- L’option Mélenchon. Signe du pourrissement avancé de la République française, un seul candidat a vraiment mené campagne, préparé un programme, suscité un enthousiasme : celui de l’Union Populaire. Le tandem Macron/Le Pen n’a même pas pris la peine d’organiser quoi que ce soit : les médias des milliardaires se chargent de les propulser au second tour. Soyons clairs : Mélenchon n’est pas un révolutionnaire ni un anticapitaliste. Il propose un projet social-démocrate, au sens réel du terme – une meilleure répartition des richesses et des délibérations politiques. C’est un programme Keynesien, de relance économique, qui devrait être considéré de centre-gauche si l’échiquier politique français n’était pas extrême droitisé. Ces dernières années, le candidat a beaucoup évolué sur la question de la police. Positivement. Mélenchon était menacé par les syndicats policiers pendant que les responsables PS, PCF et EELV allaient à leurs manifestations. Il a aussi tenu la ligne contre le racisme et l’islamophobie, alors que tous les autres candidats « de gauche » se soumettaient à la doxa réactionnaire. Sur le Pass Sanitaire, seuls les élus France Insoumise sont monté au créneau, en plein désert. Ce sont aussi les seuls dans le jeu parlementaire à ne pas se résigner à l’apocalypse climatique. C’est le minimum, oui. C’est maigre. Mais même ce minimum n’est plus assuré depuis longtemps par les autres partis de gauche. Dans tous les cas, même si l’Union Populaire était élue, il faudrait lutter, lui imposer des contre pouvoirs.

- Mais sommes nous prêts à subir deux semaines de propagande fasciste intensive dans l’entre-deux tours plutôt que des débats sur les retraites, les libertés ou l’éducation ? Qui peut nier que l’élimination de Le Pen ou de Macron du second tour donnerait de l’oxygène dans cette période étouffante ? Une candidature sociale-démocratie est-elle plus dangereuse pour notre camp social que des factions radicalisées qui annoncent ouvertement vouloir nous anéantir dès les prochains mois ? La position de cette « gauche » pathétique, celle qui n’a pas hésité à « faire barrage » depuis 20 ans, y compris en votant Chirac, Hollande ou Macron, mais a peur de Mélenchon parce qu’il parle fort est incompréhensible. Ces gens sont les idiots utiles du fascisme.

- Si Macron repasse, et c’est ce qui risque malheureusement de se produire, il n’aura plus aucune limite. Il va nous massacrer. Réélu malgré tous les scandales, toute la répression, toutes les attaques qui a mené, ce pervers aura un sentiment de toute puissance absolue. Avec un « super-gouvernement » d’union, déjà programmé, entre Macron et Sarkozy, toute opposition sera menacée de dissolution. Toute mobilisation écrasée sans pitié. Tout ce qui reste de droits sociaux pulvérisés. Et qui peut être indifférent face à la menace fasciste ? Le Pen au pouvoir, c’est la même chose, en pire. Bien pire même, pour des millions de personnes non blanches de ce pays.

- Prévoir en stratège. Pour nous, le vote est un geste politique mineur, parmi des dizaines d’autres. Se réunir, manifester, peindre dans la rue, occuper un bâtiment, monter une barricade, résister à un patron, faire grève, faire vivre une ZAD, distribuer des repas, casser une banque ou bloquer un rond-point sont des gestes politiques bien plus importants qu’un bulletin dans une urne. Ils ont même plus d’impacts immédiats sur vos vies qu’aller dans un isoloir. Si tout le monde s’organise politiquement : il n’y a plus besoin de gouvernement, et nous devenons ingouvernable. En attendant, fétichiser le vote est une impasse, le rejeter par principe aussi : le vote n’est ni la solution ultime, ni le principal problème. Ce qui compte, c’est tout ce qui se joue à côté. Dans quelques jours, il est possible de considérer le vote comme un acte purement stratégique sans se « compromettre ». Vous pouvez aussi, bien sur, boycotter ce scrutin. Mais la posture abstentionniste qui ne s’accompagne pas d’actes réels pour renverser l’existant est une impasse.

Alors le 10 avril, votez ou ne votez pas, mais surtout, organisez vous, prenez parti. Quelle que soit la configuration s’organiser est vital pour tenir bon dans la tempête qui vient. Ne serait-ce que pour se défendre face aux inévitables attaques de l’extrême droite et du bloc néolibéral.


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