La ville, cancer du monde et de l’humanité - A abolir ?

La ville, un milieu délétère irréformable ou le berceau incontournable de la culture ?

mardi 9 février 2021, par Les Indiens du Futur.

Quelques articles critiques sur la ville, l’urbanisation, la métropolisation. Des structures invivables qui détruisent le monde vivant ? D’autres cultures et sociétés sont possibles ?

LA VILLE, CANCER DU MONDE ET DE L’HUMANITÉ

La ville est étymologiquement au fondement de la civilisation. L’idée de ville est ainsi investie d’une symbolique très forte. Même aux yeux des critiques de gauche les plus radicaux, hostiles au monde moderne, à l’industrialisme, à l’Etat, la ville incarne le progrès, la liberté.

Jacques Ellul écrivait par exemple, dans un livre intitulé Ce que je crois :

« On peut dire en effet que l’œuvre principale de l’homme, c’est la ville. C’est à partir du moment où la ville paraît que l’histoire évolutive de l’homme se développe. C’est dans la ville que se concentrent toutes les inventions, les échanges, les arts. C’est de la ville que sort, que provient toute culture. »
Car bien entendu, toutes les sociétés humaines non urbaines, errant dans les limbes de l’animalité, étaient dépourvues de cultures. On n’y inventait rien, on n’y échangeait rien, l’art n’y existait pas. Ellul le formulait d’ailleurs sans ambages :
« Là où il n’y a pas de villes, nous sommes en présence de groupes encore non dégagés de la nature animale […]. »

Ellul ajoutait :

« Oui, la ville est la principale création de l’homme. Un monde uniquement humain. Elle est le symbole que l’homme a choisi, le lieu qu’il a inventé et préféré. »
En réalité, la ville a en grande partie été (et est encore) un milieu imposé, où des captifs étaient (sont) ramenés de force, un milieu où venaient (viennent) s’échouer ceux dont le mode de vie non urbain avait été (a été) détruit.

***
Bernard Charbonneau écrivait, lui, dans Le Jardin de Babylone :
« Pourtant la ville est bien à l’origine de la liberté : l’homme libre c’est le citoyen, l’homme de la cité. »

Là encore, cela s’explique par une inconsidération certaine confinant au racisme des sociétés non urbaines (et/ou une conception douteuse de la liberté).

Seulement, par malchance, si « la liberté est née dans les villes », ajoutait Charbonneau, « aujourd’hui pour vivre elle est obligée d’en sortir ». Par ailleurs, continuait-il :
« Aujourd’hui comme autrefois, dans le secret de ses murailles, la ville continue d’élaborer le seul être qui puisse la justifier, la seule force qui puisse la mettre en cause : l’individu conscient. »

Car bien entendu, hors les murailles des villes, point d’individu conscient, seulement des humains-animaux, grognements et superstitions. « L’individu aime la ville », affirmait Charbonneau, « parce qu’en le libérant de la nature, des hommes et des choses, elle a considérablement grandi en lui la part de la conscience et de l’idée ». Ainsi « l’individu de la grande cité moderne est plus lucide, plus raffiné, intellectuellement plus libre que les types humains qui l’ont précédé ».

La ville, cancer du monde et de l’humanité - A abolir ?
La ville, un milieu délétère irréformable ou le berceau incontournable de la culture ?

Pauvres et misérables indigènes non urbains dont les complexes cosmogonies sont méprisées et rejetées dans l’immanence d’une nature marâtre. Pauvres et misérables indigènes non urbains qui luttent contre la destruction de leur terre, les coupes à blanc, l’exploitation du pétrole, le devenir machine que la civilisation impose à la planète, qui ignorent le raffinement du citadin jouissant de l’objectivation du corps des femmes, notamment au travers de la prostitution et de la pornographie, en vue de satisfaire une sexualité morbide[7].

Pour Charbonneau, encore :
« La ville […] fut toujours le milieu humain par excellence : la Jérusalem où l’espèce humaine tentait de réaliser le microcosme qui eut reflété les exigences de son esprit. »
Homo urbanis serait ainsi programmé pour construire des villes. Son esprit l’exigerait. Pourtant (Charbonneau encore) : « La ville a toujours placé l’homme dans un univers apparemment clos, coupé de la nature. » L’esprit d’Homo urbanis exigeait donc d’être coupé de la nature.

À l’instar d’un Charbonneau, dans son monumental ouvrage intitulé La Cité à travers l’histoire, le sociologue et historien états-unien Lewis Mumford, conscient que l’avènement du phénomène urbain constitue le « passage d’une économie villageoise autonome à l’organisation fortement hiérarchisée de la cité », estimait cependant que la ville repose sur un « double héritage, positif et négatif ». Un « côté sombre : la guerre, l’esclavage, les abus de la spécialisation, et une inclination persistante pour la destruction et la mort », « activités négatives » qui « n’ont pas cessé de se perpétuer tout au long de l’existence de la cité » et « subsistent aujourd’hui sous une forme brutale, détachée de son premier contexte religieux, et font peser sur l’humanité entière la pire menace qu’elle ait jamais affrontée ». Soit quelques broutilles, largement compensées, selon Mumford, par une formidable capacité de création culturelle constituant « l’inestimable apport de la cité ».

Comme Ellul, Mumford exposait d’innombrables problèmes pour partie inhérents à la ville, au phénomène urbain, reconnaissant ainsi que la ville repose sur une destruction continue du territoire, mais concluait néanmoins que la formidable et glorieuse production culturelle des gens des villes le vaut bien.

Dans la préface de l’édition parue chez Agone de La Cité à travers l’histoire, le sociologue et urbaniste Jean-Pierre Garnier l’affirme clairement :

« Faut-il dès lors voir en Mumford un adepte du retour à la nature inspiré par une certaine nostalgie à l’égard des sociétés primitives ? Certainement pas. Aurait-il, sinon, consacré des années à retracer l’histoire des cités et à célébrer la civilisation urbaine une fois parvenue à son apogée ? Nulle tentation, chez lui, de se tourner vers le passé. »

Dieu nous en garde. L’urbaniste se retrouverait au chômage.

On pourrait multiplier les citations. Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, spécifiquement, sont emblématiques parce qu’ils représentent la gauche anti-industrielle, la gauche de la gauche. À travers eux, on vérifie ce dont on aurait pu se douter, à savoir que dans toute la gauche dominent des clichés relativement racistes, suprémacistes, des idées douteuses mais au fondement de l’idée glorieuse de civilisation, de l’idéologie de civilisation.

Cela étant, les anti-industriels, comme Ellul et Charbonneau, à l’instar de critiques moins radicaux, comme Mumford, reconnaiss(ai)ent qu’aujourd’hui, et depuis un certain temps, les citadins, loin d’être libres, sont soumis aux diktats de l’État-capitalisme, exploités physiquement, standardisés culturellement, engoncés dans un monde-machine toujours plus oppressant. Que cette situation, induisant des souffrances, est aggravée par la solitude (« isolement social »), la violence, l’absence d’amour, le mépris, le manque de reconnaissance, le sentiment d’impuissance. Ce qui explique pourquoi les crises identitaires sont de plus en plus violentes, masochistes, suicidaires. Charbonneau remarquait (Le Jardin de Babylone) :

« L’univers urbain devient un univers concentrationnaire que la densité des foules et surtout des machines rend de plus en plus invivable. Certes l’homme est adaptable, pour échapper au bruit il peut devenir sourd, aveugle pour se défendre des éclairs de la réclame, et insensible à l’homme pour échapper à la promiscuité humaine. Mais si la marée urbaine devait monter encore, alors il n’aurait plus le choix qu’entre périr physiquement ou spirituellement, en cessant d’être un homme : en renonçant à la sensibilité et plus encore à la conscience. »
& aussi :
« Plus l’agglomération urbaine grandit, plus il devient difficile de penser, et à plus forte raison de contrôler, l’évolution de la ville. Paris ne survit qu’en tirant ses ressources du pays qui l’entoure, si la France entière devient une nébuleuse urbaine, où trouvera-t-elle l’air, l’eau, l’espace ? En organisant, en rationnant, en contraignant la matière humaine qui est indéfiniment compressible.

La croissance des villes les condamne à opter de plus en plus entre le chaos et la termitière, et en attendant, l’un et l’autre grandissent de pair. C’est – ou plutôt c’était – un lieu commun de traiter la grande ville de termitière […]. Comme la termitière, la nouvelle agglomération a tendance à élever des concrétions de ciment aux innombrables alvéoles climatisées, tandis que son réseau de conduits s’enfonce dans le sol. Mais surtout la masse humaine et mécanique toujours plus dense qui grouille dans ses fissures, devient chaque jour plus uniforme, moins autonome, plus strictement téléguidée par la collectivité ; sa survie l’exige. Comme dans la termitière, cette masse uniforme se divise de plus en plus en genres qui s’ignorent et que distinguent les gestes et le langage de leurs fonctions. Aveugle et sourde, mais strictement informée par les signes que déclenche une centrale qu’elle ignore, elle s’affaire dans un monde tiède et clos, de plus en plus énorme et étroit, sans ressentir autre chose de cette pression grandissante qu’un obscur malaise. […]

Plus la ville grandit, plus la liberté se restreint, la prolifération des règlements suivant celle de la bâtisse. La circulation à Paris devient ainsi une sorte de rite kafkaïen dont la connaissance, et surtout les raisons sont réservées à quelques initiés. À partir d’un certain développement, il devient évident que le piéton ne peut plus traverser n’importe où, il doit le faire entre les clous : sous peine d’amende – ou de mort. Et cette nécessité d’être conforme s’étend à tous les gestes quotidiens ; ainsi la liberté est chassée des mœurs avant de l’être des mots et des constitutions. Il est vrai que le citadin ne s’en aperçoit guère, dans la mesure où l’obéissance lui devient un réflexe. Un gouvernement efficace, un objet docile à son impulsion, c’est la condition indispensable au gouvernement des sociétés démesurées. La direction de la ville tend donc à échapper aux élus, pour tomber entre les mains de chefs de service et de techniciens qui deviennent ses maîtres invisibles – eux-mêmes asservis au poids de l’énorme organisme. Dans beaucoup de cas, l’importance de la ville devient telle qu’elle ne relève plus que des technocrates du gouvernement central. »
***
La plupart des anti-industriels, des technocritiques, dont Ellul et Charbonneau, mais aussi nombre d’anarchistes, imagin(ai)ent un âge d’or de la ville, situé, selon les individus, au Moyen Âge ou dans l’Antiquité. Pierre Kropotkine écrivait par exemple, dans L’État, son rôle historique (1906) :

« En somme, il est prouvé par une masse immense de documents de toute sorte que jamais l’humanité n’a connu, ni avant ni après, une période de bien-être relatif aussi bien assuré à tous qu’il le fut dans les cités du Moyen Âge. »

Examinés honnêtement, ces âges d’or apparaissent plus que douteux. Si, du côté de la paysannerie, l’histoire du Moyen Âge recèle divers exemples de formes de vie sociale intéressantes parce que relativement démocratiques, potentiellement soutenables, les cités du Moyen Âge, patriciennes, hiérarchiques (à l’instar des « corporations »), inégalitaires[8], sont loin de ressembler à l’image que Kropotkine s’en faisait. On sait depuis déjà un certain temps que la commune médiévale, pour de nombreuses raisons, n’avait rien du paradis libertaire que certains y voyaient — et que d’autres y voient toujours[9]. Avec ses guildes marchandes et sa bourgeoisie, elle préfigure d’ailleurs le « développement de la nouvelle économie capitaliste » (Mumford) et incarne « la genèse de l’État moderne[10] ».
[...]
Il y a quelque chose d’étonnamment absurde à voir, aujourd’hui, les plus civilisés des civilisés se targuer d’une évaluation méticuleuse, scientifique, du degré réel de liberté ou de violence des chasseurs-cueilleurs, transhistoriquement essentialisés, les jugeant moins libres et plus violents que ce que suggèrerait le « mythe rousseauiste », tout en occultant formidablement l’impuissance quasi-totale, absolue, dans laquelle ils sont plongés, eux, par leur propre société, la civilisation, dont le totalitarisme technologiquement fortifié confine d’ores et déjà aux pires dystopies imaginées par la science-fiction — jusqu’à devoir remplir une attestation pour avoir le droit de sortir quelques heures de leurs clapiers, pour renouveler une ordonnance de Xanax. Comment ne pas y voir aussi une forme prononcée et littérale d’inconscience (chez ceux-là même qui se gargarisent d’avoir atteint le summum de la conscience) ?
[...]
N’en déplaise aux civilisés qui, souvent, rejettent machinalement cette idée en l’assimilant à quelque paysanisme ou primitivisme, c’est-à-dire à un mythe, la vie villageoise, la vie dans des sociétés de petite taille, à taille humaine, peut être bonne, appréciable et appréciée. Nombre de rapports ethnographiques en témoignent, anciens et récents, proches et lointains — que les quelques échecs de tentatives de groupes de civilisés de retourner à la terre, comme il y en eut après mai 68, à partir desquels il serait fort absurde et malvenu de tirer des conclusions générales concernant l’ensemble du genre humain de manière transhistorique, ne contredisent en rien.

Pour l’illustrer, prenons un exemple des plus exotiques, extrêmes, du moins en apparence : les Pirahãs, en Amazonie. Dans son récit des multiples années qu’il a passées parmi eux, au cours des années 70, publié sous le titre Le Monde ignoré des Indiens Pirahãs, le linguiste et anthropologue états-unien Daniel Everett écrit :

« Les Pirahãs rient de tout. Même de leur mauvaise fortune : quand une hutte s’écroule lors d’un orage, ses occupants sont les premiers à s’en amuser. Ils rient quand ils attrapent beaucoup de poisson. Ils rient aussi quand ils n’en attrapent pas. Ils rient quand ils sont repus et ils rient quand ils ont faim. Quand ils sont sobres, ils ne sont jamais de contact difficile ou brutal. Depuis ma première nuit chez eux, leur patience, leur joie de vivre et leur gentillesse m’ont impressionné. Ce bonheur débordant est difficile à expliquer, mais, si les Pirahãs se réjouissent de tout ce qui leur arrive, c’est parce qu’ils se sentent rassurés par leur capacité à se débrouiller face à tout ce que l’environnement leur fait subir. Ce n’est pas parce que leur vie est facile ; c’est parce qu’ils savent faire avec. »

Everett fut frappé par leur absence totale de volonté de rejoindre le monde moderne. Au contraire, les Pirahãs étaient convaincus que lui était chanceux de séjourner avec eux. Lorsqu’il leur demanda s’ils savaient pourquoi il se trouvait dans leur village de la Haute Amazonie, ils lui répondirent : « Parce que c’est un joli endroit. L’eau est belle. Il y a de bonnes choses à manger. Et les Pirahãs sont sympathiques. »

Nous pourrions multiplier les exemples de ce genre, à travers le temps et l’espace.
***
Un autre cliché de gauche, parfois formulé comme une raison de louanger la ville, prétend, comme le formulait Bernard Charbonneau, qu’il « n’y a pas de nature sans civilisation », puisqu’il « faut vivre dans le béton des villes pour s’émerveiller du ciel et des arbres ». On sait, aujourd’hui, que les sociétés non urbaines, non civilisées, de chasseurs-cueilleurs et autres, sont (et étaient) tout à fait susceptibles de considérer les milieux dans lesquels elles évoluent (ou évoluaient, pour celles du passé) avec amour et gratitude, de s’en soucier et de s’en émerveiller. On sait aussi, aujourd’hui, que nombre de citadins n’ont que faire du ciel et des arbres, que la ville ne favorise pas toujours, loin de là, l’éclosion d’un sentiment de la nature.
***
En fin de compte, la ville menace de tout et de tous nous anéantir. Charbonneau et Ellul s’en inquiétaient, qui voyaient à juste titre dans la ville moderne un monstre dévorant l’humain et la nature.

Mais c’est dès ses débuts que le développement des villes et des civilisations est synonyme de dévastations écologiques et d’ethnocides. La région sud-irakienne (ex-mésopotamienne) d’Uruk, souvent considérée comme une des premières villes de l’histoire, en témoigne. Déforestation massive et épuisement des sols ont marqué le paysage. Dès son avènement, la ville est par définition territoire d’insoutenabilité écologique. D’ailleurs, Jacques Ellul l’admettait sans ambages dans son livre Sans feu ni lieu, écrivant que « la ville est un des rares éléments constants des civilisations » et que :

« […] la ville est un milieu parasite. Elle ne peut, en aucune façon, vivre par elle-même et en elle-même. […] Il s’agit toujours d’une œuvre qui n’a pas de vie, qui tire sa vie d’ailleurs, qui l’aspire et vampirise la véritable création […]. La ville est morte, faite de choses mortes et pour des morts. Elle ne peut pas produire ni entretenir quoi que ce soit. Tout ce qui est vivant doit venir de l’extérieur. Tout ce qui est vivant. […] Elle ne se renouvelle pas en elle-même, elle se renouvelle par un apport constant de sang frais. […] Ainsi la ville ne peut fonctionner qu’en parasite et grâce à un apport constant de l’extérieur. On est porté à dire “échange”. Mais la ville n’a rien à échanger. Rien à donner en contrepartie, car ce que la ville produit est pour son usage personnel. »

Ce qui ne l’empêchait pas, comme nous l’avons vu, de faire l’éloge de la ville !

Si la ville apparaît comme un milieu nuisible en tous points de vue, les modes de vie non urbains, à taille humaine — société villageoise ou de chasse-collecte, communauté agraire, etc. — ont été et peuvent être beaucoup de choses différentes. Ils ne garantissent évidemment pas une vie exempte de tout tracas, ni l’égalité, ni la démocratie, ni la soutenabilité. Mais, au contraire de la ville, ils remplissent cependant les conditions élémentaires permettant d’établir des formes sociales démocratiques, écologiquement soutenables, de satisfaire la grégarité humaine, de répondre aux besoins de relations durables, solides, y compris avec le monde naturel.

Ceux qui voient le meilleur et le pire dans la ville, qui semblent éprouver un sentiment d’ambivalence fascinée à son égard, ont souvent tendance à dédaigner ou méconnaître la vie non urbaine, voire à la dénigrer grossièrement en raison de préjugés passablement racistes, suprémacistes — infondés. Conscients des souffrances urbaines, des nombreux problèmes qui lui sont intrinsèques, ils continuent néanmoins de croire à la mythologie urbaine, ils adhèrent toujours à certaines des prémisses fondamentales de l’idéologie de civilisation, notamment sous la forme de préjugés essentialisant à l’encontre des autres manières de vivre, des sociétés dites traditionnelles ou primitives — et, plus généralement, d’une idolâtrie de la ville.

Si, aujourd’hui, la majorité des partis et courants de gauche continuent de fétichiser la ville, fantasmant diverses variations sur le thème de la ville durable, de la ville verte, il se trouve cependant encore quelques irréductibles ainsi qu’une mouvance encore frêle mais connaissant un essor relatif pour encourager une désurbanisation du monde, une réinvention d’une pluralité de modes d’habiter et de vie non urbains, allant de pair avec une redistribution du pouvoir — en témoigne le succès des ouvrages de Guillaume Faburel, Métropoles barbares et Pour en finir avec les grandes villes : Manifeste pour une société écologique post-urbaine. On peut espérer que la pandémie actuelle favorise cette tendance — les épidémies et pandémies constituant (historiquement) un fléau principalement urbain, civilisé.

post de Nicolas Casaux

- Article complet : La gauche, la civilisation et l’idôlatrie de la ville (par Ana Minski et Nicolas Casaux)

Des villages avec des matériaux locaux
Démocratie directe, autonomie, convivialité, solidarité et entraide, matériaux naturels recyclables, production locale...

Contre la métropolisation capitaliste

- Podcast Floraisons, Contre la métropolisation capitaliste (avec Isabelle Attard, Guillaume Faburel & Floréal M. Roméro)
En cette période d’agitation électorale, les grandes villes auraient, nous dit-on, les solutions face à l’effondrement du vivant. Un emploi dans un fab lab ? Un post-it bleu ou rose pour faire démocratie ? Des fermes en aquaponie pour notre autonomie ? Des jeux olympiques face au mur climatique ? Soyons sérieux·ses. C’est sans nul doute la raison pour laquelle nous assistons, justement dans les grandes villes, à une effervescence des mobilisations, accompagnées du mot d’ordre de la radicalité.

Or, si les causes premières de ces crises sont effectivement à trouver dans les régimes urbains d’accumulation l’efficacité de tels mouvements demeure limité. Pourquoi ? En fait, il persiste quelques croyances vives quant à la puissance politique de la transformation sociale et écologique de et par la ville, la grande, celle en voie active de métropolisation. Et si les formes de vie imposées à chacun·e par le néolibéralisme, métropolitain, nous maintenaient dans la réalité hégémonique du fétiche de la marchandise et de ses formes actualisées de biopouvoir ?

Cette rencontre entre Isabelle Attard, Guillaume Faburel et Floréal M. Roméro a permis de croiser plusieurs trajectoires de pensée et d’action, depuis celles mettant en critique les régimes passionnels de l’urbain métropolisé et l’assujettissement politique qui en découle très directement, jusqu’aux perspectives ouvertes par le municipalisme libertaire et son écologie sociale et les expériences décentralisées de l’autonomie.

Enregistré à la Maison de L’Écologie de Lyon le 22 janvier 2020

REMARQUES

Si presque tout le monde sera d’accord pour dire que les mégalopoles sont épouvantables et à bannir, pas sûr que la critique porte jusqu’aux villes plus modestes (comme Valence, Montélimar, Romans sur Isère...) ni jusqu’au concept de ville lui-même.

Vu que la plupart des gens veulent conserver la civilisation industrielle, et donc conserver les villes qui en sont un élément fondateur et clé, ils espèrent les rendre soutenables, les « verdir ».

Ce qui est impossible, et encore plus avec un niveau élevé de croissance démographique mondial.
Certains en profitent même pour vendre des technologies complexes et anti-écologiques pour développer des « villes connectées » (smart cities). C’est à dire qu’ils espèrent contrecarrer les problèmes liées entre autre à l’hyper-technologie par davantage de hautes technologies.

A partir de quelle taille, de quel degré de complexité une ville est insoutenable ?
Est-ce qu’une petite ville, comme Crest ou Die par exemple sont (ou était) des villes soutenables et vivables ?
A quoi pourrait ressembler une petite ville soutenable et vivable ?

Une petite ville peut elle se transformer en un assemblage de plusieurs « quartiers-villages » pour devenir supportable ?

Avec la sortie du capitalisme et de la civilisation industrielle, il serait sans doute plus facile de rendre une petite ville soutenable et vivable. Les rues serait largement libérées des voitures, on mettrait fin au « zonage » (habitations, commerces, loisirs, industries) et il n’y aurait plus besoin de transports rapides tous les jours en tous sens, chaque quartier pourrait épanouir sa vie et son identité sans être soumis à une autorité centrale ni aux diktats de la productivité et de la compétion capitaliste, libérées de l’accaparement privé toutes les terres disponibles pourraient être soit laissées à la nature soit cultivées de manière écologique (permaculture et autres), les logements pourraient se concentrer et se partager au lieu de s’étaler en maisons individuelles industrielles...

Il serait intéressant d’imaginer concrètement comment transformer une petite ville, comme Crest ou Die, dans ce sens. Malheureusement, peu de chances dans l’immédiat de voir ces utopies se réaliser.

P.-S.

Compléments


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