La tyrannie devient un simple plan com, la vie politique est très vite zappée, comme tout le reste

Le rejet légitime des institutions antidémocratiques ne se traduit pas par une vie politique indépendante et quotidienne

lundi 18 avril 2022, par Camille Pierrette.

Participer à la vie politique n’intéresse plus grand monde, même les soutiens des tyrans sont peu nombreux. Tout devient zapping, on buzze sur les boutons proposés par l’actualité médiatique, et puis on passe vite à autre chose.

La tyrannie devient un simple plan com, la vie politique est très vite zappée, comme tout le reste
Même les tyrans ont peu de militants actifs

👑 MACRON : LE ROI EST NU

Le Régime ne repose plus sur la mobilisation mais sur la démobilisation

Échec absolu du « grand meeting » d’entre-deux tours à Marseille samedi 16 avril. Quelques dizaines, voire quelques centaines de personnes, au mieux, ont assisté au discours de Macron. Malgré les plans serrés des équipes de communication de LREM, il était impossible de cacher l’échec : le président est seul. À Avignon la candidate d’extrême droite réunissait encore moins de monde. Autant dire que les deux finalistes sélectionnés par les médias sont massivement détestés : ils ne suscitent, ni l’un ni l’autre, ni adhésion, ni enthousiasme. À ce titre il n’est même pas étonnant que dans notre période post-démocratique, ce soient les deux candidats qui n’ont pas mené campagne, pas assumé de débat, qui soient en finale.

Au même moment, au moins 10 fois plus de personnes manifestaient contre Le Pen et Macron dans les rues des grandes villes de France. Ce qui est déjà historiquement faible : lors des séquences d’entre-deux tours des scrutins précédents, les mobilisations réunissent régulièrement des centaines de milliers de personnes.

Qu’est-ce que cela signifie de notre époque ? Nous ne sommes plus en période de grands débats, de grandes idéologies, ni même des grands régimes autoritaires. Les dictatures du passé comme les grands mouvements politiques, reposaient sur la « mobilisation ». La légitimité venait des masses populaires. On pense aux meetings gigantesques, aux grands évènements militaires, aux démonstrations de force. Aujourd’hui, les autocrates sont incapables de mobiliser qui que ce soit. À part leur minuscule garde rapprochée et la police.

Dans ce régime à bout de souffle, les dirigeants actuels ne peuvent pas compter sur la mobilisation, au contraire, ils organisent la démobilisation. La résignation généralisée. Le cynisme. L’absence de perspectives. L’horizon politique des tyrans, c’est une population confinée, soumise et dépressive. Toute prise de rue, toute organisation commune est vue comme un danger. Fête de la musique réprimée dans le sang, manifestations interdites, associations dissoutes : l’horizon, c’est une société morte, qui n’a plus de réflexe, plus de contre-pouvoirs. C’est ce que Poutine a réussi à faire en Russie. Cela lui a pris 20 ans.

Nous voici au temps des régimes vides. Des colosses aux pieds d’argile. Les puissants n’ont pas de soutien. Les élus ne le sont que parce qu’ils suscitent une détestation un peu moins forte que leur adversaire. Le Roi est nu. Il peut donc être destitué.

(Post de Nantes Révoltée)

Remarques

Je souscris à cette analyse.
J’ajouterais que la démobilisation est essentiellement due au fantasme de la délivrance. La plupart des civilisés veulent se délivrer des difficultés de la vie politique, ils ne veulent pas pratiquer la politique, ils ne veulent donc pas de démocratie, ils se sont déchargés sur les politiciens, experts, technocrates, lobbyistes, capitalistes, techno-scientifiques.
Ils se déchargent aussi sur les sempiternels « militantEs » « bonne poire » dont je fais partie.

C’est pourquoi la masse des gens ne se mobilisent pas, ils ne veulent pas se coltiner la vie politique, et encore moins la lutte politique, ils préfèrent les loisirs et les libertés mutilées des « choix » de consommation fournis par la techno-industrie en voie de décarbonation partielle.

Il n’y a qu’à voir les difficultés à réunir du monde pour la moindre réunion militante ou associative.
S’il est bien compréhensible que le système politique antidémocratique en place soit largement boudé, comment se fait-il qu’il n’y ait également aucune poussée permanente pour faire vivre des assemblées libres partout, des réunions pour s’organiser et agir ?
On attend toujours que les autres s’y mettent, ou on compte sur l’élan d’un soulèvement spontané étant incapable de porter ça dans les périodes plus calmes ?
On rejette la fausse politique des institutions autoritaires centralisées en place, mais on ne fait aucun effort pour faire vivre la politique et la démocratie au quotidien, signifiant que la civilisation industrielle a gagné ou qu’on a été suffisamment mutilé et résigné pour rester « amorphe » selon les souhaits du système dominant ?

La politique, comme les dérèglements climatiques ou l’écologie, devient juste une actu zapping comme n’importe quel fait divers, où à la rigueur on participe de loin en votant pour faire plaisir aux candidats et pour défendre ses intérêts matériels du moment, ça n’intéresse plus que les candidats, leurs militants, et les révoltés.

On s’y intéresse brièvement pour le côté émotionnel, parce que les médias en parlent, on buzze sur l’un ou l’autre bouton qui clignote sur le pupitre, et on passe vite à autre chose, comme pour tout, il y a toujours plus urgent et important : son emploi, ses vacances, ses potes, une terrasse, un restau, son sport, ses loisirs, ses achats. Même les pauvres suivent le mouvement comme ils peuvent, le reste du temps ils sont écrasés par la survie quotidienne.
Si le plan marketing est bon que l’action est suffisamment festive, alors quelques uns s’engagent temporairement, puis passent vite à autre chose en voyant que c’est pas facile et que les résultats sont maigres.

Ce qui laisse toute latitude aux dominants, aux pires tyrans aux dents longues sans scrupules qui eux en veulent à mort H24 et n’ont aucune difficulté à s’imposer vu qu’il n’y plus grande monde en face.
Si vous êtes du côté du Capital et du système techno-industriel alors bien sûr vous aurez nettement plus de chances.
Il vous suffit alors d’avoir une masse de fric, de bons soutiens dans les médias et les lobbys industriels, un bon plan com, et hop, c’est plié, Macron est vendu.

Bien sûr il reste pas mal de personnes motivées qui se battent, qui résistent, mais elles sont trop peu nombreuses pour peser réellement, pour l’instant ?

La tyrannie devient un simple plan com, la vie politique est très vite zappée, comme tout le reste
Pour faire bloc, il faut quand même être un certain nombre, sinon ça fait floc

Et si les militantEs faisaient grève ?

Je sais bien que les véritables tranformations conséquentes sont impulsées par des minorités.
Mais il y a une différence entre une minorité conséquente qui a des capacités de peser sur le cours des choses avec une minorité rachitique qui s’épuise à courir partout en vain.

Je trouve que la situation est assez grave dans ce domaine, il faudrait vraiment en parler sérieusement, lever le voile.
Peut-être lancer une grève générale des militantEs ? Pendant un mois tous les militants (ou activistes si vous préférez) de gauche ne militent plus du tout, ils vont à la pêche, sirotent en terrasse, regardent passer les trains, tranquilles.
C’est une idée à creuser. Ce sera l’objet d’un prochain article...

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Rire un peu

Forum de l’article

  • La tyrannie devient un simple plan com, la vie politique est très vite zappée, comme tout le reste Le 25 avril à 23:45, par Mimi

    je plussoie à ce post :

    C’est effrayant la manière dont la société se politise tous les cinq ans. C’est comme si le besoin de s’approprier le monde qui nous entoure était canalisé par le système électoral pour tenir en quelques semaines. Après on retourne à ses affaires. Le nombre de messages d’injonction morale à voter ci ou ça ou à ne pas voter, c’était même une question de « devoir citoyen » il paraît. Et pendant ce temps le syndicalisme au quotidien qui repose sur une poignée de gens, et les partis politiques qui se vident (la FI n’en a même pas un vrai à proposer aux gens qui ont voté pour elle), et les rassemblements, les manifs où on a l’impression de connaître tout le monde…
    Je déteste les élections. C’est le pire terrain pour faire de la politique. La politique, c’est quotidien, c’est intime, c’est un aller retour entre soi et le monde. Sinon ça rend bête.

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