La transition écologique ou énergétique, nouveaux masques du développement capitaliste

Quand le système qui pille et détruit le climat et le vivant veut se relooker pour durer, à l’aide d’une avant-garde écologique et citoyenne

lundi 3 février 2020, par Les Indiens du Futur.

Voici deux articles utiles pour démystifier les mensonges et approximations des prétendues "transitions", du capitalisme "vert" et de ses multiples avatars :

- La « transition énergétique » ou les nouveaux habits du développement capitaliste (par Miguel Amorós) - La nouvelle phase « verte » du capitalisme et son avant-garde écologique et citoyenne

- LES MARCHANDS D’ILLUSIONS VERTES OCCIDENTAUX, DES USA À LA FRANCE, DE BILL MCKIBBEN À CYRIL DION

- Extraits de ces articles :

Le monde capitaliste s’enfonce dans une crise écologique sans précédent qui menace sa continuité en tant que système basé sur la recherche du profit privé. De la pollution de l’air, de l’eau et du sol à l’accumulation de déchets et d’ordures  ; de l’épuisement des ressources naturelles à l’extinction des espèces  ; de l’urbanisation galopante au changement climatique  ; une épée de Damoclès menace la société de marché. Les dirigeants de tous les domaines industriels manifestent leur inquiétude face à une dégradation irréversible de l’environnement, envisageant une réorganisation de la production et de la consommation en fonction d’inévitables impératifs écologiques. Beaucoup d’entre eux sont convaincus que le système d’exploitation capitaliste ne pourrait perdurer autrement. La contradiction entre la croissance (l’accumulation de capital) et ses effets destructeurs (le désastre écologique) devra être surmontée par un compromis entre industrie et nature, ou plutôt, entre leurs représentants spectaculaires respectifs : d’un côté, les grands dirigeants, et de l’autre, les environnementalistes autorisés. Nous entrons dans une nouvelle phase du capitalisme, une phase « verte », où de nouveaux gadgets et systèmes technologiques (énergies « renouvelables », voitures électriques, OGM, Big Data, réseaux 5G, etc.), vont tenter de réconcilier le développement économique avec la gestion du territoire et des ressources qu’il recèle, facilitant ainsi une croissance « durable », et rendant le mode de vie actuel (motorisé et consumériste) compatible avec la préservation de l’environnement naturel, ou plutôt, de ce qu’il en reste. La « transition énergétique » n’est qu’un aspect de la « transition économique » vers l’écocapitalisme qui, à partir de l’incorporation sauvage (néolibérale) de la nature au marché, constituera un stade où la marchandisation sera réglementée par des mécanismes d’Entreprise et d’État. Il s’agit d’une immense opération industrielle, financière et politique visant à tout changer pour que rien ne change.

Le mouvement contre le changement climatique a donné naissance à une « marque » déposée, Extinction Rebellion, qui couvre le flanc environnementaliste du citoyennisme de gauche en lui fournissant des arguments en faveur de la médiation de la crise par l’État. Ceux qui font appel à l’État ne peuvent certainement pas être qualifiés de « radicaux » — bien qu’ils soient contre l’extinction, ils ne sont pas contre le capital, ni contre aucun responsable spécifique. Un des principes directeurs du mouvement stipule : « nous évitons d’accuser et de pointer du doigt, nous vivons dans un système toxique, mais personne n’est à blâmer ». Aucun individu concret (aucun dirigeant) ne peut être considéré coupable de quoi que ce soit. Selon cette mentalité servile, les dirigeants, comme les capitalistes, ne sont pas tous égaux, et les réformes écologiques peuvent même être bénéfiques pour la majorité. Ce sont des alliés et des bienfaiteurs potentiels. Ainsi, les objectifs déclarés de l’écocitoyennisme se limitent à faire pression sur les gouvernements pour les amener à « dire la vérité aux citoyens », les inciter à prendre les mesures nécessaires de « décarbonisation » prévues dans la « transition énergétique », et décrètent la création d’ « assemblées citoyennes de contrôle », véritables tremplins politiques pour les carriéristes

Malheureusement, la majorité des déchets ne sont pas recyclables, et la production d’énergie dite « propre » repose sur l’utilisation de combustibles fossiles [en outre, et c’est un des points les plus importants, cette énergie dite « propre » sert à alimenter les mêmes appareils issus du système techno-industriel, futurs e-déchets, que les énergies non-propres servent à alimenter  ; l’utilisation de l’énergie dite « verte » ou « propre » ne sert pas des fins plus écologiques que l’utilisation des énergies non-propres, NdT]. Les professionnels de l’écologie citoyenne ne veulent pas non plus abolir l’État, le grand arbre dont l’ombre fait prospérer leurs carrières personnelles et leurs stratégies de placement. La crise écologique est ainsi réduite, par cet écologisme captif, à un problème politique ne pouvant être résolu que dans les hautes sphères au moyen de quelque Green New Deal (ainsi nommé d’après le New Deal de Roosevelt) : un nouveau pacte pour l’économie mondiale passé entre la classe dirigeante mondiale, la bureaucratie politique et ses conseillers écologistes, qui imposerait les mesures en faveur de la réduction des émissions polluantes et du stockage du dioxyde de carbone atmosphérique que les multiples conférences sur le changement climatique n’ont pas réussi à imposer

Les responsables du réchauffement climatique et de la pollution, et les responsables de la précarité et de l’exclusion sont les mêmes, mais ceux qui les combattent ne le sont pas. La question du désastre écologique et celle du désastre social sont deux champs de bataille différents, qui ne se rejoignent jamais, et pas seulement à cause d’une cohorte de bureaucrates souhaitant bâtir son avenir en agissant en tant qu’intermédiaire. Les jours des aspirants dirigeants sont comptés, car les gens ordinaires perdent leur douceur lorsque leurs moyens de subsistance sont affectés. Ils ne se laissent plus domestiquer avec la facilité des jours d’abondance. Le point faible du capital mondial ne réside pas dans le climat, pas même dans la santé, mais dans les approvisionnements, la logistique. Le jour où le système techno-industriel — géré par les marchés ou par l’État —, cessera de répondre aux besoins d’une partie importante de la population ou, en d’autres termes, lorsque les conditions météorologiques ou quelque autre facteur enrayera l’approvisionnement, viendra le temps des insurrections.

Dans les États occidentaux — mais ailleurs aussi, selon toute probabilité — il existe un microcosme de personnalités écologistes autorisées et régulièrement invitées dans les médias de masse, assez appréciées des autorités de leur pays respectif, et qui, pour ces raisons, représentent à elles seules, aux yeux du grand public, la mouvance écologiste. « La » mouvance, parce que ces écologistes font grosso modo la promotion des mêmes idées, des mêmes croyances. Ils se congratulent d’ailleurs régulièrement les uns les autres, faisant immanquablement référence aux travaux des uns et des autres dans leurs différents ouvrages — édités par d’importantes maisons d’édition, ou produits par d’importantes boites de production, et chroniqués dans les plus grands quotidiens.

La transition écologique ou énergétique, nouveaux masques du développement capitaliste
Développement durable, économie circulaire, économie verte ou bleue, croissance verte... Autant de fumisteries qui n’enrayent pas les destructions du vivant, ou si peu.

P.-S.

- Et toujours : Pour se désintoxiquer pour de bon des mythes de la croissance verte et du développement durable, quelques articles :


1 Message

  • La transition écologique ou énergétique, nouveaux masques du développement capitaliste Le 12 février à 14:47, par Collectif Fera Flores

    Oui, merci pour ces extraits !

    Pour Miguel Amoros, « la société développementiste est parvenue au seuil au-delà duquel la destruction de l’habitat humain est irréversible, et par conséquent le contrôle absolu de la population est obligatoire. »*

    Ce contrôle obligatoire, ce sont les écolos institutionnels qui vont le mettre en place au fur et à mesure que la destruction écologique s’aggravera.

    On le voit déjà avec tous les bidules connectés que promeuvent les « verts » (poubelles pucées dans le Nord, bornes électriques et hydrogène pour des déplacements soi-disant « doux », cultures « bio » avec capteurs électroniques branchés sur smartphone pour « optimiser » l’arrosage etc.).

    Mais cela viendra aussi de certains secteurs « effondristes » ou « décroissants », comme quand Agnès Sinaï de l’Institut Momentum fait la promotion de quotas carbone par foyers qu’il faudra bien mesurer et contrôler (avec quels mouchards électroniques, avec quelle police verte ?).

    L’utopie de la gestion « rationnelle » de la catastrophe, même peinte en écosocialisme, nous mène droit au renforcement des pouvoirs des états sur nos vies et sur l’ensemble de la « bio-sphère » (la nature en fait) au niveau mondial. Une fourmilière carcérale.

    Voilà pourquoi, Miguel Amoros et la sensibilité anti-industrielle proposent une autre orientation stratégique :

    "La défense d’une vie libre, et d’abord affranchie des prothèses technologiques et riche de relations, commence par une défense du territoire et une lutte contre tous les conditionnements, qu’ils proviennent du contrôle social, du travail, de la motorisation, de la consommation.

    Mais cela ne concerne que son moment défensif. Sa phase offensive est désurbanisatrice, désindustrialisatrice, ruralisatrice et décentralisatrice.

    Elle doit rééquilibrer le territoire et pour cela se concentrer sur les formes d’organisation collective et leur implantation locale."*

    Bref, il faut libérer nos territoires du « développement », du raccordement, des modernisations successives qui transforment chaque parcelle du monde en banlieue puis en bidonville.

    Et s’il y a bien un « masque du développement capitaliste » dans la vallée de la Drôme, c’est celui sous lequel se déploie la soi-disant bio-vallée. C’est à dire une transition technologique, technocratique et libérale déguisée sous les traits de la « transition écologique ».

    * Préliminaires, une perspective anti-industrielle - Miguel Amoros / éditions de la Roue

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