La pensée binaire, ce mal contemporain

jeudi 22 juillet 2021, par Nicolas.

Depuis quelques jours que notre souverain a annoncé la mise en place du pass sanitaire, les discussions vont bon train, avec son lot d’accusations à l’emporte pièce, d’injonction infantilisante et de raccourcis néfastes.
Et depuis quelques jours, donc, il est question d’individualisme ou de solidarité. Et comme on peut le voir depuis de nombreuses années, nos débats souffrent, encore et toujours, de ce que je nommerais le « binairisme ».

Concernant la question du vaccin, le résultat des débats est donc le suivant :
Si je me vaccine, je suis un mouton, si je ne me vaccine pas, je suis un égoïste.
Binairisme affligeant !
Si je me vaccine, je suis juste, solidaire et altruiste, si je ne me vaccine pas, je suis éveillé et pure.
Binairisme crasse !
Si je me vaccine, je suis un progressiste, si je ne me vaccine pas, je suis un révolutionnaire éclairé.
Binairisme débile !
Si je suis d’accord, je suis anti-complotiste primaire, si je ne suis pas d’accord, je suis complotiste néo-fasciste.
Binairisme niais !

La nuance, elle, n’a plus sa place dans les débats.
Et voilà comment les questions de fond disparaissent de la place publique…

La pensée binaire, ce mal contemporain

Mais quid de la méthode gouvernementale ? Quid des responsables réels de la catastrophe annoncée ? Et il ne s’agit pas là que de la pandémie !
Ah ! bien sur, il serait bien facile d’accuser nos gouvernants et nos industriels de tous les maux et je ne céderais pas à cette facilité. Car la problématique va bien au-delà de ça. Et bien au-delà de savoir s’il faut se faire vacciner ou non.

Alors, tout comme je dis aux tenants d’une théorie fumeuse qui voudrait que cette pandémie soit le fruit d’un complot pédo-sataniste ou de big-pharma, je dis aux moralistes qui hurlent à l’égoïsme face au refus de se faire vacciner et à l’urgence de se plier à ce qui relèverait de notre responsabilité collective : par pitié, taisez-vous !

Si je n’ai rien à ajouter concernant les délires paranoïaques de théoriciens foireux, j’ai plus de mal à me taire concernant l’injonction à être responsable sans quoi je ne serais qu’un enfant gâté, égoïste et individualiste.
Car en terme de responsabilité collective, nous sommes bien loin du compte, vaccin ou pas. Combien de vaccinés ont été ou sont solidaires des luttes sociales qui secouent le pays années après années ? Combien de vaccinés dénoncent sans relâche la gabegie permanente de nos modes de vie coupables ? (comme prendre l’avion comme d’autres prennent le RER, racheter un smartphone tous les ans, parcourir plus de 20000 km/an parce que le ski et la mer c’est loin, commander tout et n’importe-quoi sur Amazon ou même juste « exceptionnellement » avec toujours une bonne raison pour se justifier, faire ses courses au Drive, remplir sa piscine, posséder plusieurs logements, se goinfrer via Air bnb, s’autofinancer ses trajets grâce à blablacar, se déplacer ou commander des pizzas aux hormones avec UBER, accepter sans broncher la numérisation de nos vies, se taire quand des êtres humains sont violentés par notre police, feindre d’ignorer les discours racistes qui pullules sur nos médias et internet, accepter toujours plus de contraintes dans nos conditions de travail, fermer les yeux face au gaspillage permanent de tous les lieux de restauration, râler quand il n’y a pas de viande à la cantine tout en acceptant sans sourciller qu’on y donne de la merde à bouffer à nos enfants, etc...) La liste est tellement longue de notre culpabilité collective qu’il est impossible d’en établir une. Et tout à coup, voilà que toute une frange de la population s’indigne, gesticule, pousse des cris d’orfraie car une autre partie refuserait de prendre sa part de responsabilité !
Quelle honte ! Quelle misère !
Que chacun nettoie devant sa porte puis prenne le temps de comprendre pourquoi certains refusent un pass sanitaire qui posent évidemment problème : dans la méthode, dans le principe, dans le contexte.
Tout comme ne pas voter dans le système politique qui est le notre n’est pas un acte nécessairement inconséquent, ne pas se faire vacciner dans le contexte sociétal actuel n’est pas un acte nécessairement égoïste ou irresponsable.

Le gouvernement est, sinon définitivement cynique, tout à fait incompétent et fournit tous les ingrédients nécessaires à l’obscurantisme. Or dans une société devenue binaire, le complotisme paranoïaque, l’individualisme forcené, le jugement permanent, l’intolérance en sont la conséquence.

Je ne suis pas contre le vaccin ni ne crois qu’il soit néfaste. Mais je revendique le droit de ne pas le faire dans un contexte aussi chaotique que le nôtre, considérant que je n’ai pas, que je n’arrive pas, à avoir toutes les données nécessaires à une décision apaisée et en conscience.

Cela est scandaleux vis à vis des populations qui n’ont pas accès au vaccin et qui meurent des conséquences de la pauvreté et des inégalités sociales ? Je leur donne ma dose ! Mais quand bien même je le souhaite, nos dirigeants s’y refuseraient, tout en m’accusant d’être un irresponsable et en m’obligeant à me prendre mon injection. Cela avec l’approbation des bien-pensants gangrenés par le binairisme.

Or la solidarité et la responsabilité collective ne devraient-elles pas d’abord passer par la vaccination de toutes les personnes vulnérables à travers le monde, au-delà des frontières et sans considération financière ? Ne devraient-elles pas passer par un partage égalitaire des doses disponibles et la levée des brevets ? Ne devraient-elles pas passer par un réel partage des informations et la mise en place d’un vaste programme d’éducation scientifique via l’organisation de conférences, débats, discussions, vulgarisations scientifiques, dans chaque commune, chaque lycée, université, entreprise... ?

Ne tombons plus dans le panneau de la bien-pensance médiatique ou pseudo-alternative et de leurs regards binaires, bêtes et méchants. Ne pêchons plus par paresse ou malhonnêteté intellectuelle. Retrouvons un peu de sérieux, de bienveillance, de collectif.

Et, enfin, reprenons nos vies en main et ne vivons plus comme des esclaves.


4 Messages

  • La pensée binaire, ce mal contemporain Le 23 juillet à 16:49, par GonzO

    Depuis tout jeune je ne comprends pas le fonctionnement de cette société, que ce soit au Chili (ou je suis né) ou en France ou même dans tous pleins de pays que j’ai visité pour mon taf !

    Je crois/pense que le capitalisme, les organisations pyramidales, n’ont plus lieu d’être, nous devons tendre vers une société qui ne valorise pas les gagnants et les frustrés.

    Voter alors que le bus est en panne est un non-sens ! Donner un chèque en blanc à un politicien est un non-sens à l’air de l’échange et de l’immédiateté.

    Obligé les gens est aussi un non-sens à l’air de l’échange et de la possibilité de débattre avec pratiquement toute la population mondiale.

    Continue à consommer ou se battre pour consommer est un non-sens quand on vit sur une planète aux énergies et aux limites fini, nos sources ne sont pas extensibles à l’infini et je crois qu’il y a bien trop de gens inconscient de cela !

    Répondre à ce message

  • La pensée binaire, ce mal contemporain Le 22 juillet à 12:54, par humaine or not

    Il y a une erreur dans le texte ce n’est pas « Et tout à coup, voilà que toute une frange de la population s’indigne, gesticule, pousse des cris d’orfraie car une autre partie refuserait de prendre sa part de responsabilité ! »,

    c’est « Et tout à coup, voilà que toute une frange de la population s’indigne, gesticule, pousse des cris d’orfraie car une autre partie lui demande de prendre sa part de responsabilité ! »

    mais non même pas : dans les 2 cas c’est binaire...

    Répondre à ce message

  • La pensée binaire, ce mal contemporain Le 22 juillet à 12:46, par rutabaga

    Moi aussi je donne mes doses de vaccin à une personne « à risque » où qu’elle soit dans le monde.

    Répondre à ce message

    • La pensée binaire, ce mal contemporain Le 23 juillet à 09:22, par Stéphane

      Contrairement à ce qu’il annonce ce message est parfaitement binaire, en réussissant l’exploit de dire tout et son contraire, exploit remarquable puisqu’ainsi il parvient à être à la fois binaire tout en admettant le tiers exclu. Un peu confus ? C’est que la matière première l’est.
      Remarquable aussi la mise en cause de l’Etat, dont la stratégie errerait de ci de là. Les virus seront désormais priés de déposer un plan d’attaque détaillé en 12 exemplaires au minimum 6 mois à l’avance. Pareil pour ceux qui voudraient nous déclarer la guerre. Comme ça pas de surprise : nous sommes au 21e siècle, au sommet du progrès : il est inadmissible que la vie soit imprévisible !
      Quelle contradiction qu’un peuple qui veut la démocratie la plus pleine mais en même temps veut un Etat qui le cocoone. Durant les pestes précédentes, personne n’accusait l’Etat d’être responsable de l’épidémie ou de sa gestion : la maladie était l’acte de Dieu et la défense la responsabilité des communautés (voir l’article en dernière page du Crestois du 23 07. )
      On a un peu l’impression d’une époque schizophrène, n’acceptant pas que l’humain reste un fétu vulnérable, voulant à la fois l’autonomie (étymologiquement décider de ses propres lois) tout en rejetant les responsabilités du côté de l’Etat Providence, nouvelle figure de Dieu le Père.

      Répondre à ce message

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
[Se connecter]
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Partagez la page

- Pot commun en ligne pour soutenir financièrement Ricochets
Pot commun en ligne pour soutenir financièrement Ricochets

Site réalisé avec SPIP | | Plan du site | Drôme infos locales | Articles | Thèmes | Présentation | Contact | Rechercher | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0
Médial local d'information et d'expression libre pour la Drôme et ses vallées, journal local de contre-pouvoir, média participatif indépendant :
Valence, Romans-sur-Isère, Montélimar, Crest, Saillans, Die, Dieulefit, Vercheny, Grane, Eurre, Loriol, Livron, Aouste sur Sye, Mirabel et Blacons, Piegros la Clastre, Beaufort sur Gervanne, Allex, Divajeu, Saou, Suze, Upie, Pontaix, Barsac, St Benois en Diois, Aurel...
Vous avez le droit de reproduire les contenus de ce site à condition de citer la source et qu'il s'agisse d'utilisations non-commerciales
Copyleft