La pandémie et l’état d’urgence révèlent et accentuent la perte de vie sociale libre et authentique

La distanciation sociale et l’individualisme existaient déjà bien avant le covid-19 et les couvre-feux

samedi 13 mars 2021, par Camille Pierrette.

Ca fait déjà un an que l’Etat et son gouvernement nous maintiennent dans un état d’urgence mortifère rempli de répressions, d’interdictions, de surveillance et de mesures policières. Ces mesures sont dignes d’une république bananière, pas d’une « démocratie phare du monde libre » (lol), elles tombent tel un couperet d’un régime autoritaire et non démocratique qui considère la population comme un bétail à endiguer, à maintenir dans l’irresponsabilité et la soumission. Pour d’autres domaines, sociaux et sanitaires, c’est pas forcément la joie non plus, mais c’est pas le sujet ici.

Malgré tout ça, il ne faudrait pas tout mettre sur le dos de la pandémie et des mesures liberticides de l’ultra-libéralisme macronien

L’individualisme, le repli sur soi et le cercle amical/familial, les classes sociales hyper divisées, sectorisées et se préoccupant étroitement surtout de leurs intérêts catégoriels étaient déjà bien ancrées avant le coronavirus et l’état d’urgence autoritaire/sanitaire.

La pandémie et l’état d’urgence révèlent et accentuent la perte de vie sociale libre et authentique
Comme un hamster dans une roue, on suit des parcours fléchés séparés les uns des autres

Après un an de covid 19-84, alors que la pandémie est mieux connue ainsi que les moyens de s’en prémunir, alors que de plus en plus de monde se plaint de l’état d’urgence, on voit encore très peu d’actions collectives pour se sortir de l’isolement.
Les manifestations et rassemblements publiques restent rares alors qu’ils sont le plus souvent possibles et autorisées.
Il serait pourtant possible, et plutôt facile, de lancer des rassemblements déclarés dans chaque commune, chaque semaine par exemple, pour se retrouver en plein air en journée.
On pourrait discuter, se voir, protester, s’organiser, assister à des petits spectacles ou concerts (ça se fait de temps en temps à Valence, avec les « coups d’éclat culturels »), résister, etc. Ca ferait du bien au moral.

Je ne pense pas qu’on puisse expliquer cette timidité à multiplier les rassemblements publiques seulement par la peur du gendarme ou du virus.
C’est plutôt la perte, antérieure, du goût/besoin profond de vie sociale qui explique ce phénomène.
En effet, on vit dans une société qui pousse partout au repli vers la sphère privée : l’Etat et les gouvernements (locaux ou nationaux) s’occupent là haut de créer des lois et de les faire respecter, les dirigeants d’entreprise et les rouages capitalistes dominent les échanges économiques, la consommation se fait majoritairement sur internet et dans les supermarchés, chacun accède à plein de loisirs à domicile via internet et la télé.
On est bichonné comme dans un élevage industriel climatisé garni de caméras, tout est prémâché, on peut juste choisir quelques options parmi les boutons et bifurcations prévus. Pour vivre, on est habitué à ne pas du tout avoir besoin des autres, des inconnus et simples connaissances, il n’y a pas d’interactions sociales fortes en dehors du boulot et des proches.
Et encore, même le travail devient orchestré par des machines et des logiciels (quand ils ne le remplace pas), et les proches sont maintenus à distance par les écrans et les emplois du temps chargés.

La pandémie et l’état d’urgence révèlent et accentuent la perte de vie sociale libre et authentique
Le mode de vie civilisé parfait

En l’absence de vie démocratique au niveau politique et économique, il n’y a jamais d’occasion de débattre vraiment, de se connaître mieux, de s’engueuler, de trouver des compromis et solutions, de faire marcher l’intelligence collective, de rencontrer et s’étonner de multiples altérités.
C’est le règne des sondages, du participatif bidon, de l’autoritarisme, des intérêts privés exacerbés par la concurrence et l’esprit capitaliste, des apparences et de la superficialité.
La guerre de tous contre tous du marché du travail et de l’immobilier fossilise l’individualisme et la méritocratie, l’esprit libéral, le chacun pour soi, l’égoïsme, le « après moi le déluge », l’accablement, le désespoir, la précarité... Dans ce cadre, le concept de « vivre ensemble » n’est qu’un slogan creux et impossible des programmes politico-socio-médiatiques en temps d’élections.

Les rues sont souvent vides, les enfants sont devant les écrans, les adultes courent d’un magasin à l’autre.
Dans certaines communes on voit heureusement davantage de solidarités et de vie sociale, mais sinon ça reste cantonné à des banalités d’usages.
Ce phénomène est aussi du à la concentration humaine, à la technocratie dominante qui remplace les savoirs vivants et accessibles, au numérique qui phagocite l’entraide désintéressée et gratuite dans la prétendue « économie du partage ». On a cru gagner en autonomie et en liberté en n’étant pas dépendant des voisins, en suivant les croyances de l’existence par le plan de carrière et la consommation, mais on est en réalité complètement enchaîné et dépendant, prisonnier d’un système « anonyme » et mécanique pire que tout.

Dans ces conditions, la pandémie et l’état d’urgence ne font qu’accentuer la tendance avec les masques, la distanciation physique, les dispositifs sans contact, les confinements et couvre feux pris en charge avec profits juteux par le numérique et le commerce en ligne.

C’est parce que cette civilisation industrielle, ce capitalisme et cet étatisme technocratiques et totalitaires, ont détruit auparavant la vie sociale qu’elle se révèle à présent incapable de s’adapter et de renaître dans cette situation pandémique sous état d’urgence policier.
C’est parce qu’on est déjà laminé, dépendant, résigné, soumi, qu’il y a si peu de contestations ou de simples manifestations de vie libre.

La pandémie et l’état d’urgence révèlent et accentuent la perte de vie sociale libre et authentique
Au moins le hamster, lui, est complétement prisonnier de la cage

Heureusement, bien sûr, il persiste divers irréductibles, et d’autres comprennent et les rejoignent.
Et puis les forces de subversion et de vie sociale libre, quotidienne et authentique, horizontale et stimulante peuvent ressurgir et se reconstruire rapidement, on l’a vu avec les gilets jaunes de manière remarquable.
Et c’est bien ça, prioritairement, que le Pouvoir a voulu détruire dans sa répression féroce des gilets jaunes, car il sait que c’est dangereux pour lui et que ça signifirait le début de sa fin.

Donc une de nos priorités devrait être de multiplier les occasions de dépendre des autres, des voisins, de collaborer et de s’entraider hors du libre marché et de l’Etat, de multiplier les activités collectives et coopératives à but non lucratif, les entraides, les caisses de mutualisation, les interdépendances, les solidarités, les écoutes attentives, les habitats groupés, les partages d’outils et de savoirs, de s’affranchir du marché du travail par des « coopératives intégrales », de pratiquer l’éducation collectivement hors des filets de l’Etat et des entreprises, etc.
Et d’étendre ces pratiques à la biosphère et aux non-humains qui la peuplent, car ils ne sont ni un décor ni des ressources à exploiter.

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