La gauche croit encore qu’industrie, science et technologie pourraient rimer avec liberté, démocratie, écologie et égalité

Il est temps de quitter ce mythe dévastateur et de chercher l’émancipation et le bien vivre autrement

dimanche 24 octobre 2021, par Les Indiens du Futur.

La libération de l’humain et l’émancipation ne passent pas par la « libération des forces productives » chère aux capitalistes, aux droites comme aux gauches.

Démantelons la techno-industrie au lieu de vouloir la libérer de l’emprise capitaliste car technologies et développement des forces productives font partie des nuisances insolubles.
Développons plutôt la démocratie directe, la convivialité, l’entraide, le partage, les « low-tech », les forces de l’intelligence du coeur, l’empathie, etc.

INDUSTRIE, TECHNOLOGIE & SERVITUDE

La gauche croit encore qu'industrie, science et technologie pourraient rimer avec liberté, démocratie, écologie et égalité {JPEG}Ce paragraphe provient d’un livre de Charles Dunoyer, économiste et juriste français (& ordure nobiliaire parmi tant d’autres), paru il y a presque deux siècles (1825), intitulé « L’Industrie et la morale considérées dans leurs rapports avec la liberté ». On peut lui reconnaitre, dans ce passage, le mérite d’une certaine honnêteté. L’industrie, et donc la technologie, et la science (dans le sens moderne du terme, qui renvoie à une institution, des méthodes et des moyens particuliers, pas juste à « la connaissance ») sont en effet fondamentalement liées à la fois entre elles et à un type d’organisation sociale nécessairement inégalitaire, injuste, impliquant la domination du grand nombre par le petit nombre.

Le drame de notre temps, c’est que le camp de ceux qui prétendent aspirer à la liberté (mais, au fond, à quel genre de liberté ? qu’appellent-ils liberté ? Le savent-ils ?) et à l’égalité continuent de croire, dur comme fer, qu’il pourrait en être autrement : qu’industrie, science et technologie pourraient tout à fait rimer avec liberté, démocratie et égalité (et écologie).

Depuis Marx et Engels et la prophétie jamais réalisée d’une autotransformation du capitalisme industriel (inégalitaire et injuste) en communisme industriel (égalitaire et juste), la gauche sert en quelque sorte à faire croire aux dépossédés, à tous ceux que le système technoscientifique (techno-industriel) place dans une terrible situation d’impuissance, que ledit système n’y est pour rien, qu’il constitue d’ailleurs une bénédiction, qu’il nous a délivré des nombreuses misères des temps préindustriels (du genre d’existence, abominable, dégoûtant, repoussant, indésirable, triste, froid, dur, court, morne, violent et ténébreux que mènent les « sauvages » et autres peuples autochtones, indigènes, premiers, racines, etc.) ; que le problème réside uniquement dans l’accaparement des « moyens de production » techno-industriels par une élite, une minorité ; qu’il s’agirait donc (et qu’il est tout à fait possible) de réformer la propriété du système techno-industriel, de rendre son fonctionnement démocratique et égalitaire, et écologique.

En réalité, plus le temps passe, plus le système technologique (ou industriel, c’est idem) s’étend et se sophistique, renforce son emprise sur nos vies, perturbe et détruit les milieux naturels. Dans le même temps, on pourrait s’attendre à ce que de plus en plus de gens réalisent combien technologie et industrie sont incompatibles avec liberté et démocratie. Tel n’est pas le cas. Sans doute parce que l’emprise croissante du système techno-industriel sur les êtres humains ne va pas sans une altération continue de leur imaginaire, de leur psyché.

Post de Nicolas Casaux

La gauche croit encore qu’industrie, science et technologie pourraient rimer avec liberté, démocratie, écologie et égalité
Quasi tout les courants de gauche croient encore en la neutralité de la technique

MERCI LE CAPITALISME POUR LES FORCES PRODUCTIVES ! Rions un peu avec Anton Pannekoek.

« A présent, l’histoire antérieure, séculaire, de la civilisation apparaît comme une préparation nécessaire au socialisme, comme une lente libération du joug de la nature, comme une augmentation progressive de la productivité du travail jusqu’au niveau où les moyens d’existence puissent être créés pour tous et presque sans peine. Tel est donc aussi le mérite et la justification du capitalisme : après tant de siècles de progrès lents et insensibles, il nous a appris à vaincre la nature en un bref combat ; il a déchaîné les forces productives et, en fin de compte, a transformé et dépouillé le processus du travail, au point que ce dernier put être enfin saisi et compris par l’esprit humain, condition indispensable pour le maîtriser ».

Pannekoek, Préface à l’Essence du travail intellectuel, de Josef Dietzgen, 1902.

Pannekoek fut de ceux qui reprit, comme la quasi totalité du marxisme et de la pensée bourgeoise, la thèse de la neutralité de la technologie. Le problème des forces productives développées par le capitalisme étant invariablement et « uniquement la façon dont le capitalisme en fait usage ». C’est ainsi qu’« alors que le capitalisme développe une puissance sans limite, il dévaste simultanément l’environnement dont il vit de façon insensée. Seul le socialisme, qui peut donner à ce corps puissant conscience et action réfléchie, remplacera simultanément la dévastation de la nature par une économie raisonnable » (La destruction de la nature, 1909).

Bien sûr, Pannekoek n’est pas le seul à dévaler la pente d’une telle aberration, les marxismes, et la critique marxienne de l’économie politique, du fait d’une ambiguïté très forte chez Marx ‒ « rejeton et dissident du libéralisme » (Kurz) ‒, ont un rapport très positif à ces technologies et au développement des forces productives engendrées par la société capitaliste – la critique sera faite par Cornélius Castoriadis, Simone Weil, Adorno partiellement et le groupe de l’Encyclopédie des Nuisances (avec des limites de critique affirmative que l’on trouve chez l’ensemble de ces auteurs qu’il faut critiquer).

Karl Marx était quand même l’auteur de l’idée que « c’est un des aspects civilisateurs du capital, que la manière dont il extorque ce surtravail [la survaleur relative] et les conditions dans lesquelles il le fait sont plus favorables au développement des forces productives, des rapports sociaux et à la création d’une structure nouvelle et supérieure […]. Le surtravail crée les moyens matériels et le germe d’une situation qui, dans une forme plus élevée de société, permettrait d’établir une corrélation entre ce travail et le temps consacré au travail matériel qui serait plus restreint » (1). Marx n’est donc pas étrangé aux « modernisations de rattrapage » évoquées par Kurz qu’incarneront tous les régimes « socialistes » ou « communistes » au XXe siècle. Pour le marxisme traditionnel, le développement des forces productives est la condition sine qua non du passage au socialisme puis au communisme : les bases en ont été posées à travers l’essor de la grande industrie, la prodigieuse accumulation des moyens matériels et techniques à laquelle a procédé le capitalisme . Dans l’esprit des militants révolutionnaires formés à l’école marxiste comme d’ailleurs à l’école anarchiste (comme y insistent le collectif Mur par mur ou José Ardillo) – à l’exception des « naturiens » ou de Gustav Landaeur –, la révolution verra le prolétariat arracher aux accapareurs bourgeois l’ensemble des techniques modernes, pour les mettre au service de la libération de l’homme.

si Castoriadis a raison de pointer chez Marx la vision d’une technologie capitaliste positive, il ne voit pas qu’on peut trouver chez Marx de précieuses analyses portant sur la nature et le déferlement de la technologie capitaliste dans son lien avec le procès de valorisation. On peut il me semble construire une position propre à la critique de la valeur-dissociation, qui serait celle de la prise en compte du « double Marx » face à la question technologique. Dans cette prise en compte, montrer à partir d’un certain Marx, qu’il ne s’agit plus de mettre en question l’usage capitaliste des technologies, mais de montrer qu’elles portent l’entière empreinte et la marque des rapports sociaux dans et sous lesquels elles ont été conçues et fonctionnent, et ces technologies et les systèmes qu’elles forment doivent être démanteler ; il faut défendre une « politique » du démantèlement.

(1) Karl Marx, Le Capital, Livre III, Paris, Éditions sociales, 1976, p. 741.

Post de Palim Psao

La gauche croit encore qu’industrie, science et technologie pourraient rimer avec liberté, démocratie, écologie et égalité
Nouvelles ou anciennes technologies complexes enchaînent et détruisent plus qu’elles ne « libèrent »

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