L’impasse des énergies renouvelables

Le problème n’est pas technique mais social et politique - Un énorme changement culturel s’impose

vendredi 16 octobre 2020, par Les Indiens du Futur.

- Lutter contre l’éolien, c’est montrer l’impasse de notre mode de vie - Le département de la Creuse suscite l’intérêt des installateurs d’éoliennes. Pour l’auteur de cette tribune, s’opposer à cet « aménagement du territoire » est à la fois défendre une région encore préservée et clamer haut et fort la nécessité de transformer notre mode de production et nos institutions sociales.
(...)
la transition énergétique dans son ensemble est une mascarade : il ne peut exister aucune solution technique à un problème qui n’est pas technique mais social et politique.
(...)

Il est très inconfortable de regarder en face que notre société est dans une impasse, qu’il n’existe pas de solution technique à la « crise sans fin » en cours. Certains se disent que, finalement, et puisqu’il est déjà là, le nucléaire ce n’est pas si mal… D’autres placent leurs espoirs dans d’autres énergies renouvelables encore moins productives que l’éolien (photovoltaïque, méthanisation…). Il s’en trouve même pour douter encore du « dérèglement climatique ». D’autres enfin mettent en avant la nécessité de réduire notre consommation, en évoquant plus ou moins explicitement la perspective de la décroissance, mais sans toujours prendre la mesure de ce qu’implique réellement cette nécessaire réduction, de son ampleur.

Et puis la majorité des opposants, comme peut-être la majorité de la population, ne sait trop que penser face à des problèmes généraux si complexes et inquiétants.

Pour notre part, nous pensons que la lutte contre l’éolien permet de défendre publiquement l’idée que les contradictions de notre organisation sociale sont insurmontables sans une remise en cause globale de notre mode de vie, et donc de notre mode de production et de toutes nos institutions sociales.

Quelque chose qui ressemble assez à une révolution, ce mot aujourd’hui si mal famé.

L’impasse des énergies renouvelables
Le problème n’est pas technique mais social et politique

-  En complément, vous trouverez ici de nombreux articles critiques sur les énergies renouvelables et le système dans lequel elles s’inscrivent. Et notamment "Sur les illusions renouvelables"

- voir aussi :

  • L’escrologie et les illusions vertes de la société technocapitaliste vont nous sauver ? - L’écologie dite « industrielle », le nouvel avatar du capitalisme pour durer et enfumer
  • Démanteler la technosphère (...) Les géologues ont d’ailleurs donné une estimation du poids, ou faudrait-il dire de l’agglutination monstrueuse, de cette « technosphère ». Comprenant, de manière non exhaustive, le réseau des routes et des infrastructures autant terrestres qu’aériennes, des métropoles et de leur conurbation, de l’agriculture industrielle et ses équipements technologiques, des chaînes logistique d’extraction de matières premières, des plates-formes marines, des centrales énergétiques, des réseaux électriques, des flux numériques, etc, eh bien cette technosphère pèse pas moins de 30 000 milliards de tonnes, « soit plus de sept fois la masse estimée de la biosphère (p. 20). » Ce chiffre, aussi inimaginable qu’il puisse paraître, possède l’avantage d’indiquer très clairement une ligne de front entre deux parties ennemies. Une ligne de front entre le pouvoir des infrastructures — qui sont aussi les infrastructures du pouvoir — et toutes celles et ceux, humains et non-humains, qui ont une certaine perception de ce que bien vivre sur cette Terre peut signifier. Avec de Jouvancourt et Dubey, nous faisons donc ici le pari inverse à Vaclav Smil : il s’agit de visibiliser partout, et contre la doxa dominante, l’organisation matérielle de ce monde, parce que précisément « on en a à faire », cela nous implique, cela nous affecte. Visibiliser donc la guerre en cours, la guerre qui nous est livrée, voilà le premier mouvement. Et a minima se donner quelques armes pour commencer à démanteler la technosphère. N’est-ce pas le bon sens stratégique que de connaître d’abord ses ennemis ?
    (...) le pouvoir ne s’arrêtera pas de lui-même dans sa volonté maladive de réduire les êtres à de la matière première. Il faudra l’y pousser, avec tous les moyens disponibles. Toute réforme, toute transition en son sein ne sera qu’une manière de retenir le moment de sa propre fin, c’est-à-dire la fin de son privilège morbide à régenter la totalité de la vie.
    (...) « La force psychologique de ces tactiques [de responsabilisation individuelle] c’est qu’elles vous disent quelque chose de très agréable à entendre, quelque chose de vrai aussi, pour autant qu’on le conçoive adéquatement : tout est entre vos mains, vous avez le pouvoir de « faire la différence ». Elles s’efforcent de canaliser de puissantes aspirations à changer les choses ici et maintenant, y compris au ras des pratiques de la vie quotidienne, mais en les piégeant dans des formes d’action inoffensives. La promotion corporate du recyclage fut une tactique de ce genre : circonvenir les oppositions potentielles en maintenant les gens dans un état d’affairement apolitique »15. Les gouvernants, comme les partis écologistes au pouvoir passent toute leur « énergie » (c’est le cas de le dire) à faire tenir debout ce postulat mort-né : prétendre agir pour le climat par la perpétuation du système capitaliste qui a contribué précisément à détruire le climat. Les différentes mesures de « transition énergétique » qui ont été prises par Macron (avant la pandémie de COVID19 qui bien sûr rebat toutes les cartes) peuvent être vues comme un véritable cheval de Troie au sein de l’opinion publique.

Un énorme changement pour la pensée et les modes d’action.

Même avec un gros effort, les énergies "renouvelabes" ne pourraient pas remplacer les énergies fossiles car la civilisation industrielle consomme toute l’énergie disponible, avec le besoin de toujours plus malgré les quelques économies énergétiques. De plus, quand elles sont sur un mode industriel, les énergies "renouvelabes" consomment elles-mêmes énergies et matières premières. Et puis, surtout, elles servent à alimenter en énergie un système industriel, de production/distribution/consommation lui-même destructeur de tout.

Ces impasses sont connues depuis longtemps, mais les Etats, les capitalistes, et hélas un certain nombre d’écologistes continuent de les promouvoir et de s’y raccrocher. Même chose pour le fameux « développement durable » (qui est sans cesse renommé autrement pour escamoter son absurdité et son échec)
Comme toutes ces personnes et structures ne veulent pas quitter pour de bon la civilisation industrielle (son productivisme, son Etatisme, son capitalisme, son soi-disant « progrès » par la haute technologie et l’accumulation de biens et services, ses strates sociales par l’ostentation matérielle), mais espèrent la garder en essayant de la rendre « verte », « soutenable », ils s’enlisent dans la croyance en du solutionnisme technique.

Comme des drogués très accrocs à l’héroïne, on s’est rendu (et le système de la marchandise, de l’Etat et de la pub à tout fait pour, par la force et la propagande, par l’utilisation des penchants pour un certain confort et la fuite de toute responsabilisation, etc.) complétement dépendants psychiquement, socialement et encore plus matériellement de ce système suicidaire et écocidaire. C’est donc très dur de décrocher, surtout que les communautés de vie et de luttes ont été systématiquement démolies/affaiblies au profit de l’atomisation individuelle, que l’Etat et l’économie totalitaires sont tout puissants alors que nous avons perdu nos moyens d’autonomie matérielle.

Revenons sur Terre et à la réalité, seul un arrêt au plus vite et radical de la civilisation industrielle, de ses infrastructures, idéologies et cultures (et donc son remplacement par des sociétés sobres, « décroissantes », démocratiques et conviales, donc non capitalistes et très peu étatistes) pourrait permettre de garder une planète et des sociétés vivables.
C’est un énorme changement à effectuer pour la pensée et les modes d’action. Un revirement anthropologique, culturel, énorme.
Et ça ne se fera pas tout seul, on alors trop tard.


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