Inde, le plus grand blocage du pays depuis l’indépendance

Le soulèvement paysan continue en se donnant une dimension clairement anticapitaliste

mercredi 31 mars 2021, par Mahatma.

Plusieurs posts de Jacques Chastaing sur la situation du soulèvement paysan en Inde, et sur les pays alentour.
Des infos qui ne sont pas, ou très peu, mises en avant dans les médias du pouvoir, qui ne voudraient pas que ce mouvement indiens de révolte historique se répande ailleurs.

INDE.31.03.2021. LE SOULÈVEMENT APPELLE A UNE MARCHE GÉNÉRALE SUR LE PARLEMENTBUT MAI APRÈS AVOIR CÉLÉBRÈ LE 1er MAI ENSEMBLE AVEC LES OUVRIERS

Aujourd’hui 31 mars les leaders du soulèvement paysan ont appelé l’ensemble de la population à marcher sur le Parlement indien à Delhi la première semaine de mai, sans encore avoir fixé de date précise mais après le 1er mai qu’ils organiseront conjointement avec les organisations ouvrières.
D’autre part, pour la première fois, les paysans ont pu organiser un mahapanchayat avec des pécheurs au bord de l’océan dans l’Etat du Tamil Nadu, 1er mahapanchayat également dans cet Etat. Ainsi, petit à petit, la révolution mahapanchayat continue son petit bonhomme de chemin et étend le pouvoir de la démocratie directe et du mouvement paysan à d’autres Etats et d’autres catégories professionnelles, interdisant toute activité politique et sociale aux représentants du BJP et du JJP ( parti au pouvoir et un de ses alliés) dans les Etats de l’Haryana, du Pendjab et à l’Ouest de l’Uttar Pradesh.
Par ailleurs, le blocage de la principale plateforme logistique du pays continue tout autant que les péages autoroutiers gratuits depuis 5 mois et les blocage des stations d’essence du groupe Reliance principal soutien à Modi

INDE.30.03.2021 LE SOULÈVEMENT PAYSAN ANNONCE QUIL COUPERA L’ÉLECTRICITÉ AUXTIMENTS GOUVERNEMENTAUX

Bien que l’Inde entière soit en partie arrêtée par la célébration des fêtes nationales de Holi et Hola Mohalla, le soulèvement paysan a réussi à donner sa marque à ces fêtes traditionnelles où on brûle symboliquement le Mal en faisant brûler un peu partout des mannequins et effigies du président Modi et des deux principaux capitalistes qui le soutiennent Adani et Ambani (dont les produits sont boycottés et dont la principale plateforme logistique est à l’heure actuelle bloquée par un piquet de paysans et d’ouvriers, de jeunes et de femmes).

Pour les jours qui viennent le soulèvement paysan a annoncé d’une part qu’il couperait l’électricité aux bâtiments gouvernementaux tenus par le BJP (parti au pouvoir) et ses alliés dans 16 Etats du pays et d’autre part qu’il allait s’attaquer au cœur du pouvoir de Modi, l’Etat du Gujarat, tenu d’une main de fer par sa police mais où les paysans commencent à gronder et ont annoncé qu’ils allaient tenir eux aussi des Mahapanchayat pour défier le pouvoir de Modi, comme dans le reste du pays.
Le mouvement paysan a montré lors du blocage général du pays du 26 mars qu’il avait un large soutien de la population. Cependant pour gagner, il lui faudra passer d’un large soutien des classes populaires au combat commun mené avec les ouvriers et les employés en utilisant l’outil de la grève seul à même de faire céder le pouvoir.

Le soulèvement paysan l’a compris qui essaie par tous les moyens de s’adresser aux ouvriers et employés en leur proposant le combat commun et reprenant à son compte leurs revendications pour en faire un soulèvement commun paysan/ouvriers.
Il a marqué plusieurs points dans ce sens en mars en réussissant à forcer les principales directions syndicales ouvrières à mener des actions communes contre les privatisations du secteur public qui touchent toute la population puisque Modi veut tout privatiser et dans la journée de blocage général.

Cependant jusqu’à présent, les directions syndicales ouvrières ont réussi à mener le double jeu de paroles de soutien et de rien de concret derrière. Ainsi contre les privatisations ou pour la journée de grève générale du 26 mars, elles ont déclaré qu’elles participaient mais n’ont rien fait pour mobiliser et peut-être même au contraire.

Leur problème est que ce qui fait la force du soulèvement paysan, y compris dans l’opinion, c’est qu’il n’est pas lié aux partis qui dirigent le pays en alternance depuis des décennies mais qu’il n’est lié qu’aux intérêts paysans, alors que les principales confédérations syndicales ouvrières sont, elles, très liées aux partis et placent leur politique dans le sillage de leurs calculs électoraux, pour au fond, ne rien changer au système et ne pas du tout passer par le rue pour changer quoi que ce soit. Ainsi, se contentent-elles de journées d’action sans suite, sans plan, le plus souvent par profession, par Etat et sans aucune efficacité.

Le soulèvement paysan qui, lui, est général et politique et sait très bien que pour avoir satisfaction il faudra renverser Modi, essaie de passer par dessus ce frein et l’a montré plusieurs fois par sa tactique mais n’a pas réussi jusqu’à présent.
La prochaine échéance sérieuse dans la construction d’une coordination paysans-ouvriers sous le contrôle de la base se place autour de la lutte conte la privatisation des ouvriers de l’aciérie Vizag dans l’Andhra Pradesh.

En effet, les ouvriers de base de cette aciérie (33 000 salariés et bien plus de sous-traitants) ont pris au sérieux la lutte contre la privatisation. Ce qui caractérise cette lutte, c’est l’intervention massive de la base dans le conflit qui l’influence fortement. Ainsi ils ont réussi à entraîner une bonne partie de la population de l’Etat - qui fait 50 millions d’habitants- , avec eux avec déjà trois grèves générales dont une spontanée de trois jours bien suivies partout dans l’Etat, et une menace de grève illimitée avec blocage total de l’Etat dans les jours qui viennent, avec pour cela, surtout, un appel au soulèvement paysan pour mener cette lutte en commun. Bien sûr, les paysans ont répondu positivement et si ça avait lieu, cette coordination de l’Andhra Pradesh pourrait s’étendre à tout le pays pour faire une coordination nationale paysans-ouvriers.

Mais l’Etat de l’Andhra Pradesh est dirigé par le parti du Congrès, grand parti bourgeois de centre gauche qui dirige le pays en alternance avec le BJP et qui ne veut pas remettre en cause le capitalisme en Inde mais qui est le principal parti d’opposition au BJP aujourd’hui. Or certains de ses membres ou alliés se trouvent à la tête d’une partie des syndicats qui participent à l’animation de la lutte à l’aciérie Vizag et font tout pour empêcher la base de e coordonner avec les paysans.
Ainsi il avait été annoncé un meeting commun avec les leaders paysans pour lancer la grève illimitée, mais les directions syndicales ont réussi - jusqu’à présent - à repousser ce meeting et à la remplacer par une grève de la faim des leaders ouvriers, qui est évidemment une impasse.

On en est là. On verra dans les prochains jours comment se dénouera la situation, mais quoi qu’il en soit, ce genre de situation ne peut que se représenter (c’était déjà arrivé au début du mouvement paysans avec les chauffeurs de bus de Bengalore qui avaient fait appel aux paysans et du coup avaient gagné) tant que les paysans mainti

PAKISTAN : L’OPPOSITION A SABOTÉ UN MOUVEMENT SOCIAL HISTORIQUE POUR DE PETITS INTÉRÊTS ÉLECTORALISTES MAIS LE MOUVEMENT CONTINUE DANS LA RUE

Cela fait des mois et des mois que la contestation sociale occupe l’actualité au Pakistan, avec le covid, contre la vague de privatisations, les licenciements, les salaires baissés ou non payés, contre la misère qui frappe ouvriers et paysans ou sans emplois contre également les violences policières et ethniques.
Sur ce fond de luttes sociales importantes des ouvriers des aciéries, des enseignants, des personnels de santé, des fonctionnaires, des paysans, des journalistes..., il s’était constitué il y a 6 mois un front politique de 11 organisations d’opposition - le PDM (Pakistan Democratic Movment) dont plusieurs ont déjà fait partie des gouvernements précédents- s’appuyant sur cette colère sociale pour virer le gouvernement en « allant le chercher » chez lui dans ses palais de la capitale Islamabad. Si le gouvernement ne démissionnait pas de lui-même au 31 janvier 2021l’opposition unifiée appelait à une longue marche populaire partant de toutes les régions du pays pour converger sur le palais présidentiel de la coalition militaro-islamiste au pouvoir.

Durant l’automne et l’hiver 2020, cette opposition unifiée a suscité l’enthousiasme et d’énormes espoirs au moment où les paysans indiens menaient un combat parallèle et a réalisé des rassemblements géants avec d’énormes foules d’une dimension historique jamais vus dans l’histoire du Pakistan.
Mais voilà, il y avait des élections législatives partielles en février et sénatoriales début mars.

Dans un premier temps, l’opposition unifiée a déclaré qu’elle ne participerait pas à ces élections, qu’elle savait de toutes façons truquées et organiserait une campagne de meetings régionaux destinés à organiser la longue marche.
Mais, en s’approchant des dates, l’opposition a déclaré alors qu’il ne fallait pas mener la politique de la chaise vide et qu’elle ferait donc les deux, participer aux élections et préparer la longue marche pour virer le gouvernement par la rue.
Puis, à quelques semaines des élections, elle déclara tout d’un coup qu’elle n’arrivait pas à faire les deux ensemble et donc qu’elle suspendait la longue marche pour la durée des élections.

Il y avait cependant foule à ses meetings électoraux parce que le peuple pakistanais espérait toujours que les meetings électoraux étaient une étape de la préparation de la longue marche pour virer le gouvernement.
Mais il arriva ce qu’il arrive toujours, le pouvoir truqua tant et si bien les élections comme il le fait à chaque fois, que le résultat fut certes en faveur de l’opposition mais très loin de ce qui était espéré alors que tout le monde s’attendait à une forte défaite du pouvoir.

Et tout dégénéra.
L’opposition, furieuse, montrant ce qui la motivait au fond, entra dans une bagarre pour de nouvelles élections non truquées mais aussi dans des querelles internes pour savoir qui des différents partis allait prendre tel ou tel siège au Sénat, notamment la direction du Sénat et la direction de l’opposition au Sénat.
Pour tenter de régler les différents, comme les élections étaient truquées quasi ouvertement, une des leaders de l’opposition proposa une démission collective des sièges d’élus dans tout le pays et de se concentrer uniquement sur la longue marche.
Que n’avait-elle pas dit !

Démissionner de ses postes de députés ou sénateurs ? Il n’en était pas question et l’opposition unifiée éclata repoussant dans la foulée l’idée de vouloir renverser le pouvoir par la rue, seules les élections valaient : la longue marche fut repoussée à un avenir lointain sous des prétextes bidons, il faisait désormais trop chaud, il y allait avoir le ramadan... certains en profitant pour aller discuter avec l’armée dans leur coin et passer des accords secrets privés, etc, etc, etc...

Un moment désarçonné, la vraie opposition dans la rue a néanmoins repris et les manifestations de cheminots, d’enseignants, de personnels de santé, de paysans, de fonctionnaires ou d’opposition aux violences policières et ethniques se multiplient ces derniers jours, les paysans, les journalistes en lutte, les victimes de violences ethniques ayant repris le projet de « longue marche » sur Islamabad. Il reste encore à les unifier... mais ça ne saurait tarder.

Leçon du jour : ne jamais faire confiance à un politicien professionnel ! Au Pakistan comme ailleurs...

INDE. 27.03.2021. LE SOULÈVEMENT PAYSAN TIENT DE PLUS EN PLUS EN MAIN L’AGENDA QUOTIDIEN DU PAYS APRÈS LE SUCCÈS DU BLOCAGE GÉNÉRAL DE L’INDE HIER, IL PROLONGE L’ACTION AUJOURDHUI EN CONTINUANT A BLOQUER DURANT 4 JOURS LA PRINCIPALE PLATEFORME LOGISTIQUE DU PAYS ET IL COMMENCE LA GRANDETE NATIONALE DES COULEURS DE MANIÈRE ORIGINALE

Après l’immense succès du blocage du pays hier, le plus grand depuis l’indépendance selon ses organisateurs, qui a montré d’une part l’influence nationale croissante du soulèvement et d’autre part son influence montante sur de larges couches de la population dépassant le monde paysan, le soulèvement continue en se donnant une dimension clairement anticapitaliste en faisant le siège à partir d’aujourd’hui et pour 4 jours par le biais de sa jeunesse, de la principale plateforme logistique du pays à Kila Raipur d’où sont importées et exportées la majeure partie des marchandises appartenant au principal groupe capitaliste indien, Adani, soutien majeur de Modi.

Par ailleurs, dans les jours qui viennent, va se décider si les ouvriers de l’aciérie Vizag (33 000 salariés et bien plus encore de sous-traitants) dans l’Andhra Pradesh vont partir en grève illimitée contre leur privatisation en menant leur lutte avec les paysans comme ils l’ont déclaré.

Ce pourrait être un tournant de la situation d’une part parce que ce sont toutes les secteurs professionnels de tout le pays qui sont menacées de privatisation et que jusque là, les directions syndicales n’ont voulu mener des luttes que profession par profession. Or là, les ouvriers ont décidé et l’ont montré plusieurs fois dans les jours et semaines qui précédaient avec un grand succès qu’ils voulaient appeler toute la population dans une lutte commune déterminée contre les privatisations.
D’autre part, ils ont appelé les paysans à venir mener cette lutte en commun avec eux.

Cela pourrait donner un premier exemple d’une coordination entre ouvriers et paysans par dessus les directions syndicales qui là aussi pourrait servir d’exemple ailleurs et changer le caractère du soulèvement paysan pour en faire véritablement un soulèvement général.

Bien sûr, ce n’est pas fait ; les enjeux sont tellement importants que les directions syndicales et politiques font tout pour que ça n’arrive pas. Les paysans de leur côté ont montré qu’ils étaient disponibles pour une telle politique. Un meeting commun ouvriers/paysans devrait être tenu dans les jours qui viennent. On verra donc.
Enfin, dans les jours qui viennent, les 28 et 29 mars, se tiennent deux grandes fêtes nationales indiennes, le Hola Mohallah, grande fête sikh et le Holi, fête nationale indienne qui dépasse les religions et est connue dans le monde entier comme la fête des couleurs où les gens se jettent des poudres de couleurs au visage et sur le corps.

Or, le soulèvement paysan, va affirmer sa présence dans les deux cas.
Il a prévu pour le cœur du Hola Mohallah, un meeting géant paysan et pour le Holi, il a appelé, comme cela se fait traditionnellement, à brûler ce jour-là le Mal, en l’occurrence les effigies de Modi et les lois anti-paysans et anti-ouvriers.
Bref, le soulèvement s’inscrit de plus en plus dans tous les aspects de la vie quotidienne et met de plus en plus à nu le pouvoir de Modi qui ne peut même plus célébrer une fête tranquillement, à nu comme des paysans qui ont arraché aujourd’hui les vêtements d’un député du BJP pour lui jeter de l’encore noire sur la peau, le début d’une fête des couleurs à la tonalité très politique.

DANS CETTE PERIODE DE VIOLENCE MILITAIRE EN BIRMANIE, LES PEUPLES ZO DE BIRMANIE, BANGLADESH ET INDENONCENT L’ABSURDITÉ DES FRONTIÈRES QUI LES DIVISENT

L’organisation ZORO (ZO Réunification Organisation) qui tente de réunifier malgré les frontières les peuples Mizo, Kuki, Zomi et Chin des trois pays, a brûlé publiquement en Inde à Aizawl la capitale de l’Etat du Mizoram, les décrets du gouvernement Modi qui a ordonné à quatre États indiens du nord-est frontaliers du Myanmar d’identifier et d’expulser les ressortissants du Myanmar qui se sont réfugiés dans le pays fuyant la dictature militaire, ce qui revient à les tuer.

Le soutien du gouvernement indien aux militaires birmans révolte les nombreuses tribus qui se partagent entre les frontières indiennes, birmanes et bengalaises et pourrait bien réveiller à terme les guérillas toujours latentes dans la région.
En attendant, les membres des tribus accueillent à bras ouverts leurs frères qui fuient les violences militaires contre les ordres de Modi. « On a toujours vécu à cheval sur les frontières nationales, ce n’est pas maintenant que ça va changer », pour des femmes et des hommes dont la maison pour certains comme à Longwa village au milieu de la frontière, a sa cuisine en Inde et sa chambre en Birmanie.

26 MARS 2021. LE PLUS GRAND BLOCAGE DE L’INDE DEPUIS L’INDEPENDANCE

Cette photo de blocage d’une voie ferrée parmi d’autres en Inde aujourd’hui 26 mars pour donner une idée de l’importance de la participation de la population à l’appel des paysans à bloquer le pays.
Les Etats du Pendjab, Haryana et Andhra Pradesh - soit 107 millions d’habitants - ont été bloqués à 100%, ceux de l’Uttar Pradesh, Madhya Pradesh, Telengana, Rajasthan, Bihar, Maharashtra, Karnataka, Odisha, Delhi, Jharkhand, Jammu Kashmir soit 660 millions d’habitants, ont été bloqués dans une grande partie de leurs districts (départements), par exemple 65 districts sur 75 dans l’Uttar Pradesh et cela malgré les énormes pressions policières, arrestations préventives de centaines de leaders paysans la veille, violences... et le fait que dans 5 Etats où se déroulent des élections, les paysans avaient appelé à laisser le scrutin se dérouler normalement, donc pas de grève des transports, pas de barrages...

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Inde, le plus grand blocage du pays depuis l'indépendance

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  • Inde, le plus grand blocage du pays depuis l’indépendance Le 7 avril à 20:20, par Mahatma

    INDE.07.04.2021. AVEC LA SAISON DESCOLTES, POUR ASSOCIER TRAVAIL ET POLITIQUE, LE SOULÈVEMENT PAYSAN INVENTE UNE NOUVELLE FORME DE VIE EN COMMUN QUI RESSEMBLE A CE QUONT FAIT LES SOVIETS EN LEUR TEMPS

    Avec le mois d’avril, s’ouvre pour beaucoup de paysans, la saison des récoltes, ce qui nécessite beaucoup de main d’œuvre, or une bonne partie des paysans se trouve aux campements des portes de Delhi.

    Que faire ? Comment mener de pair travailler et protester ? Et cela d’autant plus qu’une bonne partie des tracteurs et leurs chariots se trouvent aux portes de la capitale ?
    En s’organisant collectivement et démocratiquement.
    Pour prendre l’exemple du Pendjab et la récolte du blé (soit environ 17 à 18 millions de tonnes de blé), les moissonneuses-batteuses et les tracteurs seront mis en commun.

    Dans chaque quartier de village, chaque village et chaque département, des réunions ont eu lieu sur la manière dont toute cela sera organisé et coordonné ; tout le monde s’est prononcé en faveur d’une telle mise en commun. Ainsi un système démocratique à trois niveaux (quartier, village, département) a été créé pour couvrir toutes les familles afin que personne ne subisse de perte et puisse mener de front, travail et politique.
    Ainsi les paysans partent pour les frontières de Delhi par lots en fonction du moment de la récolte. Un lot part d’un quartier, un lot d’un autre quartier arrive. Un autre lot achemine les récoltes au Mandi (marché d’Etat).

    Et ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que ces différents lots, sont composés bien sûr de paysans, mais aussi d’ouvriers agricoles mais encore d’ouvriers, d’employés, d’étudiants, d’enseignants, tous les soutiens qui le veulent. Ainsi, les paysans et leurs soutiens, vont et viennent des villages à Delhi et réciproquement sur la base d’une organisation démocratique et solidaire remarquable, améliorant la solidarité humaine et accélérant ainsi de fait le processus de récolte.
    Le gouvernement a attendu la saison de récolte du blé pour faire croire que le mouvement était mort en combinant cette politique avec une attitude de la presse qui tout à la fois fait disparaître les soulèvement paysan de ses articles et en même temps, lorsqu’elle en parle, tente de faire croire que la participation diminue, que c’est la fin.

    Le soulèvement paysan l’a anticipé et c’est pourquoi la tentative de division de Modi s’est transformé en son contraire. Elle s’est transformée en un renforcement des structures d’organisations économiques paysannes élargies à d’autres catégories professionnelles, qui ainsi combinées aux structures de décisions politiques démocratiques des panchayats déjà existantes dans le soulèvement paysan depuis février 2021, renforce globalement le pouvoir du soulèvement paysan sur un mode de plus en plus soviétique.

    Il faut associer cette organisation du travail au Pendjab avec la création il y a quelques jours à l’initiative du SKM (Front Uni Paysan) d’une coordination paysans-ouvriers-etudiants-enseignants qui va se substituer peu à peu à la coordination paysanne pour élargir son combat à toutes les catégories populaires, à toutes les revendications, dont la première décision a été d’envoyer ouvriers, employés, étudiants, enseignants aux campements de Delhi pour remplacer les paysans qui doivent rentrer pour les récoltes et qui tiendra son premier meeting public, demain 8 avril.
    C’est pourquoi l’ultimatum d’hier du SKM (Front Uni Paysan) au gouvernement exigeant des dirigeants du BJP qu’ils démissionnent, sinon ils les banniront de toute vie sociale, n’est pas que parole en l’air, puisque le SKM a les bases et les structures sociales pour le mettre en œuvre et que les paysans ont déjà commencé à le faire.

    En attendant l’importante journée de demain 8 avril, le soulèvement paysan a tenu de manière démonstrative 3 mahapanchayats ayant une portée politique symbolique importante pour l’élargissement de son combat, l’un avec des ouvriers agricoles, l’autre avec des femmes et le troisième dans l’Arunachal Pradesh, un Etat à la frontière birmane, ou les peuples Singpho, Lisu (Yobin), Tangsa, Sema, Tai-Khamti et Tai-Phake ont manifesté il y a quelques jours à Jairampur pour affirmer leur solidarité avec les birmans en lutte contre la dictature militaire.

    post de Jacques Chastaing

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  • Inde, le plus grand blocage du pays depuis l’indépendance Le 5 avril à 22:49, par Mahatma

    INDE. 05.04.2021. LE SOULÈVEMENT PAYSAN S’ADRESSE A LA GUÉRILLA PAYSANNE ARMÉE

    Aujourd’hui 5 avril 2021 ont eu lieu trois choses importantes.
    D’abord, il y avait une mobilisation paysanne nationale pour défendre les FCI, organe de l’administration agricole qui garantit un prix minimum au dessus des prix du marché aux produits paysans vendus sur les Mandis, les marchés d’Etat. La mobilisation a eu lieu dans 730 districts (équivalents de départements) ce qui témoigne de l’influence de plus en plus nationale du soulèvement paysan en coordination cette fois avec les employés d’Etat de ces FCI que le gouvernement veut liquider.

    La seconde chose importante a été l’annonce d’un mahapanchayat qui aura lieu le 8 avril dans le Nord Bengale. Important parce qu’y figure comme orateur, Maheda Patekar, qui fut un des leaders du mouvement paysan dans l’Etat du Bengale qui en 2006-2007 s’opposa avec force à l’implantation de zones franches industrielles, sans droits ouvriers qui aboutirent à la défaite électorale du Parti Communiste (Maoiste) en 2011 qui dirigeait l’Etat depuis plusieurs décennies et qui avait lancé ce projet de zones franches. La défaite électorale se fit au profit d’un parti local (scission du parti du Congrès) qui épousa la cause paysanne à l’époque, le TMC. Cependant le TMC s’illustra ensuite par sa profonde corruption qui aboutit depuis à une montée en flèche du BJP (parti au pouvoir nationalement) sur la base du développement des haines religieuses en particulier contre les musulmans, accusés d’être des « pakistanais », tout comme tous les partis qui s’opposent à lui, avec l’espoir pour lui de gagner électoralement cet Etat cette année. Or, ces trois partis, BJP, TMC et PCI (M) font tout pour faire oublier le formidable mouvement paysan de 2006-2007 et ses martyrs tués par la police, pour ne se quereller pour les deux principaux partis, BJP et TMC, que sur des scandales politiciens qui ne touchent en rien la vraie vie des pauvres.

    Maheda Patekar en association avec le soulèvement paysan actuel vient donc rappeler qu’il y a une autre voie que ces opérations électorales politiciennes qui n’aboutissent qu’à changer de maître. Une autre voie qui se trouve dans la mobilisation dans la rue, comme les paysans l’avaient fait en 2006-2007 (ils avaient gagné), tous unis, qu’on soit musulman ou hindou, ouvrier pauvre ou paysan, homme ou femme, quelle que soit la caste, pour se battre ensemble contre le capital.

    Par ailleurs, ce mahapanchayat a lieu dans le Nord de l’Etat ce qui est doublement important, d’abord parce que c’est une région où les ouvriers agricoles qui travaillent dans le thé (Darjeeling) sont nombreux dans des grandes propriétés et que jusque là, le soulèvement paysan ne les a guère touchés, mais aussi parce que c’est une région proche du village Naxalbarri, village d’où partit en 1967 le mouvement armé des paysans naxalistes qui mènent une guérilla contre les gros propriétaires, qui dure toujours aujourd’hui et qui a fait fait 22 morts hier dans les forces armées indiennes dans le Chhattisghar. Ce sera la première fois que le soulèvement paysan actuel s’adressera à cet ancien soulèvement, qui a choisi une autre voie, qualifiée de terroriste par l’Etat mais qui a la sympathie d’une majeure partie de la population au niveau national.

    Le troisième évènement important de la journée est qu’après le succès de la manifestation d’hier contre la privatisation de l’aciérie de Visakhaptanam dans l’Andhra Pradesh, le collectif ouvrier qui anime la lutte de cette énorme aciérie (33 000 salariés directs mais 400 000 personnes en vivent) a appelé pour continuer la lutte à une AG géante (maha sabha) commune avec les leaders paysans dont Rakesh Tikait le 18 avril. Une initiative qui additionnée à la première coordination ouvriers-étudiants-enseignants-paysans du Pendjab annonce la marche vers une coordination ouvriers-paysans au niveau national, donc vers le surgissement d’un soulèvement populaire commun large, et plus seulement un soulèvement paysan bénéficiant de la sympathie des classes populaires.

    post de Jacques Chastaing

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  • Inde, le plus grand blocage du pays depuis l’indépendance Le 4 avril à 22:24, par Mahatma

    INDE.04.04.2021. UN PAS IMPORTANT DU SOULÈVEMENT PAYSAN VERS LAVOLUTION D’UNE COORDINATION PAYSANNE A UNE COORDINATION DES CLASSES POPULAIRES, D’UN SOULÈVEMENT PAYSAN A UN SOULÈVEMENT POPULAIRE GÉNÉRAL

    Hier 3 avril, s’est tenu un important meeting à Ludhiana dans l’Etat de l’Haryana entre des représentants de la coordination paysanne SKM, et des représentants de syndicats ouvriers, étudiants, enseignants, employés et de non syndiqués.

    Ils ont décidé d’une part de remplacer les paysans qui occupent les campements des portes de Delhi depuis 4 mois mais qui doivent repartir chez eux pour la période des récoltes, par des ouvriers, employés, étudiant et enseignants et d’autre part surtout de créer une première coordination de paysans, syndiqués ou non, d’ouvriers, d’employés, d’étudiants et d’enseignants. Le premier meeting public de cette coordination aura lieu le 7 avril.
    Pour le moment, cette nouvelle coordination ne sera effective dans un premier temps que dans le Pendjab avant de s’étendre en fonction des possibilités aux autres Etats et au niveau national.
    Ce n’est qu’un pas mais un pas très important qui témoigne dans quel sens travaille le SKM (Front Uni Paysan qui anime le soulèvement depuis le 8 décembre 2020) et dans quel sens pousse la base populaire, ouvrière, étudiante, enseignante et paysanne... celui de l’unification de toutes les forces populaires pour dégager Modi et le capitalisme.

    L’idée d’une coordination paysans-ouvriers qui passe par dessus la tête des directions syndicales ouvrières, était dans l’air depuis plusieurs jours, dans la logique de la situation générale où le soulèvement paysan a une influence de plus en plus large qui va au delà des paysans. On a vu largement la nécessité d’une telle coordination à partir du 26 mars 2021, jour d’une grève générale commune des directions syndicales ouvrières et de la coordination des paysans mais où les principales confédérations syndicales qui y appelaient sous la pression de leurs bases s’étaient défaussées au dernier moment sous la pression des forces du capital.
    Les éléments factuels et actuels qui ont certainement pesé dans cette prise d’initiative de Ludhiana, sont d’une part l’appel des fédérations syndicales des banques publiques à de nouvelles grèves contre leur privatisation (la dernière grève des 15 et 16 mars avait réuni plus d’un million de grévistes et les directions syndicales n’ont guère l’habitude d’aller au delà d’une journée d’action sans suite) et d’autre part ce qu’on pressentait depuis des semaines, une véritable marée humaine aujourd’hui contre la privatisation de l’aciérie Vizag (400 000 personnes en vivent) qui est descendue dans la rue (ou plutôt sur la plage) de Visakhapatnam, la capitale de l’Andhra Pradesh de 5 millions d’habitants où se situe l’usine.

    Cela fait plusieurs mois que la lutte contre la privatisation a commencé avec déjà 3 grèves générales au niveau de l’Etat, mais cette-fois, à l’appel des ouvriers grévistes, les paysans sont venus en soutien. La prochaine étape devant être une coordination ouvriers/paysans pour diriger la lutte.

    Par ailleurs, la détermination des paysans ne faiblit pas.
    Ainsi, ont-ils décidé que face à la période actuelle des récoltes, les paysans des villages proches des campements de Delhi, travailleraient la nuit et occuperaient le jour avec des allers et retours quotidiens tandis que les villages plus éloignés enverraient chacun 40 personnes chaque semaine pour occuper les campements de Delhi par roulement, tout cela organisé par les structures de démocratie directe, les panchayats qui continuent à étendre leur influence et notamment maintenant à l’Etat du Gujarat, l’Etat à la botte de Modi, source de son pouvoir.

    post de Jacques Chastaing

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  • Inde, le plus grand blocage du pays depuis l’indépendance Le 2 avril à 22:56, par Mahatma

    EN RIPOSTE, LES PAYSANS BLOQUENT TOTALEMENT DELHI

    Cet après-midi du 2 avril, des miliciens fascistes au service du BJP (parti au pouvoir) ont tenté d’assassiner par tir de balles et jets de pierres, le leader paysan Rakesh Tikait, alors qu’il revenait d’un meeting qu’il avait tenu au Rajasthan.
    Aussitôt les paysans ont bloqué le périphérique de Delhi et la principale voie d’accès à la capitale et de nombreuses routes dans le pays.
    Les dirigeants paysans ont annoncé qu’ils ne laisseraient pas faire et intensifieraient leur riposte.

    Depuis quelques jours, le BJP perd peu à peu le contrôle de la situation au profit des paysans et ça se voit.
    Les paysans marquent en effet de plus en plus de points de jour en jour que ce soit en extension géographique de la contestation ou en entraînement dans la lutte de couches de la population toujours plus diversifiées. Face à cette lente mais progressive montée en influence que le pouvoir n’arrive pas à enrayer, il semble impuissant et en est réduit à multiplier les provocations, en même temps qu’il multiplie les gestes d’intensification de la répression.
    Ainsi dans l’Etat de l’Haryana que le BJP dirige mais où il perd de plus en plus le contrôle de l’Etat, avec hier un premier ministre empêché d’atterrir avec son hélicoptère dans son Etat et empêché de rentrer dans sa propre maison par les piquets paysans, le gouvernement de l’Haryana a sorti une nouvelle loi qui permet de prendre leurs propriétés aux personnes ayant participé à des manifestations illégales, ce qui a mis encore un peu plus en colère les paysans.

    Avant-hier, face à ces provocations du BJP, les leaders paysans avaient averti le gouvernement que s’il voulait la guerre, ça ne leur faisait pas peur, qu’il l’aurait et qu’ils allaient bloquer le Parlement de manière illimitée.

    Cette attaque de Rakesh Tikait intervient donc au surlendemain du jour où les dirigeants paysans ont appelé l’ensemble de la population à les rejoindre pour le blocage illimité du Parlement début mai : une manière peut-être de dire aux paysans et à leurs soutiens que s’ils viennent à Delhi, voilà ce qui les attend, bien pire encore que les provocations auxquelles les milices fascistes du pouvoir s’étaient déjà livrées le 26 janvier lors de la première entrée des paysans dans Delhi.

    Quoi qu’il en soit, on assiste à une situation où le gouvernement est de plus en plus sur la défensive, semble impuissant face à une situation qu’il sent lui échapper de manière inéluctable, et panique en se lançant dans une violence qui ne pourra qu’unifier un peu plus la population indienne contre lui et mûrir sa détermination globale.

    post de Jacques Chastaing

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