Inde : des centaines de millions de grèvistes, le pays totalement paralysé

D’énormes soulèvements aussi au Pakistan et au Sri Lanka

mercredi 30 mars 2022, par Auteurs divers.

En Inde et en Asie (Pakistan, Sri Lanka), les mouvements sociaux connaissent une toute autre ampleur que les actions épisodiques et sectorielles que l’on connaît en France ces derniers temps.
La résignation, le fatalisme, l’attentisme électoraliste et les réformettes ne sont pas une fatalité.

INDE. 28.03.2022. PLUSIEURS CENTAINES DE MILLIONS DE GREVISTES SELON LES ORGANISATEURS AU PREMIER JOUR DE LA GREVE GENERALE

La participation au premier jour de la grève générale des 28 et 29 mars 2022 appelée par les syndicats paysans et ouvriers a été écrasante, le pays a été totalement paralysé. La grève devrait être encore plus massive demain 29 mars selon les syndicats.

Inde : des centaines de millions de grèvistes, le pays totalement paralysé
Grève générale de deux jours en Inde

Selon le CITU, le Centre Indien des syndicats, des centaines de millions de travailleurs ont participé à la grève et aux manifestations organisées ce 28 mars dans tout le pays. Cette grève historique n’était pas qu’économique, autour des demandes immédiates des travailleurs, mais était aussi politique contre les politiques destructrices du gouvernement de droite extrême de Modi.

Cette grève générale s’est transformée en un Bharat Bandh, un blocage général du pays dans de nombreux États, en particulier au Kerala, à Tripura, au Tamilnadu, en Haryana, au Bengale occidental, en Assam, au Karnataka, au Rajasthan, au Maharashtra, en Andhra Pradesh... avec des transports publics et privés, des bus aux taxis en passant par les trains comme les ports totalement bloqués. 3,5 millions de travailleurs du transport routier ont participé à la grève dans tout le pays , grève suivie à 80% dans ce secteur. Les usines, les magasins, les bureaux et les établissements commerciaux et artisanaux étaient fermés, les rues désertes. Dans tous les grands centres industriels à travers le pays, la grève a été massive. Malgré les menaces de réduction de salaire de huit jours, en cas de grève d’un jour, les travailleurs ont répondu massivement pour « sauver le peuple, sauver le pays » comme le disait le slogan central de ces deux jours.

Selon les remontées reçues de différents États et industries en ce début d’après-midi du 28 mars 2022, la grève a été observée massivement dans les grands centres industriels du Maharashtra, du Tamilnadu, du Bengale occidental, à Delhi, dans le Telangana, le Karnataka et en Haryana avec les principales entreprises mondiales touchées par la grève, Toyota, Volvo, Bosch, ITC, Vikrant Tyres, Suzuki, Tata, etc . Le principal port de l’Inde à Tuticorin dans le Tamilnadu était totalement bloqué comme les autres grands ports de Paradip en Odisha, Kakinada, Cochin et Mazgaon tandis que la grève était très suivie dans les autres ports comme Calcutta. Les entreprises publiques de la sidérurgie comme Vizag Steel et les unités BHEL à Trichy et Ranipet ont été totalement paralysés. Dans le secteur des mines de charbon, la grève a atteint plus de 60 % en moyenne ; la grève a atteint 100% dans les charbonnages Singareni dans le Telangana. Dans le réseau électrique la grève a été sans précédent avec 100 % de grévistes dans la région sud II couvrant le Kerala, le Tamil Nadu, le Karnataka, Puducherry, dans la région du Nord-Est couvrant 7 États – Assam, Nagaland, Manipur, Meghalaya, Mizoram, Arunchal Pradesh et Tripura, et dans la région orientale II couvrant Odisha, Sikkim et Bengale occidental. Dans le secteur pétrolier et les raffineries, les usines de GPL ont également été témoins d’une grève massive dans l’Assam comme dans tous les États du nord-est, ainsi qu’à Kochi et Mangalore.

La grève a été totale dans les assurances et quasi totale, massive en tous cas dans les banques. Les fonctionnaires du gouvernement central et des États ont participé massivement à la grève dans tout le pays, en particulier dans les services postaux, fiscaux et autres grands services. La grève des fonctionnaires de l’État a également été très importante au Kerala, en Haryana, au Pendjab, à Tripura, au Tamilnadu, au Jharkhand et au Bihar et bien suivie dans d’autres États.

La grève dans les unités manufacturières privées de la zone industrielle de Bengalore comme Bommasandra, Bidapi, Peenyan, Whitefield, Hoskote, Dabaspet (Karnataka) - a été suivie à 100%. De même, la zone industrielle de Cherlapalli près d’Hyderabad était totalement fermée. Les MNC comme Sandvik et Toshiba dans la Telangna ont également été témoins d’un arrêt complet. Dans les zones industrielles du Tamilnadu, y compris Chengalpattu et Kanchipuram également, la grève a été presque totale. Les transports routiers y compris les transports en commun, auto, taxi, OLA et Uber n’ont pas fonctionné dans beaucoup d’États.

Les ouvriers des usines de textile et des filature du Maharashtra, de l’Andhra Pradesh, du Tamilnadu et de l’Haryana ont rejoint quasi totalement la grève.
Des millions d’ouvriers des secteurs non organisés, souvent sans aucun droits, y compris des travailleurs du bâtiment, du tabac, du chargement, du transport privé, ont arrêté le travail et environ 8 millions de travailleurs de la santé, de l’aide sociale, dont les anganwadi, les ASHA et les travailleurs des cantines de la mi-journée, ont joué un rôle de première ligne en faisant la grève à quasi 100%. Les employés des magasins, les travailleurs des plantations de thé, de la canne à sucre, de la fibre de jute ou des noix de coco, et bien d’autres encore, ont grandement participé à la grève.

Ces travailleurs en grève ont organisé toute la journée des péages libres ou des barrages routiers et ferroviaires dans de nombreux endroits à travers le pays, donnant ainsi à la grève générale une plus grande visibilité. Des millions de personnes ont ainsi participé aux barrages routiers et ferroviaires à de nombreux endroits. Enfin des millions et des millions de paysans et d’ouvriers agricoles ainsi que des membres de diverses organisations de jeunesse, étudiantes ou féministes ont également participé à ces blocus tout en pratiquant dans les campagnes la « grève rurale », la désobéissance civile totale.

Ce succès du premier jour devrait encourager d’autres travailleurs à s’y mettre à leur tour demain 29 mars, donnant un prolongement au soulèvement paysan d’un an, qui pour sa part appelle d’ores et déjà à donner une suite durant une semaine du 11 au 17 avril

Jacques Chastaing, le 28 mars 2022

PAKISTAN : LA LONGUE MARCHE CONTRE LA HAUSSE DES PRIX ET POUR RENVERSER LE GOUVERNEMENT EST ARRIVÉE CE SOIR 28 MARS DANS LA CAPITALE ISLAMABAD

Le PDM qui regroupe les principaux partis d’opposition et qui anime la marche populaire a exigé du gouvernement qu’il démissionne avant son arrivée.
Le gouvernement a riposté en mobilisant ses partisans dans un meeting aujourd’hui également 28 mars où le président attendait 1 million de personnes mais où il n’y aurait eu que 26 000 personnes selon les services de renseignement.
Par ailleurs, contre la motion de censure déposée par l’opposition qui devrait mettre en minorité le gouvernement et l’obliger à quitter le pouvoir, le premier ministre tente de faire traîner le vote en espérant que d’ici là, les foules amenées par l’opposition dans la capitale se dispersent et qu’il puisse dés lors tenter un coup de force pour se maintenir au pouvoir.
On verra, mais l’opposition, pour sa part, a décidé d’appeler la population à rester sur place pour mettre la démocratie sous contrôle de la rue. De son côté, l’armée qui soutenait jusque là le pouvoir en place, se tait et semble prête à lâcher le gouvernement pour s’arranger avec l’opposition de peur que la situation tourne à l’insurrection populaire.

JC.28.03.2022

SRI LANKA : LES PAYSANS APPELLENT A RENVERSER LE GOUVERNEMENT

Devant la plus grande marche de protestation d’agriculteurs de l’histoire du Sri Lanka à Polonnaruwa ce 29 mars 2022, le président de la Fédération des agriculteurs du Sri Lanka, Namal Karunaratne, a appelé les agriculteurs à renverser le gouvernement des militaires.

Cela fait plusieurs mois que les paysans manifestent régulièrement, se font réprimés et ne sont pas entendus, aussi, ils ont décidé de monter la contestation d’un ton en se fixant l’objectif de renverser le pouvoir, en même temps que les grèves et les manifestations se multiplient depuis la fin de l’an passé. Elle se sont multipliées tout particulièrement en ce mois de mars 2022, contre la hausse des prix considérable de toutes les marchandises, en particulier les carburants, le gaz, et la pénurie de produits alimentaire et bien d’autres comme le papier ou l’encre par exemple, si bien que les examens scolaires n’ont pas pu avoir lieu, que des écoles ont fermé et que de nombreuses personnes, âgées, fragiles ou de jeune âge meurent littéralement de faim

L’ASIE DU SUD SE SOULÈVE

En même temps, que la grève générale des 28 et 29 mars en Inde avec certainement plus de 250 millions de grévistes dans la foulée du soulèvement paysan qui a fait reculer le gouvernement de droite extrême, les « longues marches » populaires contre la hausse des prix au Pakistan qui campent depuis le 27 mars dans la capitale Islamabad pour faire tomber le gouvernement militaro-islamiste, ce qui pourrait changer du tout au tout la situation en Afghanistan, ce sont aussi les grèves et manifestations incessantes depuis des mois au Sri Lanka contre la hausse des prix et la pénurie de produits alimentaires et énergétiques et pour faire tomber aussi le gouvernement militaire, avec ci-dessous la manifestation du 29 mars 2022 à Colombo, la capitale.
L’ASIE DU SUD C’EST PLUS DE 2 MILLIARDS D’HABITANTS ! UN ÉBRANLEMENT MONDIAL !

INDE.28-29 MARS 2022. ENORME SUCCES DE LA GREVE GENERALE DE DEUX JOURS - PLUS DE 200 MILLIONS DE GREVISTES ET DES DIZAINES DE MILLIONS DE PAYSANS DANS LA RUE

Des grèves partout durant deux jours (avec 200 millions de grévistes seulement le premier jour et des Etats qui ne sont entrés dans le mouvement que le second jour comme le Sikkim et l’Arunachal Pradesh) - ce qui est une première historique depuis l’indépendance - dans toutes les professions, tous les milieux, toutes les castes, dans tous les Etats, avec des manifestations traditionnelles, des manifestations de femmes, d’étudiants, de paysans, des indigènes, des processions aux torches, des rassemblements en motos et vélos, du théâtre de rue, des peintures murales de manière extensive, des sit-in, des meetings, des blocages de routes, de ports et de voies ferrées avec le plus souvent des actions communes paysans et ouvriers, ce qui est un grand acquis de la période.

Les États du Kerala, Tamilnadu, Puducherry, Andhra Pradesh, Telangana, Odisha, Assam, Jharkhand et l’Haryana ont été complètement paralysés avec y compris la participation des commerçants et artisans. Le Bengale occidental et le Tripura ont été témoins d’une grève presque totale dans tous les secteurs. Les autoroutes nationales ont été bloquées dans tout le pays et les voies ferrées ont été bloquées à de nombreux endroits comme presque tous les grands ports.

Les paysans et les travailleurs agricoles ont rejoint les protestations ouvrières un peu partout. Ainsi, le Bengale occidental a quasiment été bloqué par les paysans et les pauvres des campagnes en bloquant le fonctionnement de l’Etat à plus de 700 endroits, bloquant les routes et les trains. De même, défiant les menaces et l’intimidation ainsi que la répression de l’État avec de nombreuses arrestations un peu partout, l’Etat du Tripura a lui aussi été quasi complètement paralysé
Au Tamilnadu, il y a eu plus de 500 manifestations avec une participation énorme. Plus de 1 200 000 personnes ont pris part à des piquets de grèves devant les entreprises de l’Etat. Les bus n’ont quasi pas circulé en aucun endroit. Les taxis et même les pauvres des rickshaw ont fait grève et manifesté en nombre. Au Maharashtra, au Karnataka, en Andhra Pradesh et au Telangana, des manifestations communes massives ouvriers-paysans ont été organisées également. Au Jharkhand, les paysans de la coordination paysanne SKM ont bloqué toutes les routes. En Assam, dans l’Uttar Pradesh, le Gujarat, le Madhya Pradesh et l’Utarakhand, le Chhattisgarh, le Bihar et dans le Jammu & Cachemire la participation a été massive tant dans les centres urbains que dans les campagnes.

Les travailleurs des principales entreprises privées internationales ont arrêté le travail dans toutes les grandes zones industrielles de Goa, du Karnataka, Maharashtra, Chhattisgarh, Punjab, Bihar, Rajasthan, Bengale Occidental, Meghalaya, Arunachal Pradesh, Tamilnadu, Telangana et Haryana comme dans toutes les grandes villes ouvrières. Les banques et les assurances ont été quasi arrêtées à 100% tout comme les électriciens en grève à 100%. A Gurugram, banlieue à la fois chic et ouvrière de Delhi, ce sont les femmes, les ouvrières de maison, qui ont mené la lutte. A Mumbai (Bombay), les citoyens eux-mêmes sont descendus dans les rues pour apporter leur soutien aux ouvriers en grève. Le Tamilnadu a vu une manifestation de 50 000 employés de banques et une grève de 100 000 employés du gouvernement. Les ouvriers des plantations de thé ont été nombreux à faire grève environ à 60% et même 70% pour le Darjeeling. Pareil pour la jute, la canne à sucre... Partout, les travailleurs précaires sans aucun droits ont aussi participé en nombre, les ASHA sans statut, les travailleurs et les aides d’Anganwadi, les travailleurs des repas de mi-journée, les employés de MGNREGA, les contractuels, les travailleurs de la construction, du nettoyage, les manœuvres de base, les travailleurs saisonniers, occasionnels, les travailleurs journaliers et les ouvriers agricoles étaient bien présents.

Partout, c’était la joie, un sentiment de victoire malgré la répression, d’un immense succès et d’une énorme claque au gouvernement de Modi et sa politique réactionnaire de division et de haines au service des capitalistes.
La suite à cette double journée est annoncée par le SKM, la coordination paysanne, avec une semaine d’actions du 11 au 17 avril. Et pour faire le lien, les femmes dans la filiation du grand mouvement féminin de Shaheen Bagh en 2019-2020, les anganwadi (employées de crèches rurales, aides maternelles et sanitaires), les premières aux côtés du soulèvement paysan et en lutte dans quasi tout le pays pour les salaires et leurs statut depuis des mois, qui viennent d’organiser un mahapanchayat (AG de démocratie directe) commun en Haryana (Etat où le SKM joue un rôle central) entre ouvriers, paysans, étudiants, femmes pour mener la lutte tous ensemble.

Le mouvement paysan et loin d’être fini, le mouvement ouvrier vient de montrer sa force, Modi finira-t-il son mandat ?

Jacques Chastaing, le 29.03.2022

INDE, PAKISTAN, SRI LANKA... LES MOBILISATIONS DES PEUPLES D’ASIE DU SUD EN PASSE DE FAIRE TOMBER LEURS DICTATEURS UN BOULEVERSEMENT POUR 1,7 MILLIARDS D’HABITANTS ET UN CHAMBOULEMENT MONDIAL

La presse française qui ne relaie jamais les mobilisations populaires en Asie, à commencer par celle des paysans indiens qui a duré plus d’un an et qui dure encore, pas plus que celle des travailleurs et pauvres du Sri Lanka qui ont commencé en 2018 pour prendre de l’ampleur ces derniers mois, ni non plus celles des classes populaires Pakistanaises qui dure depuis un an et demi sans interruption, vient de découvrir que le gouvernement pakistanais militaro-islamiste d’Imran Khan pourrait bien tomber dans les jours qui viennent. Et bien sûr, elle attribue cette chute possible à une motion de censure posée par plusieurs partis de l’opposition qui devrait être soumise au vote début avril et à l’abandon du gouvernement par l’armée suite à une brouille interne pour la nomination du chef des services secrets, mais pas du tout à l’énorme mobilisation populaire que cette presse ne veut ni voir ni montrer, au cas où ça donnerait des espoirs aux pauvres ici et ailleurs dans le monde

Or s’il y a bien d’une part une motion de censure déposée par les partis bourgeois d’opposition qui pourrait être le prétexte de la chute du gouvernement et d’autre part si l’armée a bien l’air d’avoir lâché le pouvoir en place, cette fragilisation du pouvoir est essentiellement due à l’immense mobilisation des classes populaires pakistanaises qui dure sans discontinuer depuis l’automne 2020 - en même temps que commençait le soulèvement paysan indien -. Au travers de multiples grèves et des manifestations massives et déterminées accompagnées d’affrontements continus avec les forces de l’ordre, contre la hausse des prix et le blocage des salaires, contre les licenciements, contre les privatisations du secteur public, contre la destruction des minces acquis sociaux et démocratiques, les travailleurs pakistanais ont réussi à entraîner toute la population contre ce gouvernement des riches d’Imran Khan, un populiste qui s’appuyait non seulement sur la répression, les limitations aux droits d’expression, de grève et de manifestation mais aussi sur le conservatisme religieux le plus violent alors que lui-même était un noceur patenté.
Les journaux français qui ne cessent à longueur d’année de présenter le peuple pakistanais comme soumis à la religion, sont gênés de voir un peuple qui en fait se soulève contre un pouvoir religieux, souvent avec des luttes animées par des organisations qui se réclament du marxisme. C’est par exemple le cas au Baloutchistan (une des quatre provinces du pays), une des régions les plus combatives du pays, qui a non seulement chassé les Talibans de sa région et ambitionne aussi d’en libérer l’Afghanistan mais a également mené ces derniers mois des luttes sociales d’importance qui ont fait reculer le pouvoir, comme encore ces derniers jours, où les fonctionnaires viennent d’obtenir une hausse de leurs salaires de 15%.

Craignant ces mobilisations populaires massives tout autant que le pouvoir, les partis bourgeois d’opposition, principalement PPP et PMLN associés à un parti religieux musulman - qui ont été au pouvoir avant Imran Khan et y ont mené la même politique que lui -, ont décidé de s’unir dans un mouvement commun, le PDM, pour chevaucher la colère populaire et tenter d’en prendre la tête plutôt que de s’y opposer. Sous la pression de multiples grèves et de marches ouvrières menaçantes sur la capitale, à l’hiver 2020-2021, le PDM décidait par démagogie d’organiser des « longues marches » populaires jusqu’à la capitale Islamabad pour faire tomber le régime par la rue. Mais devant l’énorme succès de l’initiative, le PDM s’affolait lui-même de ce qu’il avait initié et renonçait soudain à la marche à mi chemin de la capitale, éclatait en plusieurs morceaux et se ridiculisait totalement.
Cependant, la colère populaire continuant et la base reprenant à nouveau l’initiative, avec notamment une marche de paysans sur la capitale, les partis bourgeois reprenaient à nouveau à l’automne 2021, les « longues marches » sur Islamabad pour renverser le régime afin surtout de ne pas en laisser l’initiative aux travailleurs et sauver le système. Là encore, mais peut-être à un niveau moindre qu’un an auparavant, bien des gens ayant été échaudés, les classes populaires ont quand même répondues présent et ces marches ont été de nouveaux succès mobilisant des centaines de milliers de personnes dans le pays. A la différence de 2020-2021 celles de 2021-2022 ont été menées de son côté par chacun des grands partis de l’opposition, du coup plus trop unie. Il y a eu celle du PPP, qui s’est menée du 27 février au 9 mars, puis celles du PMLN et celle du parti religieux qui ont abouti à Islamabad le 27 et 28 mars. Les différents partis avaient annoncés que les marches populaires feraient le siège du Parlement jusqu’à ce que le gouvernement démissionne. Mais en même temps, le PPP et le PMLN déposaient une motion de censure le 9 mars pour faire tomber le gouvernement par voie parlementaire mais aussi offrir une porte de sortie à l’armée et à l’appareil d’Etat afin d’éviter l’insurrection populaire qui menaçait, tout changer sans que rien ne change. Devant l’énorme mobilisation des marches populaires et le danger révolutionnaire qu’elles représentent, l’armée a alors décidé de se mettre en retrait et de ne plus soutenir le gouvernement (en prenant langue apparemment aussi avec l’opposition) tandis que des députés du PTI (le parti au pouvoir) démissionnaient et que des alliés du PTI rompaient leur alliance, rendant tout à fait possible le succès de la motion de censure et donc la chute du gouvernement par des voies légales début avril. Voyant ça, l’opposition, congédiait alors le 29 mars au soir les classes populaires rassemblée à Islamabad depuis le 27 mars en annonçant que l’affaire était faite, que le gouvernement allait tomber immanquablement début avril et que ce n’était pas la peine de rester plus longtemps dans la capitale.
Une entourloupe afin d’avoir les mains libres pour ensuite une fois au pouvoir tenter de mener la même politique qu’Imran Khan. Sauf que ce gouvernement sera quand même tombé sous la pression et la mobilisation des classes populaires, que le peuple le sait, connaît maintenant sa force, qu’il s’en souviendra pour le prochain gouvernement et n’hésitera pas à s’en servir pour qu’il tienne ses promesses parce qu’il en a fait beaucoup.

Il y a le même processus de mobilisation populaire au Sri Lanka avec de nombreuses et importantes grèves pour des hausses de salaires, une mobilisation paysanne de masse depuis des mois et des mois qui vient d’organiser une marche sur la capitale Colombo le 29 mars et qui a appelé à renverser le pouvoir militaire. A côté de cela, deux partis tentent de prendre la tête du mouvement en cours, le JVP d’obédience marxiste et le SJB parti d’opposition bourgeoise, sans y arriver autant qu’au Pakistan, mais en multipliant les marches et les manifestations de masse en mars 2022, notamment contre la hausse des prix. Là aussi , comme au Pakistan, le régime bien que dictatorial est fortement ébranlé, et une concurrence a cours entre d’un côté les forces bourgeoises d’opposition et les forces populaires pour prendre la tête du mouvement.

En Inde enfin, la colère populaire est aussi énorme contre le régime de droite extrême de Modi qui détruit toutes les lois ouvrières, tous les services publics, toutes les liberté en attisant les haines entre les religions, les castes et les sexes, mais à la différence du Pakistan et du Sri Lanka, c’est un mouvement populaire d’en bas, celui des petits paysans, qui a su unifier toutes les colères pour en faire un vaste mouvement paysan et ouvrier qui dure depuis plus d’un an et qui a résussi à faire reculer le pouvoirn à l’affaiblir considérablement et probablement à mettre en routes les classes populaires du Pakistan et du Sri Lanka. Les partis bourgeois d’opposition sont complètement largués. Mais le pays est bien plus grand et c’est plus difficile d’y mener un mouvement d’ensemble, il faut du temps, mais le processsus pour renverser le pouvoir par la rue et construire une société meilleure est en cours. Les 28 et 29 mars 2022, sous la pression paysanne et ouvrière, a eu lieu une grève générale qui a mobilisé plus de 200 millions d’ouvriers et des dizaines de millions de paysans, une grève historique associant pour la première fois paysans et ouvriers et une grève qui doit déboucher sur une nouvelle mobilisation paysanne d’une semaine du 11 au 17 avril.

Tout n’est pas fait, mais le processus révolutionnaire est en cours dans la majeure partie de l’Asie du sud, les événements d’un pays renforçant ceux d’un autre. L’ébranlement de cette partie du globe bouleversera le reste du monde. La chute d’Imran Kan au Pakistan n’est pas un événement secondaire et fortuit, il renforcera les luttes au Sri Lanka et en Inde, c’est un maillon d’une chaîne de dictateurs qui se casse sous une pression populaire qui agite actuellement le monde entier.

Jacques Chastaing 30.03.2022

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