Il n’y a aucune solution à la crise énergétique, obligé de considérer le problème tout autrement

Une image du futur : des bourrasques ardentes qui balaient un sol aride

jeudi 16 juin 2022, par Les Indiens du Futur.

Quand est-ce qu’on va se décider à poser/accepter les vrais questions, et donc aussi, quand c’est qu’on va chercher vraiment à les résoudre en s’en donnant les moyens ?
Dans le cadre du système existant, il n’y a pas de solutions, même pourries, les révoltés sont obligés de renverser la table et de faire tout autre chose.

Il n’y a aucune solution à la crise énergétique, obligé de considérer le problème tout autrement
Le désert avance, organisons-nous contre ce qui le cause

🌡️LESERT AVANCE, CRÉONS DES OASIS

Le désastre est là, partout, sous nos yeux.

➡️A Nantes, il fait plus de 30°C à la mi-juin. Ces journées caniculaires ne sont qu’un avant-goût, le thermomètre montera à 40°C en fin de semaine, alors que nous ne sommes encore qu’au printemps. En Espagne ou dans le sud de la France, la chaleur est encore plus extrême. Mais dans l’Ouest, de telles canicules et sécheresses aussi précoces sont inédites. La végétation va changer. L’agriculture est en crise. Les prévisions de réchauffement climatique les plus pessimistes sont déjà largement dépassées.

➡️Nous avons atteint un niveau de CO2 dans l’atmosphère jamais vu depuis 4 millions d’années. Selon l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), le niveau de dioxyde ce carbone dans l’air est 50% plus élevé qu’avant l’ère industrielle. Il est aujourd’hui « comparable » à ce qu’il était il y a « entre 4,1 et 4,5 millions d’années ». A l’époque, le niveau de la mer était de 5 à 25 mètres plus élevé, assez pour que de nombreuses grandes villes actuelles se trouvent sous l’eau. Et de larges forêts occupaient des régions de l’Arctique.

➡️Le 12 juin, en fin de journée, la capitale du Mexique était recouverte d’un manteau blanc. D’énorme chutes de grêle ont formé une couche de glace sur la métropole. Des dizaines de centimètres de grêlons au sol et une baisse brutale des températures, alors que la veille, elles atteignaient les 30°C et les habitants sortaient torse-nu. Le violent orage n’a pas fait de victimes, mais a bien provoqué l’effondrement du toit d’un supermarché, et paralysé de nombreux axes. A Mexico, les internautes et les médias s’amusaient de cette ambiance qui rappelaient Noël au mois de juin.

➡️« Les oiseaux ne parviennent plus à voler en raison des fortes chaleurs ». Parmi le flot d’informations que nous recevons chaque jour, certaines sont particulièrement terrifiantes. En Inde et au Pakistan, la température dépasse les 50°C au mois de mai, une chaleur telle que les oiseaux tombent par dizaines au sol pendant leur migration. La chaleur foudroie les êtres vivants.

➡️Au Texas, dans les grandes exploitations concentrationnaires de bétail, près de 10 000 vaches sont mortes d’un coup de chaleur. Là bas aussi, les températures avoisinent les 40° à l’ombre, avec une humidité relative importante, des nuits très chaudes et aucun arbre pour s’abriter. Les mammifères ne sont pas conçus pour y résister.

➡️Dans les Pyrénées atlantique, un épisode climatique extrême et considéré comme rarissime. Au milieu de la nuit dernière, la température est passée brutalement de 22°C à 37 °C. Une augmentation de 15°C à 2h du matin, avec un vent brûlant soufflant à 154 km/h. Les météorologues appellent ce phénomène « Heat burst », ou « effet sèche-cheveux ». « C’est un peu comme si on ouvrait les portes d’un four » explique un spécialiste. Cela n’arrive, en principe, jamais en France. C’est une image du futur : un temps changeant brutalement, et des bourrasques ardentes qui balaient un sol aride.

S’indigner quelques minutes devant la succession de nouvelles du cataclysme en cours ne suffit pas. Tout est là, il s’agit de prendre parti plutôt ou de rester spectateurs. « Devant l’évidence de la catastrophe il y a ceux qui s’indignent et ceux qui prennent acte, ceux qui dénoncent et ceux qui s’organisent. Nous sommes de ceux qui s’organisent. » Si le désert avance, créons des oasis.

(post Nantes Révoltée)

Sauf que le désastre est planétaire, des oasis ne suffiront pas. Si rien n’est fait pour démanteler la civilisation industrielle, les oasis seront balayés comme le reste.

- Plus d’infos sur ce phénomène d’effet "sèche-cheveux" observé à Perpignan le 15 juin 2022 : 37 °C et 154 km/h de vent à 2 heures du matin : quel est ce phénomène qui a touché les P-O la nuit dernière ? (...) En France, le précédent avait été observé à Arquette-en-Val, en juillet dernier. En moins d’une demi-heure, le mercure avait bondi de 19,8 à 34,6 degrés, avec une rafale de vent enregistrée à 131 km/h.
Le phénomène pyrénéen intervient en tout cas 62 ans jour pour jour après le plus impressionnant jamais enregistré : la "tempête de Satan" qui avait brûlé toute la végétation sur son passage au Texas en 1960. La température avait alors atteint 60 degrés. (...)

Les modeles s’affinent et c’est de pire en pire pour samedi.

46° prevu.
Imagine cette carte dans 20 ans...

Il n’y a aucune solution à la crise énergétique, obligé de considérer le problème tout autrement
carte de France de 2050 ? Non, de juin 2022

IL N’Y A AUCUNE SOLUTION À LA CRISE ÉNERGÉTIQUE

Par Sandrine Aumercier

"Je commence par la fin et je donne déjà la conclusion en disant qu’il n’y a aucune solution à la crise énergétique, même pas une « toute petite solution ». Si une société post-capitaliste émancipée advenait, alors elle cesserait de se préoccuper du problème énergétique ; elle n’irait pas le résoudre en étant « plus rationnelle » et « plus efficiente » avec l’énergie. Une société qui met la rareté à son principe — comme le fait le mode de production capitaliste — s’accule elle-même à devoir toujours plus rationner sa consommation d’énergie, parce qu’elle se rapproche d’une limite absolue. Elle se condamne à s’enfoncer dans une gestion totalitaire des ressources, dans des guerres de sécurisation, dans des crises socio-économiques d’impact croissant… Mais c’est une limite qui fait partie des principes fondateurs de cette société et non de la nature.

La catégorie « énergie » est une catégorie aussi abstraite que la catégorie « travail », et une fois qu’elle est posée au fondement des activités humaines, elle ne peut que s’avancer vers un gouffre, par l’effet même de sa propre logique. J’ai mis longtemps à en prendre la mesure, parce que le discours qui est martelé sur les « limites planétaires » s’impose dans sa fausse évidence, comme si c’était un problème géophysique. Or le vrai problème, ce sont les prémisses du capitalisme, avec lesquelles même les pays dits du socialisme réel n’avaient pas rompu. Si on aligne les uns à côtés des autres les différents scénarios de « transition énergétique » qui se disputent la palme, il saute aux yeux que le discours sous-jacent combine deux tendances contradictoires, présupposant que (1) l’impossible est possible, et en même temps que (2) si jamais malgré tout l’impossible est impossible, alors ce doit être un fait de nature (de nature humaine, de nature géophysique ou d’entropie universelle). De la sorte, les spécificités du mode de production capitaliste n’ont pas besoin d’être examinées."
(...)
"Tous ces raisonnements ont en commun de supposer une réalité incontestable derrière l’idée d’une certaine quantité finie, d’une certaine réserve de matière et d’énergie. Fort de leurs graphiques et de leurs statistiques, ils semblent nous parler du monde matériel. Or cette réalité matérielle découle de l’abstraction qui est posée au départ, et non l’inverse. Autrement dit : une fois qu’on commence à regarder le monde avec des lunettes énergétiques, alors oui, on est irrémédiablement foutus. Seulement le problème n’est pas dans les ressources énergétiques, mais dans ces lunettes. Qu’est-ce qui oblige à regarder le monde avec de telles lunettes et qu’est-ce qui oblige à considérer la nature comme une immense réserve de matériaux à transformer, une réserve limitée, en déplétion inéluctable, et qu’il faudrait économiser, ou bien sur laquelle il faudrait parier des disruptions technologiques mirobolantes et toujours à venir, voire lancer une course contre la montre ?
Cette question est la plus difficile de toutes parce qu’elle nous oblige à réviser entièrement nos catégories. Il ne s’agit plus de bricoler des solutions, même pas la « solidarité » ou la « satisfaction des besoins essentiels » (exigences posées elles aussi de manière aussi abstraite que les processus sociaux dont elles découlent), mais de comprendre comment on a pu en arriver à poser l’ensemble du monde vivant comme un réservoir d’énergie inépuisable. "

- Article complet : Il n’y a aucune solution à la crise énergétique, par Sandrine Aumercier

« À l’heure de la crise écologique, le dogme révolutionnaire de la « réappropriation des moyens de production » ne peut plus être affirmé innocemment. Moteur humain, moteur mécanique : ce sont là les bases de l’invention capitaliste du « travail ». La croyance en la substituabilité indéfinie d’une dépense d’énergie abstraite nourrit le développement technologique et entretient une relation ambivalente avec la thermodynamique. Une conception substantialiste de la valeur, telle que développée par Karl Marx et relue par Robert Kurz, permet de réinscrire le paradigme énergétique à l’intérieur de la forme sociale capitaliste et d’en expliciter la dynamique propre. Le rapport de composition organique du capital articule en effet étroitement le « travail mort » des machines et le « travail vivant » des humains. La crise énergétique et ses retombées écologiques constituent en ce sens le mur externe du métabolisme capitaliste, l’autre mur étant la création d’une humanité superflue.

L’abolition du travail abstrait ne pourrait donc que signifier la fin des technologies qui sont la « matérialisation adéquate » du capitalisme. Seule une exigence d’émancipation portée jusqu’à cette pointe pourrait à la fois cesser de consumer sans limites le monde matériel et offrir les bases sociales d’une réinvention des techniques et des activités libérées de la compulsion de valorisation. »

- Livre de Sandrine Aumercier : Le mur énergétique du capital

- Des extraits sont en ligne sur le site de Palim-Psao

dame>Les annonces de « neutralité carbone » tentent de sauver l’économie de la fin du pétrole pas cher et non le climat ; elles enfoncent le monde dans un extractivisme frénétique qui épuisera les dernières ressources terrestres au nom du salut climatique

« Que les choses soient claires, donc : les annonces de « neutralité carbone » tentent de sauver l’économie de la fin du pétrole pas cher et non le climat ; elles enfoncent le monde dans un extractivisme frénétique qui épuisera les dernières ressources terrestres au nom du salut climatique ; elles effectuent les substitutions énergétiques les plus désespérées dans le seul but que le capitalisme se survive, sans même diminuer la consommation globale d’énergies fossiles ; et elles le font désormais avec la bénédiction du vote vert. Questionnés sur leurs plans pour parvenir à ladite « neutralité carbone », les partis allemands n’ont rien de concret à proposer et l’on sait ce qui est advenu en France des propositions pourtant fort peu radicales de la Convention Citoyenne pour le Climat. Et pour cause : le capitalisme est entré dans un goulot d’étranglement énergétique pressenti dès la première industrialisation – comme nous le verrons par la suite – qui ne connaît aucune solution et qui se traduit par la « combustion » de l’intégralité du monde naturel pour continuer à nourrir la compulsion de valorisation. L’électeur vert a beau jeu d’accuser ses représentants de mener le monde à sa perte, quand lui-même refuse d’examiner le coinçage général auquel il participe en exigeant l’impossible d’un système qui n’a pas d’issue.  »

L’électeur vert a beau jeu d’accuser ses représentants de mener le monde à sa perte, quand lui-même refuse d’examiner le coinçage général auquel il participe en exigeant l’impossible d’un système qui n’a pas d’issue.


- Voir aussi : Malgré une croissance record des renouvelables, « la transition énergétique n’a pas lieu », relève un nouveau rapport] - Les fossiles continuent de dominer largement le secteur de l’énergie, en dépit de la hausse inédite des capacités de production de l’éolien et du solaire.
(...)
le système énergétique continue d’être largement dominé par les énergies fossiles, à des niveaux quasi similaires à ce qu’ils étaient il y a une dizaine d’années. « La transition énergétique n’a pas lieu »
(...)

Inexorablement, tout empire

Et inexorablement, à presque tous points de vue, tout empire. La dépossession, la pollution, l’aliénation, la dégradation écologique, la dégénérescence physique et mentale, etc. Et la plupart s’en moquent, ne voient pas le problème ou préfèrent regarder ailleurs. Et la majorité des autres s’imaginent (espèrent) qu’avec un autre président, un autre gouvernement, une autre manière d’organiser la civilisation techno-industrielle, enfin les choses pourraient être bonnes.

- les titres de presse concernés sont visibles sur FB

(post N. Casaux)


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