Hervé Mariton : une idéologie qui produit et perpétue les désastres écologiques et climatiques

Le verbiage et le cosmétique ne peuvent plus masquer les ravages indissociables de l’économie de marché et du productivisme

dimanche 31 mai 2020, par David, de Crest.

Suite à l’article de Hervé Mariton dans le Figaro le 22 avril 2020 (« Gardons-nous d’une lecture utopique de cette crise ») et publié ensuite sur MCD, il me semble opportun de ressortir mon texte publié dans le journal Le Crestois début mars 2020.
S’en suivront quelques remarques complémentaires.

Hervé Mariton : une idéologie qui produit et perpétue les désastres écologiques et climatiques

A présent, les questions écologiques occupent davantage les esprits. Mais beaucoup de listes, et en particulier la liste "Parce que nous aimons Crest" (aux idées similaires à LREM), instrumentalisent l’écologie et l’environnement en se contentant de verbiages (développement durable, mouvement écodynamique), de déclarations en l’air et de mesurettes. C’est choquant et criminel vu la gravité et l’urgence des enjeux.

Hervé Mariton : une idéologie qui produit et perpétue les désastres écologiques et climatiques
Le verbiage et le cosmétique ne peuvent plus masquer les ravages indissociables de l’économie de marché et du productivisme

Depuis les années 70 on sait pourtant que le système économique en vigueur et sa croissance produisent des catastrophes écologiques et climatiques (et sociales). Les scientifiques et les lanceurs d’alerte disent chaque année que c’est plus grave encore que ce qu’on pensait.
Pourtant, pendant 24 ans Mr Mariton ignore largement l’écologie et continue à appeler au « développement économique ». Il impose un gros centre aquatique (béton, énergie consommée, consommation d’eau...), entrave des composteurs publics (il concède 3 composteurs à force de pression associative et d’habitants), s’occupe peu et mal de la circulation vélo, autorise l’imperméabilisation de terres agricoles par des lotissements tout béton en délaissant le centre ancien, ne fait rien pour des cantines bio, ne favorise pas la résilience alimentaire locale, etc.
Il a du concéder quelques bricoles pour tenter de paraître moins « ringard » : Agenda 21 (creux et géré autoritairement selon Romain Giraud), arrêt des pesticides dans les services communaux (obligation légale), autorisation d’un peu de décoration frontage sous contrôle, quelques pots de fleurs, des jardins familiaux (loin et qui ont longtemps manqué d’eau), une aide pour planter une quinzaine d’arbres fruitiers au Bosquet (une initiative d’un habitant, qui lui même a repris une initiative d’un réseau d’habitants)...
Bref, c’est très maigre.

Dans le programme de Mr Mariton, on voit :

  • beaucoup de déclarations et de simples labels, et aussi un atlas de la faune et flore (les animaux détruits par le système productiviste sont répertoriés depuis des lustres, ça ne les empêche pas de disparaître). On sait depuis 30 ans que les labels, les dispositifs non contraignants, les guides d’écoresponsabilité, les commissions consultatives ne sont pas efficients. Pendant ce temps les désastres écologiques-climatiques s’aggravent.
  • des mesurettes : espaces verts, planter UN arbre à chaque naissance, faire nettoyer les berges de la Drôme par des habitants...
  • des choses vagues : qualité de l’eau, indicateurs qualité de vie, végétalisation de la ville, éco-quartiers
  • des obligations légales : préserver les trames bleues et vertes (obligatoire depuis 2017), bâtiments publics et logements économes en énergie (obligatoire depuis 2015), incitation aux jardins zéro phyto (obligatoire depuis 2019), sécurité des cyclistes, diminuer la pollution lumineuse (obligatoire depuis au moins 2018), des critères écologiques pour la commande publique (obligatoire depuis 2015), incitation à réduire les déchets (obligatoire depuis 2014), séparer eaux usées et eau de pluie (obligatoire depuis au moins 2010).
    C’est trompeur de transformer (tardivement) des obligations légales en volonté vertueuse spontanée de la mairie...

Sinon, on trouve quelques mesures correctes, mais bien tardives.
En ce moment, sous prétexte d’améliorer le ruisseau de la Saleine, la mairie veut artificialiser au moins 8ha supplémentaires !

Les énormes défis écolo-climatiques sont une réalité et imposent un plan efficace et important créé avec et par les habitants, une vision d’ensemble, alors que la liste Mariton se contente de mesures hétéroclites insuffisantes.
L’idéologie du libéralisme économique dont se réclame Mr Mariton empêche la création d’une société soutenable. Le maire sortant adopte la posture du sachant, du rationnel équilibré pragmatique, pourtant il suit toujours cette idéologie suicidaire qui mène aux désastres écologiques-climatiques, en l’enrobant de jolies phrases. C’est de l’extrémisme, c’est mépriser gravement les générations présentes et futures.

David, crestois


- Quelques remarques complémentaires à présent suite à la lecture de l’article de l’idéologue Mr Mariton dans le Figaro cité en début de page :

Gardons-nous nous d’une lecture de la crise actuelle enfermée dans les dogmes de l’idéologie capitaliste et du développement économique

Pratiquement tout le monde porte une idéologie, s’attache à certaines idées, y tient, et ne les lâche pas comme ça, c’est humain. D’ailleurs, selon les définitions traditionnelles, « idéologie » n’a rien de péjoratif, j’ai aussi une ou des idéologies, comme tout le monde.

Refuser toute idéologie ou être une girouette, c’est aussi une idéologie.
Se réclamer du pragmatisme, c’est une idéologie.
Le corpus d’idées capitalistes, ultra-libérales et traditionalistes de Mr Mariton est une idéologie également.
Cette idéologie capitaliste est désastreuse, on le constate de plus en plus avec les destructions accélérées du climat et des écosystèmes qu’elle engendre mécaniquement (sans parler des graves problèmes sociaux). Elle favorise aussi les pandémies de type coronavirus et leur diffusion mondiale accélérée - Voir aussi Coronavirus : « L’agrobusiness est prêt à risquer des millions de morts ».
Quand, comme Mr Mariton, on s’entête dans une idéologie dont on constate qu’elle mène à de tels carnages généralisés, c’est totalement irresponsable et ça s’appelle de l’extrémisme.

Le fait que faire autre chose est difficile ou que dans le passé des utopies dites communistes ont tourné à la dictature n’enlève rien au fait que l’idéologie capitaliste est extrémiste et néfaste, au moins autant que l’idéologie productiviste étatiste de l’ex URSS ou de la Chine.

Sur l’urbanisme et la densification

L’idéologue Mr Mariton critique la densification urbaine pour continuer à justifier l’étalement urbain et le mitage qu’il a encouragé ou laissé faire durant 24 ans.
S’il est certain que les grandes villes et une trop forte densification sont une plaie, il est non moins certain que les lotissements et l’étalement urbain sont une catastrophe également, que ce soit d’un point de vue social ou écologique.
D’ailleurs, Mr Mariton se contredit un peu puisqu’il y a peu il incitait à construire sur toutes les « dents creuses » (les zones non construites) à l’intérieur de la ville.

Au lieu d’une densification excessive, il y aurait des possibilités réellement innovantes et audacieuses, avec par exemple la transformation des habitats du centre ville pour les rénover et « les aérer », ou encore la création partout où c’est possible de petits et grands habitats groupés dans de grandes maisons ou de petits immeubles permettant de regrouper des logements, de densifier, tout en gardant de l’espace à l’extérieur (parcs, jardins individuels ou partagés).

Historiquement, c’est bien le capitalisme et ses besoins aliénants qui ont accéléré les grandes villes tentaculaires, l’entassement et la promiscuité (que semble réprouver Mr Mariton) dans les usines, les bidonvilles, les grands ensembles en béton, les logements insalubres, les transports en commun (toutes choses qui favorisent et aggravent les pandémies). La croissance démographique stimulée par la puissance du pétrole et de la marchandisation industrielle a fait le reste.

En réalité, Mr Mariton ne pense l’urbanisme que pour les riches qui peuvent encore se payer des grands terrains constructibles, tandis qu’il proposera aux classes moyennes des mini-maisons industrielles au rabais sur des mini-terrains entourés de béton où leurs habitants suffoqueront lors des prochaines canicules, et où ils dépenseront de l’argent pour des clims qui aggravent encore l’effet de serre.
Quelles idées audacieuses et innovantes !

Avec de l’entraide, de l’imagination et de la solidarité, il y aurait pourtant moyen de construire ou rénover des logements agréables et accessibles pour tout le monde, en particulier pour les plus pauvres, et ce avec des conceptions écologiques, sans flinguer de terres agricoles ni sur-densifier.

La Chine verse dans le même productivisme industriel que le capitalisme

Le Marché est très efficace, pour faire de tout un marché, pour tout marchandiser, pour accélérer les échanges qui aliènent les humains devenus esclaves du marché du Travail et détruisent le vivant à cause de tout ce qu’il faut produire et extraire pour ce faire.

L’idéologue Mr Mariton confond (volontairement ?) économie et économie capitaliste, comme si l’économie de type capitaliste était la seule possible et qu’elle serait comme « naturelle », indépassable.
Ce qui est critiqué par les écologistes avisés et autres, c’est l’économie de Marché, et c’est, plus généralement, la prétention de l’économie à être la mesure de toute chose, à vouloir tout diriger, à devenir totalitaire, comme c’est le cas pour le capitalisme occidental ou pour l’étatisme chinois.

Ironie suprême, en cas de crise le capitalisme, en dernier ressort, fait reposer la « réparation » de ses propres désastres sur l’Etat, sur la solidarité populaire et sur les dettes (pour relancer l’économie de marché et renflouer les entreprises en difficulté).

Si les ratages dantesques du « communisme » à la chinoise ou à la sauce URSS ont été une des pestes du XXe siècle (le capitalisme en était déjà une autre, et également au 19e), la poursuite du capitalisme est d’ors et déjà le choléra du XXIe siècle !
Et si on suit encore les nombreux idéologues extrémistes tels que Mariton ou Macron, nul doute que le capitalisme sera notre tombeau, un tombeau « pragmatique et innovant » pour sûr, un tombeau décoré de supers objets high techs bien lisses, mais un tombeau quand même.

L’idéologue Mr Mariton a raison de critiquer la Chine, mais il « oublie » quelques détails.
Les usines capitalistes occidentales ont été largement délocalisées en Chine et ailleurs pour que les profits des dirigeants de l’économie de marché persistent voire s’accroissent, pour que les peuples puissent consommer et faire tourner la machine, et pour résister à la concurrence mondialisée, c’est pas tellement du à la soi-disant « charge » des impôts étatistes (qui d’ailleurs servent à éduquer les employés des capitalistes et à leur fournir policiers, infrastructures routières, réseaux de communication...).
Et les produits faits en Chine débarquent ensuite en France par porte-container entier, y compris dans des magasins tels que « Action » dont Mr Mariton était fier d’aider l’implantation à Crest.
Et je ne vous parle pas de la très efficace et pragmatique idéologie capitaliste de spécialiser chaque région du monde dans quelques types de productions, pour ensuite faire circuler les produits à travers toute la planète en flux tendus. Bonjour le CO2 émis, les monocultures destructrices, les infrastructures de transport ravageuses. Et finies l’autonomie et la résilience dont tout le monde parle à présent, même ceux qui, comme Mr Mariton, veulent continuer à les détruire.

Pour Mr Mariton comme pour Mr Sarkozy en son temps, l’idée super audacieuse est de fournir aux pauvres d’ici des marchandises industrielles « hard discount » de mauvaise qualité produites en masse par des ouvriers et ouvrières exploité.e.s dans des pays qui méprisent encore plus qu’en occident les travailleurs et la nature (pollutions, destructions des milieux naturels qui favorisent les pandémies telles que le coronavirus, néo-esclavagisme...).
Par idéologie extrémiste archaïque et intérêt, au lieu de contribuer à changer ces structures économiques néfastes qui détruisent ici et là-bas la nature et les humains, Mr Mariton poursuit l’idée « audacieuse » de tout continuer comme avant en menant des opérations de verbiage et de cosmétique « écodynamique » , et de continuer à fournir aux pauvres des produits industriels frelatés à bas coût qui détruisent leurs vies, la nature, les animaux et même d’ailleurs les sacro-saints emplois.

Pourtant, d’autres idées seraient nettement plus audacieuses, bien meilleures pour les humains et les écosystèmes qui nous permettent quand même de vivre in fine, comme par exemple créer localement des structures de production et de distribution non capitalistes (hors économie de marché) permettant de rendre accessible des produits de qualité à tout le monde, y compris aux pauvres. Viser la qualité plutôt que la quantité permettrait de gagner sur les plans écologiques comme sociaux.
Pour avoir une vraie transformation positive et forte, c’est tout le système de production/distribution, le travail, les modes de gouvernance qui devraient être revus de manière audacieuse, avec l’ouverture à toutes et tous dans des formes de démocraties directes locales et d’autogestion partagée à inventer.
Mais tout ça est bien trop audacieux pour les personnes restées coincées dans les mythes des années 50, où la pub, l’agro-industrie pesticidée et l’hyper consommation à l’infini de produits à obsolescence programmée étaient la religion, une période où l’autoritarisme très vertical et très centralisé était de mise.

L’idéologie productiviste extrémiste et destructrice des humains et du monde vivant n’a pas de couleur politique, on la retrouve aussi bien en Chine que chez tous les politiciens de droite, d’extrême droite ou de gauche, et même parfois d’extrême gauche ou chez les « écologistes » mainstream.

Au lieu de gérer tant bien que mal les désastres écologiques/climatiques/sociaux en se faisant mousser sur la solidarité et la gestion de crise, nous allons devoir sérieusement mettre fin à ce qui les cause (la Croissance, la relance, la concurrence, le capitalisme, le productivisme, l’idéologie de l’économie de marché et de la production hyper-spécialisée d’exportation par région, les inégalités sociales...), que ce soit localement ou à d’autres échelles.
Ici, l’adage « guérir le mal par le mal » ne fonctionne pas.


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