Energie très chère : des usines s’arrêtent ou ralentissent, récession économique en vue, merci le capitalisme !

La société techno-industrielle n’est pas ralentie par l’activisme, mais par ses propres impasses

mercredi 21 septembre 2022, par Camille Pierrette.

Bonne nouvelle pour la biosphère et le climat : des usines sont obligées de fermer ou de ralentir du fait des prix élevés des énergies.
Pour les travailleurs en tout genre, qui dépendent entièrement de la mégamachine et de l’argent fabriquée par sa croissance « infinie », c’est moins fun : baisse de salaire, chômage et récession en vue.

Energie très chère : des usines s’arrêtent ou ralentissent, récession économique en vue, merci le capitalisme !
Des usines s’arrêtent, si seulement c’était définitif

- Les prix de l’énergie explosent, les usines s’arrêtent - De plus en plus d’entreprises, grandes et petites, annoncent restreindre leur production, parfois même l’interrompre, comme autant de voyants qui s’allument pour alerter sur la gravité de la situation.
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« Tout notre travail a pour but d’aider les entreprises à rester ouvertes, et pas à fermer. » Après Elisabeth Borne, la première ministre, qui assurait à la mi-septembre lors de la présentation des mesures d’accompagnement face à la crise énergétique, que « la sobriété, ce n’est pas produire moins », Bercy enfonce le clou : les usines, les entrepôts et les commerces doivent continuer à fonctionner malgré la flambée des prix de l’énergie. (sic)
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Production stoppée pour cinq mois dans le Loiret chez Duralex, possible arrêt dans le Nord de l’aciérie LME à compter du 31 octobre, activité au ralenti chez ArcelorMittal ou même divisée par deux chez Arc France… La liste ne cesse de s’allonger. A Custines (Meurthe-et-Moselle), près de Nancy, c’est une usine spécialisée dans les alliages qui appartient au groupe Le Bronze-Alloys, et emploie trente-deux salariés qui a annoncé sa fermeture vendredi 16 septembre.
« On savait que le coût de l’énergie allait exploser et on voyait de moins en moins de pièces en frappe arriver à l’atelier », raconte Yohann Claudon, représentant du personnel Force ouvrière, et opérateur sur machine.
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Au-delà de la sidérurgie, de la verrerie ou de la métallurgie, particulièrement énergivores, des dizaines de milliers de sociétés de toutes tailles sont menacées. Plus de la moitié des entreprises de taille intermédiaire, à l’activité le plus souvent industrielle, « risquent de devoir réduire leur activité » si les prix de l’énergie ne reviennent pas à la raison, « et 7 % de l’arrêter »
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Parmi les 22 000 adhérents de la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France (FEEF, principalement dans le secteur de la grande consommation), 42 % prévoient une baisse de leurs marges de plus de 30 % d’ici à la fin de l’année, indique Léonard Prunier, le nouveau président de l’organisation. La Confédération générale des petites et moyennes entreprises estime, pour sa part, sur la base d’enquêtes réalisées auprès de ses adhérents, que 150 000 entreprises sont menacées
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« Avant, le gaz représentait 10 % du prix d’un verre, c’est désormais 40 %, précise Guillaume Rabel-Suquet, le directeur des ressources humaines (DRH). On perd tellement d’argent… On ne peut pas tenir. »
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Duralex, autre verrier emblématique, installé dans le Loiret, s’inflige, lui, un régime plus sévère pour faire face à une facture énergétique de 12 millions ou 13 millions d’euros cette année, contre 2,5 millions en 2021. A partir du 1er novembre, son four sera mis en veille et sa production sera à l’arrêt pour cinq mois. Les 250 employés vont être mis au chômage partiel et toucheront 95 % de leur salaire.
L’énergie « est désormais notre premier poste de coût, devant la masse salariale, cela représente 40 % de notre chiffre d’affaires, ce n’est pas tenable »
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A Hagondange (Moselle), le groupe Ascométal a décidé de faire tourner son aciérie électrique essentiellement les nuits et les week-ends, pour bénéficier de tarifs plus modérés. Pour les 180 salariés concernés, « c’est un effort supplémentaire, après tous ceux qui ont été faits après le Covid », souligne Gazi Yildiz, secrétaire de la CGT. « Nous sommes prêts à nous adapter aux contraintes liées aux prix de l’énergie. C’est indispensable. Mais cette décision a de lourdes conséquences sur nos vies personnelles et familiales », ajoute-t-il. La direction a proposé une compensation financière que le syndicat a jugée insuffisante. Pour M. Yildiz, le recours au chômage partiel semble « inévitable pour la fin de l’année. »
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Mais chez le sidérurgiste, ce n’est pas le prix de l’électricité qui est pointé du doigt, mais plutôt la demande qui se fait plus rare sur les marchés mondiaux. « Nous n’avons pas l’intention de produire pour produire, alors que la demande n’est pas au rendez-vous  », précise un porte-parole du groupe. Un signe avant-coureur de plus de la récession qui menace.

Les adeptes fanatiques du capitalisme ne veulent pas subir les effets néfastes du capitalisme...

C’est le chaos destructeur de la civilisation industrielle qui entrave son fonctionnement, pas les activistes écologistes ou autres qui sont trop peu et souvent trop peu virulents, qui n’agissent qu’à la marge contre certains projets.

Travailleurs (ils sont totalement dépendants de l’emploi et souvent ils adoptent la même idéologie capitaliste/productiviste) et patrons s’effraient ensemble et solidairement de la baisse d’activité. Tout sont prêts à des efforts pour maintenir en vie la mégamachine qui détruit la biosphère et dérègle le climat (et donc démolit aussi leurs vies).
Mais malgré tout la croissance pourrait tendre vers zéro, la récession économique devient de plus en plus inévitable.
L’Etat et ses milliards d’argent magique va-t-il pouvoir indéfiniment contrecarrer les effets normaux et inévitables de l’économie de marché ?

Ces pauvres patrons qui le reste du temps sont des adeptes invétérés du libre marché et engrangent sans scrupules les profits réclament à présent de l’aide et de contrevenir sans vergogne à toutes « leurs règles de la concurrence libre et non faussée qui s’adaptent aux fluctuations des prix ».
Quand les prix bas du travail, des énergies et des matières premières leur permettent de faire tourner la machine à cash, tout va bien, ils adorent les règles du libre marché. Mais quand le fonctionnement du libre marché fait exploser certains coûts ils ne sont plus (ultra)libéraux, ils veulent des prix contrôlés, des aides...
Ils sont comme des joueurs qui veulent miser seulement quand ils touchent le jackpot.

Si le fonctionnement du libre marché a de nombreuses conséquences inacceptables, alors il faut le remettre complètement en cause à la base au lieu de chercher des rustines et de vouloir déroger à ses règles.
Les travailleurs, salariés, indépendants ou employés seraient bien avisés de lutter sérieusement pour la fin de la civilisation industrielle et la naissance d’autres sociétés au lieu de s’accrocher aux miettes empoisonnées et de plus en plus réduites que leur jette la mégamachine.
Une grève générale longue durée avec blocages et désertions (et mise en place d’activités de subsistance hors du marché et de l’Etat) seraient bien plus pertinentes que se réjouir de temporaires petites augmentations de salaires.

Covid, pénuries d’énergies, inflation, catastrophes climatiques, crise de l’immobilier en Chine..., tout semble converger pour provoquer cet automne et cet hiver une récession économique. Quelle ampleur et durée elle aura on ne sait pas.

En tout cas, la civilisation industrielle entre à présent dans sa phase de chaos croissant et irréversible. Les crises en tous genres succéderont aux crises pour ne former qu’une grande crise continue qui ira de mal en pis.
Avant 2030, ce sera la fin pétrole pas cher, et une grosse plongée dans la crise continue. Etats et capitalismes n’auront rien d’autre à promettre que la misère, la guerre, le chaos, les restrictions forcées, les catastrophes en série.
Les rustines et l’argent magique ne pourront alors plus guère empêcher la chute dans le précipice que la civilisation industrielle s’est creusé depuis des dizaines d’années. Et le problème c’est que nous seront entraînés avec elle au fond de l’abîme, ainsi qu’une bonne part des habitants non-humains de la biosphère.
Est-il encore temps de quitter le « Titanic » et d’accélérer sa ruine pour qu’il fasse moins de dégâts ? Sans doute
Existe-t-il une minorité conséquente et déterminée pour faire ça ? No sé
Pas pour l’instant, peut-être bientôt, peut-être pas. On est livré aux fluctuations de l’irrationalité humaine et des choix plus ou moins volontaires.


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