Ecole et armée : l’apprentissage de l’obéissance et de l’aliénation

Pour servir l’économie de marché et les puissants, apprendre à obéir sagement et à voir le système en place comme naturel est capital

dimanche 22 mai 2022, par Camille Z.

De la droite à la gauche, privée ou publique selon les cas, l’école est encensée Education nationale ou établissements privés, il s’agit de former les jeunes à leur intégration optimale dans la société existante avec les outils et concepts de cette société.
Or, problème, cette « société » est fondamentalement violente, destructrice, aliénante, injuste, antisociale, écocidaire, etc., et donc ses outils d’éducation sont fatalement à son image, créant un cercle vicieux culturel qui entrave les capacités d’évolution positive individuelle et collective.

Ecole et armée : l’apprentissage de l’obéissance et de l’aliénation
Globalement, l’école, comme l’armée, formate et écrase plus qu’elle n’émancipe

ARMÉE ET ÉCOLE : extraits choisis de 𝐿𝑎 𝑓𝑖𝑛 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑚𝑒́𝑔𝑎𝑚𝑎𝑐ℎ𝑖𝑛𝑒 de Fabian Scheidler

En 2019 Greta Thunberg s’adresse aux puissants de ce monde : « Je ne devrais pas être ici. Je devrais retourner à l’école de l’autre côté de l’océan ». Mais est-ce que Greta devrait retourner à l’école ? Et si l’école faisait partie du système écocidaire ?

« La mégamachine formée au début des Temps modernes a eu besoin, pour nourrir sa croissance effrénée, d’intégrer dans ses structures de plus en plus d’être humains. Ou plus précisément, elle avait besoin de corps, de corps qui fonctionnent, que ce soit dans l’armée, les mines ou les manufactures, de corps qui ne suivent pas leurs propres impulsions et leurs propres rythmes, mais des cadences mécaniques. Ces corps, il a d’abord fallu les fabriquer.
Et pour ce faire, il était nécessaire de briser le continuum de l’âme, de l’esprit et de la chair dans lequel les êtres humains vivent naturellement. L’un des plus importants instruments employés à cette fin à été l’armée. À côté de l’esclavage, l’armée est le système le plus abouti qui ait jamais été imaginé pour mettre l’homme sous tutelle. Elle représente une tentative radicale pour organiser les relations humaines sur le modèle de la machine, d’après le principe de l’articulation mécanique de la cause et de l’effet, c’est-à-dire du commandement et de l’obéissance. L’armée idéale n’a rien d’un organisme vivant, imprévisible et spontané. Avant même d’avoir physiquement tué la moindre personne, l’armée organise les humains sur le modèle de la mort. [...]
Pour mettre les corps au pas, un élément essentiel a été l’introduction massive de sanctions pour châtier toute infraction. [...] Toutefois, la discipline militaire ne s’est pas contentée de ce genre de rituels avilissants et asservissants. Ce qui lui importait, c’était d’investir et de rendre utiles tous les mouvements du soldat, de s’emparer de ses moindres gestes, de chacun de ses regards pour les intégrer au rythme d’ensemble, autrement dit : d’élaborer une “microphysique du pouvoir” (Michel Foucault) qui permette de pénétrer la chair au plus profond. [...]
Pour faire de son corps un automate docile dans les mains d’autrui, le subordonné doit lui-même participer activement à la maîtrise et à l’oppression de son propre corps. Il doit devancer le commandant qui risquait de le blâmer pour une main qui n’est pas au bon endroit ou une expression du visage qui n’est pas conforme au règlement. Il doit se transformer en commandant de lui-même. [...]
Un système qui ne repose que sur le châtiment tend à favoriser toutes sortes de résistances, d’obstructions, de sabotages et de désertions secrètes, voire pousse à la révolte ouverte. De plus, il coûte cher puisque le contrôle des subordonnés exige énormément de surveillance. C’est pourquoi les experts militaires se sont rapidement rendu compte, à l’instar de leurs collègues pédagogues, qu’il est bien plus efficace de transformer le système unidimensionnel de sanction en un système bidimensionnel de notation prévoyant de récompenser les comportements que l’on souhaite voir advenir et de sanctionner les autres. [...]
Les évalués deviennent les surveillants d’eux-mêmes. Le stade ultime de ce développement est atteint quand les gens ont tellement intériorisé ce système qu’ils croient suivre leur propre volonté quand ils ne font de fait que remplir les exigences du système. Le mode d’organisation de l’armée a servi au cours des siècles de modèle à un grand nombre d’institutions : la prison, la maison de correction, l’usine, le sport ainsi que l’école.
Mais le système scolaire moderne ne s’est pas seulement inspiré de l’armée : il plonge aussi ses racines dans les écoles monastiques [...] L’école moderne est née de la rencontre entre l’ascèse chrétienne et le dressage militaire.
Comme le monastère et l’armée, l’école repose d’abord sur l’enfermement : un groupe déterminé de personnes est mis à part, à l’écart du monde extérieur dans un établissement fermé qu’elles ne doivent pas quitter sans en avoir obtenu la permission. Au sein même de l’école, l’espace est soumis à une parcellisation minutieuse : chaque élève a sa place dont il ne doit pas non plus partir sans autorisation [...] les élèves doivent être assis de telle sorte que le professeur puisse tous les embrasser du regard. [...]
Chaque parole devient un ordre censé entraîner une obéissance immédiate. Comme dans l’armée, tous les muscles sont concernés, la mise au pas des mouvements doit être totale, aucun écart ne peut être toléré [...] Le but d’un tel dressage était de créer une machine à apprendre fonctionnant sans frictions [...] Dans la salle de classe, un élève n’a [...] ni le droit de prendre la parole, ni celui de se déplacer de sa propre initiative, mais seulement sur ordre d’une autorité. Il ne lui est même pas permis d’aller de lui-même prendre l’air à la fenêtre. Il ne doit pas communiquer avec son voisin de table [...]. Même les prisonniers en maison de réclusion ont plus de droits que les écoliers en salle de classe.
De prime abord, la persistance de ce système a de quoi surprendre [...] Mais dès qu’on y regarde de plus près, on comprend que si l’institution scolaire refuse tellement d’évoluer et d’apprendre, c’est pour une raison très simple. Dès le début, la raison d’être de l’école n’était pas tant d’enseigner des matières que d’atteindre un objectif pédagogique plus général : inculquer un mode d’être qui est indispensable pour pouvoir ensuite s’intégrer au mécanisme de l’économie – l’aliénation.
L’école prépare les élèves à accomplir des tâches interchangeables pour gagner des points dans un système abstrait de sanctions et de récompenses, au lieu de faire ce qui les intéresse et de développer des capacités susceptibles de satisfaire les besoins humains. Avoir assimilé une telle aliénation est la condition pour que les gens soient plus tard prêts à trouver leur place dans une économie aliénée. [...]
L’économie moderne a besoin d’être humains aliénés. À la place des centres d’intérêt personnels et de l’expérience du sens, elle met le salaire, une somme d’argent de valeur abstraite qui est censée dédommage d’un travail souvent ressenti comme absurde ou démoralisant – exactement comme à l’école où la notation se substitue à la satisfaction d’apprendre. »

(post de Floraisons)

Comment sont mis au point les programmes scolaires - OUI, TIENS, COMMENT ? PAR QUI ?

La dépossession politique généralisée des populations contemporaines s’observe et se perpétue de bien des manières. Parmi celles-ci, l’école est une des plus fondamentales. Aux yeux de la plupart des gens, l’école est pourtant une formidable institution, synonyme de liberté, d’émancipation, etc. Ça c’est le mythe.

La réalité, c’est que celui qu’on nous présente fièrement comme le père fondateur de notre système scolaire, le dictateur Napoléon Bonaparte, avait « pour but principal, dans l’établissement d’un corps enseignant, […] d’avoir un moyen de diriger les opinions politiques et morales ». Il s’agit toujours d’un des principaux objectifs de l’école. Former des sujets relativement dociles.

On remarque d’ailleurs que la plupart de celles et ceux qui sont passés par — et qui confient leurs enfants à — l’école, ne se demandent pas (et donc ignorent) qui s’occupe de faire les « programmes scolaires », au moyen desquels les enfants sont programmés de manière à « maintenir une certaine morale d’État, certaines doctrines d’État qui sont nécessaires à sa conservation » (Jules Ferry). C’est ainsi que le « code de l’éducation » stipule que « la Nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République ». C’est-à-dire les valeurs de l’État. C’est-à-dire celles de ses dirigeants.

- Voir : https://www.partage-le.com/2021/07/20/lecole-ou-la-premiere-institution-au-service-de-la-domination

(post de Nicolas Casaux)

L’école se rapproche du milieu carcéral

Il est bien évident que l’école se rapproche du milieu carcéral : horaires, immobilité, contrainte, discipline, punitions et maintenant télésurveillance à tous les étages. (ET MASQUES + INJECTIONS !!) Les enfants naissent et grandissent dans un monde d’adultes déjà détruit. Fatalement ce que les adultes leur enseignent est une adaptation à la forme d’anéantissement qui leur tient lieu d’existence.

Comment supporter l’insupportable, comment accepter l’inacceptable voilà le principal de l’enseignement. Des soldats pour la guerre, des soumis pour l’usine, des vaincus pour les maîtres.

Le peu que je sais du monde dans lequel je surnage tant bien que mal, est d’origine extra-scolaire pour ne pas dire extra-terrestre, tant il faut s’éloigner des idées, non pas reçues mais infligées, pour retrouver un rien de bon sens.

Un jour nous serons libres et nos enfants grandiront dans l’amour et la liberté et ce ne sera pas le foutoir. Du reste, nos maitres essayent de nous faire passer le foutoir que nous vivons, pour un monde normal.

Ce que les hommes vivent actuellement est, pour moi, le résultat de l’ignorance, de la bêtise, de la folie et du goût criminel du pouvoir. Je ne vois rien de “normal” dans cette ahurissante foire d’empoigne que l’on appelle les marchés, rien de normal dans le pillage intégral de la terre, rien de normal dans le monde qu’ils essaient, entre autres par le biais de l’enseignement public, de nous faire passer pour “normal” autant que naturel.

Je n’ai pas été bon élève.

(post de Marie Eve)

Il serait temps de comprendre quel est le rôle fondamentalement néfaste de l’éducation nationale et du marché de l’emploi à laquelle elle prépare (malgré les actions parfois subversives à contre courant de certains profs ou employeurs), et de suivre l’exemple des jeunes ingénnieurs d’Agritech qui ont récemment appelé à la désertion, à la bifurcation.

Parfois, la situation de certains foyers et groupes sociaux est tellement dégradée dans cette société, que l’école officielle peut jouer un rôle bénéfique. C’est sûr que si vous êtes en train de vous noyer, n’importe quelle corde reliant à n’importe quelle galère esclavagiste est bienvenue.


4 Messages

  • Ecole et armée : l’apprentissage de l’obéissance et de l’aliénation Le 23 mai à 09:30, par rutabaga

    Tout à fait Simon,« Camille Z » (----) , ne s’est jamais déclaré contre la croyance en dieu.
    C’est pour cela qu’il ne se déclare jamais anarchiste dont la devise est « ni dieu, ni maitre ».

    - NOTE de RICOCHETS :
    avant de publier ce post, on a supprimé un passage qui ne respectait pas « l’anonymat » de l’auteur de l’article

    Répondre à ce message

  • Ecole et armée : l’apprentissage de l’obéissance et de l’aliénation Le 23 mai à 09:25, par Mr Thomas Boulenger

    Avant l’école ou l’armée, c’est avant tout la famille qui transmet le conformisme.
    Les structures aliénantes de la famille se trouvent reproduites en tous lieux : usine, syndicat, école, université, parti, armée, hôpital... A leur tour, ces structures sociales poursuivent l’œuvre entreprise par la famille qui, à travers la socialisation initiale de l’esprit, sécrète la « normalité » et les bases du conformisme.

    (Mort de la Famille - David Cooper)

    Selon les personnes qui interviennent dans les institutions, on peut en rencontrer certaines qui au contraire ouvrent la voix vers l’émancipation d’un conformisme imposé par la famille. Je me rappelle d’un prof d’histoire nous affirmant que malgré les apparences et la propagande les états unis ne sont pas et n’ont jamais été des amis, et que les relations internationales étaient toujours motivées par des intérêts mercantiles, etc...

    On ne peut pas échapper à une certaines forme d’intérêt collectif et donc de conformisme, le problème est quand celui ci devient génocidaire comme cela a été le cas avec le capitalisme qui en utilisant l’esclavagisme a engendré le racisme, mais aussi la destruction de notre écosystème et bien d’autres attitudes criminogènes.

    Répondre à ce message

    • Ecole et armée : l’apprentissage de l’obéissance et de l’aliénation Le 24 mai à 19:19, par Sandrine

      1- "le capitalisme qui en utilisant l’esclavagisme a engendré le racisme". Au capitalisme, il faudrait ajouter l’Islam, tout aussi esclavagiste, et le tsarisme, grand propagateur du servage. Il faudrait en ajouter tellement en fait que la thèse du capitalisme esclavagiste en devient...inepte.

      2- "A leur tour, ces structures sociales poursuivent l’œuvre entreprise par la famille qui, à travers la socialisation initiale de l’esprit, sécrète la « normalité » et les bases du conformisme." Vive la désocialisation générale, état naturel de l’homme. Marrant de voir Sartre du côté de Thatcher : Pour l’un "l’enfer c’est les autres", pour l’autre "la société n’existe pas".

      3 -On remercie les Talibans de préserver les filles des dangers de l’école !

      Conclusion - Oh misère de la pensée politique moderne !

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  • Ecole et armée : l’apprentissage de l’obéissance et de l’aliénation Le 22 mai à 18:15, par simon

    L O L ; « penser par soi-même », encore un mantra qui nous est venu de Californie, il y a quelques dizaines d’années. Et comme c’est un forme d’injonction, ça ne conforte pas la pratique de liberté de penser...
    « Penser par soi-même », au vu du déluge de références littéraires dont vous nous submergez, il semble qu’il y ait bon lieu de penser que le Pensée est essentiellement une œuvre collective, et elle l’est pour des raisons autant sociales que culturelles et psychocognitives, bref, je ne trouve pas ça si malin de reprendre les crédos des gourous de plastique. ( de quelle glande cérébrale mystérieuse, la pensée serait-elle le produit ?)
    Par contre puisqu’il semble que vous vous réclamiez d’un certain anarchisme, je vous rappelle que pour l’Espagne républicaine en lutte , le slogan : ni Dios, ni Amo« était pertinent ( l’amo - le maitre , étant surtout le grand propriétaire foncier), mais il ne faudrait pas oublier l’autre volet : ni Dios, ni Dieu ; et là je vous trouve extrêmement frileux, vous savez combien, en particulier en Espagne l’église était puissante et participait à la justification de l’ordre établi ; Franco avait toutes ses faveurs. N’oubliez pas non plus que des congrégations entières avaient pour tache » d’éduquer les jeunes espagnols", et pas toujours à l’aide d’une pédagogie bienveillante.
    Et pour ce qui est du cas des enfants autochtones kidnappés et formatés, pour extirper l’indien de leur cœur, les organisations religieuses n’ont pas hésité à prendre leur part pour faire le sale boulot.
    Trump et Bolsonaro sont tous deux partisans des sectes évangéliques (pour mémoire) ; oui je trouve qu’on ne vous entend pas beaucoup pour dénoncer le rôle intolérant et liberticide des religions, que souhaitez vous préserver, en définitive ?

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