Compte rendu soirée discussion : des actions locales concrètes pour sortir du capitalisme

Quelques notes sur la soirée du 11 avril à Crest

par Les Indiens du Futur.
Mis à jour le lundi 15 avril 2019

Voici quelque notes sur la soirée discussion du 11 avril à Crest.
Le thème était : Mettons en oeuvre des actions locales concrètes pour sortir du capitalisme.

Tout d’abord, constatons qu’à peine une vingtaine de personnes sont venues, c’est peu, d’autant que la moitié environ ne venait pas du Crestois. Pourtant l’annonce avait été publiée sur Ricochets.cc, sur sa version papier, sur Ensembleici.fr, sur plusieurs listes mails et même sur des groupes Facebook.
Remarquons que le 9 avril l’Hydre était bondée pour la soirée spectacle de chants italiens qui ont accompagné des luttes libertaires.
Force est de constater que le spectacle sur des chants contestataires du passé attire bien davantage que la perspective de cogiter sur des modes d’action dissidente et leur mise en oeuvre au présent. Ce n’est pas nouveau, ça explique qu’on subisse un tel désastre généralisé en phase terminale.

Malgré tout, une présentation a été faite et quelques discussions intéressantes ont pu avoir lieu.

Constat partagé

On est parti du fait que les présent.e.s étaient convaincu.e.s que le capitalisme (libre Marché, mainmise du Capital sur les moyens de production, concurrence, exploitation des travailleurs-euses, Croissance infinie, pouvoir des patrons et actionnaires...) était néfaste à tous les niveaux, et qu’il fallait donc l’arrêter et faire autre chose.
Donc viser non pas une économie alternative, mais plutôt une alternative à l’économie.
- Voir éléments de réflexion

se désintoxiquer du capitalisme

Certains ont rappelé avec raison qu’il n’était pas possible de véritablement « sortir du capitalisme » tant qu’il existait de manière hégémonique.
En effet, le capitalisme enrégimente de manière totalitaire la presque totalité de la planète et des êtres vivants qui la peuple. Il contraint tous les aspects de la vie de toutes les sociétés dites civilisées. Il est associé étroitement à l’Etat pour maintenir les peuples sous son joug et celui d’institutions anti-démocratiques armées. Il est donc impossible de lui échapper.
On peut donc juste s’entraîner à vivre autrement, améliorer notre sort en partie, préparer une éventuelle improbable future autre société a-capitaliste, créer des brèches matérielles et dans les têtes.
Il faudrait donc plutôt dire : « se désintoxiquer du capitalisme », ou « s’entraîner à vivre sans capitalisme », ce qui est entre autre utile pour éviter de retomber dans les ornières du monde actuel au cas où le capitalisme disparaissait totalement ou s’effondrait de manière importante dans certaines zones.

Les options possibles

On a listé les diverses voies d’actions possibles.
(en sachant bien sûr que le plus souvent les frontières entre ces « catégories » sont floues, les choses se mélangent et se superposent)

  1. Voie individuelle : décroissance, consommer moins, travailler un minimum pour le monde capitaliste, récup,
  2. Communautés : recherches d’auto-suffisance, des groupes soudés par une même philosophie de vie et objectifs. Il existe toutes sortes de communautés.
  3. Réseaux informels : des réseaux plus ou moins affinitaires, des ami.e.s, des collocs..., où on voit de l’entraide, parfois des activités ensemble, des partages d’outils et de lieux... Il n’y a pas de discours publique sur la critique du capitalisme, son rejet et la recherche d’autres voies. Il n’y a pas de véritable organisation, pas d’objectifs formulés clairement.
  4. Réseaux formels : coopération intégrale, Alternatives Agriculturelles, Réseau Autonomie Crest. Là il y a des discours publiques, des objectifs, des formes d’organisation plus présentes. (voir exemples)
  5. Entreprises coopératives : elles s’inscrivent plus ou moins dans le Marché, mais ont des pratiques non capitalistes en interne (même rémunération pour toustes, décisions collectives, partage égalitaire du capital et de la propriété des outils de production, envie affirmée de s’affranchir du capitalisme...)
  6. Pouvoir politique institué : les institutions politiques exproprient les capitalistes, collectivisent, rendent les terres et moyens de productions aux habitant.e.s qui décident comment faire pour vivre sans capitalisme. Ca rejoint les projets communistes, mais on se heurte au problème de l’Etat et de la démocratie à grande échelle.

- La « voie individuelle » permet de se désintoxiquer, de moins participer au désastre, de se libérer du temps pour lutter et faire autre chose que subir le travail et la consommation. Mais il n’y pas de construction collective d’autre chose, on n’apprend pas à produire et distribuer autrement ensemble.

- La plupart du temps, les « communautés » et « réseaux informels » sont dans la même optique. On trouve des astuces pour moins travailler, des interstices, on zigzague dans le monde capitaliste sans véritablement s’entraîner à produire et distribuer autrement ensemble. L’avantage, c’est qu’il y a des complicités, des apprivoisements, plus d’autonomies possibles qu’en étant seul.

- Les « réseaux formels » visent plus clairement des expérimentations dans le temps, l’acquisition d’autres manières d’envisager la satisfaction de nos besoins, avec des mises en pratique plus ou moins poussées. Il faut alors faire attention d’éviter l’entre soi et les illusions sur la portée des actions, et de ne pas tomber dans la bureaucratie et la rigidité.
L’avantage est que ça montre publiquement que d’autres voies sont possibles, et ça permet d’accueillir peut-être plus facilement des personnes diverses.

La ZAD de NDDL, avant les expulsions brutales de 2018, rassemblait un mélange créatif et mouvant de réseaux informels et formels, de communautés et d’individus, qui se libéraient de la main mise de l’Etat et du capitalisme.

- La portée des « entreprises coopératives » est plus limitée, elles sont davantage soumises au totalitarisme capitaliste que le reste. Des réseaux de coopératives échangeant entre elles essaient d’aller plus loin. Mais souvent les salarié.e.s doivent travailler énormément pour maintenir l’entreprise à flot au sein de la concurrence mondialisée qui exige toujours plus de compétitivité.

Toutes ces options nécessiteraient d’avoir beaucoup de monde impliqué pour espérer ralentir et mettre en difficulté le capitalisme.
L’Etat, le capitalisme et leurs gouvernements n’aimeront pas que des initiatives collectives se développent, et ils essaieront de les détruire si elles commençaient vraiment à les menacer même si elles n’utilisent que des moyens plus ou moins légaux (pas de squats ou de Zads).

- On a aussi évoqué brièvement des exemples de « pouvoir politique institué » qui essaient de s’émanciper de la forme Etat à une échelle plus large : Chiapas Zapatiste, confédération démocratique au Kurdistan. Si on évite les écueils autoritaires, cette voie peut avoir une portée importante, mais elles nécessitent des luttes et rapports de force à grande échelle ou des circonstances particulières, qui n’existent pas pour l’instant en france.

les autres voies sont de forcer directement le capitalisme à s’arrêter/s’effondrer

Vu l’urgence (écologique, climatique, sociale..) et vu que l’Etat et le capitalisme ne partiront pas tout seul, les autres voies sont de forcer directement le capitalisme à s’arrêter/s’effondrer pour arrêter la destruction du vivant et obliger à construire d’autres sociétés, par les moyens suivants :

  • Grèves importantes
  • Blocages des flux de marchandises et d’informations, et des noeuds économiques importants
  • Manifestations offensives et inventives
  • Emeutes, insurrections, pillages
  • Sabotages

- Voir notamment la stratégie de la « guerre écologique décisive » asymétrique imaginée par Deep Green Resistance pour des développements sur ces sujets.

on ne peut pas changer juste des bouts et faire du réformisme

Vu le côté verrouillé, global et totalitaire du capitalisme et de l’Etat, il faudrait idéalement que tout se fasse en même temps, et diverses formes d’insurrections et de sabotages semblent inévitables pour vaincre les résistances policières et étatiques, ou ne serait-ce que pour protéger les expérimentations d’alternatives à l’économie et à l’Etat.
En tout cas, face à une telle Méga-machine et face à l’urgence, on ne peut pas changer juste des bouts et faire du réformisme, c’est tout qui doit changer radicalement, donc depuis la base.

- Réseaux d’expérimentations matérielles et actions offensives pour arrêter/effondrer le capitalisme sont complémentaires :

  • Réseaux pour s’entraîner à vivre autrement et préparer plan B une fois le capitalisme arrêté. Ces réseaux peuvent fournir aussi des bases matérielles (refuges, argent, nourriture...) aux luttes conflictuelles directes et contribuer à la communication.
  • Actions conflictuelles pour défendre les zones alternatives et pour forcer un arrêt global et rapide, pour mettre en difficulté le fonctionnement des système marchand via le blocage, la perturbation ou la destruction de ses infrastructures.

Conclusions et questions

Cette soirée fut une prise de contact, mais rien de concret n’a émergé. Les présent.e.s étant déjà pour la plupart bien occupé.e.s.
Mais peut-être ça donnera envie à certain.e.s, à d’autres, de creuser ces questions ?

Cet article n’est qu’un résumé et une ébauche du sujet, il est simpliste et ne prétend pas brasser tous les aspects du problème.
N’hésitez pas à compléter en commentaires ou via d’autres articles.

Les gilets jaunes et leurs alliés ont avec courage et ténacité ébranlé un peu l’Etat et l’ordre marchand, mais il faudra bien davantage si on veut un basculement radical vers des sociétés solidaires, vivables et soutenables.

Combien de temps encore va t-on ignorer le fait que le capitalisme et la civilisation sont en train de détruire les bases du vivant et le climat ?

Va-t-on rester passifs parce que l’Etat nous laisse encore quelques aides sociales et le capitalisme quelques miettes ?

Va-t-on continuer longtemps à faire semblant de gober les fausses « solutions » du capitalisme « vert », des petits éco-gestes citoyens et de la consommation « responsable » sur fond d’éoliennes industrielles et de voitures électriques ?
Attendrons-nous les gros cataclysmes, c’est à dire quand il sera trop tard car le climat se sera auto-emballé sur fond de biodiversité détruite, pour nous rebeller vraiment ?
Nous réveillerons-nous seulement au seuil de notre auto-anéantissement du fait de notre incapacité à anticiper et à agir sans être aiguillonné par la survie immédiate ?

De manière générale, remarquons que dans la Drôme comme ailleurs, la plupart des humain.e.s préfèrent largement les fêtes et la bière (ou autres loisirs récréatifs) aux luttes et actions « constructives » radicales, et préfèrent les luttes au jour le jour à la stratégie et à l’organisation. « Du pain et des jeux » disaient César...

Quand l’ordre des priorités s’inversera, peut-être qu’on aura des chances d’arriver à changer de société. Quand beaucoup plus de monde fera passer en première priorité les combats et constructions globaux adossés à des stratégies et objectifs, en 2e les luttes au jour le jour et/ou sur des sujets sectoriels, et en 3e les soirées festives, alors on sortira peut-être de l’impuissance et de la répétition des échecs plus ou moins cuisants.


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