Comment stopper le résistible glissement de la gauche vers la droite extrême et l’immobilisme ?

Retrouver de la radicalité et des objectifs clairs au lieu de se contenter de réformettes et de vagues « non-reculs » ?

mercredi 2 juin 2021, par No Pasaran.

Une bonne partie du spectre politico-médiatique glisse de moins en moins insidieusement vers la droite extrême et l’extrême droite, même des pans entiers de gauche dérivent comme on l’a vu à la manif de la flicaille radicalisée du 19 mai.
Qu’en est-il au juste de la population ?
Comment stopper ce résistible (?) glissement ?
Obligation de toucher le fond de la vase pour espérer peut-être un jour rebondir parmi les ruines ?
Sortir de la verticalité des partis et de l’entre-soi ?
Opérer des amputations et recompositions salutaires au sein de la gauche avant que la gangrène ne bouffe tout ?
Laisser la gauche politicienne se noyer et attendre un possible surgissement autonome venu de populations révoltées ?
Mieux nommer ennemis et adversaires, qu’il s’agisse de personnes ou de structures sociales et économiques ?
Retrouver de la radicalité et des objectifs clairs au lieu de se contenter de réformettes et de vagues « non-reculs » ?
Abandonner l’anticapitalisme tronqué et le culte de l’Etat ?
Cesser de rapiécer le techno-capitalisme et l’Etat pour envisager et mettre en oeuvre sérieusement d’autres perspectives ?

Comment stopper le résistible glissement de la gauche vers la droite extrême et l’immobilisme ?
Mettre tout au compost, semer des graines et attendre la venue de nouvelles pousses ?

Peut-être que si on veut être libre, il faudra moins se reposer ?
Peut-être qu’il faudrait en premier lieu cesser d’être des « macronistes zombies » ?
- Extrait : "Les macronistes zombies croient :

  • que la France est malgré tout une démocratie
  • qu’il n’y a pas d’alternatives possibles au monde capitaliste
  • que l’économie capitaliste dite "réelle" est globalement une bonne chose
  • que la civilisation industrielle est une bonne chose, qu’il faudrait juste corriger et améliorer pour la rendre socialement supportable et écologiquement soutenable
  • que de nouvelles technologies (et/ou un nouveau gouvernement) permettront cette amélioration
  • que le progrès technologique et l’accumulation de biens sont une bonne chose
  • que la croissance économique et la création d’emplois sont une chose primordiale et globalement positive
  • que notre mode de vie occidentale n’est pas (ou peu) négociable
  • que l’existence de disparités importantes entre riches et pauvres n’est pas un problème en soi si il y a une certaine redistribution et des aides sociales adaptées
  • que la méritocratie par les études et l’assiduité au travail est une bonne chose"

- La rébellion est-elle passée à droite ? Entretien avec Pablo Stefanoni
L’extrême droite n’est plus ce qu’elle était. Cela ne signifie pas qu’elle est moins dangereuse, mais qu’elle s’est transformée. De nombreuses analyses développées ces derniers temps reprennent des idées anciennes qui ne correspondent souvent pas à la réalité, ou qui, à tout le moins, simplifient un phénomène plus complexe qu’on ne le pense. Pour comprendre ces nouvelles droites extrêmes et donc pour pouvoir les combattre, il faut les connaître, c’est-à-dire les étudier.
C’est ce que Pablo Stefanoni a fait dans son dernier livre, La rebeldía se volvió de derecha ?, publié en Argentine par Siglo XXI Editores. Il s’agit d’une étude essentielle pour comprendre les processus et les dynamiques qui transforment le paysage politique actuel. L’extrême droite est en train de construire un nouveau sens commun et la gauche, en négligeant de prendre ce phénomène au sérieux, commet une grave erreur, estime Stefanoni, historien, membre du Centre de Documentation et de Recherche sur la Culture de Gauche de l’Université Nationale de San Martin (CeDInCI) et rédacteur en chef de la revue Nueva Sociedad. Cet entretien a été effectué via Zoom depuis Buenos Aires.

- Voir aussi, sur France : le processus de fascisation en marche est-il encore stoppable ? :

  • LR et l’extrême droite : repose en paix, cordon sanitaire - Trois semaines après s’être déchirés sur l’attitude à adopter vis-à-vis de la majorité présidentielle, voilà Les Républicains contraints d’éclaircir leur rapport à l’extrême droite. Les propos de Guillaume Peltier, numéro 2 du parti, confirment que les digues sautent, les unes après les autres.
  • Manifestation de la police : les chaînes d’info co-écrivent l’histoire avec les syndicats de police - Le 19 mai, comme cela n’aura échappé à personne, les syndicats de police organisaient une manifestation devant l’Assemblée nationale à grands renforts de moyens (camion-tribune, écran géant, etc.) afin de commémorer la mémoire de leurs collègues morts en service au cours de dernières semaines, mais surtout de dénoncer un supposé laxisme judiciaire, tout en réclamant un énième durcissement du droit pénal. Une mobilisation très politique par ses mots d’ordre donc, bien peu respectueuse des coutumes « républicaines », largement inspirée et soutenue par l’extrême droite, et ralliée par le ministre de l’Intérieur, mais également par des figures issues de « partis de gouvernement » – y compris « de gauche » (PCF, EELV, PS). Malgré la portée symbolique et politique peu commune de cette manifestation, le récit en continu et en direct qu’en firent les chaines d’information fut d’une complaisance, d’une bienveillance et d’une empathie qui tranchaient pour le moins avec le ton réservé aux mobilisations populaires. Rien de surprenant puisqu’en réalité, la couverture de cette manifestation de colère policière fit l’objet d’une co-écriture entre journalistes et syndicalistes policiers.
  • Fury room, par Frédéric Lordon
    (...) Si nous voulons avoir la moindre chance d’y échapper, il y a intérêt à produire un peu d’analyse. En revenant sur ce qui fait la puissance motrice du front tsunamique fasciste, à savoir d’être une proposition politique de violence. Où les deux mots comptent. Violence d’abord, car, il faut bien l’admettre, l’extrême droite, quand elle fait cette offre pulsionnelle en temps de crise organique, y trouve un avantage compétitif redoutable : raccourcissement drastique des détours de médiation exigés de la pensée, focalisation sur une cause unique aisément identifiable, si elle est entièrement fantasmatique, présentation d’une solution réactionnelle immédiate – c’est, par excellence, le service de la pulsion qui, toujours, cherche ses voies au plus simple. Mais l’extrême droite tire aussi sa force d’articuler une proposition politique – sommaire, autoritaire, raciste, mais une catharsis à cette échelle est suffisante à faire une proposition. Par-là nous voyons au moins que ce qui nous précipite dans la fury-room nous indique également la seule voie pour en sortir : la voie de la proposition – d’une autre proposition. Mais de portée semblable : une proposition d’ensemble.
  • LA POSSIBILITÉ DU FASCISME – France, la trajectoire du désastre
  • L’appel pour les libertés, contre les idées d’extrêmes droite - Avec quelques remarques sur comment on pourrait sortir de l’ornière brune
  • À la notion d’effondrement qui dépolitise, préférons des basculements orientés par les luttes politiques - Jérôme Baschet & Jacques Philipponneau, des réflexions pour sortir de la société industrielle

A force de s’abîmer dans l’Etat, dans l’illusion qu’on serait en démocratie, les élections et le « réalisme » capitaliste, ce qui pouvait rester d’intéressant dans la gauche s’est-il dissout, évaporé dans le désir de plaire aux médias et aux masses ?

A force de faire sienne les « valeurs » du Capital (travail, croissance économique, propriété, libre marché...), la gauche a-t-elle encore un projet alternatif à mettre en avant ?

A force de pratiquer la verticalité et de dire que la démocrature en place est une démocratie, la gauche a-t-elle contribué à dégoûter des gens du concept de démocratie ?

A force de s’accrocher à l’Etat et ses institutions (police, école, frontières...), la gauche se coupe-t-elle de la possibilité de faire naître démocratie, horizontalité, libertés, autogestion, autonomie... ?

Comment stopper le résistible glissement de la gauche vers la droite extrême et l’immobilisme ?
Enlever les fruits pourris avant contagion à toute la corbeille ? Jeter tous les fruits et/ou la corbeille ?

Faut-il composter et brûler l’ensemble de la gauche « de gouvernement » (PC, PS et ses satellites, EELV, FI), en se disant que des cendres peut jaillir la vie ?

Dans tous les cas, à tous les niveaux, dans tous les groupes, depuis les individus jusqu’aux partis, de nombreux temps de réflexions stratégiques et tactiques approfondies s’imposent, afin de dégager peut-être des alliances, complicités, stratégies, discours et mode d’action en rapport avec la situation, afin d’éviter de continuer de s’enliser en répétant mécaniquement les formules qui ont montré leurs limites.


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