Climat, écologie, société : les scénarios 2050 RTE, Ademe et Negawatt sont à jeter à la poubelle

Tous ces scénarios pour une neutralité carbone de l’économie en 2050 sont à côté de la plaque, indésirables, et ne peuvent pas marcher

jeudi 9 décembre 2021, par Les Indiens du Futur.

Cet automne, c’est la saison des scénarios pour la neutralité carbone à l’horizon 2050 : l’ADEME, RTE et Négawatt ont tous pondu divers scénarios sensés décarboner l’économie et les énergies utilisées, dans le but de nous vendre une durabilité de la civilisation industrielle :

  • Scénarios ADEME : Végétarisme, logements rénovés, technologies vertes… les scénarios pour une neutralité carbone en 2050 - Rénovation des logements, baisse de la consommation de viande, fiscalité environnementale... Dans un épais rapport, l’Ademe a dessiné quatre scénarios capables de conduire la France vers la neutralité carbone en 2050. Reste à les mettre en place. (...) Écueil majeur, mais révélateur de la déconnexion entre les différents enjeux écologiques : si la question du « vivant » est évoquée comme centrale, elle ne l’est que dans sa forme « morte » — consommation alimentaire humaine ou celle des animaux d’élevage, valorisation des végétaux en tant que biomasse, etc. En fait, aucun chiffrage précis n’est donné sur les impacts de ces projections sur la biodiversité et les écosystèmes. L’eau n’est également abordée que par l’entrée « irrigation ». Rien n’est dit sur les capacités des nappes et des stockages d’abonder dans le futur.
  • Scénarios RTE : L’air de rien, RTE défend une France nucléaire - RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité haute tension, a présenté six scénarios de production d’électricité pour 2050. Si tous prévoient d’atteindre la « neutralité carbone », la moitié font la part belle au nucléaire. Mais RTE n’a retenu qu’une hypothèse, sans étudier la trajectoire « sobriété ». Ce tour de passe-passe est critiqué par les écologistes.
  • Scénarios Négawatt : Un avenir sans nucléaire est possible, selon Négawatt - L’association Négawatt a présenté son scénario 2022 pour une France à la production électrique entièrement renouvelable et sans nucléaire d’ici 2050. Elle espère que ses propositions, urgentes à mettre en œuvre, seront reprises par les candidats à l’élection présidentielle.
Climat, écologie, société : les rapports énergétiques RTE, Ademe et Negawatt sont à jeter à la poubelle
Avant 2030, la consommation du charbon va exploser

Le problème, c’est qu’aucun de ces jolis scénarios centrés sur la question des émissions de CO2 ne se préoccupent sérieusement des destructions écologiques directes exercées par la civilisation industrielle, ni n’interrogent le rapport social capitaliste ou la forme Etat.
Ces scénarios sont donc en grande partie du vent.

Rappelons que la neutralité carbone peut s’entendre de diverses manières : diminuer fortement les productions donc les émissions, ou maintenir ou même augmenter le niveau de production en le « compensant » par des plantations « puits de carbone » ou en imaginant d’hypothétiques technologies de captation du carbone.
La plupart des Etats et des entreprises préfèrent la 2e option, qui a bien plus d’impacts négatifs et reste pour l’instant une chimère.

Tous ces scénarios 2050 sont indésirables

Ces scénarios parlent de manière « abstraite », sans tenir compte de la réalité politique du modèle dominant, ils plaquent des rêveries futuristes sur des rapports sociaux et des systèmes économiques chaotiques, brutaux et indésirables.
Tous ces scénarios veulent faire durer la civilisation industrielle, le techno-capitalisme et l’Etat, ils misent tous sur de la haute-technologie, du numérique, et du centralisme étatique et économique.

Ils sont donc tous indésirables car ils nous incarcèrent davantage dans le monde Machine, dans la dépendance totale à la technologie, à la technocratie planifiée et au marché capitaliste, dans des systèmes politiques autoritaires et non-démocratiques, dans l’économie totalitaire.

Ces scénarios 2050 ne remettent pas en cause le mythe du progrès par la technique et la possession matérielle, ni le productivisme ni le rapport délétère des civilisés aux mondes vivants.

Climat, écologie, société : les rapports énergétiques RTE, Ademe et Negawatt sont à jeter à la poubelle
Avant 2030, de plus en plus de forêts seront brûlées pour du bois-énergie

Ces scénarios 2050 ne peuvent pas marcher

Ces scénarios ne remettent pas en cause les fondements de la civilisation industrielle, ils n’interrogent pas l’existence des Etats ni les ressorts fondamentaux du techno-capitalisme, ils sont donc tous voués à l’échec même si on les désirait et qu’on essayait de les mettre en oeuvre.

L’Etat et le capitalisme marchent ensemble dans une quête de puissance pour maintenir en marche nos techno-sociétés termitière productivistes.
Il leur faut donc sans cesse innover, produire, contrôler, administrer, ce qui coûte déjà énormément d’énergies et de matières premières pour faire fonctionner les armées, les polices, les bureaucraties, les transports...
Il semble que le seul maintien en état des infrastructures existantes (routes, ponts, voies ferrées, réseaux de communication, bâtiments...) dépensent déjà trop d’énergies et de matières premières par rapport aux ressources. C’est dire l’ampleur du problème.

D’autre part, les impératifs incontournables du capitalisme (valorisation du capital, concurrence, croissance, innovations...) imposent de produire toujours plus,
quoiqu’il en coûte à la nature, aux humains et aux autres vivants.
Avec la concurrence, les entreprises doivent vendre moins cher pour garder les marchés, et donc produire toujours plus pour maintenir les marges indispensables à l’augmentation du volume d’argent. Le capital veut croître, il doit croître ou mourir étouffé sous les coups des concurrents. Le capital se fout de ce qui est produit et des conditions de production.
Cet inévitable productivisme forcené annulera les éventuelles économies d’énergies et de matières premières, les recyclages et les effets d’énergies alternatives éventuelles, et empêchera toutes les transformations sociales et économiques qui pourraient affecter la rentabilité et la quête de la Valeur.

Dans la réalité mondiale concurrentielle, les énergie se cumulent, elles ne se remplacent pas. Les énergies fossiles vont donc continuer, y compris les pires.

D’autant plus qu’on sait que le pétrole conventionnel va vraiment devenir de plus en plus rare, et donc plus cher, aux environs de 2030 (sans doute avant).
- Voir à ce sujet :
Crever de l’abondance du pétrole ou de sa rareté ? - Avec ou sans pétrole, la civilisation industrielle continuera à tout ravager
Extrait :

Une fois le pétrole plus rare et plus cher, que va-t-il se passer dans la plupart des pays du globe à votre avis (en l’absence de basculements révolutionnaires vers des sociétés soutenables et vivables) ?
La civilisation industrielle et ses structures en manque d’énergies pétrolières vont se tourner vers les pétroles non conventionnels (pétroles de schiste moins rentables et largement plus polluants à extraire), et aussi vers la reprise du charbon, les forêts pour les brûler, ce qui va encore aggraver les émissions, destructions et pollutions.
Les fantaisies partout rabâchées du tout électrique décarboné ne marcheront pas, et certainement pas pour tout le monde, et pas dans un délai aussi bref, et puis ces énergies dites « vertes » consomment aussi des énergies fossiles et des matières premières pour servir un système de toute façon délétère, surtout si on les déploie industriellement à grande échelle.

Avant 2030, vu les difficultés d’approvisionnement en énergies annoncées, notamment pour les pays moins industrialisés, il n’y aura pas une décarbonation des énergies et de l’Economie, mais au contraire une augmentation importante des émissions et des dévastations (déforestation, pollution, extractivisme accru pour alimenter les énergies alternatives et le techno-numérique) malgré une certaine baisse de production dans certaines zones du fait de pénuries d’énergies primaires ou de matières premières.

Climat, écologie, société : les rapports énergétiques RTE, Ademe et Negawatt sont à jeter à la poubelle
Avant même 2030, la déforestation va exploser, pour alimenter les usines et pour le chauffage des particuliers aux abois

Ces scénarios 2050 ne sont donc que de la poudre aux yeux indésirable, illusoire et dangereuse, un dérivatif pour empêcher les ruptures radicales nécessaires, ils feront flop et on se retrouvera avec une grosse gueule de bois face à une situation aggravée, où les risques d’emballements incontrôlables du climat et de boucles de rétroactions auront considérablement augmentés. Tandis que les écosystèmes et donc aussi nos moyens de subsistance se seront encore dégradés, réduisant encore les possibilités d’autonomie.


Arrêter et démolir la civilisation industrielle est difficile et entraînerait des situations compliquées, mais au moins il deviendrait réaliste de parler du maintien de l’habitabilité de la Terre, et ce serait nettement moins chaotique et brutal que de poursuivre les chimères de rendre bio-éthique-durable-décarbonée la civilisation industrielle à coup de technologies et de scénarios 2050 hors sol qui ne font qu’aggraver les problèmes en maintenant ce qui les cause.

P.-S.

- Complément :
Le plus beau cadeau de Noël : la catastrophe inévitable
Tout le monde connaît bien ce dicton russe de l’ère soviétique : plus c’est catastrophique, plus il faut se tordre de rire.
Il ne va donc pas manquer d’occasions de mourir de rire.
Ici je voudrais m’opposer au « catastrophisme éclairé ». Cette doctrine qui prétend que l’annonce de la catastrophe (écologique ou virale, ce qui revient au même) aurait le pouvoir d’empêcher la catastrophe (le grand dénouement du théâtre humain). Et serait capable d’empêcher la catastrophe annoncée (retourner le retournement) par un sursaut « de conscience », par l’éveil (le fameux woke, l’awakening), ou à la manière Jéricho des idées qui font tomber les murailles psychiques, de l’éveil au dessillement. (...)


1 Message

  • Climat, écologie, société : les scénarios 2050 RTE, Ademe et Negawatt sont à jeter à la poubelle Le 9 décembre 2021 à 14:14, par Sayyuf

    Toujours cette attitude puérile qui critique tout mais ne d’extrême gauche dont le souhait est de n’être jamais au pouvoir pour, depuis le confort de l’opposition, lancer un regard aristocratique sur le reste du monde « Voyez comme nous sommes supérieurs ! » Et voilà cette extrême gauche qui à force de puérilité, de refus du collectif, d’acquaintance avec le libéralisme extrême - plutôt ma gueule non vaccinée et que les autres crèvent plutôt qu’on touche à MA liberté, qu’on empière sur MON égo. Non, ce n’est pas Zemmour qui monte, c’est la gauche - NPA, LFI, etc- qui , à la suite du PS, qui s’écroule, à force de renoncement à ses valeurs, à force de coupure avec les plus modestes.

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