Bilan et perspectives pour la suite après 54 jours de grève ! Ensemble, imposons bien davantage ?!

Vidéo de Annasse Kazip RATP et du porte-parole du PTB Belgique + quelques suggestions

mardi 28 janvier 2020, par Camille Pierrette.

Voici deux vidéos pour réfléchir à la suite, suivies de mes remarques.

1. 🚨 Live Anasse Kazib - Répression à la RATP - Bilan et perspectives pour la suite après 54 jours de grève ! #OnlacheraRien

https://www.youtube.com/watch?v=BAMapfe3Ams

Mes suggestions et remarques

J’aime bien l’intervention de Anasse, son côté pragmatique.
Car on sait qu’en France le régime macroniste se fout complètement des simples manifs, des défilés aux flambeaux, des grèves perlées et des perturbations de voeux, ce qui le fera plier sont les atteintes réelles à l’économie.
Vue la gravité de la situation et vu tout ce qui a déjà été mis en jeu par les travailleurs et toutes les personnes en lutte, il est inenvisageable de perdre et de laisser passer cette contre-réforme retraites, on doit donc continuer.

Nous sommes le pouvoir, le pouvoir collectif qui détruit les pouvoirs oligarchiques

Anasse a raison de rappeler qu’il faut une grève forte tous en même temps, de la durée qu’il faudra, coordonnée entre tous les secteurs qui veulent vraiment faire la grève reconductible, sans passer par les directions syndicales. Si notamment des secteurs clés de l’économie font en même temps une grève longue et dure (logistique, ports, raffineries, énergie, transports, transporteurs ?), le régime macron est cuit.

Mais je pense aussi qu’il faut aller plus loin comme le dit Raoul Hedebouw du PTB Belge, avoir de l’audace, sortir du cadre.
C’est à dire ne pas faire tout cet effort collectif juste pour imposer le retrait de la contre-réforme retraite, mais exiger bien plus.
Même en restant dans une perspective classiquement réformiste, il y a matière à être nettement plus offensif.

Tout les secteurs en lutte devraient se rencontrer, gilets jaunes y compris bien sûr, lister ensemble toutes leurs revendications (améliorations, transformations radicales, retraits de mesures anti-sociales, etc.), et ensuite toute la coordination s’engage par écrit à ne pas cesser la grève tant que toutes les revendications de chaque secteur ne sont pas satisfaites.
Là ce serait de la vraie solidarité, et un vrai coup d’arrêt aux menées capitalistes et gouvernementales visant à tout piller et tout privatiser.

En effet, tant que chaque secteur lutte pour son coin, c’est mort, le gouvernement s’en moque, à part quand c’est un secteur clé pour lui comme les transporteurs ou les flics.
Par exemple, quand les hôpitaux ou les pompiers protestent, le gouvernement s’en contrefout car ils ont obligation d’assurer le service quand même et ils ne bloquent pas l’économie.
En revanche, si les revendications des pompiers et personnels d’hôpitaux sont mêlées aux autres, alors ils obtiendront satisfaction.

Avec une telle stratégie commune, une grosse grève permettrait en une fois de résoudre bien des problèmes, d’améliorer vraiment notre sort, et de contrecarrer pour de bon les menées antisociales du régime macroniste qui est au service du Capital.

Puisque dans un régime oligarchique centralisé les élections ne mènent à rien et que les partis sont de toute façon prisonniers du cadre capitaliste/financier (voir Grèce et Tsipras), c’est aux mouvements de révoltes et de grève de prendre le relai pour imposer des changements profonds et positifs.
De plus, ce serait tout à l’honneur des travailleurs en grève de prendre en charge aussi les revendications de secteurs sociaux piétinés par le Pouvoir, comme les sans-papiers, les chômeurs, les prisonniers, les SDF, les itinérants..., qui eux ont encore plus de mal à faire valoir leurs droits.

- Les saloperies gouvernementales anti-sociales présentes et passées à revoir complètement ne manquent pas, et on pourrait y ajouter les innombrables saloperies anti-écologiques à éradiquer, exemples :

  • les mesures anti-chômeurs via Pôle-emploi, les sanctions accrues et baisses d’indemnités
  • toutes les privatisations : SNCF, ONF, barrages, hôpitaux, aéroport, autoroutes
  • la 5G et le linky : à arrêter au plus vite
  • les petits et gros projets inutiles : à arrêter au plus vite
  • la loi de démolition de la fonction publique - L’affaiblissement partout du statut de fonctionnaire, pour qu’il devienne aussi soumis et précaire que la privé
  • les réformes pourries qui déplaisent aux profs et élèves (Blanquer, BAC...)
  • Les lois environnementales moins contraignantes pour les projets inutiles
  • Le sort des paysans, le soutien au bio local paysan
  • La précarité des étudiants
  • Revenir sur les lois anti-exilés
  • Interdir LBD et grenades explosives
  • Réformer complètement la police
  • La vie des itinérants menacée par une nouvelle loi
  • etc., etc., etc.
Grève générale insurrectionnelle

En s’inspirant des gilets jaunes, et avec un peu plus d’audace et de lucidité, ce mouvement de grève fort et coordonné (qui serait forcément assorti de blocages et de manifs) pourrait aller beaucoup plus loin et exiger également la démission du gouvernement, la dissolution de l’assemblée nationale, la remise à plat des institutions politiques pour les rendre démocratiques, voire, qui sait, des mesures fortes pour mettre en laisse pour de bon le capitalisme et sa finance ?

Quitte à devoir frapper fort et assumer des grèves longues et dures, autant exiger le maximum. Si on doit mettre l’économie et le gouvernement à genou pour obtenir UN truc, autant en exiger 10, 100, l’effort à fournir est le même.

Ayons conscience de notre force collective, c’est l’occasion historique d’opérer un grand virage, d’autant que si on laisse faire macron et ses donneurs d’ordre capitalistes, alors la suite sera beaucoup plus dure pour nous tous, pour le climat, pour les espèces vivantes.

Y a plus qu’à...

P.-S.

- Voir aussi ce post de Frustration :

LE SEUL "CRITÈRE DENIBILITÉ" QUE LE GOUVERNEMENT RETIENT C’EST LA CAPACITÉ D’UNE PROFESSION A LE FAIRE FLIPPER

Il y a donc des “spécificités” de métiers que le gouvernement est prêt à reconnaître face à la retraites, et elles sont étrangement corrélées à la capacité desdits métiers à le faire tomber en cas d’arrêt de travail : policiers (mais pas la police scientifique), militaires, routiers, contrôleurs aériens, pilotes et maintenant pompiers seront donc exonérés – en partie – de la réforme des retraites et du “travailler plus tard pour toucher moins de pensions”.

Les policiers et les militaires sont devenus les derniers remparts d’un régime qui n’a plus rien d’autre pour se protéger d’utiliser et d’abuser de la violence. Les pilotes et les routiers sont ceux qui peuvent paralyser la marche capitaliste des choses et fâcher les patrons.

Les pompiers ont (presque) gagné, parce qu’ils se sont illustrés par leur capacité à foutre des coups aux flics, et qu’eux, on ne leur confisque pas leur équipement de protection en début de manifestation. Sans compter évidement une formation sportive de haut niveau et un prestige social à toute épreuve, qui ne fait pas d’eux des “méchants casseurs” ou des gitans boxeurs à emprisonner.

Quelle est la leçon à retenir de ces exonérations successives ? On peut être épargné par la régression sociale à coup de lacrymo, lorsque :

1 – On est un corps précieux à la survie du gouvernement face à une insurrection. Les égoutiers vivent en moyenne moins longtemps que les militaires. Dans le monde, le travail tue bien plus que la guerre, mais les travailleurs n’obtiennent rien.

2 – On est en capacité de bloquer la “libre-circulation” des marchandises. Le capital s’accommode de franciliens écrasés les uns contre les autres sur des quais de gare pour traverser une capitale devenue trop cher pour eux, avec 1 RER sur 10. Mais il ne peut tenir plusieurs jours avec des semi-remorques en panne ou des avions qui ne décollent pas faute de contrôleurs aériens.

3 – On est équipé et formé pour résister aux “forces de l’ordre” et mettre le chaos dans Paris.

Quelle conclusion tirer de tout cela ? Que 30 ans de social-traîtrise politique et syndicale ont retiré aux travailleurs une partie de leur capacité à se dire et à dire à leurs patrons “sans moi, vous n’êtes rien”. Comme la gauche a nié la valeur du travail, et que désormais même une eurodéputée de la France Insoumise peut proposer et assumer des stages à 42h par semaine, c’est l’ensemble des salariés qui se sont retrouvés à intérioriser l’idée qu’on leur “offrait un travail” (une “opportunité” dans le cas d’un stage sous-payé), qu’ils représentaient un coût et non un prix, et ils en ont oublié progressivement leur force.

“Si je m’arrête, je bloque quoi ?” s’interrogent nombre de salariés du privé qui, en plus, ne sont pas comptabilisés s’ils le font.

Une classe laborieuse consciente de sa force et de ce qu’elle représente face à une bourgeoisie qui, sans elle, n’est rien, pourra triompher face à la cruauté sociale dont cette dernière fait preuve à son égard. Ça demande beaucoup de travail, mais depuis le début des gilets jaunes, on progresse collectivement sur ce terrain.

Et sinon, il reste l’insurrection.


2 Messages

  • Bilan et perspectives pour la suite après 54 jours de grève ! Ensemble, imposons bien davantage ?! Le 30 janvier à 23:39, par David H

    Salut et merci pour ce post avec moult sujets et réflexions intéressantes ! Je me permets toutefois une suggestion car nous nous interrogeons également sur la suite de ce mouvement, épuisés après 2 mois de lutte de manif et de grèves perlées... Pourquoi ne pas suspendre temporairement nos actions et décider nationalement d’une date de grève générale ? Ça aurait pour mérite de pouvoir nous reposer, nous ressourcer, nous organiser, nous coordonner, nous synchroniser au niveau Inter pro... C’est de cela que nous avons manqué, et forts de deux mois de connections et d’organisation on peut aujourd’hui penser faire quelque chose de bien, tous ensemble et en même temps, mais pour cela il faudrait une date commune... c’est le message porté actuellement par quelques AG locales et nous allons tenter de le transmettre au plus haut niveau histoire qu’il redescende.. imaginez un peu si devant toutes les entreprises on affiche des panneaux J-x pour la grève générale, avec tous la même date en tête. Imaginez a quel point on peut faire une communication dingue sur les réseaux sociaux jusqu’à ce que la presse s’en empare ! Imaginez a quel poi nt on peut organiser des caisses de grèves en amont en faisant flipper le gouvernement : « on va demarrer la grève générale et on a actuellement 22 millions dans les caisses de grève ! ». Imaginez que si on se fixe tous sur cette date, la moitié du boulot sera fait avant même s’y arriver : le gouvernement flippera grave du blocage a venir qui bien sûr sera reconductible ! La ça aurait de la gueule, on en reve mais si on y réfléchit bien on a aujourd’hui une situation idéale pour mettre en oeuvre cette fameuse grève générale ! Semaine noire ! La France a l’arrêt ! La France en marche s’arrête pour un temps indéterminé jusqu’à satisfaction des passagers ! Bref, je pense que le buzz peut être extraordinaire et qu’on doit effectivement aller vers ce genre de projet commun, mais ça se prépare ! Tant mieux, on a le temps ! Alors on dit le 20/03/20 ça vous irait ;-) ?

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