Au fond, le vrai problème n’est pas Macron ni même son gouvernement, le problème c’est l’économie, c’est le capitalisme

Ne luttons pas en vain contre les chiens policiers et les larbins politiciens, mais contre le système qui tient leurs laisses

par Camille Pierrette.
Mis à jour le jeudi 13 février 2020

Macron a beau être un tyran extrémiste, un sociopathe cynique et méprisant, bref un fou dangereux, sa démission ne changerait pas grand chose aux problèmes qui nous accablent. Un autre guignol prendrait sa place pour, de gré ou de force, mener à peu près la même « politique » ultra-capitaliste de la terre brûlée.
Idem pour la démission du gouvernement macroniste ou la dissolution de l’assemblée nationale des députés LREM fantoches.
Ces événements feraient toujours plaisir et marqueraient une victoire, mais ils ne seraient que de petits apéritifs, des friandises pour aiguiser nos appétits de transformations radicales.

Le monstre capitaliste rode partout

La démission du tyran ou la dissolution de l’assemblée nationale pourraient même être une ultime manoeuvre visant à neutraliser la révolte et à nous enfermer dans le marais gluant des élections et des jeux de partis au sein d’institutions antidémocratiques inchangées investies par les riches et les notables. Avec comme visée insidieuse de forcer un retour à la normale alors que c’est « la normalité » qui est le problème.

des friandises pour aiguiser nos appétits de transformations radicales

En effet, on voit bien que les gouvernements sont encore davantage qu’avant dominés et infiltrés par les pouvoirs capitalistes et financiers. C’est le système capitaliste qui imposent ses vues et intérêts par ses lobbys, son fric et des chantages divers. La menace des tout puissants investisseurs, des délocalisations, des dettes, le chantage à l’emploi ont très vite raison des éventuelles velléités (qui ont disparu depuis longtemps de toute façon) d’un improbable gouvernement social et incorruptible qui voudrait contrecarrer le capitalisme en faveur des peuples et du vivant.

Impossible de se contenter de la démission de Macron ou de son gouvernement

Les gouvernements, de gré (comme le macronisme) ou de force, doivent donc suivre les diktats capitalistes.

le problème c’est l’économie, c’est le capitalisme, c’est la tyrannie des actionnaires, des multinationales

Les flics et les merdias jouent les chiens de garde de ce système, et les politiciens sont de fait les larbins de l’économie.
Donc, si on veut de vrais changements, on ne s’en prend pas aux chiens et aux larbins, mais aux vrais maîtres (voir aussi Le CAC40 et ses milliardaires).
Au fond, le vrai problème n’est pas Macron et sa tyrannie ni même son gouvernement autoritaire, le problème c’est l’économie, c’est le capitalisme, c’est la tyrannie des actionnaires, du Capital, des multinationales, des grands propriétaires de terres et d’usines, des fonds de pension et des banquiers, la tyrannie de l’impératif de Croissance et de productivisme, la folie de l’extractivisme et du consumérisme, le problème c’est l’économie totalitaire, c’est la civilisation industrielle.

Voici un article avec en lien plusieurs textes édifiants et clairs, pour celles et ceux qui n’auraient encore compris la dangerosité du capitalisme, pourquoi il est irréformable et pourquoi il faut le détruire :
- Détruire le capitalisme avant qu’il ne nous détruise ! - Quand plusieurs auteurs se rejoignent pour asséner cette évidence que beaucoup refusent encore, préférant le déni et l’autruche

l’Etat et le capitalisme, les oligarques et les gros capitalistes, s’allient pour essayer d’assurer leur survie et leur domination dans les catastrophes

De plus, à présent l’Etat et le capitalisme, les oligarques et les gros capitalistes (et les cadres dont ils auront encore besoin), s’allient pour essayer d’assurer leur survie et leur domination dans les catastrophes sociales, climatiques et écologiques en cours et qui vont s’aggraver (catastrophes qu’ils ont créé...).
Au lieu d’enrayer les choses en transformant radicalement les structures sociales, politiques et surtout économiques, ils préfèrent continuer comme avant au mépris des humains et du vivant, et au risque de rendre la planète inhabitable (même pour eux au final, car ils ne pourront pas survivre indéfiniment sur une Terre étuve).

Pour ce faire, ils se partagent les rôles :

  • L’Etat et ses flics, ses casernes scolaires et militaires, se chargent de nous réprimer par la force pour qu’on se tienne sages et qu’on crève sans trop de bruit dans les cataclysmes.
  • Les capitalistes pillent tout ce qu’ils peuvent tant qu’ils le peuvent avant l’aggravation des catastrophes, afin de continuer à amasser et afin de se fabriquer des enclaves protégées petites ou grandes où ils espèrent survivre à l’écart de la populace affamée.
oligarques, bourgeois, ploutocrates, gros capitalistes iront se réfugier dans leurs ilots barricadés garnis de drones tueurs et de caméras de surveillance

Ensemble, unis, oligarques, bourgeois, ploutocrates, gros capitalistes iront se réfugier dans leurs ilots barricadés garnis de drones tueurs et de caméras de surveillance, ils laisseront les restes du monde crever en se contenant de piller ce qui reste (voir les films Mad Max) et de massacrer si besoin les récalcitrants à l’arme lourde.
Ils multiplieront les robots et dispositifs d’intelligence artificielle à la place des travailleurs car ces derniers risqueraient un jour d’être indociles.
Ils remplaceront progressivement les flics d’Etat par des robots policiers et des milices privées pour être sûr qu’ils réprimeront avec encore moins de retenue les révoltés afin de protéger les riches retranchés dans leurs bunkers et enclaves survivalistes. En effet, les flics d’Etat, malgré leur séculaire obéissance servile, sont davantage susceptibles de faire défaut que de véritables mercenaires ou milices privées payées au prix fort.

L’hydre capitaliste et ses nombreuses têtes

Retrouvez des analyses de cette situation sur :
- Seulement nous : l’écologie-contre-l’État, par Frédéric Neyrat, extraits :

« Nous, et personne d’autre ». - Il y a une scène bouleversante dans le dernier film de Todd Haynes, Dark Waters (2019), qui montre comment des produits toxiques utilisés dans la production de Teflon ont été déversés dans le fleuve Ohio. L’avocat, qui est passé du camp des multinationales à celui des paysans et riverains exposés aux substances toxiques génératrices de cancers, déclare : « Le système est truqué. Ils veulent nous faire croire que ce système nous protégera mais c’est un mensonge : nous nous protégeons, nous, et personne d’autre ».
(...)
Il est en effet de plus en plus difficile de ne pas savoir que l’écosphère va devenir inhabitable pour les êtres humains, condamnés à disparaître avec les autres espèces éteintes en masse, sur des terres infertiles et au bord d’océans asphyxiés. Macron le sait, Trump le sait, Poutine le sait. Ils ne sont pas dans le déni, ils savent, et prennent des mesures politiques en conséquence : non pas réduire les émissions de CO2, mais agrandir leur bunker, augmenter la taille des protections de leur propriété privée et le salaire des gardes du corps, adapter leur terrain de golf à la montée des eaux (ce que fait Trump en Floride). Qu’ils soient néolibéral-autoritaires, national-populistes, ou colonial-religieux, les États ont aujourd’hui pour tâche non pas d’éduquer ou prendre soin des populations, mais d’organiser la survie d’un appareil techno-industriel minimal pour une classe privilégiée. Celle-ci ne cherche plus la maximisation de son intérêt dans le futur, mais l’optimisation de sa survie dans le présent.

c’est bien le capitalisme qu’on doit détruire, destituer

En conséquence, impossible de se limiter au retrait de la dérisoire contre-réforme retraites du régime, impossible de se contenter de la démission de Macron ou de son gouvernement, c’est bien le capitalisme qu’on doit détruire, destituer, réduire au point de le rendre inoffensif.

« Les dominants n’ont plus besoin des 3,5 milliards de pauvres »
« Le changement climatique, ils ne le freinent pas »
« Le projet qu’il y a derrière c’est bien la destruction de la partie la plus pauvre de l’humanité »

En conséquence, le rôle des syndicats lucides et responsables n’est donc plus d’être de trop dociles partenaires sociaux de l’Etat et des capitalistes, de négocier et de discuter avec le régime la longueur ou la couleur des chaines.
Les syndiqués de base doivent forcer à présent leurs syndicats les plus combatifs à renouer avec leur passé révolutionnaire et anticapitaliste.
Les idéaux communistes et anarchistes, remis au goût du jour et renforcés des idées écologistes, devront revenir au premier plan pour chasser pour de bon les impasses réformistes et les illusions de l’ancien monde. C’est ça la gilet jaunisation générale.
Il faudra développer une culture de résistance dans chaque territoire, avec des assemblées de lutte permanente, la coopérations des alternatives, etc.
Il faudra créer des comités de soutiens aux grévistes, aux bloqueurs et saboteurs.
Il faudra occuper et autogérer les usines à conserver, stopper et saboter ce dont on ne veut plus, exproprier les grands capitalistes, occuper des terres et des bâtiments, créer des assemblées autonomes, et donc remettre en cause radicalement et concrètement l’économie et le travail ainsi que bien sûr la « démocratie » représentative, etc.

Affiche de mai 68

Quand l’Etat et le capitalisme ont fait sécession, fini de leur prêter allégeance ou légitimité.

Quand les institutions politiques et l’économie de marché ont totalement échoué à enrayer les catastrophes climatiques/écologiques (dont elles sont en réalité responsables et qu’elles ne peuvent ni ne veulent enrayer) et ne pensent qu’à sauver leurs peaux, fini de les respecter et de leur demander d’écouter. Elles n’ont plus ni autorité ni légitimité ni crédibilité.

Les régimes autoritaires, les monstres étatiques, le capitalisme sont à nus, ils ont fusionnés dans un monstre hybride, leurs dents apparaissent sans muselières et leurs griffes sans gants.
La situation montre davantage encore leur perversité et leur extrême violence.
Les écrans qui faisaient encore illusion se sont définitivement évanouis.
C’est donc aux peuples en lutte de s’organiser pour résister, de prendre la main pour imposer des sociétés viables et vivables.
Que ça nous plaise ou non, on n’a de toute façon pas le choix, le capitalisme et l’Etat ne nous laisse pas d’autres alternatives.

- Pour finir, un post vu sur Ecologie radicale (DGR, Earth First !, ELF, etc) :

Lorsqu’on voit les résultats annuels de la finance internationale, il est bien évident que le système capitaliste n’a pas la moindre intention de changer quoi que ce soit. Les dirigeants du monde pensent que ces résultats sont le fruit de leur travail et les conforte dans leur vision du monde. La multiplication des contestations reste cependant négligeable et marginale à leurs yeux. Les moyens de contrôle et de coercition de la population étant de plus en plus performants, les dirigeants équipent leurs forces armées de matériels destinés à semer la terreur.
De nombreux pays adoptent des dirigeants qui garantissent un ordre nationaliste ayant une politique répressive et restreignant les libertés individuelles. L’irruption de l’état mais aussi des plus grandes multinationales dans la sphère privée ne cesse de se banaliser. Le capitalisme déforme, intègre et digère la dimension écologique, dont les dommages résultent pourtant de son propre fonctionnement, pour la transformer en de nouveaux profits monétaires grâce à un Green New Deal dont se prévalent même certains écologistes avides de miettes de pouvoir.
L’année 2020 s’annonce dans la continuité de ce triomphe du capitalisme, en l’accentuant davantage encore. Mais il suffit de quelques grains de sable judicieusement placés pour stopper, pour saboter une machine, même bien huilée. J’adresse tous mes vœux aux grains de sable.

Une agrégation de grains de sable, ça forme une tempête...

Affiche de mai 68

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