Violence et non violence (contribution pour Atelier discussion à l’Hydre : légitimé, illégalité, violence, non-violence, pacifisme...?)

vendredi 3 mai 2019, par janek.

« La diversité des tactiques » voilà un terme qui me plaisait beaucoup lorsque je vivais au Québec et que je juge très important.

Effectivement dans les manifs au Canada et en Amérique du Nord on a (durant une dizaine d’année 2000-2010, avant que les flics ne respectent plus cette tactiques) séparés les manifestation en zones distinctes. Il y avait la zone verte pour les familles venant manifester pacifiquement et tranquillement, la zone orange pour les manifestants non violents mais plus résolus et la zone rouge pour les manifestants usant de sabotage et de résistance « physique ». Ces trois zones cohabitaient ensemble pour un même but et respectaient de faite les tactiques de chacun.e.
Je trouve à cette idée le côté génial de pouvoir mêler tout genre de personne qui veulent résister face au système et qui peuvent ainsi choisir la ou illes veulent pouvoir se tenir.

Finalement, là ou les luttes, souvent portent leurs fruits c’est quand il y a bienveillance et respect des travaux/tactiques de chacun.e.

Personnellement je ne crois pas aux pétitions, au lettre à Hulot et consort, au militantisme du clic internet, aux marches/ manifestation qui ne déborde pas des clous etc. mais par respect de cette diversité dont je parlais plus haut, je trouve primordiale que ces tactiques puissent trouver leurs place et j’en attend de même envers les tactiques de celles et ceux qui usent de sabotage, de résistance physique face à la police etc...

C’est grâce à la diversité des stratégies que la scierie dans le Morvan, le Center Parcs à Roybon, l’aéroport de NDDL et tous ces projets qui voient le jour ont pus être arrêtés.

La seul véritable violence vient de l’État
Lorsqu’il envoi son bras armé sur des manifestant.e.s bloquant un centre pétrolier, mutilant des gilets jaunes à la pelle, attaquant des lieux d’occupations à NDDL, à Bure, ou ailleurs.
Ou encore de ces banques qui exproprient ceux qui ne sont plus capable de payer leur dettes mettant des familles entières à la rue comme cela se voit aux États-Unis ou en Espagne.
Ou encore toute ces firmes exploitant une main d’œuvre peu cher dans des conditions déplorables.

Mais cette violence est « légitime » et insidieusement normal. Ne provoquant pas plus qu’un soupir, ou un geste las.

Et à côté de cela on arrive à diviser, à nous diviser, en exploitant médiatiquement l’image d’un.e jeune quelconque le visage couvert et un marteau dans la main en train de casser une vitrine du Crédit Agricole. OU est la comparaison ? Ou est la violence ? Quel réaction en rapport à cette violence de tout les jours ?!
Pour moi c’est un leurre. Une tromperie.

Quand je pense diversité des tactiques, j’accepte aussi cette violence qui entre en confrontation. Qui choisit ses cibles. On peut ne pas être d’accord ou même penser que ce genre d’action dessert un mouvement. De la même manière qu’une personne personnifiant un mouvement le dessert, ou une idée prenant le dessus sur les autres le dessert aussi. Selon moi en tout cas.

Du coup lorsque l’équilibre est si mal équilibré, que la résistance physique subit le joug et le dogme de la non violence, je prend toujours la parti de défendre et d’argumenter pour celles et ceux qui décident d’user de tactiques physique ce qui m’amène parfois à des petites perles telle que celle que je vais vous conter ci dessous.

L’autre jour, un homme m’a dis du haut de son age et de son immense savoir :
"l’Histoire a montré que la violence que tu préconises a toujours profité à ceux que tu dénonces". Je trouve étrange de sortir ce genre d’affirmation dans un pays qui ne cesse de valoriser la révolution française ou la résistance française lors de la seconde guerre mondiale. Deux événements historiques qui sont pour le coup emplis de violence.

Et pourtant personne aujourd’hui ne semble remettre en cause qu’il fallait pour résister au nazisme, poser une bombe pour faire dérailler un train de soldats allemands, ou un train de munitions. Alors qu’ils savaient qu’en représailles, les allemands fusillaient de simples habitants. Ces actes étant d’une extrême violence eux aussi mais jugés nécessaires.

Les penseurs de la non-violence tel que Gandhi, Mandela, King n’ont pas été des jusqu’au-boutistes de la non-violence.
Dès 1952 et ses premiers entretiens avec Albert Luthuli, Mandela milite pour le passage à la lutte armée : « La résistance passive non-violente est efficace tant que notre adversaire adhère aux mêmes règles que nous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. Pour moi, la non-violence n’était pas un principe moral mais une stratégie. Il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace »
Pour ce qui est de Gandhi, bien qu’initié à la pensée chrétienne et à son principe d’amour inconditionnel du prochain par Léon Tolstoï, avec lequel il entretint une relation épistolaire, Gandhi refuse d’abdiquer l’usage de la force. Ainsi se comprend le passage célèbre dans lequel il explique : « J’aimerais mieux que l’Inde défendît son honneur par la force des armes plutôt que de la voir assister lâchement et sans se défendre à sa propre défaite… Mais je n’en crois pas moins que la non-violence est infiniment supérieure à la violence et que la clémence est autrement plus noble que le châtiment. [...] L’idée ne nous viendrait pas que la souris est clémente parce qu’elle se laisse dévorer par le chat ».
(source : http://www.laviedesidees.fr/La-non-violence-est-elle-possible.html)

En faite malgré toute ces luttes, et quel que soit les tactiques employées, le capitalisme ne s’est, lui, jamais porté aussi bien. Donc commençons par nous remettre en cause pour tenter d’égrener des victoires face au monde tel qu’il est.

Je ne cherche pas à faire une apologie de la violence. Mais la violence "symbolique" doit être vue comme ce qu’elle est.
C’est à dire casser des vitrines de banques, des distributeurs, du matériel c’est attaquer de manière économique (aussi dérisoire que cela puisse être) des grandes firmes. Ce n’est pas un individu qu’on attaque mais du matériel, ou une fonction.
De même lorsque les habitant.es à Notre Dame des Landes se sont défendus lors des opérations policières ils ont utilisé aussi une forme de violence (dérisoire par rapport aux robocops d’en face) et sans cela ils se seraient fait expulser et l’aéroport serait en train de se construire.
Je ne me fais pas le chantre des ces actions mais je tiens juste à ce qu’elle ne soit pas dénigrer plus que d’autres actions.

Ce qui me parait absolument horrible par contre, ce sont les images de manifestants capturant d’autres manifestants "violents" pour ensuite les livrer à la police.
Nous sommes tous dans le même pétrin alors soyons tolérants encore une fois et ne jouons pas le jeu du pouvoir qui tente lui de diviser et qui ne se gêne pas pour utiliser la violence lorsque les actions débordent le cadre donné.

La violence ne doit pas être une fin en soit car elle reproduirait les même schémas qu’elle tente de détruire, mais elle peut être une tactique parmi d’autres pour combattre ce système injuste et inhumain.

Il est temps de détruire tout monopole et toute forme de violence légitime. Par violence légitime j’entends cette définition de Max Weber :
L’expression "violence légitime" fait référence au monopole dont dispose l’État pour le maintien ou le rétablissement de l’ordre public ainsi qu’en temps de guerre ou de risque de guerre. La violence légitime peut se traduire par une limitation des libertés individuelles. Elle peut aussi dégénérer en un terrorisme d’État et, dans certains cas, prendre la forme extrême de génocide.
La légalité d’une violence commise par un policier, par exemple, est une condition nécessaire, mais non suffisante à sa légitimité. La violence légitime ne faisant pas l’objet d’une définition juridique précise, dans la pratique, les juges ont progressivement délégué aux policiers la responsabilité de décider du lieu, du moment et de l’intensité de l’emploi de la violence légitime.

Selon moi le problème n’est pas tant de savoir quelle violence est légitime, toute violence devrait par nature être illégitime. Le problème c’est plutôt qu’il puisse y avoir un groupe d’individu, une région ou un État qui la revendique. Qu’une institution ou un groupe de personnes se posent comme garant de l’ordre est dangereux.
Cela leur permet de choisir un ennemi, de faire passer des lois liberticides (loi anti casseur, dernière en date), d’attaquer et d’assassiner des individus à l’autre bout du monde en appuyant sur un bouton , de protéger des entreprises privées qui ont les moyens de se payer la milice de l’état (voir Vinci, Areva et consorts….)
Quel sont les contres pouvoirs ? Que vaut notre parole face à la bavure policière ? Que se passe t-il quand la police rafle les enfants à l’école pour une histoire de papiers renouant avec des sombres pages de notre histoire ?
Beaucoup d’atrocités sont commises au nom de ce monopole de la violence légitime.

Pour casser ces cliché retrouvons nous à l’Hydre jeudi 9 mai à 19h pour en discuter et tenter d’avancer ensemble.

Vous pouvez aussi vous procurer ces bouquins pour avancer sur le sujet :

- "black bloc" de Francis Dupuis-Déri
- "Une fièvre impossible à négocier" de Lola Lafon
- « Comment la non violence protège l’État » de Peter Galderloos 


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