Témoignages de soignants sur l’épidémie, la crise sanitaire

Au delà des habituels graves « ratages » cyniques des gouvernements, c’est toute la civilisation capitaliste qui est le problème

vendredi 20 mars 2020, par Camille Pierrette.

Une sélection d’articles et de témoignages, venant de soignants ou liés au sujet.

  • « Il faut un confinement total », le syndicat Jeunes médecins demande à la justice de l’imposer au gouvernement - Ce syndicat réclame également que la population soit testée afin de confiner totalement les personnes contaminées et assouplir les mesures pour les non-malades, à l’instar de ce qui s’est fait en Corée du Sud.
  • Coronavirus : “Nous sommes seuls. La situation est absolument intenable”, le cri de détresse d’un directeur d’Ehpad
  • En France, on n’a pas de masques mais on a des grenades de désencerclement - En mai 2019, le ministère de l’Intérieur passait commande de 40000 grenades de désencerclement à destination de la Police Nationale et de la Gendarmerie Nationale (voir ici). Ce marché, d’une durée de 4 ans était attribué à la société Alsetex, qui se présentait il y a quelques années comme le « leader des produits pour la gestion démocratique des foules ».
    En juin 2019, le ministère de l’Intérieur passait un appel d’offres pour la commande de 25 millions de cartouches pour fusils d’assaut, destinés à la Police Nationale et à la Gendarmerie Nationale. Ce marché est lui aussi d’une durée de 4 ans (voir ici).
    Pour ce qui est des masques FFP2 dont devraient être équipés tous les personnels soignants et qui manquent un peu partout, le ministre de la Santé reconnaissait le 3 mars l’inexistence de tout stock d’Etat
  • Quand le soin passe par la punition. A défaut d’une politique de tests massifs et des protections suffisantes pour les soignants, l’Etat se dote de mesures qui facilitent et augmentent sa capacité à punir.
    Et les quartiers populaires servent de clip de propagande à une police raciste pour faire croire à la France que l’Etat gère la situation d’une main ferme pour cacher les années de mépris et de destruction à l’égard de l’hopital qui rendent aujourd’hui les soignants eux même sont contaminés ! - ETAT D’URGENCE SANITAIRE : UN NOM ET DES MESURES PUNITIVES QUI CONVOQUENT L’HISTOIRE COLONIALE - A l’heure ou j’écris, l’Assemblée nationale française est appelée à débattre sur un projet de loi permettant au gouvernement de déclarer “l’état d’urgence sanitaire” pour répondre à la pandémie globale du COVID 19 qui met en danger les plus vulnérables d’entre nous. Ce texte permettrait trois choses : le report légal des élections municipales, les dispositions concernant les entreprises mises à mal par la situation de confinement d’une partie de la population, ainsi que les différentes mesures permises par l’état d’urgence sanitaire lui-même. Je n’ai aucune autorité pour discuter ces deux premiers points, mais peut peut-être partager quelques réflexions tatonantes et incertaines à propos du troisième, étant engagé depuis quatre ans dans un travail (toujours en cours) de recherches et rédaction d’une histoire spatiale de l’état d’urgence français.

Bienvenue en France, 6e puissance économique mondiale :

- où l’on trouve des dizaines de milliards d’euros en 2 jours pour "aider les entreprises"
- où l’on a les moyens de tirer des centaines de grenades sur la population chaque samedi
- mais où les hôpitaux lancent des APPELS AUX DONS pour maintenir les malades en vie !

(post de Nantes Révoltée)

Les Hôpitaux de Paris lancent un appel aux dons !

Témoignage venu de Mulhouse

Je suis Patrick Cohen de Strasbourg. J’ai passé un long moment hier soir au téléphone avec un ami médecin, praticien à l’hôpital de Mulhouse. Ce qu’il me relate est tout bonnement stupéfiant, glaçant. Son épouse, elle-même infirmière a été infectée par le Covid-19, leurs deux enfants aussi. Elle souffre depuis 48 heures, les enfants vont bien, jusqu’ici... Ce virus qui semble ne ressembler à aucun autre déjà connu est incroyablement puissant, résistant, et très hautement contagieux. La situation vécue dans cet hôpital est franchement très compliquée. Nombre de soignants sont contaminés et la question se pose de la mise à disposition de protections suffisantes et adéquates. Actuellement, un des services de l’hôpital a été livré avec des masques périmés depuis plusieurs années. De toute façon ces masques sont insuffisamment efficaces pour assurer une protection suffisante. Les masques de norme FFP2 en nombre insuffisant sont réservés aux gestes les plus invasifs comme les intubations. Il était stupéfait de voir dans un reportage du 20 heures hier soir des gens se promener dans les rues de Paris, une caissière de Nantes, porter des masques de norme FFP2 alors même que les soignants en manquent et qu’ils sont en 1re ligne... Ils manquent de masques, bientôt ils manqueront aussi de combinaisons de protection... Ils sont submergés à l’hôpital de Mulhouse par la vague de patients qui arrivent quotidiennement et qu’ils ne peuvent pas soigner, faute de traitement... Qu’il ne peuvent plus sauver faute de respirateurs disponibles... Des gens arrivent aux urgences de Mulhouse souffrant d’insuffisances respiratoires « légères » et se retrouvent quelques heures plus tard transférés en réanimation tant leur état s’est dégradé rapidement, en quelques heures. L’évolution de la maladie est parfois fulgurante. Tous les âges sont concernés, malheureusement... Ça va des trentenaires jusqu’au plus âgés. Tout le monde est concerné. Les plus de 80 ans en état graves n’ont quasiment aucune chance d’en réchapper. Faute de pouvoir les intuber et les mettre sous respirateurs (il n’y en a plus de disponibles) beaucoup sont accompagnés jusqu’à la mort dans le cadre de soins palliatifs. Les personnes meurent, seules, sans aucune présence familiale ou amicale. Mon ami médecin à l’Hôpital de Mulhouse me disait consterné de voir la publicité faite autour de cet A320 militaire qui a amené 6 patients dans le sud alors même qu’il faudrait déplacer probablement 10 ou 20 patients par jours pour éviter la surchauffe. Consterné aussi de voir qu’il faut 10 jours à l’armée française pour monter un hôpital de campagne à Mulhouse, capable de recevoir 30 patients, alors qu’en chine les autorités ont monté en une semaine un hôpital capable de recevoir 1 300 patients avec tout le matériel adéquat. À l’issue de notre échange, il m’a dit « Patrick, tu connais du monde, passe l’info, témoignage pour moi qui suis en 1re ligne de ce qui se passe ici, à l’Hôpital de Mulhouse. Dis à tes amis, dits au plus grand nombre, de rester chez eux, de respecter scrupuleusement ce confinement décidé peut-être tard et qui permettra, à terme, d’alléger un peu le travail de soignants et de sauver des vies. Mulhouse et le grand Est sont en avance de phase. Nombre d’autres régions connaitront d’ici quelques jours, quelques semaines, la même situation. L’insouciance d’une partie de la population est insupportable pour les soignants qui risquent leur vie au quotidien à Mulhouse et ailleurs ». Voilà mon ami, tu voulais que je témoigne pour toi, message passé ! Comment te dire mon admiration, comment te dire mon amitié, comment te dire à quel point j’aimerai pouvoir t’aider plus. Ta colère, ton désarroi, j’espère que mes mots auront su toucher celles et ceux qui liront ce post. Qu’ils comprendront mieux la situation... A mon frère Jean Jacques qui démarre aujourd’hui son travail de soignant à la Pitié Salpêtrière dans un service fraichement converti pour recevoir les Covid-19 parisiens. A mon frère de 55 ans qui a refusé d’être écarté de l’équipe de soignants positionnés en 1re ligne du fait de son âge. Une fois encore, je n’ai pas été surpris par ta décision. Un nouvel engagement pour les autres, un de plus…. Comment te dire mon admiration, comment te dire mon amour. Ah, oui, un dernier conseil de sa part : « Si un de vos proches est touché par le Covid-19 et qu’il est évacué à l’hôpital, il faut IMPÉRATIVEMENT qu’il soit équipé d’un TÉLÉPHONE et de la CHARGE DU TÉLÉPHONE (prise et câble). Une fois à l’hôpital, il est impossible de visiter les malades. Le téléphone reste le seul lien avec l’extérieur et les soignants n’ont pas la possibilité de s’occuper de ça… ». Je suis Patrick Cohen de Strasbourg. Je ne suis ni un Fack News ni un oiseau de mauvais augure. Je suis Patrick Cohen de Strasbourg, aujourd’hui porte-voix de celle et ceux qui n’ont plus la force de mettre des mots sur ce qu’ils vivent. J’assume chacun des mots de ce post. Faites passer svp.

REMARQUES PERSO

La tristement habituelle et criminelle incurie des gouvernements et autres oligarques montre une fois de plus que les oligarchies électives, les Etats, les institutions si peu démocratiques sont un problème en soi. Leur existence est sensée être justifiée par leur capacité à anticiper les crises, à nous protéger, à faire une bonne gestion, or, les faits une fois de plus montrent qu’il n’en est rien (voir aussi l’échec logique des institutions pour les questions climatiques et écologiques), qu’ils entraînent plus de problèmes que d’avantages.

Il est grand temps d’en tirer vraiment les conséquences, de ne pas se contenter de changer les têtes, de juste virer ou condamner en justice un président ou des ministres, de juste faire quelques réformes, mais de tout remanier radicalement, de favoriser l’autonomie locale, les décisions collectives en démocratie directe, d’en finir avec l’opacité et les intérêts économiques primant sur tout autre considération.

D’autre part, les gouvernements et les Etats ne sont pas le seul problème. C’est le système capitaliste qui est une plaie irréformable, c’est toute cette civilisation industrielle qui détruit le vivant et fait le nid de telles pandémies, c’est ce système économique totalitaire qui détruit froidement le climat, les animaux et les écosystèmes.
A nous d’y mettre un terme au plus vite, de faire complètement autre chose.
Là aussi faire quelques réformettes, quelques nationalisations, quelques greenwashing, quelques aménagements ne changera pas grand chose. Ce sont les fondements matériels et idéologiques de ce système qui sont un problème, on doit changer radicalement de culture, pas juste relooker un peu quelques parties du Monstre pour se rassurer.

Etats, gouvernements, économies capitalistes, civilisation industrielle, fuite en avant dans la technologie, ne font pas partie des solutions, mais du problème.

Veut-on continuer à être des moutons menés à l’abattoir, qui payent eux-mêmes et cher le fonctionnement de l’abattoir, ses dirigeants et les flics qui nous endiguent, ou veut-on s’engager sur la voie de l’émancipation, de l’auto-organisation solidaire et responsable ?

Au delà des habituels graves ratages des gouvernements, c’est toute la civilisation capitaliste qui est le problème

Applaudir le personnel soignant tous les soirs

Applaudir le personnel soignant tous les soirs. Sur un balcon. Voilà le comble de l’hypocrisie pleurnicharde et moralisatrice, celle qui a permis de remplacer la politique par des bons sentiments. Ce qui était spontané chez les Italiens devient ici de la com à usage gouvernemental pour des incompétents qui savaient seulement dépouiller l’état pour donner à quelques uns ce qui appartenait à tous.
Parmi ceux qui applaudissent, combien ces vingt dernières années, ont bougé leurs miches pour aller voter ? Combien ont voté pour des partis qui dénonçaient la marchandisation totale de la société y compris de la santé ? Il y en a eu, pourtant, des occasions démocratiques de renverser la vapeur.
Je reprends les chiffres du camarade sénateur Eric Bocquet : en vingt ans, la population a augmenté de 7 millions d’habitants et les politiques austéritaires ont supprimé 100 000 lits dans le secteur hospitalier. « Et voilà pourquoi votre fille est muette » et pourquoi le « meilleur système de santé du monde » est submergé malgré l’héroïsme des soignants.
D’ailleurs, les soignants n’ont pas à être « héroïques », ils ont juste besoin d’être équipés décemment pour faire le meilleur boulot possible avec dévouement et compétence. Et ceci n’est pas non plus une « guerre » contrairement à ce que dit le Figurant : c’est une pandémie. Les métaphores ont ceci de confortable qu’elles vous donnent un petit air de poésie à la réalité la plus crue, la plus sordide. A défaut d’être évitable, cette pandémie était gérable avec une autre politique et on aurait empêché tous ces morts qui s’entassent dans le couloir d’urgences saturées dont on rappellera qu’elles étaient, dans la relative indifférence des applaudisseurs, en grève depuis des mois et des mois.
Et tiens, combien parmi ceux qui font clap clap avec les mains sont descendus dans la rue depuis ces vingt dernières années, se sont mis en grève pour essayer de ralentir le rouleau compresseur néolibéral ? Combien, sérieusement ?
Alors applaudir ? Parce qu’en plus il faudrait qu’on ne se sente pas coupables et qu’on se trouve si beaux dans ce miroir de la communion fraternelle et des belles images pour BFM ? Applaudir et retourner dans la cuisine avec 50 kilos de macaronis en poussant un soupir de satisfaction ?
On ferait mieux de réfléchir à l’après. Rien ne sera comme avant ? Vraiment ? J’attends de voir. J’espère le voir. Et si, en l’honneur de tous ces soignants, on se lève et on change les choses en refusant le discours sacrificiel et austéritaire qui cherchera s’imposer pour éponger les pertes des marchés ; si on retrouve l’esprit des Jours Heureux, alors là, oui, on pourra applaudir.

(post de Cornélius Rouge)

Buzyn, à efficacité variable

Si La Buzyn avait été aussi efficace que pour faire embaucher, son mari Yves LEVY, ex PDG de l’INSERM, comme conseiller spécial juridique en octobre 2018 !! (de profession immunologue, Levy n’a jamais fait de droit), les masques auraient été commandés, réceptionnés et distribués au personnel soignant !!!

La Sainte Nitouche et BarbaTrou ont oublié de confiner les militaires (Oise) ayant rapatrié les Français de Wuhan !!!

(post FB)

Je suis infirmière libérale g été hospitalière j ai 40 ans de pratique. J ai vu passer coup de gouvernement de réformes pourries mais là j ai la H A I N E ! !!!

Aide soignant / brancardier (double casquette) j’ai bien plus que la haine ! Nous connaissons à cause d’incompétents la pire facette de nos métiers de soignants. Courage à tous ! Comparé a Macron ; nous ferons notre possible pour aider les français !

Les éboueurs aussi sont en 1re ligne

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