Sortir du piège du méchant capitalisme financier transnational VS les gentils petits capitalistes nationaux

Social-chauvinisme ou anticapitalisme ?

mercredi 9 décembre 2020, par Camille Pierrette.

Voici une pierre portée à la réflexion sur les impasses des actions réformistes qui ne visent qu’une partie des problèmes sans s’attaquer aux structures et aux logiques générales :

LE LEURRE DU SOCIAL-CHAUVINISME

« Le "social-chauvinisme" est une vieille expression polémique utilisée durant la Première Guerre mondiale par les socialistes marxistes internationalistes (Lénine, Luxembourg, etc.) pour dénoncer les sociaux-démocrates qui soutenaient leurs bourgeoisies nationales respectives en usant d’une phraséologie pseudo-radicale… Aujourd’hui on retrouve le même type d’arguments sociaux-patriotes chez :

  • des intellectuels (Todd, Lordon, Michéa, Ariès , les équipes du Monde diplomatique et de Politis, à gauche mais aussi les mêmes arguments nationalistes chez des républicains de droite, Taguieff, Finkielkraut, etc.)
  • et des organisations (ATTAC, PCF, Parti de Gauche, MPEP, etc.).

Les membres de cette mouvance :

  • critiquent "l’oligarchie" (vieux concept d’extrême droite), la dictature de la finance et la Bourse (idem) ;
  • ils prônent un capitalisme industriel, productif, national et un Etat fort menant une politique keynésienne d’indépendance nationale, sans oublier, bien sûr, la défense des PME "bien de chez nous". »

Pour une discussion plus approfondie du social-chauvinisme, il y a ce texte conçu par des individus proches de la CNT-AIT

Avec cette vidéo, le Vincent Verzat et sa chaîne Partager C’est Sympa versent en plein dans le social-chauvinisme (et nous prouvent une nouvelle fois qu’ils n’ont à peu près aucune ligne directrice, qu’ils peuvent souhaiter une chose et son contraire en fonction du vent, et peut-être des opportunités financières qu’ils croisent). S’opposer à Amazon et son empire, oui, très bien, mais pas en glorifiant ou célébrant un bon capitalisme bien de chez nous, un digne et respectable capitalisme franco-français, pas en opposant le Mal (le mauvais capitalisme de l’Empire d’Amazon) au Bien (le bon capitalisme des entreprises, des commerçants et marchands français).

(post de Nicolas Casaux)

- Voir aussi :
Critique radicale du concept, formulé par Frédéric Lordon, d’ « Etat général » - A propos d’Imperium. Structure et affects des corps politiques, par Benoit Bohy-Bunel

Sortir du piège du méchant capitalisme financier transnational VS les gentils petits capitalistes nationaux
Attaquer franchement le coeur du monstres ou s’exciter en vain sur certaines de ses pustules ?

Remarques

Imaginons que, dans 10 ans, suite aux actions purement « non-violentes » portées par Attac and co, Amazon disparaisse miraculeusement du paysage (c’est impossible dans ce cadre bien sûr, c’est juste pour la démonstration).
Le problème, c’est que d’autres acteurs, eux, continueront à fond le commerce en ligne et la robotisation/numérisation du travail et de l’échange (ou émergeront pour remplacer Amazon), tandis que les capitalistes « plus traditionnels » continueront sans entrave leur entreprise d’exploitation et de pillage, et donc les ravages sur le vivant, le climat et l’humain continueront à s’accentuer.

Vouloir arrêter Amazon sans vouloir stopper le capitalisme, c’est comme vouloir sevrer un trader sans lui couper sa coke et ses lignes de crédit.
Amazon n’est que la continuation, en grand et avec d’autres moyens, de la logique capitaliste et marchande, logique qui est à l’oeuvre ...dans la plupart des dits petits commerces : acheter au moins cher, revendre au plus cher pour avoir du bénéfice, vendre des trucs fabriqués par des exploité.e.s en Asie avec des matériaux et des énergies venues des 4 coins du globe qui flinguent le vivant et les gens.
Plein de petits commerces se mettent d’ailleurs aux applis, au « click and collect », aux boutiques en ligne, etc.

Dans un système voué à la consommation et où les salaires stagnent, où les loyers et l’immobilier augmentent sans cesse, pas étonnant que les clients achètent là où c’est le moins cher, chez Amazon (après avoir acheté en masse dans les grandes surfaces) et au Hard Discount. D’autant que les consommateurs veulent (enfin, ceux qui peuvent dépenser plus que pour la nourriture et le logement) se garder du cash pour les loisirs ou les objets numériques (qui servent à acheter en ligne sur Amazon, entre autre).

Ok dans les petits commerces, y a des boulangeries, des restaurants et des bars avec des produits locaux à prix abordables, des librairies sympas, des magasins de producteurs. Mais on voit surtout pas mal de magasins de fringues, de luxe ou demi-luxe, de machins décos pour bourgeois ou pour touristes qui arrivent par containers d’Asie, de Turquie, du Portugal... Observez la gentrification de tous les centres villes solvables.
Ok c’est sans doute bien moins pire qu’Amazon.
Ok la petite entreprise individuelle qui reste à petite échelle ne pourra pas constituer un capital et devenir une puissance, mais elle participe à la culture néfaste de la quête du profit individuel et de la concurrence. Et si elle n’est pas suffisamment « requin », dans le cadre capitaliste, elle sera un jour ou l’autre bouffée par plus gros et moins scrupuleux qu’elle.

En tout cas, ce n’est pas en ciblant une excroissance du monstre, une pustule bien verte, fût-t-elle bien grosse, qu’on va niquer le dit monstre.
Est-ce qu’une énorme pustule fait plus de dégâts qu’une multitude de plus petites ?

C’est plutôt le coeur du monstre qui nous intéresse, son principe moteur, ses organes vitaux, son énergie primaire, pas la diversité des formes purulentes qui suintent de lui, prolifèrent et renaissent sans cesse sous une forme ou une autre.

Au bout de 10 ans de campagnes intensives peut-être Amazon sera réduit (ça m’étonnerait vu le contexte et les méthodes pour l’instant employées par les campagnes citées plus haut), mais des dizaines d’autres entreprises similaires auront fleuri, et les grandes surfaces et le Hard Discount continuent à fond, les industries continuent à fond à produire, la 5G veut s’implanter et créer de nouveaux marchés, augmenter la productivité et la compétitivité, l’armée veut tester les soldats « augmentés », etc.

Difficile de stopper une pustule plus pourrie que les autres si on laisse intactes les logiques, marchés et structures qui nourrissent la bête.

C’est pas très fun c’est clair, ça complique le problème, mais c’est comme ça.

Mais malgré tout, fuck Amazon bien sûr.

Des solutions pour terminer sur une note positive ?

Là je ne parlerai pas des moyens de lutter contre le système capitaliste, mais quelques mots sur ce qu’on pourrait faire à la place des commerces et entreprises « classiques » :

  • Multiplier les coopératives autogérées, sans salariés, où tous les adhérents se relaient pour faire tourner la boutique (c’est quand même mieux que de garder à tout prix des emplois de caissiers-caissières en Hyper ou de les remplacer par des machines)
  • De manière générale, réduire le nombre d’heure et se répartir les heures des emplois pas trop « compliqués » au lieu de les réserver à plein temps à certain.e.s
  • Aller cueillir directement chez les producteurs du coin
  • Organiser collectivement et démocratiquement la production et la distribution locale, avec des astuces pour que tout le monde puisse accéder aux « bons » produits
  • Exproprier les propriétaires de moyens de production
  • Supprimer toute forme de monnaie pour simplifier, pour sortir du système subjectif et compliqué de la valeur, pour en finir avec la spéculation monétaire, les différences de prix entre pays, l’accumulation d’argent - Tout serait gratuit et tout le monde contribue selon ses moyens
  • Variante moins radicale : rendre gratuits tous les besoins de base (à définir), et garder une monnaie pour le reste en distribuant un « salaire » à vie suffisant
Sortir du piège du méchant capitalisme financier transnational VS les gentils petits capitalistes nationaux
Blocage d’Amazon à Toulouse par des gilest jaunes (actu.fr)

2 Messages

  • Sortir du piège du méchant capitalisme financier transnational VS les gentils petits capitalistes nationaux Le 20 janvier à 17:31, par Anticapitaliste-non-primaire

    - « Le vilain spéculateur », par Robert Kurz (...)
    Mais la conscience qui prédomine actuellement dans les mouvements sociaux entend seulement critiquer le capital financier et non pas le mode de production capitaliste. Cette grille d’interprétation sert jusque dans les mouvements syndicaux et dans ce qui reste du marxisme académique, comme si l’on avait oublié la théorie formulée par Marx à propos des crises et de l’accumulation.

    Répondre à ce message

  • Sortir du piège du méchant capitalisme financier transnational VS les gentils petits capitalistes nationaux Le 17 décembre 2020 à 19:37, par Auteurs divers

    Des analyses sur le souverainisme et les ponts qui se forment parfois entre divers courants politiques :
    - Le Souverainisme est un business aussi juteux que la Chloroquine
    Revenir au concret, c’est aussi une manière de décrypter les logiques antisystème et en quoi, elles ne sont pas un anticapitalisme, mais au contraire un conservatisme parfaitement compatible avec l’ultra-libéralisme économique. Le projet lancé par Michel Onfray est certes un projet intellectuel, mais à le dissocier de sa réalité matérielle, on n’en saisit qu’une partie. Comme dans le cas de la majeure partie de ce qui se présente comme de “la libre expression” face aux “médias du système et de l’argent”. La mouvance anti-système est aussi, dans le haut de sa pyramide , un projet commercial intégral : chaque mois, chaque semaine presque, de nouveaux comptes sur les plateforme vidéos surgissent, de nouveaux sites émergent, de nouvelles revues en lignes. La plupart font vivre des acteurs commerciaux, et beaucoup sont pensées comme des start up. Beaucoup se cassent la gueule au bout de six mois, comme c’est le cas dans le monde des “entreprises innovantes” de la communication. Mais ce n’est une catastrophe que pour le petit patron dont c’est la seule boite, au dessus, il y a des producteurs qui tout en ayant des participations dans les émissions dans la catégorie “talk show traditionnel et provocant” développent aussi une offre de services aux acteurs politiques de l’anti-système.

    C’est d’abord sous ce premier aspect que sera abordé l’épisode Front Populaire. Dans la deuxième partie de ce texte, on se demandera sur la base de cet petit résumé matériel bien éloigné du noble débat d’idées, ce que Front Populaire a à vendre dans un secteur devenu très concurrentiel, le souverainisme transcourants, qui voit une partie de la gauche et l’extrême-droite se battre pour un illusoire monopole.

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