La guerre, insatiable terrain de pouvoir et de profit pour les puissants, moment de souffrances considérablement accrues pour les peuples, revient dans la bouche enfarinée de nos généraux et politicards bellicistes relayée par les médias dominants.
Ils prétendent à nouveau que leurs analyses et informations soi-disants objectives indiquent qu’une guerre majeure, ici avec la Russie, serait inéluctable et qu’il faudrait nous réarmer tout azimut en sacrifiant encore plus les questions sociales et politiques sur l’autel de la puissance et de l’impérialisme.
Même si leurs infos tenaient la route, on sait qu’il y a toujours de bien meilleures voies possibles que le militarisme et la guerre, comme défaire les tyrans ici et ailleurs, sortir du capitalisme et des impérialismes. Toujours, partout, les alliances internationalistes et émancipatrices des peuples par delà les frontières sont préférables à la soumission mortifère aux impératifs destructeurs des Etats et du capitalisme.
La guerre, comme le capitalisme, le néofascisme, la misère... n’est pas inéluctable.
Serons-nous suffisamment nombreux, déterminés et stratégiques pour résister aux progagandes guerrières et passer à l’offensive contre la mégamachine et ses accents militaristes ?

- Retour du service militaire, l’antimilitarisme invisibilisé, sacrifice des jeunes pour les profits des marchands de canons, soumission aux impérialismes... Ou bien ?
Macron met en place le retour du service militaire pour 2 milliards d’euros, les médias de masse font le service après-vente
Il l’avait annoncé et pour une fois il tient sa promesse. Dans un discours du 13 juillet dernier, Macron avait parlé « d’acceptation du sacrifice, jusqu’au sacrifice ultime », un mot qu’il avait déjà employé auparavant, comme s’il rêvait de sacrifier la jeunesse plutôt que de lui offrir un avenir désirable. Il avait dit vouloir « donner à la jeunesse un nouveau cadre pour servir, selon d’autres modalités, au sein de nos armées » pour lui « offrir un débouché à cette formidable envie d’engagement ». Comme si le rêve des jeunes était d’enfiler un uniforme et mourir pour des marchands d’armes.
Le Chef d’État Major des Armées de l’époque disait qu’il voulait « pouvoir mobiliser de la masse ». Son successeur vient de demander à la population d’accepter de « perdre ses enfants ». Les choses avancent vite : un « service militaire volontaire » sera bien mis en place.
Ce jeudi 26 novembre, Macron se rendra en Isère sur un site de l’armée, et va « proposer aux jeunes français âgés de 18 ans un service militaire basé sur le volontariat » dès 2026. Conscient de la difficulté à embrigader la jeunesse sans contrepartie, en tout cas dans l’immédiat, ce plan prévoit de payer entre 900 et 1000 € par mois les jeunes recrues, pour une durée de 10 mois. L’objectif est d’embaucher 50.000 réservistes supplémentaires. Cela va coûter 2 milliards d’euros d’argent public. Nous n’avons pas cessé de le répéter, mais il y a toujours de l’argent illimité pour l’armée et la police. Le néolibéralisme est en pleine reconfiguration : il détruit ce qu’il reste de l’État social pour redistribuer l’argent prélevé à la Santé, l’Éducation ou aux minimas sociaux pour l’injecter directement dans la machine militaire et répressive. Il n’y a pas de « réduction » des dépenses, comme le prétendent les économistes aux ordres, mais des choix budgétaires.
Quel est l’objectif de ce nouveau « service militaire volontaire » ? D’abord, réhabituer la jeunesse à entrer massivement dans les rangs de l’armée, à endosser le treillis, à tenir des armes de guerre sous les ordres d’officiers. C’est une opération d’endoctrinement de masse des nouvelles générations, qui s’accompagne d’une propagande accrue dans les écoles ou sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une première étape avant, à terme, de rétablir le services militaire général.
Pour l’instant, l’État français n’a pas les moyens d’enrôler de force des millions de jeunes dans l’armée, il faudrait plus d’infrastructures et d’instructeurs. Mais ce service « volontaire » pose les bases d’un retour de la conscription. Le Chef d’État major de l’Armée Fabien Mandon déclare d’ailleurs que « de nombreux voisins en Europe sont en train de réintroduire un service national » et qu’il s’agit « d’éléments qui sont à observer dans notre pays ».
Surtout, l’idée est de renforcer la réserve de l’armée : les généraux parlent de construire une armée « hybride » : mi-professionnelle, mi-citoyenne. En effet, l’armée française compte environ 200.000 soldats professionnels, payés, ce qu’on appelle les militaires d’active. Ils sont formés, vivent en caserne, coûtent cher à entretenir. Il y a aussi 47.000 réservistes, qui savent utiliser des armes et peuvent être appelés pour renforcer ponctuellement les soldats professionnels, pour des patrouilles, des déploiement ou même en cas de guerre. Le gouvernement veut renforcer cette réserve.
Le général Schill ne passe pas par quatre chemins : « J’ai besoin d’une masse importante, notamment compte tenu des risques de conflits plus importants. En tout cas, j’ai besoin de pouvoir mobiliser de la masse mais sans forcément l’avoir sous les drapeaux en permanence ». Une sorte d’armée de réserve de jeunes endoctrinés qu’on peut envoyer au front en cas de besoin, mais qui coute moins cher que des soldats entretenus en permanence.
Le modèle, cela pourrait être Israël. Dans cet État colonial et génocidaire, il y a une armée professionnelle, mais tous les citoyens sont aussi des soldats potentiels. Ils ont fait le service, et peuvent être mobilisés à tout moment. Presque tous les israéliens ont déjà été envoyés à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban. En dehors du front, les israéliens peuvent aussi être armés dans l’espace public. Israël est l’incarnation de l’État hyper-militarisé ou tout le monde peut faire la guerre en fonction des circonstances, et où toute la population s’identifie à son armée.
Face à cet horizon terrifiant, les médias de masse ne donnent toujours pas la parole à la moindre voix dissidente. Pourtant, personne n’a voté pour la guerre et le réarmement, il n’y a eu aucun débat sur le service militaire. Il est tout simplement ahurissant qu’aucun média, de Médiapart à Cnews, n’offre la moindre tribune aux paroles antimilitaristes. À lire la presse française, il y aurait une unanimité totale derrière les projets guerriers du pouvoir, ce qui est un problème démocratique majeur. Il y a pourtant, en France, des livres, des collectifs, des auteurs et autrices qui écrivent, pensent et agissent contre la guerre, l’industrie des armes et l’armée. Même avant la guerre de 1914, l’antimilitarisme était plus relayé qu’actuellement, où l’on observe une omerta totale.
Quand ils n’invisibilisent pas les idées antimilitaristes, les médias organisent carrément le service après-vente du gouvernement. Le journal 20 Minutes titre un article : « À partir de quel salaire seriez-vous prêt à faire votre service militaire volontaire ? Racontez-nous ». Il s’agit de rendre acceptable le fait de monnayer sa violence et sa vie. Doit-on rappeler que dans la Russie Poutinienne, le gouvernement promet aussi de fortes sommes et des dédommagements aux familles qui envoient un membre sur le front ukrainien ?
De même, Libération publie une tribune sidérante expliquant que « La France n’est pas prête à la guerre » et « vit dans un rêve de paix éternelle », que notre pays « refuse obstinément de se confronter au réel ». Le réel vu par Libération, c’est de foncer tête baissée vers l’abattoir.
Raphaël Glucksmann, entre deux interventions télévisées catastrophiques, réclame tout simplement « d’aller plus loin » avec « un service obligatoire » pour « assurer la cohésion de la Nation ». Louis Sarkozy plaide pour l’incorporation forcée des immigrés, en tirant au sort 10% des personnes étrangères pour les envoyer à l’armée. « De quoi » selon lui, « dissuader les migrants de rejoindre la France et, surtout de favoriser la cohésion nationale. La leçon est simple : que la caserne serve à fabriquer des Français ». C’est tout simplement une mesure qui date de l’Empire : les autorités de Napoléon tiraient au sort des jeunes hommes dans chaque commune pour les envoyer à la mort.
Dans cette surenchère de propositions horribles, faire vivre des contre-discours et discréditer l’armée est une priorité politique vitale pour le camp de l’émancipation.

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« Nos balles seront pour nos propres généraux » – L’Internationale
Alors que les nuages de la guerre menacent, que des milliards d’euros sont débloqués pour les marchands d’armes, que les discours militaristes sont de plus en plus violents, que l’on nous prépare ouvertement à faire des « sacrifices » et à « perdre nos enfants », les contre-discours peinent encore à exister.
Pourtant, rappelons encore et toujours ce fait essentiel : les courants socialistes, communistes et anarchistes, depuis qu’ils existent, reposent sur l’internationalisme et l’antimilitarisme. C’est-à-dire le refus de la guerre entre les peuples, le rejet de l’armée et de l’obéissance aux uniformes. C’est leur socle. L’Internationale, hymne composé à la fin de la Commune de Paris et toujours chanté par tous les courants de la gauche, comporte ces paroles :
« Paix entre nous, guerre aux Tyrans
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent ces cannibales
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux. »
Ce chant appelle ouvertement, en cas de guerre, à retourner les armes contre les chefs politiques et militaires plutôt que contre d’autres soldats enrôlés de force. Et si ces paroles avaient été appliquées, cela aurait épargné à l’humanité des rivières de sang, des hectares de cimetières et les totalitarismes au long du 20e siècle.
Le militarisme tue, mais il est aussi l’ennemi absolu de toute émancipation. Il est plus que temps de s’en souvenir.
source : https://contre-attaque.net/2025/11/22/nos-balles-seront-pour-nos-propres-generaux-linternationale/

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L’armée veut sacrifier nos enfants et demande aux maires d’organiser la propagande de guerre
On a longtemps surnommé l’armée française « la grande muette », car elle ne communiquait jamais auprès du public et commettait ses exactions cachée derrière le secret d’État. Ces derniers temps, l’armée a changé de méthode : elle ouvre beaucoup la gueule, et ça sent mauvais.
Lors du Congrès des Maires de France, qui a lieu tous les ans à la fin du mois de novembre et réunit 12.000 élus à Paris, le Chef d’État Major de l’Armée française est venu prononcer un discours sidérant. Celui qui dirige l’armée française, l’une des plus puissantes du monde, qui mène des opérations militaires permanentes loin de nos frontières, ne paie pas de mine. Il s’appelle Fabien Mandon, il est chétif sous sa casquette d’officier, et parle avec un sourire en coin pour annoncer des choses absolument terrifiantes.
Invité il y a quelques jours à l’Assemblée Nationale lors d’une commission de Défense, il expliquait tranquillement, avec un petit rictus, que l’armée française devait être « prête à un choc dans trois, quatre ans ». Le boss de l’armée estime que « la France a un rôle de ‘leadership’ à jouer pour entraîner les autres pays européens ». Notre pays, pointe avancée du militarisme sur le continent.
Devant les milliers de maires le 18 novembre, il a demandé aux élus municipaux de « préparer la population aux futurs conflits ». Selon lui, les maires ont un rôle clé pour endoctriner la population et permettre à l’armée de recruter plus de chair à canon. Fabien Mandon l’a de nouveau répété : la guerre mondiale est pour 2030, et il faut se préparer. « Le portrait est très noir et je crois qu’il faut le dire » a-t-il ajouté avec gourmandise. Il promet une « guerre hybride », qui repose autant sur les militaires professionnels que la population. Ainsi, il veut multiplier le nombre de réservistes par deux pour atteindre les 80.000 personnes. Il a déclaré que « les maires ont un rôle fondamental » car le « meilleur relais » auprès des concitoyens sont les élus locaux. « J’ai besoin que vous partagiez cette vision. Elle va susciter des inquiétudes et des questions » a-t-il asséné. En effet.
Ainsi, les mairies doivent relayer la propagande de guerre, pousser leurs citoyens à s’engager dans l’armée, mais aussi « faciliter l’installation des militaires dans leurs communes » avec des places en crèche, à l’école, des logements… C’est-à-dire offrir des privilèges aux soldats par rapport au reste de la population. C’est une déclaration gravissime : le néolibéralisme a saccagé les services publics, prive de nombreuses personnes d’un logement digne, mais il faut promettre de bonnes conditions de vie à ceux qui iront faire la guerre. C’est une façon abjecte de troquer des conditions de vie décentes aux personnes issues des classes populaires qui ont été privées d’avenir, en échange de leur vie.
Mandon demande également aux maires de « permettre les entraînements et les grandes manœuvres ». « Nous avons besoin d’espaces. S’il vous plaît, essayez d’avoir un regard positif sur ces action » : en effet, l’armée organise de plus en plus souvent des entraînements directement dans les villes. On peut voir des soldats armés jouer à la guerre civile dans les rues, devant des passants sidérés. Une façon d’habituer la population au pire. Pour Mandon, les maires sont aussi des « gardiens de mémoire » et il les invite à appuyer « les commémorations » militaristes.
Mais la déclaration la plus terrible de ce petit être assoiffé de sang est celle-ci : « Ce qu’il nous manque, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour défendre la Nation. (…) Il faut accepter de perdre nos enfants, de souffrir économiquement ».
Nos dirigeants veulent nous sacrifier, et ils le disent désormais régulièrement. Lors de son discours du 13 juillet dernier Macron parlait déjà, à propos de la jeunesse, « d’acceptation du sacrifice, jusqu’au sacrifice ultime », un mot qu’il avait déjà employé par le passé, comme s’il rêvait de sacrifier la jeunesse plutôt que de lui offrir un avenir désirable.
À la fin de l’été, le prédécesseur de Fabien Mandon, un certain Pierre Schill annonçait un nouveau « service militaire volontaire », et ne passait pas par quatre chemins : « J’ai besoin d’une masse importante, notamment compte tenu des risques de conflits plus importants ». Une sorte d’armée de réserve de jeunes endoctrinés qu’on peut envoyer au front en cas de besoin, mais qui coûte moins cher que des soldats entretenus en permanence dans les casernes.
Fabien Mandon vient de l’armée de l’air, il a été aviateur chargé de larguer des bombes dans le cadre de guerres impérialistes de la France. Il expliquait dans une interview au Point : « En Afghanistan, j’ai tué. Et je sais qui j’ai tué. Des talibans. J’ai une âme de combattant ». De 2012 à 2014, il commande une base nucléaire, avant d’être propulsé « chef d’état-major particulier » de Macron, qu’il côtoie depuis très fréquemment. À ce poste, il conseillait Macron sur la politique militaire à mener et était « chargé de mettre en œuvre le choix du président d’appuyer sur le bouton nucléaire ».
Sa dernière déclaration devant les maires de France a choqué. Notre pays est le deuxième vendeur d’armes au monde, il envoie ses soldats professionnels mener des « opérations extérieures » en Afrique et un peu partout dans le monde, il soutient matériellement le génocide de Gaza, mais la population n’est pas encore prête à ce qu’on lui dise aussi crûment qu’on va envoyer ses enfants mourir au front. Même les politiciens les plus modérés se sont émus de ce discours martial, même si on aurait tout de même aimé entendre une vive protestation des maires de gauche.
Ce jeudi 20 novembre, pour rectifier le tir, le colonel Guillaume Vernet, porte-parole de l’état-major des armées, a pris la parole pour compléter les propos de son boss. Et plutôt que d’être rassurant, il a martelé à son tour : « Subir une guerre de haute intensité, ça veut dire envisager des pertes. Des pertes militaires, souffrir économiquement. (…) Un pays qui n’est pas prêt à comprendre ça est un pays faible ». Ce vocabulaire de la force est scandaleux. Qui a donné mandat à ces militaire pour nous emmener vers la guerre ? Qui a voté pour la course vers le carnage ? Qui valide ces mots ?
En principe, le rôle d’un gouvernement est de tout mettre en place pour éviter la guerre, mettre en place des moyens diplomatiques et de désescalade pour protéger sa population, pas de la précipiter vers l’horreur. Ces discours irresponsables sur la force et la faiblesse, le sacrifice et les pertes, ce sont des discours quasiment identiques à ceux martelés avant 1914. Depuis, deux guerres mondiales, des dizaines de guerres civiles ou entre États, et la croissance phénoménale de la puissance de destruction des armées, avec l’invention de la bombe nucléaire, auraient dû nous prémunir à tout jamais de ce type de propos. Réveillons-nous.
Le colonel Vernet l’a encore rappelé : « Les forces armées ne sont rien si elles ne sont pas doublées de forces morales, au sein de nos populations ». Autrement dit, l’armée a besoin de notre soutien et de notre consentement pour aller vers la guerre. Nous avons donc encore une marge de manœuvre. Pour éviter le pire, il faut de toute urgence discréditer l’image de l’armée, rappeler l’horreur que représentent les guerres, et empêcher la mise au pas de la population derrière les uniformes.
source, avec des liens : https://contre-attaque.net/2025/11/20/larmee-veut-sacrifier-nos-enfants-et-demande-aux-maires-dorganiser-la-propagande-de-guerre/
Sur Le Monde, les généraux de France et d’ailleurs en remettent une couche : L’inquiétude du chef d’état-major des armées français partagée par ses homologues européens - Le général Mandon a fait polémique en invitant la France à « accepter de perdre ses enfants », évoquant l’éventualité d’une guerre avec la Russie. Mais plusieurs chefs d’état-major européens ont tenu récemment des propos tout aussi alarmistes (...) le général Mandon avait aussi eu des interventions au ton particulièrement grave, qui avaient marqué les parlementaires présents. « La Russie ne peut pas nous faire peur, si on a envie de se défendre », avait-il déclaré aux députés, alertant sur le fait qu’elle pourrait être prête à agresser l’OTAN « dans trois ou quatre ans ». (...) « Je suis sûr et convaincu » que la Russie est prête « à prendre d’énormes risques stratégiques pour obtenir tout ce qu’[elle] juge possible », a ainsi déclaré à Politico, le 19 novembre, le commandant en chef des forces armées suédois, le général Michael Claesson, évoquant « un conflit systémique » qui pourrait durer le temps « d’une génération ». (...) « L’ennemi a commencé à se préparer à la guerre. Il crée les conditions visant à saper la confiance du public dans le gouvernement, les forces armées et la police, tout en préparant le terrain pour une éventuelle agression sur le sol polonais », a précisé le général Kukula. (Pologne) (...) le chef d’état-major des armées allemand, le général Carsten Breuer, s’était confié sur un ton relativement inhabituel, en février, au détour d’une interview accordée à la chaîne de télévision canadienne CTV. « Nous constatons que la Russie se renforce, qu’elle se dote de nouvelles structures, qu’elle produit de plus en plus de chars de combat (…) cela m’effraie. Cela me fait peur », avait-il notamment déclaré, considérant que la Russie représentait une « menace imminente ».
(...) Le 15 novembre, (...) le ministre de la défense allemand, Boris Pistorius, a précisé ce calendrier. Alors que les experts militaires et la plupart des services de renseignement estimaient jusqu’à présent que la Russie pourrait être en mesure de lancer une attaque contre un Etat membre de l’OTAN « à partir de 2029 », il s’est fait l’écho d’évaluations récentes plus alarmantes. « Certains historiens militaires pensent (…) que nous avons déjà connu notre dernier été de paix »
Et Le Monde soutient les militaires : Après les propos du chef d’état-major des armées, la pédagogie sur l’effort de défense en terrain miné - Fabien Mandon a pris à témoin les maires sur la nécessaire prise de conscience de la montée des menaces liées à la guerre en Ukraine. Sensibiliser les élus n’a rien de choquant même si la polémique suscitée montre qu’il y a peut-être eu une maladresse affaiblissant le but recherché. (...) « On doit se préparer à une guerre de haute intensité, car c’est la meilleure solution pour l’éviter », avait déclaré le général Burkhard, juste avant de céder son poste durant l’été à Fabien Mandon. Fin octobre, ce dernier avait également demandé aux armées de « se tenir prêtes à un choc à une échéance de trois à quatre ans, qui serait une forme de test ». (...) Faire de la pédagogie sur la réalité de la menace russe est une nécessité. Les survols de drones au cœur des pays de l’OTAN, la guerre informationnelle permanente menée par Moscou, les actes de sabotage comme l’explosion d’une voie ferrée en Pologne mi-novembre, sans oublier un énième plan russo-américain qui n’est pas de nature à désamorcer l’agressivité de la Russie montrent que, si l’Europe n’est pas en guerre, elle n’est plus tout à fait en paix. Dans ce contexte, sensibiliser les maires, l’échelon de représentation le plus proche de la population, sur la façon de pouvoir participer à l’effort de défense nationale n’a rien de choquant. (...) La polémique suscitée montre qu’il y a peut-être eu une « mauvaise appréciation de situation », comme disent les militaires. Une maladresse, qui peut affaiblir le but recherché. Néanmoins, la forme des mots prononcés par le chef d’état-major des armées ne doit pas faire oublier la gravité de l’objectif : se tenir prêt à résister à l’agressivité militaire russe, si ce scénario se présentait.
Discours de Mandon : la guerre avec la Russie est-elle inévitable ?
https://frustrationmagazine.fr/mandon-propagande-russie/
Le 18 novembre dernier, Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, c’est-à-dire le commandant des trois corps d’armée (Marine, Terre, Air et Espace), qui est la plus haute autorité militaire derrière le président de la République, était invité par le congrès de l’Association des maires de France, une structure centenaire qui représente et conseille les maires du pays. Il y a tenu un discours d’une trentaine de minutes dont un extrait a fait polémique : “Si notre pays flanche, a-t-il dit après avoir parlé d’une possible guerre avec la Russie en 2030, c’est parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, parce qu’il faut dire les choses, de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production de défense par exemple. Si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque.” L’extrait a provoqué des réactions politiques négatives, d’abord à la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon estimant que Fabien Mandon outrepassait ses prérogatives en annonçant une confrontation armée à la place du président et du Parlement, tout en déniant son constat alarmiste. Sébastien Chenu, du RN, a aussi contesté sa légitimité sans entrer dans le fond du débat. La critique de la forme a aussi été celle de Marine Tondelier et du PS, tandis que le centriste Raphaël Glucksmann l’a défendu, jugeant que le chef d’état-major des armées avait raison “d’alerter la Nation”. Il s’en est également pris “aux pseudos-pacifistes” qui contestent son intervention. Depuis, Fabien Mandon a reçu l’approbation de la ministre des Armées et d’Emmanuel Macron. Dans toutes les réactions, à l’exception de celle de la France insoumise, c’est d’abord la forme, jugée maladroite, qui a été condamnée. Dans un éditorial, Le Monde déplore cette forme mais valide le fond de son intervention, car “faire de la pédagogie sur la réalité de la menace russe est une nécessité”. Libération estime que cette intervention peut favoriser “le déni ou la moquerie” et que c’est bien dommage. En dehors de l’extrait viral de son discours et sans parler de la légitimité ou non de son expression publique – qui ne fait plus tant débat depuis que Macron l’a acceptée -, que vaut, dans le fond, l’intervention de Fabien Mandon ? Ce fond correspond-il à une réalité militaire qu’il faudrait ne pas ignorer ? Faut-il effectivement nous préparer à une agression militaire russe et sacrifier beaucoup, par exemple sur le plan budgétaire, pour l’anticiper ? Ou bien s’agit-il avant tout d’un discours de propagande, c’est-à-dire qui exagère ou invente certains faits pour faire avaler la pilule d’une réalité budgétaire et politique contestable ?
(...)
Invité par le congrès de l’association des maires de France, l’objectif du chef d’état-major des armées, et il ne s’en cache pas durant son discours, est d’obtenir le soutien des élus et qu’ils se fassent le relais des intérêts de l’armée parmi leurs administrés. Il vient faire du lobbying pour favoriser l’adhésion à la très forte augmentation du budget consacré aux forces armées ces dernières années : 3,5 milliards de plus en 2016 et 3 milliards en 2027, a annoncé le président de la République cet été. Tout au long de son discours, Fabien Mandon enjoint aux maires de soutenir les militaires, favoriser leur intégration dans leur commune en cas de mutation, poursuivre les cérémonies de commémoration autour des monuments aux morts et… préparer leurs administrés à une montée en puissance de l’armée, via des sacrifices nécessaires.
(...)
L’industrie de l’armement est un acteur puissant en France comme dans l’Union européenne, et elle profite pleinement de l’industrie militaire. On ne peut pas résumer tout ce qui nous arrive à ça mais il est important, pour appréhender un discours comme celui du chef d’état-major des armées, de ne pas le mettre de côté : la France est le deuxième pays exportateur d’armes au monde et l’armée est aussi une vitrine de son savoir-faire… au service d’intérêts privés puissants.
(...)
Durant la trentaine de minutes que dure son discours, Fabien Mandon cherche à apparaître comme un expert. Il décrit un tableau sombre, s’en excuse, mais pousse ses interlocuteurs à accepter les choses telles qu’elles sont : il faut “dire les choses”, dit-il, la situation est “grave”, ce qui n’est pas sans rappeler la rhétorique macroniste et, avant Macron, des gouvernements successifs, pour justifier une réduction de la protection sociale et des services publics. L’idée d’un destin inéluctable qui nécessiterait, qu’on le veuille ou non, des sacrifices urgents pour y faire face, est un classique de la propagande, et de la propagande militaire en particulier. Les journalistes appellent ça un discours churchillien, du nom du Premier ministre britannique qui, au début de la Seconde Guerre mondiale, a dit au Parlement : « Je n’ai à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » (il reprenait lui-même une citation de l’italien Garibaldi pendant une retraite particulièrement périlleuse) : assumer le réalisme d’une situation et sa dureté, pour éviter de “faire les autruches” comme l’a dit Raphaël Glucksmann au sujet des réactions négatives face au discours de Fabien Mandon.
Le tableau décrit par Fabien Mandon est-il réaliste ? S’il l’est, il serait rationnel d’accepter ses conclusions. Mais est-ce le cas ?
(...)
Nous avons déjà beaucoup écrit sur la situation à Gaza mais, au risque de nous répéter, l’idée selon laquelle seule la “barbarie” de l’attaque du 7 octobre mériterait d’être mentionnée, tandis que le chef d’état-major des armées n’a pas un seul mot pour le génocide en cours en Palestine, en dit bien trop long sur ses biais. Et ces biais affectent la véracité et la crédibilité de son analyse en niant le rôle profondément déstabilisateur d’Israël dans la région. Rappelons que l’armée israélienne peut bombarder durant la même semaine Beyrouth, le Yémen, Gaza et terroriser la population en Cisjordanie, tout en ouvrant le feu sur des troupes de l’ONU au Sud Liban. Ces éléments manquent cruellement au discours “expert” du chef d’état-major des armées, et montre que nous avons à faire à un politicien comme un autre : il nous raconte les histoires qui arrangent ses intérêts.
(...)
Face à cela, est-ce que la voie dessinée par le chef d’état-major des armées est la seule possible, à savoir augmenter les capacités militaires de la France et embrigader la population en mobilisant sa “force d’âme” pour, enfin, accepter de sacrifier nos enfants ?
Ce programme est particulièrement flou, et c’est un élément particulièrement critiquable de ce type de discours. Fabien Mandon ne précise pas sur quel théâtre d’opération la confrontation militaire avec la Russie se fera : par une invasion de la Pologne ? Des pays baltes ? Aucune précision n’est donnée. C’est d’ailleurs pour cela que son intervention a été si mal comprise : le sacrifice des enfants évoque les grandes guerres mondiales, avec des combats sur le territoire national. Ce n’est pas ce qu’il se produirait en cas de conflit avec la Russie : c’est bien le scénario de combat dans des pays membres de l’Otan comme l’Estonie ou la Pologne qui est redouté.
(...)
Enfin, à aucun moment Fabien Mandon n’évoque la dissuasion nucléaire, qui est pourtant un élément clef de notre protection face à la Russie : même au plus fort de la guerre froide, à un niveau de tension bien plus grand que celui que nous connaissons actuellement, il n’y a pas eu de confrontation militaire directe entre l’OTAN et l’Union Soviétique. Le réalisme dont Fabien Mandon se réclame nécessiterait de prendre en compte cet historique et ce paramètre tragique : l’équilibre de la terreur structure les relations internationales depuis la guerre froide et cela n’a pas changé. Le fait qu’il n’évoque pas la dissuasion nucléaire, dans son discours, montre qu’il n’est pas clair avec nous. Sa mention du “sacrifice de nos enfants”, qui renvoie à l’imaginaire des guerres mondiales où la France a été envahie, masque les objectifs réels de l’armée française dans les années à venir : ne plus se cantonner à la défense nationale (ce qu’elle n’a jamais réellement fait, évidemment), mais être une force d’intervention dans le reste du monde, capable d’intervenir sur différents fronts en fonction d’objectifs géopolitiques.
(...)
Les partisans d’une guerre ouverte avec la Russie, parmi lesquels Macron, selon ses humeurs, et Raphaël Glucksmann, absolument tout le temps, ne nous disent jamais ce qu’ils comptent en faire et comment ils imaginent une potentielle victoire. Comment Glucksmann, ce génial chef de guerre, compte-t-il précisément défaire la Russie, puissance nucléaire mondiale ? Comment un pays qui pendant le Covid était incapable de produire 3 masques compte « reprendre l’Ukraine » ? Et pour prévenir de futures agressions et montrer toute sa force, compte-t-il monter jusqu’à Moscou ? Jamais Glucksmann ne développe son projet stratégique, se contentant de dénoncer ceux qui rappellent que la paix doit être un objectif. Les bellicistes n’ont aucune perspective à nous proposer à part un état de guerre permanent, car une victoire décisive contre un pays aussi puissant que la Russie est inenvisageable. Contrairement à Churchill et les alliés qui envisageaient la défaite d’Hitler et mobilisaient leur population à cette fin, nos dirigeants bellicistes ne proposent aucun horizon hormis la guerre elle-même. C’est aussi pour cela que le discours de Fabien Mandon est bien de la propagande militaire : il vise à obtenir notre adhésion à la logique de guerre, à renoncer à notre souveraineté pour nous incliner devant ceux qui savent ce qu’il convient de faire, sans soumettre à la discussion d’autres perspectives politiques ou diplomatiques.
(...)
Je l’ai dit plus tôt : la structure argumentative et persuasive du discours du chef d’état-major des armées françaises ne diffère pas des discours de propagandes politiques et économiques auxquelles nous sommes habitués depuis des années : ce discours qui s’appuie sur le réalisme des analyses de ceux qui savent mieux que nous, qui n’offre plus aucune perspective positive car “c’est le monde dans lequel nous vivons”, et qui nous enjoint à nous suivre pleinement, et sans rechigner, ce que l’on nous propose.
Fabien Mandon sait que l’opinion publique française est majoritairement pacifiste, car nous sommes marqués par l’Histoire des massacres commis par les puissants, au nom des puissants, et pour leurs intérêts. Ce genre de discours vise à nous faire rompre avec nos réticences et à accepter que, cette fois-ci, nos dirigeants nous demandent des sacrifices légitimes et proportionnés à l’analyse réaliste et “neutre” de la situation. Or, cette analyse n’a rien de neutre : elle est biaisée par les intérêts d’un complexe militaro-industriel, elle est totalement influencée, on l’a vu à propos de Taïwan, par le point de vue de Washington, et elle accepte le massacre de population entière, comme à Gaza. Ce n’est pas la paix qui est visée par un discours de ce type : c’est la continuité d’un impérialisme militaire et économique (notamment via les ventes d’armes) de l’Occident, entendu comme l’alliance entre l’Europe et les États-Unis, sur le reste du monde et sur les autres puissances.
Enfin, à aucun moment ce discours ne prend en compte ses propres effets pervers : et le principal, c’est qu’il nourrit une escalade militaire entre puissances concurrentes. Le réarmement de l’Europe qui est déjà en cours, et que Mandon appelle à embrasser pleinement, va conduire à une réaction russe, et vice-versa. C’est le cas partout dans le monde. A court terme, on peut espérer, comme il l’annonce, l’amélioration du rapport de force avec Moscou et donc l’empêchement d’un acte hostile de sa part. Mais à moyen et long terme, que peut-on espérer ? Quel est le plan de nos dirigeants face au réarmement de toutes les puissances du monde, sans perspective de désescalade ? Comment peut-on penser qu’une telle situation nous protégera de quoi que ce soit ?
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Tout n’a donc pas été tenté pour affaiblir la Russie, et il semble bien que pour le gouvernement français et le dirigeant de ses forces armées, sacrifier nos services publics et la vie de “nos enfants” en investissant dans l’armée soit plus intéressant que d’affronter le système financier.
La vérité, c’est qu’agiter en permanence l’état de guerre est une position court termiste, inconséquente et lâche car l’état de guerre n’est jamais subi par les plus riches, au contraire : l’industrie de l’armement est florissante, et l’atmosphère guerrière permet la stabilité du pouvoir bourgeois, en neutralisant la contestation sociale au nom de l’état de guerre, comme le fait la classe bourgeoise française depuis au moins 2022, mais comme elle l’a toujours fait, à travers le monde, contre le mouvement ouvrier et les mouvements décoloniaux. La position courageuse et de long terme consiste à penser la désescalade et un désarmement mutuel progressif : mais c’est impossible tant que l’analyse militaire et diplomatique est monopolisée par des gens qui ont davantage intérêt à l’état de guerre permanent qu’à la construction patiente de la paix.
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