Dans Pourquoi l’écologie perd toujours, Clément Sénéchal ne ménage pas ses critiques — et l’une des plus incisives vise Europe Écologie – Les Verts (EELV). Pour lui, le parti incarne parfaitement les travers de ce qu’il appelle l’écologie bourgeoise, une écologie déconnectée des réalités populaires et incapable de proposer un véritable rapport de force face au capitalisme.
💼 Une écologie de cadres plus que de luttes
Sénéchal reproche à EELV d’avoir façonné une écologie « de diplômés », centrée sur des profils urbains, aisés, sociologiquement proches des milieux technocratiques. Ce positionnement étroit empêche le parti de s’ancrer durablement dans les classes populaires, là où se jouent pourtant les batailles politiques décisives. Résultat : EELV dépasse rarement son rôle de force d’appoint dans des alliances politiques, sans jamais porter un projet transformateur majoritaire.
🧽 La politique du “bon geste”
L’auteur souligne aussi la tendance d’EELV à moraliser l’écologie : multiplication des injonctions comportementales, communication autour du « citoyen vertueux », mise en avant des petits gestes individuels. Problème : cette vision individualisante dépolitise la question écologique et culpabilise les ménages modestes, qui n’ont ni les moyens ni le temps de suivre ces prescriptions.
🏛️ La dépolitisation par le compromis
Autre critique majeure : EELV serait devenu un parti obsédé par la respectabilité, cherchant à se rendre compatible avec les structures politiques dominantes plutôt qu’à les contester. En privilégiant les compromis institutionnels, EELV se couperait des mouvements contestataires, abandonnant toute critique radicale du productivisme et du capitalisme — pourtant centrale dans l’analyse de Sénéchal.
🎭 Une écologie qui communique plus qu’elle n’affronte
Enfin, Sénéchal accuse EELV de participer à une « écologie du spectacle » : grande expertise communicationnelle, campagnes symboliques, postures médiatiques… mais peu d’affrontement réel avec les entreprises les plus polluantes ou les logiques économiques responsables du désastre climatique. Pour lui, le parti contribue ainsi à réduire l’écologie à un style, plutôt qu’à un changement structurel.
✍️ En conclusion
La critique de Sénéchal est sévère mais précise : EELV, en incarnant cette écologie bourgeoise, morale et réformiste, contribuerait à l’impuissance politique du mouvement écologiste en France. À rebours, l’auteur appelle à une écologie réellement populaire, conflictuelle, ancrée socialement — une écologie capable de gagner.
Forum de l’article