Plus que jamais, pour l’action directe

Ce texte a pour but de défendre la stratégie de l’action directe comme mode d’action à privilégier par les temps qui courent.

dimanche 26 avril 2020, par Auteurs divers.

Le contexte répressif, s’aggravant de jours en jours, et les effrayantes dynamiques autoritaires qui se mettent en place, qui s’accélèrent et se consolident actuellement, doivent nous pousser à remettre en question nos manières d’agir.

Un constat, partagé par beaucoup, émerge depuis plusieurs mois : ni la manifestation ni l’émeute ne permettent aujourd’hui une véritable progression de nos idées, de nos revendications et de notre force collective. La manifestation, bien qu’enjolivée par la possibilité du black bloc et du cortège de tête, reste une expérience davantage existentielle que politique. Les victoires que nous y obtenons se limitent à faire reculer des flics ou détruire quelques biens, faire irruption un court instant là où on est indésirables. C’est une petite victoire, c’est vrai, celle de l’instant. Et ça fait du bien, c’est vrai, c’est un moment revendicatif fort. Mais à la fin de la journée, c’est toujours l’État qui gagne.

Nous rêvons d’insurrection, mais en plus d’une année d’émeutes, avec le mouvement des Gilets Jaunes, nous ne sommes pas parvenu-e-s une seule fois à faire durer l’émeute plus d’une journée, ni à la transformer en situation insurrectionnelle.
Et à quel prix ? Le renforcement continuel de l’appareil répressif est devenu tel que manifester aujourd’hui relève du calvaire, si bien qu’on assiste à une véritable démobilisation au niveau des manifestations.
L’émeute et la casse, bien qu’essentielles, nous font le plus souvent sombrer dans la représentation et deviennent finalement stériles collectivement, car elles sont devenus routinières.
Il ne s’agit pas de dire n’allons plus en manif’ ou n’émeutons plus. Il s’agit de dire : adaptons-nous quand la stratégie ne paye plus et soyons capables de sortir de nos habitudes, de faire autre chose, de combiner des modes d’actions.
Continuer tel que nous le faisons, c’est perpétuer le cycle néfaste que nous vivons actuellement et dont nous peinons à nous sortir.

Dans le rapport de force qui nous oppose à l’État, reprenons l’initiative, et multiplions les offensives.

Si le mouvement des Gilets Jaunes a bien prouvé une chose, c’est que quand l’État tremble, il peut reculer. En Décembre 2018, l’émeute avait un sens. Elle était inattendue et spontanée, d’où sa force. Aujourd’hui, elle est attendue et donc contenue. Il faut trouver d’autres moyens.

On peut faire trembler les puissants autrement, par une action concrète sur le réel.
L’action directe permet cela. Elle est tout d’abord action physique sur du réel, elle impacte réellement, matériellement, l’état des choses. Contrairement à nos affiches, à nos tracts, à nos articles, à nos médias militants, l’action directe a un impact dans le quotidien « des gens », et ne touche pas que des « militant-e-s ». Elle dépasse nos cercles habituels. De ce fait elle est pleinement politique.
Par ailleurs, elle permet de construire des dynamiques positives : une action réussie, c’est une victoire qu’on ne pourra pas nous retirer, ce qui est fait est fait. C’est un acquis. Construire des dynamiques positives, se sentir agissant sur le réel, c’est aussi créer des manières d’agir durables, car tenables psychologiquement. C’est tout le contraire des manifestations actuelles qui nous épuisent, car nous savons qu’elles sont stériles, en plus d’être devenues ultra dangereuses. L’action directe motive, car elle est une activité créative, une invention de tous les instants, et donne le sentiment de reprendre les choses en main.

A un niveau organisationnel, elle est peut-être le mode d’action offensif le plus simple à mettre en œuvre, et paradoxalement, peut-être le plus sûr. Pour réaliser un sabotage efficace, pas besoin d’être en nombre important, ni d’avoir une expérience particulière. L’action directe est à la portée de tous et toutes. Et très peu sont celles et ceux qui se font choper en réalité, car pratiquer l’action directe, c’est avoir l’initiative de l’action, c’est donc avoir un coup d’avance sur les forces répressives, pouvoir prévoir et anticiper, pouvoir se préparer. Il faut aussi absolument faire disparaître cette croyance répandue selon laquelle l’action directe est réservée aux militant-e-s aguerri-e-s, aux expert-e-s, à l’« avant-garde » du mouvement. Elle est à portée de n’importe qui, il faut l’affirmer.
Et faire une manif sauvage aujourd’hui implique plus de savoirs-faire et de risques qu’une action directe illégale.

Stratégiquement enfin, l’action directe est plus qu’intéressante. Elle permet d’attaquer concrètement nos ennemis, que ce soit le patriarcat, le capitalisme, le spécisme ou l’État. Elle permet d’infliger des dégâts réels, et de construire un rapport de force, notamment quand plusieurs actions ciblent les mêmes objectifs. Pour être efficace, l’action directe doit être répétée et permanente, c’est notre difficulté actuelle. Bien que presque tous les jours des actions de ce type soient menées, la stratégie de l’action directe peine à gagner du terrain et à s’étendre. Pourtant quand de véritables campagnes d’actions se lancent, et que des ennemis sont touchés à plusieurs reprises, nous reprenons le contrôle. C’est nous qui avons l’initiative et qui à partir de là pouvons faire craquer nos adversaires.
On peut prendre comme exemple la vague d’attaques de magasins spécistes qui a eu pour mérite de créer un véritable débat à l’échelle nationale autour de la question de l’exploitation animale. Quelques attaques de nuit qui ont eu plus d’impact que des années d’actions pacifistes ou de manifestations sur le sujet. On pourrait citer également la campagne d’attaques antifascistes visant le Bastion Social, et qui, engendrant la destruction de locaux ennemis, a provoqué un affaiblissement considérable du groupuscule fasciste, aujourd’hui démantelé. On peut évoquer l’importante campagne d’actions directes de soutien à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, qui a forcément pesé dans la décisions du gouvernement d’annuler le projet d’aéroport. Les exemples sont multiples, et les manières de faire diverses. Mais toujours, quand des actions directes sont coordonnées, ou simplement ciblent les mêmes objectifs, il y a des résultats probants, et un gain de temps et d’énergie énorme.

Surtout, au vu du contexte actuel encore une fois, il paraît urgent d’assumer une radicalisation de nos moyens d’agir et de nos volontés. Face à nous, le rythme s’accélère. Contre leur radicalisation vers plus de contrôle, plus d’autoritarisme, plus d’oppressions, comprenons que nous aussi nous devons aller plus loin pour pouvoir encore résister, et ne pas être balayé-e-s. Il faut faire acte de résistance, une résistance concrète, et pas seulement symbolique.

Il nous faut donc ré-interroger nos pratiques, ne pas se reposer sur nos acquis, et être conscient-e-s que nous sommes en train de perdre. Pratiquer l’action directe massivement, c’est développer un mode d’action qui peut nous faire reprendre l’avantage dans la guerre sociale actuelle, ou qui au moins, permet de créer des dynamiques positives et offensives, ce dont nous avons cruellement besoin.


5 Messages

  • Plus que jamais, pour l’action directe Le 26 avril à 13:36, par simon

    Action directe ? Jean marc Rouillan et Nahtalie Ménigon , 2 minables arrêtés dans un pavillon de campagne. La bande à Baader et les brigades rouges = les années de plomb, qui voudrait y revenir ? Vous vous auto enfumez. Violence dont on ne savait plus si elle profitait à l’extrème gauche ou à l’extrème droite. Relisez l’histoire récente.

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    • Plus que jamais, pour l’action directe Le 26 avril à 21:22, par poulet

      Qu’est ce que c’est que cet amalgame à la noix,( je reste poli) ?

      Qui a parlé de Ménigon et Rouillan qui ont tout de même assassiné des gens ?
      Pour parler d’action directe on pourrait citer aussi les résistants de 40, les révoltés du Larzac... etc..
      Quand à : « relisez l’histoire récente », ça sent le mépris et la condescendance.
      Peut être que les auteurs de l’article l’ont relue aussi bien que Simon ?

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      • Plus que jamais, pour l’action directe Le 27 avril à 07:53, par simon

        A y est j’ai fâché Poulet !! Décidément je fâche beaucoup de monde sur ce site... acceptez vous la contradiction, l’exposé d’ opinions différentes ?
        Nulle condescendance dans mes propos, simplement une question d’époque et d’âge ; sans doute les auteurs n’ont justement pas connu les mouvements du Larzac et de Malville où j’étais. Quant aux résistants, oui, il ont démontré un réel courage physique et moral et ne se sont pas soumis à l’ambiance de renoncement de l’époque et ont risqué leur vie. Ceci dit , seuls ils n’auraient pas libéré la France.
        J.M Rouillan faisait partie d’un groupe justement appelé « Action directe » cela fait étrangement écho au titre de l’article. Il ne mentionne pas quel type d’action directe il préconise et la « ligne » de votre journal a de nombreuses fois accueilli des articles dévalorisant « l’idéologie » ( sic ) de la non violence. Je rappelle don Helder Camara qui a mis le doigt sur « la spirale » de la violence et mettait en garde contre des actions inconsidérées. La violence de ces crétins de Black Bloc a été l’opportunité pour le gouvernement pour voter des lois scélérates et avoir une pratique liberticide et ultra VIOLENTE (qui , je vous l’accorde, aurait de toutes façons été mises en place.
        Le roman de Fernando CAMON : « Occident » relate bien la période des années de plomb.
        « C’était un temps déraisonnable, on avait mis les morts à table... et si j’y tenais mal mon rôle c’était de n’y comprendre rien »
        Difficile de rester nuancé en période de tension, comme toujours.......

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        • Plus que jamais, pour l’action directe Le 27 avril à 10:10, par poulet

          La question n’est pas se fâcher ou pas !.

          Je ne sais pas qui sont les auteurs divers, mais peut être sont-ils octogénaires et ont-ils aussi été sur le Larzac et à Malville !
          Je ne connais pas en détail l’histoire de la Bande à Baader, mais il semble que c’est à l’origine un mouvement non violent et qu’ils se sont radicalisés à la suite de répressions policières.

          Pour ce qui est de Ricochets, sa caractéristique est justement de ne pas avoir de « ligne » éditoriale. Par contre il accueille des articles qu’on ne voit pas trop dans la presse « mainstream » aux mains de milliardaires.

          Le débat sur la violence reste ouvert.

          Pour moi, la violence sur les personnes reste inacceptable.
          Ceci dit, la violence des blacks blocks est infime par rapport aux violences physiques ou symboliques de l’état totalitaire.

          Reste à savoir si les « violences contestataires » ont une efficacité
          face à un pouvoir qui a toutes les armes en main. et qui n’hésite pas à s’en servir de façon criminelle.

          A qui profite la stratégie de la tension ?

          Cordialement !

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    • Plus que jamais, pour l’action directe Le 29 avril à 17:13, par Joe-Hell

      Le réseau Gladio - Armée secrète d’Europe.
      https://www.youtube.com/watch?v=nz5Kf0kNauw

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