Marche des mamans pour la justice et la dignité - Soutien des gilets jaunes et de féministes

Nous sommes en guerre ! - STOP contrôles au faciès, stop violences policières, stop à l’Etat policier !

jeudi 5 décembre 2019, par Auteurs divers.

Aujourd’hui, 151 mamans, femmes de Mantes-la-Jolie et du Mantois se dressent contre l’arbitraire policier et pour "l’amour de leurs enfants". Elles appellent à une marche nationale le 8 décembre prochain à Paris.

Voici le texte de l’appel "Nous sommes en guerre", suivi d’une interview de mères par Cerveaux non disponibles :

Marche des mamans pour la justice et la dignité

151. Ils étaient 151 enfants, agenouillés et mains sur la tête pendant plusieurs heures, victimes d’une violence policière inouïe, ce 6 décembre 2018 à Mantes-La-Jolie. Aujourd’hui, 151 mamans, femmes de Mantes-la-Jolie et du Mantois se dressent contre l’arbitraire policier et pour "l’amour de leurs enfants". Elles appellent à une marche nationale le 8 décembre prochain à Paris.

« Nous sommes en guerre ! »

Le Président François Hollande ne croyait pas si bien dire lorsqu’il prononçait ces mots au lendemain des terribles attentats du Bataclan qui ont ensanglanté Paris en novembre 2015. Il omettait simplement de dire que de cette guerre, il en était l’un des principaux instigateurs, lui et tous les gouvernements de gauche ou de droite qui l’ont précédé.

Oui, ils sont en guerre.

Ils sont en guerre tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières.

Ils sont en guerre contre les banlieues ségréguées et contre les cités d’immigration.

N’ont-ils pas instauré l’Etat d’urgence pendant les émeutes de 2005 puis après les attentats de 2015 ciblant tout particulièrement les Musulmans, coupables idéaux d’un terrorisme qui trouve ses causes dans le désordre d’un monde qu’ils fabriquent eux-mêmes.

Ils sont en guerre contre la jeunesse des quartiers. Ne laissent-ils pas se perpétuer les crimes policiers en abandonnant les familles endeuillées à leur désarroi ?

Ils sont en guerre contre nos enfants. Ne les ont-ils pas humiliés lors de la répression brutale dont ils ont été victimes à Mantes-la-Jolie lors des mobilisations lycéennes de l’automne 2018 enfonçant dans leur cœur un sentiment hélas trop partagé : Ils ne sont pas légitimes dans ce pays à cause de leurs origines sociales mais aussi parce qu’ils sont Africains, Maghrébins, Rroms, Turques, Musulmans…

Ils sont en guerre contre les sans-papiers. Ne les ont-ils pas chassés violemment de l’église Saint Bernard en 1995 et du Panthéon cet été ?

Ils sont en guerre contre les migrants. Ne multiplient-ils pas les entraves à la libre circulation à l’encontre de ce qu’exige la convention des droits de l’homme ? Les conséquences dramatiques, nous les connaissons : la Méditerranée est devenue un véritable cimetière marin pour ces nouveaux damnés de la terre.

Ils sont en guerre contre le mouvement social et contre le mouvement syndical. N’ont-ils pas réprimé brutalement les mobilisations contre la loi Travail ?

Ils sont en guerre contre les classes subalternes. N’ont-ils pas usé sans vergogne d’armes soi-disant non létales mais qui ont tué Mme Rédouane à Marseille, Steve Maia Caniço à Nantes, éborgné, blessé des centaines de gilets jaunes manifestant à juste titre pour plus de justice sociale ?

Ils sont en guerre contre les militants politiques. La justice et la police ne s’acharnent-elles pas contre des militants antifascistes pendant qu’elles ferment les yeux sur les agissements de groupuscules ouvertement fascistes ?

Ils sont en guerre contre les actuelles colonies françaises (Dom-Tom) comme ils sont en guerre contre leurs anciennes colonies. L’armée française n’est-elle pas déployée dans de nombreux pays d’Afrique soi-disant pour faire la « guerre au terrorisme » alors que les véritables enjeux sont les profits des multinationales françaises ? La France ne soutient-elle pas directement ou indirectement - et depuis le début - le colonialisme israélien participant ainsi à l’oppression du peuple palestinien ?

OUI, ils sont en guerre ! En guerre contre tout ce qui résiste et conteste l’ordre raciste et néolibéral qu’ils veulent nous imposer par la force.

Hollande et ses prédécesseurs ont déclaré cette guerre tous azimuts, Macron la perpétue. Leur guerre est antisociale, elle est raciste, elle est impérialiste.

Nous, mamans des cités, mamans des quartiers, mamans des enfants agenouillés de Mantes-La-Jolie, nous n’acceptons plus cet état d’injustice permanent. Nous ne souhaitons qu’une seule chose : la Paix.

Mais nous avons une conviction : aucune paix ne pourra s’instaurer durablement sans le respect de notre dignité à tous et sans un minimum de justice que nous sommes de plus en plus nombreux à réclamer à corps et à cris.

Aujourd’hui, nous sommes inquiètes de savoir que nos enfants ne sont plus protégés.

Aujourd’hui, nous sommes en colère et nous sentons humiliées par le mépris de la justice.

Mais surtout, nous ne sommes pas naïves. Nous entrons dans une période électorale et nous savons que les divers candidats aux municipales qu’ils soient de gauche ou de droite viendront chercher nos voix pour gagner des mairies. Nous refusons d’être un simple réservoir de voix. Nous le disons haut et fort et le proclamerons tout le temps des municipales : Pas une voix pour les candidats qui ne soutiendront pas notre combat.

Aujourd’hui, nous sommes mobilisées plus que jamais pour nous faire entendre tant à l’échelle locale qu’à l’échelle nationale.

- Nous exigeons de Brigitte Julien, cheffe de l’IGPN et de Catherine Denis, procureure de Nanterre qu’elles rouvrent l’enquête : 151 lycéens interpellés sont autant de victimes que de témoins. Seuls 4 d’entre eux ont été auditionnés. Nous exigeons que tous nos enfants soient entendus.

- Nous disons STOP au traitement d’exception réservé à nos enfants, discriminés dès leur plus jeune âge sur le chemin de l’école ou aux abords de celle-ci. Nous n’acceptons plus que leur droit à l’insouciance de l’enfance soit bafoué. L’école ghetto, on n’en veut plus !

- Nous disons STOP aux contrôles au faciès, aux palpations, aux atteintes constantes à l’intégrité physique des enfants de banlieues.

Nous disons STOP à l’Etat policier omniprésent dans nos quartiers en lieu et place de l’Etat social.

- Nous disons STOP aux violences policières qui s’étendent au delà de nos cités et touchent aujourd’hui le mouvement social en général, les Gilets Jaunes en particulier, et quiconque ose opposer sa résistance face à ceux qui nous gouvernent.

Pour l’amour de nos enfants et pour donner de l’ampleur à ces revendications, nous appelons à une grande marche pour la justice et la dignité le 8 décembre 2019 à Paris, Barbès.

Nous appelons tous les comités Police/Justice, toutes les organisations antiracistes, les comités de blessés, les gilets jaunes, les syndicats et les partis à nous rejoindre pour réclamer avec nous « Justice pour nos enfants ».

Si collectivement, nous ne sommes pas capables d’obtenir justice pour les enfants des quartiers les plus défavorisés de France, alors que les « évènements de Mantes » ont dévoilé un flagrant délit policier aux yeux de la terre entière, si notre jeunesse est abandonnée, il ne sera plus permis à personne de rêver à un monde meilleur.

Tous à Barbès le 8 décembre prochain !

Pour signer l’appel : Lien vers la pétition

https://youtu.be/-UJOxnP6d98
Marche des mamans pour la justice et la dignité

L’HEURE DE NOUS-MÊMES A SONNÉ

(article et interview de Cerveaux non disponibles)

A l’heure où nous écrivons ces lignes, une contestation étudiante et lycéenne est en train de naître. Mais mardi, quatre sites universitaires de Paris 1 ont fermé pour empêcher des AG et Panthéon Sorbonne était sous le contrôle de policiers fusil à la main, fouillant les sacs et inspectant les cartes d’étudiant à l’entrée. Une semaine avant à Massy, cette police tirait au flashball sur des lycéens qui faisaient blocus et un an avant à Mantes la Jolie, elle mettait 151 élèves de lycée et collège à genoux les mains sur la tête dans une ambiance glaciale et dictatoriale.
Depuis, les soutiens ont abondé, des liens se sont tissés et un symbole est né. A partir de ce moment, les gilets jaunes se mettront régulièrement à genoux les mains sur la tête devant les CRS en hommage à ces 151 élèves de Mantes la Jolie. Bien qu’à genoux, ce geste montre clairement une solidarité toujours debout.

Un an après ce mouvement lycéen et alors qu’un autre est en train de naitre en ce moment même, nous avons voulu interviewer le Collectif de Défense des Jeunes du Mantois qui appelle à une grande manifestation de défense populaire dimanche 8 décembre à 14h à Barbès : Marche des mamans pour la justice et la dignité.

« L’heure de nous-mêmes a sonné ». Interview avec Yessa, une maman du Collectif de Défense des Jeunes du Mantois.

- Suite sur L’heure de nous-mêmes a sonné

https://youtu.be/D7bwOdEyDLs

- Voir aussi : Les féministes marcheront aux côtés des femmes de Mantes-la-Jolie le 8 décembre

Projet
Auteurs
Rédaction
Proposer
Archives
CT 1re série
CT 2e série
Critique communiste
Carré rouge
La Discorde
Marxismes au 21e siècle
Rubriques
Conjoncture
Théorie
Stratégie
Culture
Histoire
Récits
Enquête

CONTRETEMPS

REVUE DE CRITIQUE COMMUNISTE
Les féministes marcheront aux côtés des femmes de Mantes-la-Jolie le 8 décembre
Collectif 3 décembre 2019 Les féministes marcheront aux côtés des femmes de Mantes-la-Jolie le 8 décembre2019-12-03T16:13:07+00:00
Lire hors-ligne :
Download PDF
Download ePub
Download mobi
Print

Après le succès historique de la marche féministe qui a réuni 150 000 personnes dans toute la France, nous ne voulons pas nous arrêter là. Les mamans de Mantes la Jolie, dont les enfants ont été mis à genoux et humiliés par la police pendant plusieurs heures l’année dernière, nous appellent à les rejoindre dans la rue le 8 décembre.

Habitantes des quartiers populaires, souvent d’origine étrangères, souvent musulmanes, ces femmes doivent affronter au quotidien stigmatisation, précarité, casse des services publics, racisme et islamophobie. Leurs enfants subissent tri social à l’école, contrôle au faciès et violences policières dans la rue. Malgré ce lot de discriminations et d’oppressions, ces mères résistent au quotidien, pour leur dignité, mais aussi pour porter leurs enfants vers un avenir meilleur.

La justice et la dignité, c’est ce que demandent ces femmes, et c’est ce que nous demandons aussi, en tant que féministes.

La « lutte contre les violences faites aux femmes » est quelquefois utilisée comme prétexte pour légitimer la stigmatisation des quartiers populaires et le renforcement du tout sécuritaire, et les mères de Mantes la Jolie sont les premières visées par ces politiques qui humilient leurs enfants. C’est pourquoi, les revendications de ces femmes sont les nôtres.

La justice, c’est à leurs côtés que nous voulons la demander : parce qu’elles sont plus souvent que d’autres confrontées au système pénal, nous leur garantissons notre solidarité et notre soutien, lorsque ce même système redouble souvent les violences sexistes que nous subissons.

La dignité, nous la revendiquons également à leurs côtés. Des discours politiques et médiatiques bien trop bruyants présentent ces femmes comme à l’opposé des modèles de libération des femmes, notamment lorsqu’elles portent un foulard. En tant que féministes, nous refusons tout modèle de libération qui repose sur la division entre le « nous » et le « elles », et nous affirmons qu’au contraire, leur résistance quotidienne est pour nous une source d’inspiration.

Nos combats, chacune à notre échelle et avec nos spécificités, ont donc tout à gagner dans les alliances que nous saurons créer : c’est pourquoi nous serons solidaires des mamans de Mantes la Jolie et marcherons à leurs côtés le dimanche 8 décembre à 14h à Barbès, pour la justice, pour la dignité, pour l’avenir de leurs enfants et des nôtres, et pour notre émancipation commune.


Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
  • [Se connecter]
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Partagez la page

Version imprimable de cet article Version imprimable

Pot commun en ligne pour soutenir financièrement Ricochets
Pot commun en ligne pour soutenir financièrement Ricochets

Site réalisé avec SPIP | | Plan du site | Drôme infos locales | Articles | Thèmes | Contact | Rechercher | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0
Médial local d'information et d'expression libre pour la Drôme et ses vallées, journal local de contre-pouvoir, média participatif indépendant :
Valence, Romans-sur-Isère, Montélimar, Crest, Saillans, Die, Dieulefit, Vercheny, Grane, Eurre, Loriol, Livron, Aouste sur Sye, Mirabel et Blacons, Piegros la Clastre, Beaufort sur Gervanne, Allex, Divajeu, Saou, Suze, Upie, Pontaix, Barsac, St Benois en Diois, Aurel...
Vous avez le droit de reproduire les contenus de ce site à condition de citer la source et qu'il s'agisse d'utilisations non-commerciales
Copyleft