Marche des libertés 28 novembre : diversité des tactiques et refus de se désolidariser ?

Eternel débat sur les divers modes d’action au sein des manifestations et autres : « Faut-il condamner les violences ? Est-ce que vous les condamnez ? »

lundi 30 novembre 2020, par Romane O.

Six articles pour réfléchir sur la solidarité entre les modes d’actions et la diversité des tactiques dans une manifestation. L’éternel débat entre certaines stratégies légalistes qui le plus souvent veulent un assouplissement du système en ce faisant bien voir en tout circonstance et des stratégies plus offensives qui veulent tout renverser et tout reconstruire. Eternel débat entre les mots pièges "violence" et "non-violence", des concepts flous et subjectifs qui varient suivant le contexte ?
Tandis que merdias, bourgeois et gouvernement communiquent pour diviser et attirer l’attention ailleurs que sur leurs frasques.
En fin d’article, d’autres références complémentaires.

- Condamner la violence… des autres, un impératif bourgeois
« Faut-il condamner les violences ? Est-ce que vous les condamnez ? » Quelle que soit l’étiquette politique, de gauche ou de droite, il existe un véritable consensus autour de cette question absolument centrale dans le débat politique et médiatique. Sa formulation renseigne tout autant sur l’intervieweur que l’interviewé, sommé de répondre sans autre issue possible qu’un oui évident aux yeux du journaliste. Une question inquisitoire fermée (on ne peut répondre que par oui ou par non), que l’on pose souvent lors de mouvements sociaux et qui s’accompagne parfois de sa variante « actes de violence ». Des journalistes demandent à des politiques de « condamner les violences », abreuvés d’images de poubelles en feu ou de banques privées défigurées, comme s’ils se trouvaient au tribunal, le terme « condamnation » n’étant évidemment pas choisi au hasard en termes de symbolique.

Des journalistes qui se transforment en procureurs, par exemple face au militant NPA Olivier Besancenot, qui refuse sur le plateau de BFM TV de « condamner les violences » à l’encontre du DRH d’Air France et de sa chemise, en réaction à un plan social extrêmement douloureux pour les salariés. Dans les titres de presse, « chemise arrachée » avait ainsi remplacé « plan social ». « Faut-il soutenir les agresseurs d’Air France ? », titre le magazine « C à vous » sur France 5 à ce sujet. Le journaliste donne un ordre : on ne discute pas avec quelqu’un qui légitime la violence, terme, de base, particulièrement péjoratif. Avec cette question, les médias se font les garants de l’ordre social existant. La « violence », ce sera ainsi la poubelle cramée ou la chemise arrachée, et non la violence sociale que fait subir la bourgeoisie à la classe laborieuse.
(...)

Marche des libertés 28 novembre : diversité des tactiques et refus de se désolidariser ?
Le fossé toujours présent entre les paciflics du dogme de la non-violence et les partisans de la diversité des tactiques ?

- Libertés, casse et communication politique - à quoi joue la coordination contre la sécurité globale ?
Nous avons reçu plusieurs témoignages concernant la première marche des libertés qui s’est tenue ce samedi. Pèle-mèle ils pointaient les retournements de veste d’une partie de la gauche (aujourd’hui à l’unisson sur la question de la loi), s’offusquaient des discours de dissociation qui ont accompagné les affrontements de fin de parcours, ou pointaient l’absence de recul critique quant aux pratiques mises en oeuvres (de la casse au « smartphone levé »). Le texte que nous avons choisi a à la fois le mérite de traiter de l’ensemble de ces sujets, et de ne pas partir de la marche parisienne qui a concentré toutes les attentions. Plus qu’une critique d’un communiqué que l’on pourrait juger anecdotique il faut le voir comme une amorce de réflexion sur les stratégies de luttes et de divisions.

Marche des libertés 28 novembre : diversité des tactiques et refus de se désolidariser ?
Condoléances aux familles des vitrines ?

Paris : quelle liberté ? - De nouveaux rassemblements et « marches des libertés » se sont déroulés samedi 28 novembre un peu partout contre la proposition de loi « sécurité globale » (adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 24 novembre), notamment à Paris, Lyon, Bordeaux, Lille, Reims, Rouen, Toulouse, Brest, Caen, Rennes, Limoges, Périgueux, Strasbourg. Soit entre 130 000 et 500 000 manifestants en tout selon le bord des petits comptables de masse. Dans la capitale, la manifestation de dizaines de milliers de pesonnes, initialement interdite au prétexte du covid puis autorisée sur le parcours convenu des défilés de gôche entre les places de la République et de Bastille, était à l’initiative du collectif « Stop loi sécurité globale », composé de syndicats de journalistes, d’ONG droitsdelhommistes et autres crapules politiciennes. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu, au grand dam des organisateurs. (...)

Marche des libertés 28 novembre : diversité des tactiques et refus de se désolidariser ?
Condoléances aux familles des vitrines de banque ?

PETITES PRÉCISIONS AU SUJET DU BLACK BLOC, DES CASSEURS, DES PILLEURS ET DES INFILTRÉS, À NE SURTOUT PAS METTRE TOUS DANS LEME PANIER

Le black bloc est un ensemble de techniques qui s’apprennent, se perfectionnent et se mettent en place individuellement et/ou collectivement en réaction à un dispositif policier répressif. Par exemple celle de repêcher un camarade qui est en train de se faire embarquer par des policiers et que tout le monde pourra apprécier, surtout en étant le premier concerné. Ou alors celle de percer une nasse, celle de ralentir une charge, celle de repousser des gaz lacrymos, etc, etc... Il y a donc le bloc et il y a les casseurs. Tous les gens du bloc ne sont pas forcément des casseurs, beaucoup se spécialisent sur un type de technique seulement comme le ramassage de pavés ou la protection des personnes les plus fragiles. Certains se limitent juste à s’habiller de noir pour ne pas être identifiable et contribuer à grossir l’effet d’optique. On ne peut donc pas tous les mettre dans le même panier et critiquer toutes les personnes qui adopteraient l’une de ces techniques de manière générale résulte donc un peu stérile.

D’un autre côté, tous les casseurs ne sont pas forcement du bloc, il ne faut pas l’oublier. Les actions des casseurs sont également très variées et on ne peut pas toutes les apprécier ou les questionner de la même manière. Certains applaudiront le "cramage" d’un radar pour le scandale qui se cache derrière, d’autres celui d’un mac do pour contaminer nos espaces, nos corps et notre culture, d’autres celui de cameras de surveillance qui pénètrent notre intimité et aident les flics à mieux nous réprimer... Et certains condamneront le "cramage" d’une poubelle ou d’une voiture parce que jugé contre-productif. Questionner le sens et l’utilité de chaque action est donc important mais critiquer ou accuser sans nuances toute l’idée de "casse" résulte à nouveau un peu stérile.

Il y a aussi ce que l’on appelle les "full black" ou les pilleurs qui sont souvent complètement déconnectés du mouvement, de ses revendications et donc du bloc même si certaines personnes du bloc peuvent en être. La majorité d’entre eux viennent de manière opportuniste pour profiter de la casse et de la foule pour s’approprier des biens. On peut certes condamner ce genre d’action qui souvent n’est pas en lien avec le mouvement mais on peut aussi y voir un sens politique ou une sorte de justice sociale.
(voir à sujet cet article intitulé « Pourquoi briser des vitres ? »)

Pour finir, il y a les infiltrés ou agents perturbateurs, flics et fachos (l’un allant souvent avec l’autre...) qui se joignent aux manifestants pour provoquer des conflits au sein même de nos rangs, provoquer des charges de la police ou pour faire un travail d’identification des leaders du mouvement de manière à pouvoir les arrêter en priorité. On peut reprocher aux membres du bloc, aux casseurs et aux pilleurs de permettre ce type d’infiltration et c’est ce que font beaucoup de gens qui critique le bloc. Mais il nous faut aussi admettre que ces personnes s’infiltreraient d’une manière ou d’une autre, tout comme le dénonçait déjà Coluche bien avant la généralisation des techniques du bloc.

Notre conclusion en tant que libertaires sera de réaffirmer qu’il est nécessaire de toujours garder en tête l’idée de liberté d’agir et de penser de chacun en respectant ceux qui veulent danser et chanter sans les traiter de bisounours, ceux qui veulent discuter avec les flics pour les raisonner sans les traiter de collabos, ceux qui préfèrent s’habiller de noir pour être méconnaissable sans les traiter de saboteurs, ceux aussi qui viennent exprimer leur colère sans pouvoir empêcher quelle explose de miles feux, etc, etc... S’accuser les uns les autres n’aide pas, au contraire cela nous divise et fait le jeu des médias bourgeois et du gouvernement qui s’amusent à en rajouter. Se critiquer ou se condamner de manière générale sans s’intéresser aux nuances résulte donc contre productif quand nos différentes forces unies dans une pluralité des tactiques est ce que notre ennemi redoute le plus.

post de Le peuple s’organise pour la Grève Générale illimitée

- Black Bloc, Maintien de l’ordre et Funambulisme - « C’est pas la manif’ qui déborde, c’est le débordement qui manifeste ». Et nous sommes en période de crue. - Depuis les récentes manifestations contre la Loi Travail en 2016, la structure des manifestations a subi un réagencement spatial qui n’est pas sans conséquences : l’établissement d’un « cortège de tête » à l’avant des colonnes syndicales, promouvant de façon plus ou moins diffuse un ensemble de pratiques regroupées sous le terme de « Black Bloc ».

Marche des libertés 28 novembre : diversité des tactiques et refus de se désolidariser ?
Des caméras de surveillance sont parties en fumée

🥽« BLACK BLOC » ET MANIPULATIONS : EN FINIR AVEC LES THÈSES FICTIVES

Avec la loi Sécurité Globale, c’est le retour des manifestations d’ampleur et donc des thèses complotistes sur le « black bloc ». Il est donc nécessaire de faire un enième rappel sur ce mouvement qui concentre fantasmes et avidité des médias et de certains esprits crédules :

➡️ Le « Black bloc » n’est pas un groupe organisé. Ce n’est même pas un groupe du tout. C’est une technique utilisée par les mouvements contestataires, des manifestant.es qui partagent des convictions libertaires et anticapitalistes et qui se confondent avec le reste du cortège. Si aujourd’hui, derrière ces deux mots, l’opinion publique associe toute personne en noir qui « casse », il s’agit plus exactement d’une masse de manifestant.es, autonomes, ayant choisi de manière personnelle une stratégie pour participer aux manifestations : le propre de ces manifestant.es est de lutter de manière anonyme, c’est à dire masqué. Pourquoi ? D’abord à cause de la répression policière et judiciaire énorme. Sans parler des violences policières et des arrestations arbitraires, le nombre de garde-a-vue a explosé ces dernières années et les arrestations préventives (avant même les manifestations) sont devenues monnaies courantes. D’autre part, parce que manifester contre l’Etat, c’est être ensemble. C’est être solidaires. Ainsi, se masquer à plusieurs permet de ne plus faire la différence entre les manifestant.es et d’être considéré comme un tout. De nombreuses personnes au sein du cortège de tête ne participent ni à la casse ni aux actions contre la police, pour des raisons qui leur sont propres, mais sont tout de même masquées. Cela permet de protéger les autres personnes qui ont l’apparence identique. C’est un effet de masse.

➡️ Les membres du « black bloc » ne sont évidemment pas financés. Ni par le gouvernement, ni par l’Union Européenne, ni par Soros. C’est un pur fantasme. Tout simplement parce que ce n’est pas un groupe, mais comme dit juste avant, des manifestant.es dont le point commun est d’adapter une pratique en manifestation. Il n’existe pas de « structure black bloc » subventionnée par quiconque. Derrière chaque Kway noir, il peut y avoir une infirmière, un lycéen, une étudiante, un précaire, un chômeur ...

➡️ Les « Blacks bloc » ne sont pas au service du gouvernement. Certains soutiennent que les « black bloc » recevraient des ordres ou inversement, que la police aurait ordre de les laisser faire. C’est faux : on ne compte plus les manifestant.e.s vêtus de noir blessés, arrêtés, et parfois mutilés. Mais évidemment, ces personnes ne vont pas se revendiquer « Black Bloc » à l’hôpital ou à la barre d’un tribunal ! Et ce ne sont pas non plus des prestataires de révolte : chacun peut un jour endosser la tenue du « Black bloc », l’enlever, se changer ... Par ailleurs, les forces de l’ordre n’arrivent pas toujours à écraser manifestant.es (et tant mieux), ils sont parfois dépassés (comme à Rennes et Paris récemment), car les « participant.es » au « black bloc » parviennent parfois à imposer un rapport de force qui empêche la police d’intervenir comme elle le voudrait.

➡️ D’autre disent que les « casseurs » sont des policiers infiltrés, ce qui est tout aussi fantaisiste. Si les services de renseignement peuvent utiliser l’infiltration pour repérer ou piéger des manifestants, ils ne constituent en rien les « casseurs ». Quel serait l’intérêt d’envoyer des flics prendre le risque de briser des banques, alors que le gouvernement nous montre tous les jours sa volonté d’anéantir tout geste de contestation, violent ou non ? Pour justifier la répression ? Mais il n’a absolument pas besoin de casse pour réprimer ! On ne compte plus les manifs pacifiques gazées et matraquées. Le « Black bloc » n’est donc pas une « milice de l’oligarchie » mais exactement contraire. Son but est bien d’établir un rapport de force contre l’Etat et d’affaiblir les symboles du capitalisme et du gouvernement.

➡️ Ceux qui sont désignés comme « Black blocs » ne bénéficient pas d’une « impunité ». C’est même un mensonge d’affirmer que ces manifestant.es ne subiraient pas la répression. Nombreux.ses sont celles et ceux qui ont payé cher les conséquences de la loi « anti casseurs » de mars derniers, enfermés, condamnés, pour avoir simplement été masqué.es. D’autre ont pris des mois voir des années de prison ferme pour des dégradations légères, ou une caillou qui a rebondi sur le casque d’un CRS. On ne compte plus les manifestant.es arrêté.es, poursuivi.es, mis en examen pour « groupement en vue de commettre des dégradation » voire même « association de malfaiteurs », un chef d’inculpation qui se multiplie à l’égard des militants (Plusieurs affaires à Toulouse, Bordeaux, Nantes...).
En bref, le « black bloc » est un ensemble ponctuel de manifestant.es différents mais déterminés à faire plier le pouvoir en adoptant une même façon de manifester. Cessons les complots et les mensonges. On ne peut pas espérer de révolte dans cette terrible période et même temps dénoncer les moindres actions offensives, et les rares personnes qui joignent l’acte à la parole. N’oublions pas que les vrais casseurs sont en costard et en uniforme.

post Nantes Révoltée

Compléments

- Aux Editions Libre : le livre « L’échec de la non-violence », de Peter Gelderloos + Comment la non-violence protège l’État : Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux

- Sélection d’articles sur Paris-Luttes : A propos de la manif contre la loi de sécurité globale - Une compilation d’articles à propos de la manif de samedi et de son traitement médiatique

- Divers articles trouvés sur Ricochets et ailleurs :


1 Message

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
[Se connecter]
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Partagez la page

Pot commun en ligne pour soutenir financièrement Ricochets
Pot commun en ligne pour soutenir financièrement Ricochets

Site réalisé avec SPIP | | Plan du site | Drôme infos locales | Articles | Thèmes | Contact | Rechercher | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0
Médial local d'information et d'expression libre pour la Drôme et ses vallées, journal local de contre-pouvoir, média participatif indépendant :
Valence, Romans-sur-Isère, Montélimar, Crest, Saillans, Die, Dieulefit, Vercheny, Grane, Eurre, Loriol, Livron, Aouste sur Sye, Mirabel et Blacons, Piegros la Clastre, Beaufort sur Gervanne, Allex, Divajeu, Saou, Suze, Upie, Pontaix, Barsac, St Benois en Diois, Aurel...
Vous avez le droit de reproduire les contenus de ce site à condition de citer la source et qu'il s'agisse d'utilisations non-commerciales
Copyleft