Lors d’une conférence sur la dissuasion nucléaire, la Marine sort sa bombe atomique

Pendant qu’ailleurs dans la Drôme les indienNEs du futur accordent leur instrument, à Montélimar la Mairie et ses invités de la Marine jouent sur le violon de Néron un petit air apocalyptique

mardi 22 novembre 2022, par David Connaughton.

Il ne suffit pas de critiquer les armes de destruction massive. Notre responsabilité, c’est d’agir, de former et d’informer.

Notre imaginaire collectif s’affole à l’idée dystopique d’un défilé du 14 juillet sur les Allées provençales montiliennes avec une charrette pleine de lavande radioactive devant un régiment d’enfants soldats qui purgent leur Service national universel, suivi de camions militaires remorquant des missiles intercontinentaux.

Lors d’une conférence sur la disuasion nucléaire, la Marine sort sa bombe atomique

N’empêche, malgré la caricature, le cauchemar nucléaire est déjà une réalité dans une ville qui le 11 novembre 2019, tressautait lors d’un séisme de 5,4 sur l’échelle Richter, une magnitude supérieure au séisme majoré de sécurité pour lequel les centrales ont été construites.
Au sud, à Tricastin, dans un complexe nucléaire et chimique comprenant six sites Seveso dans un rayon de 10 km, les secousses ont été ressentis jusqu’à dans les salles de commande.

A cette époque-là, l’équipe dirigeante ne pouvaient être plus rassurante. L’EDF déclarait que le public n’avait rien à craindre.

Ouf !

Oups.

Mais attendez. Ce ne serait pas par hasard la même équipe qui actuellement se trouve sur le banc des accusés dans une affaire de dissimulation d’incidents de sûreté ?

Pire encore dans la dangerosité, en novembre 2019 toujours, au nord de Montélimar, la centrale de Cruas fut tellement secouée qu’il fallait arrêter la production pendant presqu’un mois.

Dernièrement, certaines de ces vielles casseroles de réacteurs corrodés et rafistolés construits sur une faille tectonique, ont reçu le feu vert pour poursuivre leur production (1).

Impensable ?

Il suffit d’examiner les comptes de l’électricien pour comprendre qu’avec une dette nette qui dépasse les 40 milliards d’euro, l’EDF préfère continuer à mettre nos vies en péril que de déposer le bilan.

Alors, aujourd’hui, dans la ville peut-être la plus nucléarisée sur la planète Terre en terme de densité de centrales à proximité, et au moment même où la planification post-catastrophe devient de plus en plus pointue, comment imaginer que la municipalité puisse ouvrir si grand ses portes aux militaires atomiques ?

Certes, nous le savions, dès son élection au sein du groupe "les Républicains, Divers-Droite, Société Civile et apparentés", le 1er magistrat de la ville, Julien Cornillet, s’est dévoilé un fervent défenseur de la nucléocratie lorsqu’il signe avec une trentaine d’autres éluEs du secteur, un courrier adressé à l’EDF suppliant la direction de choisir Tricastin pour l’implantation de deux EPR.

Curieusement, c’est en examinant la liste des candidats de droite ralliant le maire sortant -et défait, que l’on trouve le nom d’Eric Cherer, un Vice-amiral d’escadre : notre conférencier.

Rien d’illégal, bien sûr, mais il suffit de rajouter à ce savant mélange politico-militaire, le spectre d’une guerre nucléaire et boum, on arrive à comprendre le sens, ou plutôt le non-sens, de cette conférence intitulée la Dissuasion nucléaire : une pertinence réaffirmée.

D’accord, d’accord, les enjeux financiers sont énormes. Sur le site-web Zone militaire(2), d’ailleurs, on frotte les mains : "les crédits de la mission « Défense » progressent à nouveau de 1,7 milliard d’euros, pour atteindre les 40,9 milliards d’euros, soit une hausse de +4,3% par rapport à 2021." En 2020, l’État français avait dépensé 4,7 milliards rien que pour arsenal nucléaire militaire.

Ne comptez pas sur moi pour sortir la calculatrice afin de chiffrer cette somme en termes de lits d’hôpital qui auraient pu être créés...

Viva la muerte !

L’hypothèse selon laquelle les gens au pouvoir sont équilibrés mentalement, est mise à rude épreuve lorsque l’on contemple les contradictions des dirigeants français qui en 1992 signent le Traité de non-prolifération des armes de destruction massive, mais qui en réalité, votent des budgets dans le sens de la prolifération.

Parmis les va-t-en-guerre et Folamours peut-être les plus mentalement détraqués, se trouve l’étrange cas de Valéry Giscard d’Estaing.
En mars 1979 à la télé, il déclare :
"Si la décision appropriée à la sécurité de la France conduisait à appuyer sur le bouton de la force nucléaire, je le ferais."

Des années plus tard, pourtant, il lâche :
"Moi, je savais que je n’appuierais sans doute jamais sur le bouton nucléaire pour une raison simple, qui a sa valeur : c’était la fin de la France ! Si on utilisait, nous, notre armement, ce serait contre les Russes qui évidemment riposteraient tout de suite et la France serait détruite."

Ou comme dirait peut-être Putin : "J’écraserais la France comme une mouche !"

Résistance

Il ne suffit pas de critiquer. Notre responsabilité, c’est d’agir, de former et d’informer.

La banderole vendredi soir devant la Salle St Martin ne plaisait pas aux fétichistes de l’uniforme et de l’obéissance aveugle, qui arrivaient pour la conférence :

« Le nucléaire tue et ses complices nous assassinent ! »

- Ah là là, nous criait un des supporteurs de la bombe atomique, vous exagérez ! Combien y-a-t-il eu de morts à Fukushima ?
- On vous dira ça dans cinquante ans. Monsieur, combien il y a eu de morts à Hiroshima et Nagasaki ? 100,000 ? 200,000 ?

On compte toujours.

(1) Nationalement sur 56 réacteurs, il y en a 26 qui sont en arrêt. Il parait peu probable que d’ici le mois de janvier, ils seront tous relancés, ce qui provoquera certainement cet hiver des pannes d’électricité.
(2) www.opex360.com

Écrit avec Michel Barraud


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